Marie-Emmanuelle Brodeau
Publié le 07/06/2012

Comment j'ai loupé mon entretien d'embauche


Chronique d'un non recrutement annoncé

La responsable des ressources humaines ouvrit le feu :  «  Comment vous imaginez-vous dans cinq ans ?

—Hum…je pense que je serai enceinte de mon troisième enfant répondis-je. »

Interloquée, elle ajouta :

—Ah… à ce propos… vous avez déjà des enfants peut-être ?

—Absolument pas non. Mais je compte bien me mettre à l’ouvrage dès cette année. »

Là, il me sembla qu’elle était à deux doigts de s’étouffer. Le petit homme chauve à son côté me regardait avec un air amusé.

« Bien, reprit-elle. Je…je suis un peu surprise. Poursuivons ! Pourriez-vous me citer trois défauts et trois qualités qui sont les vôtres ?

—Commençons par les qualités, c’est plus positif. Eh bien, voilà la première. Je suis quelqu’un de positif. Je suis également très spontanée et intègre. Quant à mes défauts, on me dit imprévisible, assez indisciplinée et parfois un peu trop radicale. »

A cet instant c’est le directeur financier que je vis changer de couleur passant du vert pâle au blanc transparent.

« Ce sont des défauts assez… comment pourrait-on dire… ? hésita t-elle

—Chiants ! Ce sont des défauts assez chiants pourrait-on dire répondis-je avec la spontanéité que j’évoquais un instant plus tôt.  

Un long silence plana alors au-dessus de nos têtes. Silence au terme duquel elle reprit l’entretien avec un détachement significatif. Cinq minutes plus tard j’étais dehors, déambulant sous les arbres qui bordaient l’allée et desquels s’envolaient en bouquets odorants les pétales blancs de cette fin de printemps.

Je m’adonne au plaisir des mots depuis que je suis enfant. A 8 ans je composais mes premiers vers. A aujourd’hui 35 ans je continue de composer des vers et n’hésite plus à dire quand on me demande ce que je fais dans la vie que je suis poétesse-lectrice puisque j’offre mes mots à l’œil mais aussi à l’oreille.  J’écris également des nouvelles. L’écriture occupe le plus clair de mon temps qu’il s’agisse de poésie ou de toute autre forme littéraire. L’essentiel étant pour moi de m’approprier le monde par les mots.

 

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Le travail, c'est lassant

Thé ?

– J'ai beaucoup de chance, car j'ai pu faire de mon hobby une profession.– Ça alors, quelle chance !– Oui. Je viens de le dire. C'est un réel plaisir, car jamais je n'ai l'impression de travailler. Tous les matins, je suis heureux de me lever.– Même en cas d'insomnies ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a jamais d'insomnies.– Même quand vos voisins ont joué du tambourin toute la nuit ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de voisins !– Même quand votre splendide épouse Inge décide à brûle pourpoint de vous faire réviser 19 positions différentes du kama sutra au cours de la même nuit ?– Ah, je vous vois venir, vous aimeriez que je vous réponde "mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de splendide épouse" !– Oui.– Aucun lien. Elle ne supportait plus les voisins alors elle est partie refaire sa vie avec leur tambourin.– C'est triste.– Non, quand on aime son travail, on n'est jamais triste.– Et quel est ce hobby ?– La comptabilité analytique.– Ça alors.- Tout petit, déjà, après un marathon ou une dégustation de fromages, pour me détendre, je faisais un plan comptable. Un bilan. Parfois même un tableau excel. Aujourd'hui, c'est devenu mon métier.– Quelle chance !– Oh, la chance n'y est pour rien, quand on veut on peut, tout est question de volonté, et un match n'est jamais joué avant le coup de sifflet final.– Quelle sagesse !– Mais vous, mon brave, avez-vous également connu la satisfaction d'avoir fait, si j'ose dire, de votre hobby une profession ?– Hé bien non, pas du tout.– C'est ballot.– Mais non. Au contraire. Car j'ai fait de ma profession un hobby ! Et j'en suis ravi.– Plaît-il ?– J'ai fait de ma profession un hobby. Le matin, j'arrive au travail, je relève mes e-mails, j'y réponds, je fais des concours sur internet, j'écoute de la musique, je poke des amis, je lis des blogs, je lis des journaux en ligne, je lis les commentaires, je me lamente sur l'état de l'humanité, je bois un café, je tweete, je facebooke, j'instagrame, je rebois un café, je commente le match d'hier soir avec mes collègues, j'achète des billets d'avion, je me gratte le dos, puis, quand je sens que je commence à m'ennuyer, je bosse un moment. C'est très gratifiant.– Quelle chance.

