Yorick Sirdon
Publié le 28/05/2012

Postériorité


Quand on y pense un peu sérieusement, c'est-à-dire dans la perspective du post mortem, il n'y a pas d'orgueil à tirer d'être très belle et remporter le concours Miss France, car au final, c'est pas beaucoup plus glorieux que d'être très intelligent et remporter une partie de scrabble. Vous allez peut-être opposer que certains, de fait, « survivent » à la mort, et là je ne parle pas de divine dérogation, mais bien de postérité. Faut voir. Attila, l'homme qui fit tant trembler l'Europe, n'a-t-il pas aujourd'hui une réputation que peut lui disputer le moindre désherbant ? C'est pourquoi tous ces hommes qui s'enivrent des vertiges que leur procure la hauteur des cimes du pouvoir que par d'habiles manigances leur outrageuse ambition leur a permis de conquérir devraient y aller mollo dans la superbe. Au sommet, pointu qui pis est, de toute pyramide, on est jamais assis que sur son cul, et ce, quelque soit la tête sur laquelle il repose. Notez que je me passerai de tout jeu de mot douteux basé sur une quelconque homonymie avec notre ancien premier ministre. Cruel mirage que le pouvoir du tyran qui s'exclame : « Mon royaume pour un cheval ». Avec du recul, quelle déchéance ! Tout ce sang versé pour un cheval ! Moi, personnellement, j'aurais demandé une Harley. A la décharge des mégalomanes, qu'y a-t-il à recycler ? Qu'on peut nourrir des ambitions, si risibles soient-elles a posteriori, car si l'espoir fait vivre, le ridicule, lui, ne tue pas. Enfin, ne tue pas celui qui l'est.

Je suis né à Nantes le 21 août 1984. S'ensuit une enfance absolument quelconque qui me mène directement à une adolescence marquée par une pyromanie maladive, canalisée tant bien que mal par mon tabagisme excessif. Après un cursus universitaire en Histoire contemporaine, je me sens à même d'analyser les raisons structurelles pour lesquelles je suis actuellement au chômage.

 

