La Régie
Publié le 09/06/2010

Et maintenant, une petite page de publicité !


Annonceurs, décomplexez-vous ! Frappez au cœur ces intellectuels égarés, baladés au gré des vents contraires. Le temps qu’ils consacrent à lire, à se cultiver, à tenter en vain de combler leur irrémédiable “besoin de consolation” assis dans les sièges pourpres et mous de la culture en regardant gesticuler des saltimbanques à moitié homosexuels, est la preuve d’un profond désir de consommation. Offrez-leur la chance de retrouver enfin les sentiers lumineux de la convoitise, et la douce sérénité de la possession.  

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Le 8 mars 2011 à 13:02

Chic, c'est le 8 mars!

Les Chiennes de Garde ont désigné le Macho de l'Année et ses dauphins

Aujourd'hui, c'est la Journée Internationale des Femmes, ça sert à parler des femmes, chouette. Une fois par an.A cette occasion, l'association féministe "Les chiennes de garde" a désigné l'heureux Macho de l'Année 2011, pour ses propos tenus en 2010. And the winner is… le photographe Jean-Claude Elfassi, auteur du brillant : "C’est des salopes qui n’ont rien d’autre à faire […], c’est des amoureuses éconduites." (dans l'émission de Jean-Marc Morandini sur Direct 8, le 12 novembre dernier, au sujet de femmes qui ont osé rendre publique une condamnation pour violences conjugales.) On l'aime parce qu'il est chic.Ses dauphins sont Jean-Marie Bigard pour "Lorsque je lance sur le plateau de Cauet : “Elle est redevenue baisable, en parlant de Christine Bravo, qui a perdu 30 kilos, c'est un moyen d'être gentil.”" (Le Parisien, 20 avril 2010) et Hugo Denoyers pour sa réponse à la question "Comment un bon boucher choisit-il une bonne viande?" : "C'est un petit peu comme quand tu es dans la rue, quand tu regardes une belle fille passer, ça t'interpelle le regard, tu commences à regarder les forme de la bête, les croupes, l'arrière-train s'il est bien développé, et après, il faut réussir à la toucher…" On les aime parce qu'ils sont chics. Sur le même thème, lire aussi : Une épouse slave à gagner sur le site d'une radio néo-zélandaiseQuel toupet! (La Barbe)Culotte ou caleçon? Le féminisme

Le 15 décembre 2010 à 12:13
Le 11 novembre 2011 à 08:27

Chimiethomanes

Pubologie pour tous

Le travail d’une agence de publicité, en somme, c’est de remplir les objectifs de ses clients, les marques. Souvent, l’objectif du client - disons que le client s’appelle Bliblop - c’est « faire de Bliblop la marque préférée des Français ». C’est un peu compliqué, vu qu’en général il n’y a qu’une seule marque préférée des français, mais il faut savoir se fixer des défis après tout. Bon. Là ça a probablement été un peu différent. Le client a dû faire la liste de ses qualités et de ses défauts, et réaliser que 1. « nous avons de l’argent » ne compensait pas très bien 2. « nous avons inventé le Zyklon B » et 3. « nous cultivons des patates OGM». Avec modestie, il a donc décidé de procéder par étapes, et la première étape s’est avérée être « faire aimer la chimie aux Français ». Quand on est l’agence de publicité de ce genre de client et que l’on reçoit ce genre de brief, il faut être inspiré. Parce que l’on a davantage envie de profiter du 1. que du 2. Seulement voilà, on réalise assez vite qu’on ne va pas vraiment pouvoir dire des choses vraies (« on fait des trucs pas très bons pour l’environnement, mais on a mis beaucoup de sous dans cette campagne pour que vous nous aimiez bien »). Alors il faut trouver des choses pas vraiment vraies qui pourraient faire l’affaire (« la chimie, c’est plutôt cool en fait »). Mais ça ne marche toujours pas, alors on cherche un truc qui n’a rien à voir. Et des trucs qui n’ont rien à voir avec l’industrie chimique, il y en a pas mal. Il y a l’amour par exemple, les enfants aussi (notamment les enfants asiatiques), les toboggans ou les fleurs. Il y a Philippe Risoli aussi, mais il n’était pas dispo.

