Christian Chavassieux
Publié le 10/06/2012

Faute professionnelle


Le peintre étonné suspend son geste : il vient de faire l'autoportrait d'un autre.
Chavassieux écrit, "et c'est bien à peu près tout ce qu'il est capable de faire", soulignent ses ex. On peut retrouver ses petites phrases et de courtes nouvelles sur son blog, KRONIX. Il est aussi l'auteur de plusieurs romans (le baiser de la Nourrice, Le psychopompe, chez JP Huguet éditeur, Mausolées et Les Nefs de Pangée, chez Mnémos, et L'Affaire des Vivants, chez Phébus), de pièces de théâtre (Le rire du Limule, Peindre, Pasiphaé, Minotaure...) mises en scène par François Podetti au sein de la compagnie NU, de textes poétiques (Les chants plaintifs, édition La petite fabrique ou Nos Futus, chez Sang d'Encre), d'un essai sur sa ville (J'habitais Roanne, chez Thoba's éditions), il est invité à participer à des revues (MIcrobe, le chasse-patate, etc.). 

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Christian Chavassieux

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Le 5 mai 2011 à 09:20

Ceci n'est pas une Porsche

En tombant sur la photo qui fait trembler les murs de Solférino actuellement, c'est l'image subliminale du parapluie de Kadhafi qui m'est immédiatement revenue en tête, avec la conscience toutefois que les deux n'ont rien à voir. Encore que...          Alors que quelques inconditionnels du sondage s'émoustillent de la date fatidique à laquelle le Messie fera son apparition dans le cercle des primaires disparues, un signe qu'on n'attendait plus surgit d'une manière quelque peu désobligeante pour le prétendant partisan apparemment des envolées mystérieuses. La Porsche de DSK fait jaser, parce qu'elle ramène à quelque chose qu'on connaît bien et qui rappelle quelqu'un. La Porsche de DSK serait-elle le petit Fouquet's de Sarkozy qui s'annonce trop tôt ? C'est en tout cas à deux pas de ce lieu désormais emblème du sarkozysme que la photo a été prise. Nous sommes ici bien loin de la radieuse DS des Trente Glorieuses plébiscitée par le Général de Gaulle et dont Roland Barthes disait: "Jusqu'à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance ; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective… la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l'ustensilité que l'on retrouve dans nos arts ménagers contemporains…".Et nous, on la sent bien loin, cette gauche Porsche, bien loin de nous et de nos petits "arts ménagers" du quotidien... Alors à quand une gauche Deuch' ?---Sur le même sujet, lire aussi la chronique d'Eole Contrario, SuPorscherie.

Le 13 septembre 2011 à 10:20

"Il y aura du ménage à faire. Et ce n'est pas plus mal que ce soit une femme qui soit élue pour faire le ménage"

Ségolène Royal, « Rencontre citoyenne » à Villeurbanne. Lundi 12 septembre 2011.

Alors là, les bras en tombent ! Voilà qu’elle virerait machiste la candidate perpétuelle qui planta naguère un compagnon intermittent des tâches domestiques, afin de porter bien haut le drapeau du genre féminin ?  On réprouve son idée que la présidence de la République devrait nécessairement revenir à une « ménagère » au seul prétexte qu’il y a des toiles d’araignée dans les recoins de l’Etat, de la poussière dans les caisses de Bercy, ou de l’argent sale qui déborde de mallettes africaines. Un homme pourrait tout aussi bien faire l’affaire.  Ou même ce serait une belle audace progressiste que de proposer une répartition égalitaire des travaux ménagers  sous forme d’un « ticket » paritaire à la primaire socialiste. Mais elle veut tout faire seule, Mme Royal. « Hop ! un coup de balai ! » a-t-elle renchéri à Villeurbanne. Effectivement, une seule personne suffit alors à tenir le manche.  Et puis maintenant ses enfants son grands, ils peuvent se garder tout seuls pendant que Maman brique la République. Un « ordre juste » c’est juste de l’ordre à remettre dans le grand désordre laissé par les hommes. D’ailleurs on a noté que sous la Vème République ce sont toujours des « Monsieur Afrique » à qui étaient dévolues les relations en eau trouble avec les potentats noirs. Faut que ça change. Avec une « Madame Afrique », sûr que tout redeviendrait nickel.