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Yorick Sirdon

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Le 20 août 2015 à 10:49

Nina

Nina était une jeune fille aveugle et heureuse. Jusqu'au jour où elle recouvra la vue. Cela aurait pu se passer autrement et ailleurs, comme se passent souvent les choses, mais ce fut un jour de pluie, à la terrasse d'un café du quartier Montmartre. Le ciel touchait les toits en zinc et les gouttes explosaient sur le trottoir. Un pigeon boiteux dodelinait du chef pour planquer sa frousse sous les branches d'un platane indifférent. Cachée derrière ses lunettes noires, abritée par le store du café, Nina fumait une cigarette. Elle avait perdu la vue à l'âge de six ans, un coup de massue tombé sur son enfance sans cause identifiée. On connaît en détail la topographie martienne, la température au cœur du soleil et la structure de l'ADN. Pas les yeux de Nina. Les médecins s'étaient acharnés, ils avaient inspecté l'iris, creusé la rétine, palpé le nerf optique, fouillé le fond de l'œil. Tout était à sa place, tout fonctionnait. Ils n'avaient jamais su comprendre et soigner cette cécité soudaine. Ils auraient bien voulu continuer à lui triturer les yeux, lui tordre la cornée, vriller sa choroïde, plier en douze son sclérotique et lui perforer le cristallin, c'était un cas vraiment intéressant, mais après des mois d'échecs, les parents de Nina s'opposèrent à toutes nouvelles tentatives. Nina avait beaucoup pleuré au début, mais elle avait grandi dans un biotope familial favorable au développement du bonheur. Un terreau de tendresse et des sourires au nitrate dans lesquels tout peut pousser, même les graines les plus cabossées. Avec le temps, elle avait fini par admettre que ses yeux ne lui serviraient plus qu'à pleurer. Chose qu'elle fit de moins en moins, toute concentrée qu'elle était à se construire une enfance heureuse. Nina n'était jamais plongée dans le noir total, sauf quand vraiment tout allait de travers, quand elle se sentait seule, quand elle avait froid dans son lit les soirs d'été ou quand quelqu'un la traitait de connasse dans le métro. La plupart du temps, elle percevait des couleurs, des tons, des nuances. Jusqu'à treize ans, elle vit surtout de la terre de sienne et du gris souris. Puis, à l'adolescence, elle eut une longue période indigo qui filait vers l'azur. A vingt ans, elle était entrée dans une zone qui oscillait entre le grenat et la fraise écrasée. Les ténèbres de Nina s'éclairaient encore davantage quand elle écoutait de la musique et les teintes principales s'effaçaient pour laisser d'autres couleurs imprimer leurs marques électro-chimiques dans son cerveau. La musique classique, c'était toujours du blanc. Avec des nuances : Mozart était blanc crème, Chopin blanc cassé, Beethoven opalin, et Satie scintillait comme de la neige fraîchement tombée. Le jazz était rouge écarlate avec des reflets sablés et de drôles de serpents sombres qui ondoyaient comme de longs spermatozoïdes. Orangé avec des pointes de soufre et parfois des stries grèges, le rock colorait le plus souvent sa chambre d'adolescente. La variété n'avait pas de couleur propre, chaque titre s'irisait de sa propre teinte. Les chansons de Justin Bieber hésitaient entre la moutarde et le poil de chameau. Nina n'écoutait pas de rap, hélas, on aurait bien aimé connaître la couleur des chansons d'Eminem. Nina ne contrôlait pas les nuances de cette palette sonore. Les couleurs s'imposaient. La voix de sa mère était toujours turquoise. Celle de son père, gris perle. Le vent, vert olive. Le vrombissement d'un avion, bleu nuit, et la pétarade de la circulation parisienne, mauve ou rose. Le gris n'évoquait rien de triste dans l'esprit de Nina, le rose rien de gai, elle n'attachait pas les mêmes valeurs aux couleurs que les voyants. Quand il faisait froid, les tons étaient plus nets, quand sa peau se réchauffait sur la plage, tout devenait flou, comme de l'aquarelle noyée dans l'eau. Nina s'était construite sa propre image mentale de la beauté. C'était bleu ou vert. Tout ce qu'elle aimait était bleu ou vert, l'océan, l'herbe, les arbres, le ciel. Alors quand Nina se sentait bien, quand elle buvait un thé à la cannelle et dévorait une tartine de Nutella en lisant avec ses doigts agiles une incroyable nouvelle de Dezso Kosztolanyi, l'émeraude et le saphir scintillaient dans sa nuit, à la manière des aurores boréales dans les ciels d'Islande. Tout au long de son enfance, Nina demandait souvent à ses parents si elle était jolie. C'était une angoisse sourde de fille aveugle. Ses parents lui décrivaient patiemment son petit nez retroussé, ses joues roses, la fossette qui creusait son menton. Nina glissait son doigt sur le visage de sa mère puis sur le sien jusqu'à ce qu'une lueur verte vacille dans sa nuit. Elle s'endormait alors, rassurée. A la terrasse du café, Nina sirotait un cappuccino