Le 22 août 2011 à 08:03

Elle est très belle, ma maman

Elle est très belle, ma maman. Le matin, quand elle vient me faire un câlin, j'aime bien comme elle sourit, son nez il bouge et ça fait des fossettes. Des fois, c'est moi qui la peigne. Elle a des beaux cheveux, ma maman, qui vont jusqu'en bas du dos et qui font des vagues. Quand je l'ai bien peignée, ils brillent et je peux lui faire une grosse tresse qui se balance quand elle fait le ménage. Ils sont noirs mais des fois ça fait bleu. Les cheveux de ma maman, ils sont bien plus beaux que ceux de la mère de Lionel, qui sont jaunes et tout bizarres, comme les herbes quand il fait trop chaud.Ma maman, quand elle me raconte des histoires, ses mains elles dansent en l'air et même que Papa il dit toujours qu'elle a des mains comme des colombes.Elle sent bon en plus, comme les gâteaux. C'est pas comme la mère de Justin qui sent bizarre, comme les trucs qui sentent dans les cabinets.   Ses yeux, à ma maman, ils ont la même couleur que le chocolat, pas comme ceux de la mère de Lucie qui sont tout pâles, qu'on dirait qu'on voit à travers.   Mon papa, il dit que c'est des yeux de gazelle (c'est comme un Bambi).   Je suis très fière de ma maman et quand on va se promener, j'aimerais que tout le monde voie comme elle est belle !   Seulement les autres, ils ont pas le droit. Ma maman, quand on va dehors, elle se met un grand drap noir sur la tête et même des gants et même quand il fait très chaud.   Elle est très belle, ma maman, mais personne le sait à part Papa et moi.

Le 18 mai 2010 à 18:45

Quel toupet !

Le poil est l'attribut le plus visible du pouvoir.

Ces femmes ont un aplomb fou. Il faut les voir se mêler aux réunions décisionnaires, conseils généraux, CA et autres AG, autant de lieux plus ou moins publics où les femmes brillent par leur absence. D’un pas assuré, elles arborent leur attribut, qui est aussi le plus souvent celui du pouvoir : la barbe. Quelques postiches sortis de leur cachette au moment adéquat, l’action se fait généralement sans éclat, l’essentiel étant moins de se faire entendre que de se faire voir. Et de faire honte à des assemblées bien peu paritaires. « S’il faut du poil au menton pour prendre des décisions, garder ses privilèges et recevoir des honneurs, qu’à cela ne tienne. Nous en sommes. » L’association réunit des féministes inventives et actives. Non dénuées d’humour (ce qui est quand même relativement rare chez les féministes), elles ont compris que si le ridicule ne tue pas, le souligner peut sans doute faire avancer les choses. Sur leur site, elles fournissent le kit de la parfaite féministe (un postiche, donc) agrémenté de quelques tuyaux pour rendre l’action plus efficace. On y trouve aussi des vidéos et des images détournées où, par leur seule volonté, les femmes ont du poil au menton, y compris l’intouchable Marianne, qui l’est beaucoup moins, forcément. Leur nom ? La Barbe !  www.labarbelabarbe.orgJusqu'au 6 juin, La Barbe s'expose à la Librairie Violette&Co, 102, rue de Charonne, 75011 Paris.  

Le 19 décembre 2010 à 11:47

« Cessez d'emmerder les Français ! »