Le 2 décembre 2011 à 08:49

Henri

Dans son petit appartement du bourg de Saint Honoré des Agios, le jeune Henri fume une cigarette. Il est blond comme le blé qui refuse de pousser dans son champ des possibles. Il s'est inscrit au Pôle Emploi du coin. Ponctuellement, on l'y convoque. Quand il réclame un salaire, on lui répond RSA, quand il demande un emploi, on lui répond RAS. « Enfer et Dame Nature, s'écrie-t-il en bon chrétien scientiste, serais-je un éternel insatisfait ? Quand je travaillais, j'avais de l'argent et je n'avais pas le temps de le dépenser, et maintenant que je suis au chômedu, j'ai tout mon temps, mais j'ai plus d'argent. C'est fâcheux. » Son licenciement économique a été pour lui une vraie blessure, il faut l'avouer. Maintenant, chaque fois qu'on lui demande : « Quoi de neuf ? », c'est comme si on remuait le couteau dans la plaie. Du coup, il voudrait la gagner, sa croûte, juste pour ne pas avoir l'impression qu'on le juge. Parfois, en allumant la télévision, il est vert de rage. Mais, quelque part, le vert reste la couleur de l'espoir. D'ailleurs, il n'en veut à personne. Il est de ceux qui considèrent que la vengeance est un plat où il ne faut pas mettre les pieds. D'autres fois, devant la télévision, il rit jaune. Mais, quelque part, le jaune reste la couleur de ses cheveux. Comme un bon rire vaut un steak, il a acheté le livre de Bruno Lemaire, Nourrir la planète, pour tromper sa faim. Il sait, Henri, que tout vient à point à qui sait attendre. Sauf le steak, qui calcine.

Le 28 décembre 2011 à 08:10
Le 3 juin 2012 à 07:12

Bagatelle pour une pastèque

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 7

> premier épisode Ce spectacle est du vif-argent. Je le sais maintenant, toute tentative d'élucidation ou de saisie par l'écriture est vouée à l'échec. Autant entrer dans l'inconscient d'une poule. Dimanche temps radieux, l'été avant l'heure, presque trop chaud et les peaux sont moites. Je pars déjeuner avec Anne et Georges à Bagatelle. Dans la voiture je fredonne un air de Barbara Carlotti : "Et ce n'est pas parce que la nuit tombe que je tomberai à genoux devant toi". Porte Maillot nous dépassons Frédéric Beigbeder qui est dans un taxi avec deux filles jolies, ils doivent être sur le chemin de Roland-Garros. Jardins de Bagatelle, les iris sont en fleurs, les rosiers j'en parle même pas, incroyables tiges, formes sexuelles et baroques, couleurs inouïes. Il y a même un iris noir, the black swan qu'il s'appelle. Je fais une photo que j'envoie à Yvno. Yvno s'emballe : ramasse-les, pille le jardin et apporte-les pour ce soir ! Il est fou Yvno ! Cueillir les fleurs de Bagatelle ? Autant aller au Louvre et en profiter pour ramasser la Joconde et deux Poussin. Je fais une deuxième photo que j'envoie à José Lévy. José me répond par la photo d'un vase à iris. Je réponds : Dois-je en conclure que si j'ai le contenu tu as le contenant ? Je déjeune d'un tartare à l'ombre. A côté une grande tablée familiale, la conversation s'échauffe, il est question des communistes et du RSA, c'est clair qu'à Bagatelle ils ne sont pas "de la gauche", comme dirait Hélène Bessette dans la bouche de Valérie. Je trouve un rosier épatant, floraison blanche délicatement rosée, parfum d'une force telle qu'on croirait une bougie Dyptique. Je prends une photo que j'envoie à Pierre : "j'ai cueilli une rose, pour toi, mon amour". Nous rentrons Anne, Georges et moi, il fait chaud. Pour remplacer les iris de Bagatelle, j'achète un morceau de pastèque, un briquet géant, une botte d'oignons et une grande branche de rhubarbe. C'est complet ce soir. Il y a François-Xavier Courrèges revenu du Liban, Emmanuel Lagarrigue (encore), Muriel Colin-Barrand, Arnold Pasquier, Nicolas Johnson, Claudia Cardinale et bien d'autres encore. Coupes de champ pour dire bonsoir. J'offre le morceau de pastèque à Dominique Uber. Ses grands yeux ronds et bleus sourient un merci étonné. Tout est nouveau ce soir, ça a encore changé. Si c'est comme ça jusqu'au 24 juin, c'est 22 spectacles différents qu'Yves-Noël va nous proposer. Je ne joue pas sur les mots, quand je dis "différents" je veux bien dire différent, qui diffère. Je ne parle pas de variations ou oscillations dûes à l'impro, non c'est autre chose, à chaque fois un autre temps, d'autres corps et un autre spectacle, d'ailleurs Valérie Dréville a changé tout son texte. Ce soir elle parle du suicide, il y a encore trois jours elle parlait de la gauche et de la richesse du lac de Lausanne. Alexandre Styker est très étrange, presque dérangeant, physiquement. Quand il nous offre son dos nu à l'écorce, colonne vertébrale d'Ingres et qu'il fait mine de prendre un bain, je vois Marilyn Monroe nue dans la piscine de Cukor, été 62. Something's got to give, quelque chose doit craquer. Alex / Marilyn, l'adéquation est plus riche qu'on ne croit. Aussi parce que Styker est le sosie de Truman Capote jeune (confer une photo de Avedon que j'ai postée sur mon blog). Capote qui a eu cette phrase ultime sur Marilyn : "Ne se fiant à personne, ou si peu, elle trime comme une paysanne pour plaire à tous". Paysanne, paysannerie, fouin coupé, poules et basse-cour, nous revoilà dans la salle Roland Topor. M. réinvente en soirée l'après-midi d'un faune, M. qui n'a rien à envier à Nijinski, ne pas lui répéter, il pourrait le croire. Il faut préserver M., le garder encore quelques années dans cette inconscience qu'il a de lui même, sa meilleure part, la part des anges. Dominique dévore la pastèque, Dominique est juteuse à souhait, vampirique, j'adore le bruit de la chair du fruit croqué par Dominique, sex, so sex in the city. Marlène fait des apparitions et des disparitions. Marlène ce soir joue la vérité, toute nue, toute crue, la vérité, celle dont on ne peut rien dire, Vérité Dréville. "Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement". Ce soir ça prend, tout est bon, les silences, le vide, tout est plein. Pour moi les deux heures passent comme une lettre à la poste. Yves-Noël demande à ses spectateurs d'avoir du talent, à ses comédiens il demande juste d'être. Inversion des rôles. Yves-Noël est un inverti. Nous nous retrouvons dehors pour cloper. Claudia Cardinale a aimé, je crois, mais elle ne sait pas bien quoi dire, c'est surprenant, dit-elle, cigarette slim au bec. Tandis qu'elle parle, c'est con mais c'est plus fort que moi, je pense au Guépard. Pauvre Claudia Cardinale, tout le monde doit penser au Guépard. Je joue avec Clélie dans le jardin. Célie me dit que sur l'affiche du Rond-Point, Yves-Noël ressemble à Raiponce. Clélie a 7 ans, elle est la fille de Pierre, Pierre qui est effroyablement sexy ce soir, avec son petit short à rayures. Fx et Emmanuel s'en vont, pas emballés je crois. Je vais partir rejoindre Christophe Pellet, Christophe Lemaître, Vincent Dieutre, Katarzyna Krotki, Fabrizio Bajec et Mireille Perrier. Le monde est vespéral. Vincent Dieutre me parle de son ami Simon Versnel, qui joue en ce moment au Théâtre de la Ville et qui serait un acteur génial pour YN. Ok, je ferai la commission. Dernier métro, je le prends avec Fabrizio, nous parlons de Julien Thèves, l'image fantôme de Julien Thèves. "Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous. Ne vient de nous-mêmes que ce que nous tirons de l'obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. Et comme l'art recompose exactement la vie, autour de ces vérités qu'on a atteintes en soi-même flotte une atmosphère de poésie, la douceur d'un mystère qui n'est que la pénombre que nous avons traversée." Marcel Proust