au goût ocre. Elle distinguait parfaitement le grésillement beige du tabac qui se consumait au bout de sa cigarette. Elle discernait le halo vert menthe des gouttes de pluie qui éclataient sur le sol et distinguait le tintement gris anthracite de sa cuillère dans sa tasse. Elle voyait aussi le son poil de chameau et moutarde du numéro de claquettes qu'exécutait involontairement le pigeon sur le trottoir mouillé. C'était curieux, mais la musique de Justin Bieber et le bruit des pattes du pigeon sous la pluie avaient la même couleur. Nina attendait une amie. Elles devaient aller ensemble découvrir une exposition de Sophie Calle. Nina adorait flâner dans les expositions. A chaque fois, elles goûtait des mélanges de couleurs inédits. Son amie ne lui décrivait jamais les œuvres, quelques mots rapides, rien de plus. Quand elle était petite, sa mère l'amenait au Louvre et tentait de lui décrire précisément la Vénus de Milo, La femme au miroir du Titien, La nature morte à l'équichier de Lubin Baugin ou bien sûr la Joconde. Mais Nina n'éprouvait rien en écoutant la voix turquoise de sa mère. Elle préférait capturer l'ambiance autour de l'œuvre, elle écoutait le bruit mandarine des pas des gens, s'ils étaient immobiles, s'ils se balançaient d'une jambe sur l'autre, les chuchotements garances qu'ils échangeaient, les silences, le son des trois pas en arrière. Et ça donnait des couleurs fantastiques à cette encre collée sur ses prunelles, des explosions de noirs charbon, des jaunes bouton d'or qui dansaient avec du havane et de la groseille, et par-dessus tout ça, des grêlons de cyan et des ondées de corail. Par dessus tout, ce qu'elle préférait, c'était encore aller seule au cinéma pour se noyer tout entière dans un film d'amour. Elle adorait les couleurs des histoires d'amour. Casablanca avait aveuglé sa cécité dans des éclairs d'oranges sanguines. Et la Strada, Autant en emporte le vent, Ghost, Les parapluies de Cherbourg, Sur la route de Madison, et tant d'autres... A chaque fois, elle avait pleuré de joie et si un rayon de soleil avait pu entrer dans le cinéma et heurter les larmes qui coulaient sous ses lunettes noires, la lumière se serait diffractée en arc-en-ciels inimaginables. Nina n'avait jamais réussi à embrasser un garçon. Elle ne s'expliquait pas cette solitude têtue qui perdurait en dépit de sa bonne humeur, de son humour, de sa joie de vivre. Son handicap n'y était pour rien. Elle avait beaucoup d'amies aveugles qui filaient le parfait amour avec des voyants ou des non voyants et plus encore qui multipliaient les aventures sans lendemain. Une seule fois, elle avait essayé de forcer le destin, posant sa main sur celle d'un garçon, celui-ci avait déguerpi dans un bruit d'ébène et elle avait vu longtemps après son départ les tâches sombres de sa fuite hanter sa propre nuit. Nina souffrait de l'impossibilité physique de toucher et d'être touchée par un autre corps. Elle connaissait la couleur de ses orgasmes, de gigantesques geysers rouges et or qui tournoyaient à toute vitesse balayant son obscurité comme des pulsars célestes. Mais quelle couleur aurait la main d'un homme sur sa peau ? Quelle teinte prendrait son sexe dur dans son ventre ? Quelle est la couleur d'un baiser ? Quelle est la couleur de l'amour ? Personne n'avait jamais escaladé ses hanches, personne n'avait jamais salivé dans sa bouche. Personne ne l'avait jamais aimée. Et Nina n'avait jamais aimé personne. Elle en crevait. A l'adolescence, Nina cessa de demander à ses parents si elle était jolie. Elle n'osait plus. Trompés par sa joie de vivre, ses parents ne pensaient pas à l'éclairer, à la rasséréner sur ce point. Dans la solitude de sa chambre, elle passait des heures à laisser glisser ses mains sur son visage. Elle s'imaginait. La minceur de ses lèvres l'inquiétait bien plus que la taille de ses seins. Le contour de ses yeux dessinait une cartographie qu'elle ne parvenait pas à interpréter. Son front, ses joues, ses cheveux ne lui livraient aucune clé ; Nina ne savait pas si elle était jolie. Sa beauté était indéchiffrable, illisible. Dans les musées, elle avait caressé le visage de beaucoup de statues, elle avait posé ses mains sur les visages de ses meilleures amies, elle savait les reconnaître, elle savait quels visages lui plaisaient davantage, elle avait même fini par apprécier ses propres traits à force de les explorer dans le miroir de ses doigts, mais elle ne savait pas du tout si l'image mentale de sa propre beauté correspondait à ce que percevaient les voyants.   