Jacques Myard, Assemblée nationale, jeudi 16 décembre 2010

Europhobe, homophobe et tenant de la trique sécuritaire, ce député UMP est réputé pour ses saillies dans l’enceinte du Palais Bourbon, ce qui n’a bien sûr aucun rapport avec le fait qu’il soit élu de Maisons-Laffitte (Yvelines), « Cité du cheval ». Lors de la discussion du projet LOPPSI 2, acronyme gentillet d’une loi à poigne sur Internet, la vidéosurveillance, les mineurs de 13 ans, les squats, les écoutes, les fichiers, les polices municipales ou encore les chauffards, le liberticide s’est révélé libertaire avec ce cri du cœur inspiré du fameux « Arrêtez d’emmerder les Français ! » de Georges Pompidou. C’était en 1966 et le Premier ministre pestait contre l’excès de lois, décrets et circulaires. Moyennant quoi leur nombre n’a jamais cessé de croître. Rien que depuis 2002 on en est à dix-sept lois sur la sécurité et cinq sur l’immigration. Mais Jacques Myard visait seulement la réglementation du permis à points dont il souhaitait un assouplissement. Avec cet argument fort : un « pépé » flashé à 56 km/heures sur « les berges de la Seine » et qui serait de la sorte sanctionné. Il a flotté soudain comme un parfum de nostalgie sur l’hémicycle puisque si la bagnole peut faire la course avec les péniches dans la capitale on le doit à… Georges Pompidou. Au cas ou Delanoë persiterait dans son projet de rendre ces berges aux piétons, qu’il ne s’étonne pas si Jacques Myard remonte en selle avec un slogan tout trouvé : « Faites pas chier les Parisiens ! ».

Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

Le 6 décembre 2010 à 07:23

Avis de recherche

Un homme de 38 ans, Christophe M., a disparu depuis lundi soir. Il semble qu’il ait quitté le domicile conjugal à la suite d’une altercation avec son épouse à qui il reprochait une certaine frigidité. L’homme semblerait s’être rendu ensuite chez son meilleur ami qui est actuellement absent pour plusieurs mois en raison d’une délocalisation de son entreprise en Arabie Saoudite. La femme de celui-ci déclare que Christophe M. lui a effectivement rendu visite dans la soirée de lundi mais qu’il l’a quittée vers deux heures du matin. Christophe M. a ensuite été aperçu au domicile de Monique G., secrétaire de l’entreprise qui l’emploie, où il n’est, semble-t-il resté que deux heures. « Il est venu chercher un certificat de travail » nous a déclaré Monique G qui l’a vu se diriger vers le pavillon de sa voisine, une femme célibataire, qu’il connaissait et que nous n’avons pu joindre. Un peu plus tard, une troupe de majorettes nous révèle que Christophe M. s’est rendu à leur local qu’il a quitté plusieurs heures plus tard en annonçant qu’il comptait se rendre au foyer de jeunes filles de la rue voisine.  La dernière trace que l’on ait relevée de Christophe M. se situait aux alentours du bois de Boulogne où un témoin prétend l’avoir vu s’introduire successivement dans plusieurs camionnettes en stationnement. Depuis plus rien. La famille est anxieuse et lance un avis de recherche. Merci de bien vouloir rassurer une femme et des parents terriblement inquiets.

Le 30 juillet 2015 à 09:17

Poule de luxe

Pubologie pour tous

Dans chaque foyer, il y a un RDA. Rien à voir avec la République Démocratique Allemande, même si dans certaines familles l’ambiance n’est pas franchement plus folichonne et qu’on aurait bien besoin d’un mur pour ne pas se taper sur la gueule. Non, de nos jours, ironie de l’Histoire, le RDA, c’est le Responsable Des Achats. Celui qui fait les courses quoi. En d’autres termes, la ménagère de moins de 50 ans. En d’autres termes Bobonne. Donc, se dit le publicitaire, il faut parler à Bobonne : celle qui repasse en regardant Plus Belle La Vie, un fichu imbibé d’huile de friture sur ses cheveux bicolores (sa dernière coloration date de 6 mois et elle n’a pas eu le temps de refaire les racines). Bobonne est un peu concon, alors Bobonne, quand elle fait les courses, elle choisit du poulet pas cher. Qu’est-ce qu’elle est terre-à-terre, Bobonne, c’est terrible ça, pas une once de folie consommatrice dans les habitudes d’achat de Bobonne. Sous prétexte que c’est difficile de vivre à 5 sur le SMIC de Monsieur, non mais on en entend de belles. Bref, il faut vendre du poulet cher à Bobonne qui achète des marques distributeur et porte ses culottes 3 jours pour économiser l’eau et la lessive. Comment faire ? C’est simple : il faut la faire rêver, Bobonne. L’emmener loin, lui permettre de s’évader de sa triste vie. Lui parler de choses qui la concernent en tant que femme. C’est donc tout naturellement qu’on en arrive à lui parler de sac à main. On lui dit, Bobonne, vas-y, fais-toi plaisir, pour une fois, tu peux : offre-toi un poulet Schmilbluc. C’est un peu plus cher (si peu) mais tu le mérites. Je dirais même, tu le vaux bien.