Le 8 juillet 2011 à 08:54

Huile de coude, ou comment la cruciale question de l'emploi trouve des solutions simples et élégantes.

Cornegidouille ! Si la question de l’emploi est prépondérante, (je n’oserais dire incontournable, afin de ne pas empiéter sur le lexique journalistique), c’est que nous avons négligé les débouchés physiques de certaines formes de travail, peut-être même les plus attrayantes. C’est une anecdote qui m’a mis la puce à l’oreille : il y a peu de temps, un des mes amis s’est vu demander par un client de l’huile de coude. Il y avait certainement de la malice dans cette demande aux allures excentriques. Mon ami, loin de se décontenancer pour si peu, s’est évertué à satisfaire l’acheteur. Mais du rayon lingerie fine au service après-vente du rayon électroménager, ladite huile est restée introuvable. Diable !     Pensons bien, chers humanoïdes et ceux qui s’en rapprochent, combien nous pourrions subvenir aux besoins de nombre de nos semblables, en réhabilitant l’honorable tâche de producteur d’huile de coude !     Vous sentez une grande fatigue s’abattre sur vous ? Vous avez la démarche morne et lente ? Construire un nichoir vous demande un effort désespéré ? Problèmes Ô combien quotidiens, handicaps sociaux véritables ! Mais voilà, les producteurs d’huile de coude, organisés en une S.A. des plus dynamiques, recrutent avec force bonne volonté. Point d’expérience exigée, CDI à la pelle physique. Juré. Jeunes bienvenus, mais point trop jeunes non plus. Car voyez-vous, l’huile de coude est une denrée dont on ne saurait se passer. Elle vous accompagnera toute votre vie, sous forme de spray, de pastille, de gel, d’infusion, de patch. Et ce n’est qu’un début !   Voilà chers jurés, satrapes, ministres, amoureux du genre humain et ceux qui l’honnissent, quelles sont les mesures, simples et révolutionnaires à la fois, que je propose en vue de donner un second souffle au marché de l’emploi. Vous aussi, pariez sur l’huile de coude !

Le 20 janvier 2012 à 08:25

Robert

Y’a des fois où Cupidon il a juste pas envie. Il va chez Burger King et il se descend une mauvaise bière en format maxi dans un gobelet en carton. Parfois plusieurs. Il fait des concours de rots avec des potes, mais sinon il est bien souvent seul alors il finit la tête dans la cuvette des toilettes parce qu’il est pété comme un coing et le serveur de chez Burger King doit le mettre dehors à grand renfort de coups de balai et de « Bon et bien maintenant ça suffit hein ». Cupidon, il s’appelle Robert Jourdheuil-Chaussy et il habite à Bastille dans un 22m². Il est au chômage et il est un peu alcoolique. Il ne se rase pas. Il ressemble à Gainsbourg, le talent en moins : il est donc très banal. Il est bordélique : son appartement pue. Robert joue au Loto tous les deux jours dans l’espoir de pouvoir s’offrir la nouvelle enceinte panoramique pour iPod dessinée et pensée par Jean-Michel Jarre, parce que Robert, il a toujours été fan de Jean-Michel. Avant, il aimait lire Rainer Maria Rilke, mais ça fait longtemps qu’il ne lit plus Rainer Maria Rilke : il préfère regarder Plus Belle la Vie sur France 3 parce qu’au final, Rainer Maria Rilke, Robert il trouve ça un peu chiant. Robert a une relation suivie avec Marinette Concrat qui habite à Saint-Denis. Ils ne sont pas attachés l’un à l’autre plus que ça, mais il est vrai qu’au lit, c’est plutôt pas mal : cette Marinette, c’est un peu une vraie cochonne. Marinette elle trompe Robert avec François Quanterin et Philibert Jançay, tout ça en même temps. Robert le sait bien, alors pour se venger, il voit régulièrement Ghislaine Vernot de Montmartre. Ghislaine Vernot, c’est l’ancienne égérie de Fabien Carnaudie, le peintre qui s’est suicidé il y’a trois ans et qu’on a enterré au Père-Lachaise parce qu’il était célèbre. Fabien Carnaudie, comme tout bon peintre, avait la syphilis, ce qui veut dire que Ghislaine Vernot, François Quanterin, Philippe Jançay, Marinette Concrat et Robert l’ont également. Robert sait tout ça : il est Cupidon et de ce fait, même s’il n’est plus le petit angelot tout mignon des représentations, il a accès à des informations très secrètes de ce type. Robert ne croit plus au romantisme qui était pourtant le pilier fondateur de son activité. Robert ne croit plus en rien : il a rangé son petit arc et ses petites flèches depuis bien longtemps et ils prennent la poussière dans un coin de son 22m². Désormais les gens font semblant de s’aimer, juste par habitude, et nostalgie : ça ne dure pas, mais ce n’est pas de la faute à Robert. Robert, il est pas responsable si les gens savent plus vraiment comment faire. Hier Marinette a dit : « Robert, je crois bien que je t’aime. » Robert, il a répondu : « Ouais, ouais ». Elle avait besoin de pognon alors Robert va lui en donner et ne jouera pas au Loto cette semaine. Par amour. Tant pis pour l’enceinte à Jean-Michel Jarre.