Le 28 février 2015 à 08:19

La mégapole intestinale

Les progrès du futur #7

En 2013 on réalisa la première greffe de microbiote. Une patiente avait l'intestin envahi par une bactérie virulente, qui mettait sa vie en danger. Les médecins décidèrent donc d'exterminer toute forme de vie dans le tube digestif à l'aide d'un puissant traitement antibiotique, puis de réinstaller dans l'intestin une population microbienne équilibrée. Concrètement, la patiente reçut une greffe de merde par sonde nasale. Sa bru fit le don de bon coeur. L'opération fut couronnée de succès et, après quelques années, la pratique se répandit sur toute la planète. En parallèle, les progrès des analyses biologiques massives aidèrent à mieux comprendre la composition et le fonctionnement de la mégapole microbienne que chaque humain porte en lui. On put même commencer à la façonner. Des chercheurs islandais prélevèrent notamment des microbes dans la panse d'animaux réputés pour leurs performances digestives, vaches, vers, phasmes, et les administrèrent à des patients incurables, à titre d'essai de la dernière chance. Les résultats dépassèrent leurs espérances : non content de sauver les patients, le procédé fit émerger de nouvelles capacités. Le mot « omnivore » prit tout son sens : grâce à ces progrès, il devint possible de se nourrir de terre, de déchets bruts, d'eau de mer. La faim dans le monde recula, et la pollution aussi. Cependant, il y eut quelques surprises, du fait de transferts de gènes inattendus entre ces nouveaux microbes et les greffés. Ainsi, la moitié de la population islandaise mourut mystérieusement pendant l'hiver 2032, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'il s'agissait de la roséole du lombric. En contrepartie, la nouvelle digestion longue des herbacées, calquée sur celle des bovins, donna lieu à d'abondantes flatulences riches en méthane, grâce à quoi l'Islande devint un poids lourd de la production énergétique mondiale.

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