Le 27 mai 2011 à 09:30

Je ride me voir si belle en ce miroir

Pubologie pour tous

Quand on fait de la publicité pour les cosmétiques on se retrouve souvent devant un dilemme. Car voilà, on raconte aux gens que tout vieux et moches et gros qu’ils sont, affalés devant leur télé avec une bière et un cheeseburger réchauffé au micro-ondes, on va les rendre jeunes et beaux et minces et aussi bronzés en prime.   Le dilemme n’est pas que tout cela est impossible, ça c’est une donnée négligeable. Le problème est que pour vendre de la beauté, on ne peut pas montrer des modèles moches. Voire même un peu imparfaits.   Dans les écoles de com, on ressasse l’exemple de cette marque qui a brillamment montré des gros, des vieux, des différents pour vendre des crèmes, a été encensée par la critique et… a vu ses ventes se crasher en beauté. Donc voilà, c’est pourtant simple, les gens aiment qu’on leur parle à eux tels qu’ils sont, mais en leur montrant des eux tels qu’ils ne seront jamais.   C’est pour ça qu’on montre toujours des trentenaires pimpants avec de faux cheveux blancs dans les pubs sur les colorations capillaires couvrantes. C’est pour ça que les jeunes acnéiques n’ont pas d’acné. C’est pour ça qu’on en arrive, dans une affiche pour un anti-rides, à montrer une femme tellement lisse et retouchée qu’elle semble avoir volé sa peau à un enfant, mais qui se trouve trop de rides alors elle s’étire pathétiquement les bords du visage. Mais heureusement pour elle, il y a un super antirides qui marche tellement bien qu’avant même de l’utiliser on n’a déjà plus de rides.   Ce n’est pas prendre les gens pour des cons. C’est essayer de les comprendre au mieux. Nuance.