Nina rêvait peu et cauchemardait encore moins. Quand elle tombait dans la trappe d'un cauchemar, c'était toujours le même, pas vraiment un cauchemar, simplement le diaporama tremblant des dernières images que ses yeux avaient perçues avant de s'éteindre. Au fil du temps, sa mémoire visuelle s'était effacée et tout ce qu'elle avait vu jusqu'à ses six ans avait disparu, les traits des visages de ses parents, son propre reflet dans le miroir. Tout s'était gommé sauf ces images-là, les dernières. Elle jouait dans un square. Elle portait une chemisette blanche, une petite jupe fleurie et des chaussures jaunes tachetées de ronds multicolores. Elle courait sur l'herbe rare de la fin de l'été, défrichée par les parties de football sauvages et les batailles d'eau des enfants. Elle se dirigeait vers un ballon en plastique rose. Trois moineaux apeurés s'étaient envolés d'un buisson. Assis sur un banc, une homme venait de croiser les jambes. Il lisait un livre. Et puis soudain, tout s'était éteint. Elle se rappelle distinctement ces trois moineaux qui s'envolent de leur buisson, elle voit clairement leurs couleurs beige, grise, brune et blanche, le noir de leur bec, le rose grisé de leurs pattes. Et puis, il y a cet homme sur ce banc. Il porte une paire de lunettes de soleil. Il est brun, la trentaine, un nez très droit, des oreilles un peu décollées, des cheveux drus, peut-être gominés. Il est plongé dans un livre à la couverture écrue sur laquelle un couple dessiné s'enlace ou danse. Elle se rappelle ce ballon en plastique rose bonbon qui roule sur l'herbe verte, puis qui disparaît avec le reste dans un gouffre noir. La pluie redoublait. Nina avait encore une fois porté la cigarette à sa bouche et c'était arrivé, comme arrivent souvent les choses quand on ne les attend pas. Une rupture violente, un gigantesque craquement de banquise en plein silence. Un flash blanc zigzagua dans ses ténèbres et explosa dans une lumière qui inonda tout avant de refluer, lentement, comme un tsunami qui retourne dans son trou béant, laissant derrière lui des images, des couleurs, des formes, des contours : la vue. Nina avait paniqué. Elle avait l'impression d'avoir absorbé une drogue mauvaise. Une ivresse sans alcool, sans chimie, une ivresse sale, l'impression de respirer soudain l'air vicié d'un monde difforme. Les tasses étaient noires, le pigeon avait une patte presque arrachée, la pluie était huileuse et dégoulinait dans le caniveau. Elle avait d'abord regardé ses mains, elle les voyait pour la première fois et elles étaient exactement comme elle les avait conceptualisées à force de toucher, des paumes légères, des phalanges brèves, des menottes plutôt que des mains. Et puis elle avait laissé dix euros sur la table et elle était partie en courant jusqu'à son appartement, laissant derrière elle sa canne d'aveugle et ses lunettes noires. Partout autour d'elle la rue bougeait, les voitures tanguaient, les immeubles se penchaient, menaçants. Elle courait comme courraient des marins à terre après quatorze ans d'océan. Au coin de sa rue, elle se figea devant une immense affiche publicitaire qui vantait une marque de sous-vêtements féminins. Sur trois mètres de haut, une jeune sylphide blonde exposait en souriant la silhouette affolante que lui avait redessinée un logiciel. C'était le premier être humain que voyait Nina depuis ses six ans. Arrivée chez elle, elle découvrit pour la première fois son appartement, son entrée, son poster du Carré blanc sur fond blanc de Malevitch qu'elle n'avait jamais vu que sous la forme de tâches de couleur, son tapis persan, ses meubles Ikea, les manteaux accrochés dans l'entrée, moins ravissants que dans la couleur qu'elle leur avait donnés à force de les toucher. Elle était allée directement dans la salle de bain. Elle avait ralenti le pas, comme si elle pressentait quelque chose, comme si la salle de bain était un piège. Et si elle était affreuse ? Les voyants ont des années pour faire l'apprentissage de leur laideur, pour s'accoutumer à leurs traits, faire le deuil d'un nez droit, d'un œil bleu, d'une symétrie enfantine dissoute dans la chaux vive de l'adolescence. Elle n'aurait le temps de rien. Devant le miroir, Nina avait d'abord fermé les yeux. Elle avait peur. Elle les avait rouverts très lentement en actionnant une lourde manivelle intérieure. Et Nina s'était vue pour la première fois. Son nez était retroussé ; ses yeux n'étaient pas exactement de la même taille, une dissymétrie très légère ; ses lèvres étaient fines et peu dessinées ; ses joues et son menton fendu par une fossette étaient ronds et il était difficile de savoir si c'était l'enfance qui courait encore sur ses traits ou si la nature avait achevé son œuvre. Aucun de ces détails n'était frappant, Nina n'était pas laide du tout, pour dire vrai, elle était même craquante et beaucoup d'hommes devaient la trouver à leur goût, mais tous ces détails mis ensemble composaient un visage qui ne plaisait pas à Nina, un visage moins lisse et régulier que celui qu'elle caressait quand elle ne se voyait pas. Une goutte tomba sur le carrelage de la salle de bain. Dehors, la pluie avait cessé. Sur son panneau publicitaire, la blonde sylphide souriait. Nina avait décidé qu'elle n'était pas jolie.  