Le 11 janvier 2011 à 08:00

Au secours les mots : Alice de Poncheville défend le mot "transparence"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici."Il faut accroître la transparence des politiques financières et monétaires." Rapport FMI 29 septembre 2010.Un peu comme avec un de mes amis qui a le sens inverse de l’orientation — il faut aller à gauche quand il tourne spontanément à droite —, je sais qu’un homme politique ou qu’une organisation qui parle de transparence a toujours quelque chose à cacher. Le mot transparence a la puissance des formules magiques. Entendez-le prononcé et la volonté d’aller vérifier par vous-même s’évanouit."Tout est transparent dans notre organisation, nos évaluations, notre stratégie, notre management. Nous sommes des êtres de verre, pas fragiles pour autant, car par l’augmentation de notre masse, nous créons de la solidité. Faites-nous confiance." Mais les employés sont fabriqués dans une silice de moins bonne qualité, ils s’effritent, se fendillent, se jettent par les fenêtres et se fracassent sur le sol en mille morceaux. "Nos comptes sont clairs, venez y mettre votre nez." Mais le nez s’écrase contre la vitre de l’immeuble moderne derrière laquelle s’active le grand corps complexe de l’entreprise ou du pouvoir.Rien n’est transparent. Une analyse ne rend pas le patient transparent. L’amour ne rend pas l’amoureux transparent, même s’il peut le rendre lumineux. La création n’est pas transparente, même si elle peut être limpide. La sexualité n’est pas transparente, même pratiquée en pleine lumière. Le mot transparence, utilisé comme il l’est aujourd’hui, m’évoque la pornographie. Comme si en montrant ce qui entre dans les corps, de très près, on pouvait voir autre chose que la mort sinistre de l’imaginaire et de la liberté.Je pense au travail de la femme qui s’extasie devant la transparence de ses vitres pour laquelle elle s’est donnée tant de peine. Au raisonnement alambiqué et pourtant si transparent de mon petit garçon quand il veut obtenir quelque chose de moi. A l’écrivain qui cherche à rendre compte d’une sensation et qui hésite entre les mots éblouissement et transparence qui paraissent opposés. Il choisira les deux, militant pour l’oxymore qui est, au fond, la figure qu’il préfère. La transparence est fragile comme les images qu’elle fait naître. Et je regarde, fascinée, la transparence de ces grains de raisins aperçus sur la toile d’un maître obscur, au détour des pages feuilletées d’un magazine, un soir où tout est beau et sombre.  Alice de Poncheville a été comédienne, elle est devenue réalisatrice de films courts. Elle écrit aussi des romans pour la jeunesse (Ed. de l'Olivier) et son seul livre pour les adultes est un recueil de nouvelles, La Martre, est paru aux éditions de l'Olivier. Elle pratique également la menuiserie.

Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 4 janvier 2011 à 10:33

« Est-ce que vous avez vu un socialiste qui propose d'étendre les 35 heures à toutes les PME ? »

Manuel Valls, Grand Rendez-Vous Europe 1, Le Parisien, Aujourd'hui, dimanche 2 janvier 2011

