Thomas Vinau
Publié le 18/06/2012

Dan Fante, clochard céleste


Portrait 33

Dan Fante est un putain d'écrivain. Il fallait commencer ce texte ainsi et non par la phrase classique qui suit : Dan Fante est le fils de John Fante. Dan Fante est né à Los Angeles en 44 et il n'est pas encore mort, il chie encore de l'or. Dan Fante a le nom de son fantôme tatoué sur l'avant bras. Il a passé vingt ans à tenter de s'immoler, de l'intérieur, avec du Gin. Il a été, comme tout bon écrivain américain, chauffeur de taxi de nuit, détective privé, gardien de nuit, laveur de carreaux. Toute sa vie fut une grande dèche éthylique pleine de poésie et de remords. Toute sa vie fut une poignée de mots d'amours balancés au dos d'un papier gras et marron dans lequel on cache sa bouteille. Je ne connais pas personnellement sa vie. Il la raconte dans des polars et des poèmes beaux et tristes, brillants et sales, aussi près du réel que le reflet d'un visage dans le miroir déglingué d'une chambre d'hôtel. Voilà les titres de ses deux livres de poèmes édités par 13e Note Editions : Bons Baisers de la grosse Barmaid (Kissed by a fat Waitress), 2009, De l'alcool dur et du génie (A Gin Pissing Raw Meat Dual Carburator V8 Son Of A Bitch From Los Angeles), 2010. Ça vous suffit ?
Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Semaine internationale de la courtoisie sur la route

Par son éblouissante richesse et sa douce fragilité, la biodiversité nous rappelle sans cesse combien nous sommes bien peu de chose. Quant à l’observation de la faune en milieu naturel, celle-ci nous offre à contempler des spectacles sauvages emprunts de si grands mystères. Comprendra-t-on ainsi un jour quel réflexe instinctif opposé à la raison donne lieu au comportement abscons et très souvent obtus qui conduit l’automobiliste à klaxonner frénétiquement lorsqu’il se retrouve coincé dans les bouchons ? Grâce à la phylogénie qui étudie les relations de parentés entre les espèces, nous savons que cette manifestation primitive observée chez l’être humain relève d’une pathologie psychosomatique qui, à vrai dire, le différencie du singe. Je pense donc je suis. Je conduis, donc je te suis. Je suis coincé, donc je klaxonne et même que je t’emmerde pauvre con. A l’égal d’une certaine conception que je peux me faire de la politique, klaxonner ne fait pas moins consommer de pétrole qu’il n’apporte d’idées. Geste d’autant plus saugrenu qu’il ne fait en rien avancer les choses, ne débouche pas plus sur une sortie de crise que d’autoroute si ce n’est sur un certain état d’agitation aigüe propre à quelques chauffards ou autres chefs d’Etat. Ce qui fait le malheur des hommes, ce sont les désirs insatisfaits et les embouteillages. Bienheureux dans les encombrements le philosophe à bicyclette, qui, dans le méandre des pares chocs rutilants à la cacophonie grave et hurlante parvient à se frayer un chemin en narguant tous ces as du volant. Quel étrange comportement que celui de ces automobilistes coincés dans un embouteillage. Contendants du volant qui, dans l’isolement de leur habitacle, fulminent jusqu’à la déraison et qui, au plus haut point de leur colère, agissent d’un geste désemparé emprunt d’éréthisme en tambourinant bêtement sur le klaxon de leur grosse caisse. Moi, lorsqu’il m’arrive d’être coincé dans les embouteillages, je ne m’énerve pas. Pour ça je laisse faire mon chauffeur.

Le 13 juin 2011 à 18:00

Correspondance d'un sédentaire avec des morts

"Entretien" avec Baudelaire sur le sommet de l'environnement

CB. – La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles FC. – Alors oui Charles, puisque vous me parlez d'écologie, que pense le poète du sommet pour l'environnement? CB. – L'homme y passe à travers des forêts de symboles. Qui l'observent avec des regards familiers. FC. – Oui vous pensez aux lobbies? Que le discours devrait prendre forme en actions c'est bien cela ? CB. – Comme de longs échos qui de loin se confondent. Dans une ténébreuse et profonde unité. FC. – Oui un écho aux différents problèmes que rencontre l'Homme moderne pour sa survie... Quelle place dans l'éducation de nos enfants pour que cela fonctionne? CB. – Vaste comme la nuit et comme la clarté. FC. – Oui ! CB. – Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants. FC. – Euh... Je crois que vous être en train de glisser vers autre chose là, si je... CB. – Doux comme les hautbois, verts comme les prairies.  FC. – Mais il suffit non! Vous… CB. – Et d'autres, corrompus, riches et triomphants. Ayant l'expansion des choses infinies. FC. – Ah… On vous récupère! Dieu merci! Que pensez-vous que l'Homme devienne d'ici 20 ou 30 ans même? CB. – Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens. Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. FC. – Merci M. Baudelaire pour vos vues très précises sur la vie, le temps, la terre et pour ce formidable optimisme que vous partagez à merveille...