Le 5 juin 2011 à 08:30

Le cauchemar d' Alice

Une nouvelle inédite de Lewis Carroll

Alice se demandait où avait bien pu passer le Lapin Blanc. Elle avait fini par se perdre dans les méandres du terrier dans lequel elle l’avait suivi. Tandis qu’elle cherchait une issue, une odeur de poisson parvint à ses narines. « La mer ne doit pas être loin » pensa-t-elle, « je pourrais toujours demander mon chemin à la Tortue Fantaisie. » Elle finit par trouver une sortie et arriva sur une plage, mais n’y vit nulle trace de la tortue. Elle aperçut alors une ville à quelques pas de là et s’y dirigeait, lorsqu’elle croisa un homme étrange. « Pardon, monsieur, » lui dit-elle en faisant une révérence (elle savait que la politesse était importante en toutes circonstances), « Auriez-vous vu le Lapin Blanc ? Ou la Tortue Fantaisie ? ». L’homme la fixa de ses yeux ronds dont les paupières ne cillaient pas. Sans un mot, il tendit le doigt en direction d’un bâtiment situé un peu plus loin. « Je vous remercie, monsieur » répondit-elle, toujours très polie, bien qu’un peu décontenancée par les manières rudes de l’homme. L’odeur de poisson était encore plus forte dans la ville, ce qui ne plaisait pas beaucoup à Alice. Elle eut alors une pensée pour sa chatte. « Comme ma petite Dinah serait heureuse ici, elle qui aime tant le poisson ! Cela doit fait longtemps que je suis partie, la nuit commence à tomber. J’espère qu’on lui aura donné son écuelle de lait. » L’immeuble était un hôtel délabré. Alice déchiffra sur un écriteau les mots suivants : « Hôtel Gilman, Innsmouth », et entra dans la bâtisse. Un drôle de personnage se tenait derrière le guichet. « Je dois sûrement être arrivée au pays des hommes-poissons » se dit-elle. Elle lui demanda où se trouvait le Lapin Blanc. L’étrange créature lui tendit la clé d’une chambre en disant : « Iä-R’lyeh ! Cthulhu fhtagn ! Iä ! Iä ! » d’une voix gutturale. Alice ne fut pas surprise de cette réponse, elle était accoutumée aux situations inhabituelles. Bien qu’elle n’eut pas compris un traître mot de son discours, elle fit une respectueuse révérence à l’être aux yeux de poisson, et monta quatre à quatre les marches qui menaient à la chambre 428.

Le 8 décembre 2011 à 08:03

Chronique Rurale

Premier jour : le Mont St Michel dans le lointain

> Premier épisode                    > Episode suivantAu premier jour sur place, rien ne se passe. Je dois juste dire que la pluie mouille. Je suis arrivé à 7h30 par le train et la pluie tombe depuis sans discontinuer. Les champs semblent remplis de vaches idiotes et joyeuses qui pataugent dans la gadoue. Sur la route toute droite que j’empruntai ce matin avec la mobylette grise prêtée par le Curé, le goudron luit. Le ciel est fort bas, ça fait presque mal au crâne.  Pour informer le lecteur, je dois dire que je ne suis préoccupé en cet instant que de mon propre moi-même et de la question du pourquoi de mon existence stupide en cette époque stupide. Depuis une semaine, impossible de me souvenir si je suis une fille ou un garçon. Il y a une sorte de confusion absolue des genres, une hésitation quant à l’identification des comportements sexués que je m’attribue. Je crois que la notion de genre a définitivement basculé dans l’oubli, et que je cristallise en ce moment- même ce basculement Historique. J’ai l’étrange et égocentrique sensation de me trouver en un point central de l’Histoire et des événements, ici, au milieu de cet océan d’herbe humide et de bouses de vaches, et qu’il y a comme un cœur universel qui bat, que tous les regards sont tournés vers moi, que je porte une sorte de responsabilité autour du cou qui me prend à  la gorge.  Oppressé, je m’installe soudain dans une cabine téléphonique abandonnée, dont le combiné ne semble relié à rien, je m’assois sur le genre de rebord en métal inconfortable que l’on trouve toujours à l’intérieur des cabines, je regarde une mouche buter bêtement contre la vitre, et j’attends. Si je cligne un peu les yeux, je peux voir le Mont St Michel dans le lointain. Ca me fait penser à la Mère Poulard et à un grand parking avec des bus.  Maintenant je dois mettre mon programme à exécution. Je dois passer à la phase active de mon plan. Il n’est plus question de reculer. Il faut avoir des couilles. Si j’en avais de grosses, ce serait d’ailleurs un indice probant quant à mon identité sexuelle.