Bien vu l’aveugle ! Aucun socialiste ne l’a proposé puisque c’est déjà la durée légale du temps de travail applicable à toutes les entreprises. Mais que le postulant aux primaires du PS se rassure sur le sort des PME : depuis 2003 la droite a bien fait le boulot à coups de déplafonnement, de défiscalisation des heures supplémentaires et autres mesures dérogatoires pour briser  "le carcan des 35 heures". C’est la formule sous le régime Sarkozy-Fillon, alors que les convenances de l’ère Chirac-Raffarin voulaient qu’on les "détricote". Manuel Valls, pour qui le "travailler plus" n’est pas l’ennemi du "travailler mieux", a innové en parlant de "déverrouiller" la loi des 35 heures, ce qui se situe mécaniquement parlant entre les deux même si, socialement, il force une serrure déjà ouverte.  Au point que l’on a entendu le président de la CGPME déclarer en décembre que "le problème des 35 heures avait été résolu". Désireux d’éviter un clash avec les syndicats, il rappelait à l’ordre une partie de la droite — Jean-François Copé en tête — qui propose de faire carrément sauter la porte de ses gonds, en effaçant les 35 heures du Code du travail. Valls, moins brutal, veut la déposer avec des précautions pour ne pas heurter les syndicats. C’est raté. En ce début 2011, il a surtout lancé le concours, toujours très disputé, du plus beau gadin de campagne présidentielle.

Le 26 août 2014 à 10:27

« Le droit au travail, c'est un non-sens » (Albert Paraz)

Ce n'est certes pas du boulot que de travailler à la déchéance du travail comme ont su si bien le faire les terribles luddites, dont nous allons rappeler quelques salubres forfaits, et l'utopiste british William Morris, mais aussi le génial « basculeur de légendes » Albert Paraz qui a magnifié mieux que personne les « flemmartistes » dans Les Repues franches(1937). « Le droit au travail, c'est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l'économie. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il faut réinventer l'idéal perdu de l'homme du grand siècle qui vivait parfaitement sans travailler, il faut retourner au Moyen Âge où le travail était méprisé, revenir à l'Antiquité où les hommes libres n'y pensaient même pas. Il est urgent de déshonorer le travail. » Moins radical que Paraz ou que Fourier, William Morris, à la fin du XIXe siècle, n'en invite pas moins les pue-la-sueur à repenser totalement le travail, à opposer au productivisme capitaliste abrutissant et insensé une « vision du travail héritée des arts populaires où l'artisan, maître de tous les aspects de son art, connaît à la fois un repos abondant, le plaisir créatif » et la satisfaction d'être en phase avec une communauté sympathique. Critiquant sans quartier par ailleurs le militarisme, le colonialisme, l'esprit de concurrence, la propriété privée des moyens de production, la publicité ? déjà ! ?, la destruction de la nature ou le « réformisme tiède », les deux conférences de Morris (1884 et 1886) recueillies fin 2013 dans La Civilisation et le travail (Le Passager clandestin) sont balèzement introduites par Anselme Jappe, la terreur des glorificateurs du travail corniaud. Place au luddisme qu'on peut considérer, selon la formule de Paraz, comme « le travail bien compris ». En 1999, les nauséeux big boss des deux fabriques d'OGM rivales AstraZeneca et Monsanto tombent enfin d'accord : il faut diaboliser à tout prix les nouveaux « luddites » que sont pour eux les faucheurs de céréales transgéniques et les saccageurs de laboratoires de recherches agronomiques pro-OGM entendant « décontaminer l'environnement ». Deux siècles après leur grande insurrection au centre de l'Angleterre (bris de métiers mécaniques, incendies de manufactures, pillages d'entrepôts) contre « la dépossession machinique », et l'impitoyable répression qu'elle suscita (la pire que les Britiches aient connue), les luddites continuent de filer les flubes aux loufiats du capitalisme industriel. Le mouvement luddite a beau déjà s'amorcer dans le Londres de 1710 et laisser même des traces dans la France sans-culotte, où les bris de machines sont fréquents, on peut lui donner une date de naissance très précise : le 20 novembre 1811. Ce jour-là, près de Leicester, l'apprenti tricoteur Ned Ludd se montre si peu zélé au travail que son maître le fait fouetter. En réponse à quoi le garçon démolit le métier à tricoter au marteau. Chaque fois dorénavant, qu'une machine sera sciemment endommagée, on dira que Ned Ludd est passé par là. Retracent méthodiquement la saga des contempteurs en actes de ce qu'on a appelé « les machines odieuses » le bulletin d'infos des chouettes Amis de Ludd espagnols (éditions La Lenteur) ; l'intéressant, quoique souvent casse-burnes, Les Luddites de Bourdeau, Jarrige, Vincent (www.editions-ere.net); l'assez bien foutu Les Briseurs de machines de Ned Ludd à José Bové du docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis (Seuil) ; et, de loin mon petit préféré, La Révolte luddite (L'Échappée) de Kirkpatrick Sale connu par ailleurs pour avoir démoli un ordinateur en pleine conférence de presse au New York City Town Hall. De ces lectures, on peut allègrement déduire que les luddites, contrairement à ce qui s'est colporté, via Marx notamment, ne s'opposaient pas aux innovations techniques mais aux conséquences désastreuses de la mécanisation sur le niveau de vie des ouvriers et des artisans du textile. Ce n'était pas d?ailleurs aux machines en soi qu'ils s'en prenaient, c'était, nuance !, aux « machines préjudiciables à la communauté ». Kirkpatrick Sale ajoute que ce qui était mis en question avec fracas par les révoltés, c'était « la légitimité des principes de compétition et de profit illimité ». que ce n'était pas seulement les travailleurs brutalement remplacés par des métiers à tisser mécaniques ou par des tondeuses hélicoïdales qui abattaient leurs lourdes masses sur les machines envahisseuses. Que c'était tout leur quartier, tout leur village. « Tout membre de la classe inférieure est de leur côté », lit-on dans un rapport d'officier de police de 1812. que les luddites précédaient toujours leurs raids d'une lettre de menace signée Ned Ludd, général Justice ou, vingt ans plus tard, Capitaine Swing sommant les patrons des manufactures visées de renoncer à leurs machines. qu'organisés par petits groupes correspondant entre eux par codes, les casseurs n'opéraient pas à visage découvert. Ils se noircissaient la figure, portaient des masques en peau de bouc, revêtaient des pardessus militaires, se travestissaient quelquefois en femmes. Et qu'ayant mené la plupart de leurs premières offensives à proximité de la forêt de Sherwood (à la fin de janvier 1812, près d'un millier de métiers sont détruit dans le Nottinghamshire !), ils aimaient se proclamer les enfants de Robin des Bois. que les choses se sont bientôt corsées. Vu que le luddisme se propage vite à travers le pays, qu'il s'accompagne de plus en plus volontiers d'incendies et de pillages (les fameuses émeutes « frumentaires »), et que le bruit court que certains bousilleurs de machines ont en tête de « renverser le gouvernement et détruire toute forme de propriété », la Chambre des Lords n'y va pas par quatre chemins : elle condamne tous les mutins à la pendaison. Au grand dam, l'on s'en doute, des intellos de gauche de l'époque (Lord Byron, Shelley) qui se mobilisent. Les luddites ne se laissent pas conduire au gibet sans broncher. Ils prennent d'abordage des casernes et s'emparent de dépôts d'armes. La suite des affrontements dans les ouvrages épinglés plus haut. « C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté. » (B. Traven)   P.-S. : Sur les néo-luddites, à lire avant tout les quatre appels au sabordage du « nanomonde totalitaire » des maquisards grenoblois « Pièces et manoeuvres »(www.lechappee.org), le galvanisant brûlot autoricide Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (L'Encyclopédie des nuisances) de deux ex-proches de Debord, feu Jaime Semprun et le toujours bouillant enragé/situ de mai 68 René Riesel. Et puis, bien sûr, tout Unabomber (www.editions-xenia.com).