Le 27 juillet 2015 à 08:41

De la Burqa invisible

Le voile intégral a une fonction : cacher la femme du regard et de la convoitise sexuelle des hommes. Je ne ferai pas ici d’étude socio-politico-religieuse de la question, je me garde cela pour d’autres lieux. Non, ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce sont d’autres voiles intégraux que nous nous mettons sur la tête ou que nous nous laissons imposer : les voiles symboliques. Ils sont la somme de plusieurs facteurs. Naître garçon ou fille induit de la part des jeunes parents et de l’entourage du nouveau-né, un comportement différent. On ne parle pas de la même façon aux bébés filles qu’aux bébés garçons, par exemple (il y a de nombreuses études sur l’ensemble des comportements face aux nouveau-nés, auxquelles je vous renvoie, afin de bien percevoir tous les mécanismes différenciés que nous mettons en place dès la naissance d’un individu). Ce comportement sérié selon le sexe ne va pas s’arranger en grandissant. Nous ne sommes pas du tout traités de la même façon que l’on soit né mâle ou femelle. Si vous avez des enfants des deux sexes, faites l’expérience quelques heures/jours. Notez le nombre de fois où vous vous adressez aux uns ou aux autres, la façon dont vous leur parlez, les demandes que vous leur faites, l’amorce de vos phrases, etc. C’est édifiant. Et même si l’on est attentif à la problématique, même si l’on « fait attention » à ne pas faire de différence, on se rend vite compte que malheureusement on n’agit pas de façon similaire. La prédominance de l’environnement sur les différences d’attitudes entre les filles et les garçons, est un fait. Les filles vont alors « rentrer dans le moule » qu’on leur a assigné*. Et enfiler leur voile. Parce qu’en le faisant elles répondent à une injonction, et qu’il est très compliqué de passer outre, de se rebeller, de dire « NON » (ce qu’on ne leur a pas – ou mal – appris, au demeurant). Plus que les garçons, les filles vont faire ce qu’on leur demande (les parents, la société, ...) : être confortables, se tenir correctement, ne pas faire (trop) de bêtises, ne pas prendre de risques (laissons cela aux garçons ces casse-cous, puisqu’il a été seriné aux filles, depuis leurs 10 mois « Attention tu vas te faire mal ! » à chaque tentative de nouvelle acquisition motrice : autant dire que ça forge la trouille du risque physique, bien souvent surévalué). Les filles vont se conformer à ce que l’on attend d’elles. Élèves plus « scolaires », filières littéraires qu’elles envahissent par la suite (je vous renvoie au séminaire de Pascal Huguet, au Collège de France, intitulé « Les stéréotypes de genre », c’est simplement hallucinant : les expériences réalisées sont à voir, car même si l’on est concerné, que l’on s’intéresse à ces questions, on reste estomaqué face à l’ampleur des dégâts, notamment au niveau de l’appréhension de la réussite scolaire ). Les filles pensent qu’elles vont moins réussir, que c’est moins important et vont ainsi s’intéresser à d’autres choses afin de laisser la place – leur place –, aux garçons. Le voile s’allonge. Or, un voile peut être confortable. Car s’y cacher, c’est devenir invisible, ne plus être vue. Ce qui peut avoir des avantages. Ou du moins considérés comme tels. Ne pas être « dans le monde » est un gage de paix et de tranquillité, relatives. Du moins on peut s’en persuader. Le voile rend toute chose interchangeable. Tel est le prix à payer du Niqab invisible. L’ôter ou le refuser c’est se rebeller contre la société patriarcale et risquer l’opprobre. Les femmes libres le savent. Celles qui refusent la maternité, celles qui refusent le couple, celles qui refusent le foyer, trois dimensions hors desquelles une femme n’a plus de raison d’être, d’utilité à être, dans une société encore pleine de relents de judéo-christianisme. Il y a celles qui refusent d’être financièrement dépendantes d’un homme, qui vont rejeter, toujours, cette possibilité, qui pourtant leur serait aisément « pardonnée ». Puisqu’elles sont femmes, elles ont ce « droit ». C’est inscrit dans l’inconscient collectif. Il y a celles qui se refusent à ne pas donner le meilleur d’elles-mêmes. Et à qui on va demander plus encore qu’aux garçons, lorsqu’elles réclament leur part. Parce qu’elles vont devoir « payer » d’une façon ou d’une autre, leur choix de ne pas se recouvrir du voile symbolique qui est un des attributs les plus douillets qui soient pour les autres (au-delà du fait qu’il puisse leur faire penser qu’il l’est pour elles-mêmes). Pour les hommes, bien sûr. Parce qu’en rentrant dans la danse, les femmes multiplient les facteurs de rivalité, qu’ils subissent déjà beaucoup trop entre eux. Mais aussi pour les autres femmes, qui sont souvent les premières à les rejeter. « Recouvre-toi. Comme tout le monde. Ne fais pas l’idiote, regarde c’est si simple. » Parce que le risque sous-jacent serait – ce qui pourrait être entendu par une telle requête d’indépendance – : ne pas avoir besoin d’homme dans un monde d’hommes. Et ça c’est un discours insupportable. L’égalité ne peut passer que par un affrontement symbolique et par une pédagogie de tout instant. Les féministes ne veulent pas castrer leurs congénères ni voler leur place. Elles ne souhaitent que vivre en harmonie avec eux, à leurs côtés, et leur faire comprendre qu’ils ne risquent rien à accepter qu’elles jouent sur le même terrain, si elles en ont envie. Car, par les différences qui existent entre les deux sexes, l’égalité ne pourra être que source d’enrichissement pour tous. C’est promis. P.S : tu as vu, aujourd’hui je suis polie. * Les garçons aussi, je ne dis pas le contraire, et je sais bien que ce n’est pas forcément toujours évident pour eux non plus.  Dessin : James

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