Le 1 mars 2011 à 19:07

Ceci n'est pas un parapluie

A l'heure où un collectif de diplomates dénonce la politique étrangère de la France sous le pseudonyme de "Marly", les équipes présidentielles de l'Élysée ont sans nul doute été sujettes à d'abondantes sueurs froides. On imagine bien la crise de panique élyséenne, entre deux bains de sang libyens, pour tenter de retirer quelques photos compromettantes de Nicolas Sarkozy offrant des courbettes disgracieuses à son ami Kadhafi à qui il déroula le tapis rouge quelques semaines seulement après son élection. Cachez donc ces amis que l'on ne saurait voir; et civilisez-moi donc ce web! Dans le même temps, une image subliminale aussi brève qu'une phrase de DSK inonde les télés du monde entier, nous forçant à nous gratter la tête : le parapluie déployé du colonel criminel nous interpelle, sans doute destiné à nous livrer, à nous les "chiens", un message en bonne et due forme. Officiellement, l'objectif était de prouver qu'il n'avait pas pris la fuite vers le Vénézuela. Rien sur cette image (qui s’apparente à une hallucination collective) ne permet de définir le lieu où elle a été tournée. Mais de quelle symbolique le parapluie est-il le nom? Si l'ombrelle est un symbole solaire, le parapluie serait associé à l'ombre, au repli sur soi, et symboliserait le besoin de protection, la crainte de la réalité, le manque de dignité et d'indépendance. On ne sait pas, en revanche, s'il s'agit du parapluie qu'on déploie ou de celui que l'on tient fermé comme un bâton de pèlerin. Toujours est-il qu'il pleut du sang en Libye et que tout n'est peut-être qu'une question de (trop longs) jours avant que celui qui prétend vouloir mourir en "martyr" ne finisse par rejoindre le clan des despotes renversés.