Le 5 septembre 2010 à 16:00

Bulles de vanité

Les grands écrivains dotés d’humour se sont souvent réjoui des situations incongrues où leur supposée vanité d’auteur était susceptible, par la réflexion d’un inconnu, d’être dégonflée -pssschit !- comme ballon de baudruche. Parmi eux, Jules Renard ou Albert Camus qui se délectait souvent dans un large sourire de raconter pareilles mésaventures. Ainsi de ce couple qui insistait pour se faire photographier à ses côtés parce que c’était Camus –« Oui, là-bas, Camus ! » et qui était reparti presque fâché, lorsqu’il avait découvert que ce n’était pas Marcel, le cinéaste d’Orfeu Negro. Un écrivain ? Ils n’en avaient jamais entendu parler et ils n’en avaient cure. Le jardinier de Lourmarin, où Albert Camus, déjà prix Nobel, avait acheté une maison, ne comprenait pas non plus qu’il puisse, en noircissant des pages, gagner sa vie. « Et pour la gagner, lui demanda-t-il un jour, vous écrivez toutes les conneries qui vous passent par la tête ? » Cela, pour lui dépassait l’entendement. Et le brave homme de hocher la tête d’incrédulité. Autre fois : un gendarme qui arrêta l’auteur de L’Etranger pour usage de klaxon intempestif, observant ses papiers d’identité où il lut la mention « écrivain », s’enquit : « Vous faites dans le roman noir ou dans le roman rose ? » « Un peu des deux », répondit Camus dont l’œuvre est d’ailleurs empreinte d’un humour savamment ironique. Ps : pour ma modeste part, tandis que je végétais, en compagnie de mon ami, devant une pile de livres quasi-inentamée lors d’un petit salon littéraire, une femme s’arrêta à ma hauteur. Mince espoir… « Votre nom me dit quelque chose… » Elle se gratta la tête, dans l’espoir de convoquer un souvenir. Il lui revint. «Ça y est : c’est le nom de mon proctologue ! » Elle s’en fut, contente de ce rappel et de sa mémoire intacte.

Le 18 mai 2013 à 10:52

Lettre ouverte à Pierre Autin-Grenier

Clochard céleste, portrait 40

Cher monsieur Autin-Grenier, je vous écris de mon bain, en ce dimanche de pluie. J'ai dit à ma douce que j'étais disponible si elle avait envie de gentiment me caresser le sexe dans l'eau chaude mais je crois qu'elle a prévu d'autres façons d'embellir le monde, je pense donc que nous serons tranquilles pour discuter. Cher monsieur Autin-Grenier, je ne vous écris pas du Montana mais je sais qu'un Japonais neurasthénique rêve du Far West provençal de la même manière que nous projetons nos fantasmes sur les collines, les fleuves et les baies des Rocheuses où naquirent nombre de poètes et de crotales. Je vais donc considérer que mon bain est une sorte de Montana japonais et qu'ainsi l'honneur du rêve est sauf. Cher monsieur Autin Grenier, ne vous rabrouez point, je ne suis pas un courtisan, je suis un fantassin électrique, un collectionneur de poussière, un arrière-goût, un pousse-mégot, une impression. Cher monsieur Autin-Grenier, ce monde n'est pas le mien et ça vous fait une belle jambe. Pourtant j'écris, je fume sur la terrasse en matant les mésanges, je dors, je rêve, j'aime et je suis même sur le point de me reproduire ce qui prouve que nous ne sommes pas à une contradiction près et que la chute vaut bien la façon dont nous nous rattrapons aux branches. Cher monsieur Autin-Grenier, vous faites partie de mes sauveurs familiers au même titre qu'Elliott Smith, Al Green, Miles Davis, Richard Brautigan, le vieux Buk, Issa, Rick Bass, Nina Simone ou Bob Marley. Cher monsieur Autin Grenier, Luke-la-main-froide est mort et Johnny Boy s'est fait avoir, Vendredi est dans de sales draps, Tsi-na-pa est devenu marshal, Ardisson passe pour un rebelle et Bizot est oublié, le poil d'éléphant se porte aux poignets, les contre-cultures ont une durée de vie de sans-papiers et les syndicats ne sont plus représentatifs. Cher monsieur Autin Grenier, tous les matins en allant pourrir au bureau, je croise deux dromadaires dans un champ au bord de la nationale et je me dis que tant qu'ils se moquent de nous, tout n'est pas perdu. Cher monsieur Autin Grenier, nous ne croyons en rien et nous aimons trop, lorsqu'il y aura un gros pépin nous ne ferons pas long feu. Cher monsieur Autin-Grenier, vous faites partie de ceux qui m'ont donné envie d'écrire, donc de voir, donc d'apprendre, donc d'en rire, donc de vivre. Cher monsieur Autin-Grenier, je vis en dessous du seuil de pauvreté, j'ai passé trois fois mon bac et six fois mon permis, je pourrais tomber accro d'une bouteille d'eau, j'habite avec un chien peureux et une femme douce et fragile, je finis rarement les livres que je commence et je suis le roi des fautes d'orthographe. Cher monsieur Autin Grenier, j'aime Erri de Luca, Terrence Malik, Patrick Dewaere et Magik Malik, Manu Larcenet, Shuggy Otis, Into The Wild, Bonnie Prince Billy et Lou Reed. Je n'ai rien contre la fuite à condition d'exister. Cher monsieur Autin-Grenier, certains voient dans vos livres des histoires d'anarchistes, d'autres d'andouillettes et de vin blanc, moi j'ai l'impression que vous parlez de chiens mourants, de fantômes encordés, de diamants dans les flaques des rues, d'aigles royaux qui attaquent le ciel. La littérature est notre charbon merveilleux. Cher monsieur Autin-Grenier, je voulais vous remercier de persister avec la grâce d'une coccinelle dans un plat d'huîtres ...