Le 17 août 2010 à 16:08

Maman (3)

Mon chéri, Les cousins de Carpentras m’ont dit qu’ils t’ont vu sur FR3 région, mais ils ne sont pas sûrs que c’était bien toi à cause du maquillage. C’est quoi cette histoire de maquillage? J’espère que tu ne traînes pas à travers Avignon la bouche et les yeux faits. Il faut que ces histoires-là soient derrière nous maintenant. Nous ne t’avons pas payé ton festival pour te voir recommencer les mêmes bêtises. A propos, les cousins disent qu’il faudrait que tu demandes une facture pour la cave dans laquelle tu joues et une autre aussi pour le dortoir. Il paraît que l’on peut peut-être se faire rembourser une partie des frais parce que c’est de la culture. Je t’ai envoyé des chemises blanches en coton léger, toi qui transpires beaucoup. Ce sera quand même mieux que des tee-shirts pour trouver du travail. Car n’oublie pas que tu fais tout ça pour trouver du travail. Si tu rencontres un patron, mieux vaut que tu présentes bien sinon tu vas encore te retrouver à pleurnicher tout l’hiver de ne pas avoir de quoi manger. Les cousins me disent aussi de te dire que le fils de leur ami est lui aussi à Avignon (tu sais celui qui est acteur). Il joue cette année dans le vrai festival. Tu peux aller le voir de leur part, il pourrait peut-être t’aider, vous avez le même âge. Il pourrait te trouver un petit quelque chose à faire et même dans les costumes, toi qui as toujours aimé coudre, du moment que c’est dans le théâtre au fond… Bonnes vacances, Je t’embrasse, Maman

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