Le 7 décembre 2010 à 11:13
Le 12 novembre 2015 à 10:57

Lectures incandescentes dans l'anthropocène

Oui, ça va chauffer grâce, notamment, à quelques très enflammants livres séditieux sortis ces temps derniers qu’on peut artistiquement chauffer ou échanger contre de la braise dans les Fnac belgo-françaises. Humour incendiaire Deux monstrueuses merveilles à l’iconographie turbosoufflante. 1. Dans le ventre de Hara Kiri des super photographes-voyous Arnaud Baumann & Xavier Lambours (La Martinière) où l’on se fend frappadinguement la gueule, en format géant, avec les turlupins assassinés le 7 janvier, ils sont tous là, mais également avec les autres tueurs à gags historiques du gang bête et méchant, Cavanna, Berroyer, Vuillemin, Coluche, Willem, Copi, Gébé, Reiser, Siné. 2. Avec les mêmes fous furieux pourris gâtés de talent renforcés par Luz, Fred, Gaccio, Topor, Bouyxou ou Delépine, Ça, c’est Choron ! (Glénat) où on nous rappelle en passant que pour « l’icône des déconnants », l’abominable Professeur Choron, qui créa Hara Kiri, Charlie, La Mouise, Grodada, le comble du courage, ce n’était pas « d’arrêter de fumer mais de fumer cinq paquets par jour sans tousser ». Poésie sulfureuse La Correspondance posthume 1912-1920 d’Arthur Rimbaud (Fayard – plus de 1300 pages !) démontre à quel point le plus renommé des poètes d’en France fut aussi le pire des fouteurs de bordel, taguant sur l’église de Charleville « merde à Dieu ! », c’est bien connu, mais encore s’insoumettant à la loi militaire française, semant la zizanie avec sa canne-épée et hurlant à la lune : « Maintenant je peux dire que l’art est une sottise. », « Brisons les sceptres et les crosses ! », « Allons, feignons, fainéantons ! » Dessins impitoyables Le gargantuesque Cahier dessiné 2015 orchestré par Frédéric Pajak offre un panorama épastrouillant des dessins cinglants d’hier et d’aujourd’hui « n’étant jamais là où on les attend ». Au programme, outre les fusées d’obus de Vuillemin, Ungerer, Gébé, Copi, Reiser, Siné, Willem, les caricatures d’Hugo, les hiéroglyphes de Steinberg, les logogrammes de Dotremont, les lithos trash de Topor, les encres désaxantes d’Alechinsky mais également les crayonnages de Bruno Schulz, qui désacralisa le judaïsme, les aquarelles chaotiques d’Otto Wulz, les acryliques sur papier sulfureux de Jean Raine, les gravures profanatrices de Stéphane Mandelbaum, assassiné à la Pasolini, ou les fusains mutants du très regretté pataphysicien Olivier O. Olivier. Chansons ravageuses Grâce aux éditions du Cherche Midi, on peut enfin vadrouiller dans le Journal (et autres carnets inédits) que tint Georges Brassens entre 1963 et 1981 dans lequel les ébauches de chansons (Cupidon s’en fout) voisinent avec les confidences percutantes, les saillies provocatrices (« Parlez-moi d’amour, je vous fous mon poing sur la gueule »), les professions de foi salées (« Je tiens les religions pour un grave danger » « Je serai content quand il n’y aura plus un seul ancien combattant »), les paradoxes truculents (« J’ai beaucoup de respect pour les femmes, ces putains ! ») ou avec les aphorismes scabreux (« Il ne suffit plus au riche de s’excuser, il faut qu’il se tue »). Polars trouble-fêtes Sous le titre Tout doit disparaître, Gallimard réédite cinq des premières séries noires libertaires totalement azimutées d’un des principaux héritiers de Jean-Patrick Manchette, le romancier Jean-Bernard Pouy, qui, depuis son fameux Spinoza encule Hegel, personnifie comme pas un dans sa vie et son œuvre l’esprit « amitié et alcool, révolte et rock ‘n’ roll ». Je tiens le philosophe forain et « dépravateur de concepts » Alain Guyard, le fricasseur des formidables 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons et de La Zonzon, pour un des rares écrivains populaires furieusement inspirés de la décennie. Son dernier-né, La Soudure, qui sort à son tour au Dilettante, c’est super inventif sur le plan narratif et stylistique et c’est irrécupérable par la bonne société : ses jeunes héros, Ryan et Cindie, ont fort envie de « commencer une formation diplômante dans les métiers de la délinquance » mais y a un lézard : ils ne veulent pas devenir braqueurs, la violence les dégoûtant, ni dealers pour ne pas « empoisonner les gens avec de la came ». Qu’à cela ne tienne, c’est au cambriolage anarchisant à la Georges Darien qu’ils vont s’initier en ne s’en prenant qu’aux coffiots des « plein-de-truffe ». Court essai canon Le retour, à La Découverte, avec une nouvelle préface qui s’imposait, de Rien n’est sacré, tout peut se dire (2003) de l’ex-situ belge Raoul Vaneigem, une des meilleures charges existantes contre les multiples visages de la censure. Pour Vaneigem, comme pour un Jean Bricmont, c’est clair et net comme raclette, la liberté d’expression ne peut souffrir aucune limitation, qu’elle soit politique, morale ou juridique. « Les opinions – même les plus odieuses, les plus répugnantes, les plus hostiles à la liberté – ne doivent redouter ni censure ni sanctions. » Mais attention, tant que ce ne sont que des opinions, souligne bien Vaneigem. Et de préciser à l’heure du massacre de Charlie et du passage ahurissant du co-auteur (Robert Ménard) de Rien n’est sacré… à l’extrême droite : « Tolérance pour toutes les opinions, intolérance pour tout acte d’inhumanité. » Bédés pétroleuses Un comic strip et un illustré  féministes tout à fait au poil (c’est rare !). Journal d’une femen de Dufranne et Lefebvre (Le Lombard) qui relate de façon très documentée comment de nos jours on devient une redoutable amazone du désordre. Et La Reconstitution (Actes Sud/L’An2), l’autobiographie hyperbandante de la bédéiste-agitatrice issue de Charlie mensuel Chantal Montellier, laquelle, lorsqu’on lui demandait avant 68 ce qu’elle voulait faire plus tard, répondait fort sérieusement : « peintre maudit ». Roman sacripant Frigoussé par un prof à l’IHECS/Bruxelles étrangement facétieux, Jean Lemaître, La Révolte des Gilles de Binche (Audace/La Roulotte théâtrale), dotée d’une splendide couverture à l’huile de vitriol du compère Serge Poliart, annonce la couleur en se plaçant sous le parrainage du surréaliste pyromanesque Achille Chavée (« Il ne faut jamais ternir sa mauvaise réputation ») et en conviant d’entrée de jeu ses lecteurs à redevenir des petits garnements déchaînés narguant l’esprit de sérieux et toutes les liturgies. Livre de cinéma explosif Collaboration du chercheur à l’université d’Harvard Ben Urwand (Bayard) est une bombe. Car il dévoile la vraie raison pour laquelle les studios hollywoodiens n’ont quasiment pas produit entre 1933 et 1941 de films hostiles au régime nazi, et ont tu leur gueule à propos du sort réservé aux Juifs d’Europe. L’explication, c’est que pendant cette période un pacte secret avait été conclu entre Hitler et les big boss d’Hollywood prêts à tout pour conserver la maîtrise du marché du film en Allemagne. Livre d’art scandaleux Les éditions Allia ressuscitent les exceptionnels Entretiens avec Pierre Cabanne de Marcel Duchamp qui eurent lieu en 1966 deux ans avant que celui-ci ne casse son porte-bouteilles. L’artiste y avoue que, pour lui, « travailler pour vivre est un peu imbécile », qu’il chérit « son fonds de paresse énorme » personnelle, qu’il ne croit pas « à la fonction créatrice de l’artiste qui est un homme comme les autres », que « nous sommes tous, en fait, des artisans », que de toute façon « un tableau qui ne choque pas n’en vaut pas la peine », que « sa meilleure œuvre a été l’emploi de son temps », que d’ailleurs « chaque seconde, chaque respiration est une œuvre ». Et ça continue sur ce ton mordicant et revenu de tout qui est lui-même une œuvre.

Le 21 août 2012 à 09:03

Robert Dehoux

Les cracks méconnus du rire de résistance

Avez-vous déjà lu quelque part une description du modus operandi pigeonneur des idéologies plus fortiche que celle-ci ? « Toutes les idéologies procèdent de la même manière. Elles partent des faits constatés dans la pratique courante pour les fixer dans une Loi et présenter ensuite cette Loi comme explicative et justificatrice des faits. L’effet devient la Cause, c’est cette Cause qu’on défend, et c’est au nom de cette Cause qu’on fait durer l’effet. » C’est signé Robert Dehoux, un truculent sosie belge de Popeye venant hélas de casser sa pipe (voir hommage vidéo de Be­noît De­lé­pine et Gus­tave Ker­vern) et dont tous les livres, du libelle « Teilhard est un con » (1962) et de la renversante « Survaleur » (autoédité en 1970) au manifeste des anti-ethnologues enragés « Le Zizi sous clôture inaugure la culture » (L’Age d’homme), filent une sacrée chicousta aux préceptes-mêmes de l’économie marchande, du pouvoir hiérarchisé, de « la fabrication des responsables ».S’ils me semblent aussi balèzes — je n’exagère même pas — que les plus radicales analyses d’un Debord ou d’un Baudrillard, les brûlots de Dehoux présentent la singularité d’être toujours, par ailleurs, foutrement désopilants. Tout autant que ses mots de désordre trompetés parfois lors de manifs ou pendant des cérémonies pompeuses : « Ayons le sens de l’irresponsabilité ! » ; « Evadons-nous de nos cellules familiales » » ; « Détraquons ce qui nous traque ! » ; « Faisons dérailler le train-train quotidien ! ».Tout autant que l’effarante profession qu’il avait créée et exercée : antilibraire. Dans l’anti-librairie de Robert Dehoux, près de la place Flagey de Bruxelles, outre ses livres séditieux préférés, on trouvait sur la couverture d’espèces de boîtiers des titres connus d’auteurs qui lui hérissaient le poil (Descartes, Hegel, Marx…). Et quand on ouvrait ces anti-livres, on tombait sur une critique gratinée des côtés réacs des ouvrages historiques en question fricassée par la maître des lieux. Robert appelait ça : « dépublier des livres ».Mais ce ne sont pas les écrits scandaleux de Robert Dehoux, trop peu répandus encore, ni ses dépublications cocasses de livres qui en ont fait un redoutable ennemi des lois et institutions. Ce sont ses voies de fait nocturnes. Qu’il s’agisse de ses fausses alertes à l’expropriation dans des poudrières ouvrières ou de ses opérations commandos, effectuées en famille, de bouchages méthodiques de serrures antipathiques (commissariats, sanctuaires, écoles, cabinets d’huissiers de justice ou de percepteurs du fisc…) à l’aide de bêtes allumettes coupées dans le sens de la longueur puis, plus tard, de colles extra fortes.Un beau matin, à Bruxelles, aucune banque du centre n’a pu ouvrir ses portes car toutes leurs serrures avaient été artistiquement bouchées durant la nuit.« En fermant les banques, nous nous donnons l’occasion de ne plus payer nos traites, nos téléphones, nos loyers, etc. Et donc de ne plus entretenir l’armée qui en notre nom nous occupe. En fermant les banques, nous nous donnons à nous-mêmes le crédit que jusqu’à présent celles-ci nous distillaient à partir de notre propre travail. »

Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

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