Le 26 juillet 2014 à 08:28

C'est pas du boulot!

Les p'tits boulots du Professeur Pascal.

J’aimerais être policier : pour mettre des PV à tous les cons qui ne savent pas qui est Marcel Proust. J’aimerais être écrivain à succès, sauf que Marc Lévy écrit plus mal que moi. J’aimerais être infirmière, rien que pour passer une blouse bien propre sur mon corps dénudé et velu. J’aimerais être coiffeur pour les plus de cinquante ans : la calvitie a déjà fait la moitié du travail. J’aimerais être peintre en bâtiment : j’aime tout ce qui a des poils, les chiens, les chats, les pinceaux.  J’aimerais être armurier, spécialiste des pistolets à eau. J’aimerais tenir un restaurant finnois. Je serais le roi du steak de renne. J’aimerais être un artiste, mais le titre est déjà pris. J’aimerais être chanteur de rock comme Johnny : on verrait ma tronche sur les T-shirts des retraités. J’aimerais être prêtre ou pasteur : on ne travaille que le dimanche. J’aimerais être guérisseur. Grâce à mon pouvoir extraordinaire, je soignerais les femmes seules par l’imposition des mains (entre autres). J’aimerais être maître-chien. A moi aussi, on mettrait une muselière. J’aimerais être dictateur chez les poissons, petit père des poulpes. J’aimerais être dictateur dans une orangeraie, petit père des pulpes. J’aimerais inventer des jeux de société pour hommes seuls. Mais il y a déjà le solitaire et les plaisirs qui vont avec. J’aimerais être chercheur d’or dans une bijouterie ; c’est plus facile. J’aimerais être conseiller d’orientation. Je guiderais mes élèves vers des voies d’avenir : analyste financier, marchand de Prozac, employé à Pôle Emploi. Bref, j’aimerais faire quelque chose de ma vie. Si vous avez une idée, merci de me contacter rapidement. Gens sérieux et travailleurs s’abstenir !

Le 29 octobre 2011 à 08:47

Albert Cossery, clochard céleste

Portrait 27

Albert Cossery est né le 03 novembre 1913 au Caire et il est mort 94 ans plus tard à Paris. Entre temps il s’est beaucoup assis, a beaucoup lu et a un peu écrit. Sous les rides d'Albert Cossery, se cachait l’élégance fripée des corbeaux qui ne se laissent pas apprivoiser. Il vient d’une famille bourgeoise d’Egypte et débarque à Paris juste après la seconde guerre. Il s’installe alors dans une minuscule chambre d’Hôtel  et y reste. Jusqu’à la fin. Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse. Albert Cossery sait que les choses ne tournent pas rond et que ce n’est pas en allant pointer que la terre se remettra sur ses pieds. Albert Cossery se fait aider par Henry Miller pour publier son premier livre. Il est du côté de l’ironie de la vie et de l’insolence des mendiants. Dans ses romans la fange est noble et  belle. Elle triomphe toujours des servitudes de l’ordre établi. Mais il ne l’idéalise pas. Il est de son côté. C’est tout. Les titres de ses romans sont  beaux comme des poèmes dans la fumée d’un narguilé : Les Morsures, Les Hommes oubliés de Dieu, Les Fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleux, Un complot de saltimbanques,  Une ambition dans le désert, etc. Lorsqu’on lui demandait « Pourquoi écrivez vous ? » Il répondait : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...> Illustration Frederico Penteado

Le 1 avril 2010

Comment devenir un grantécrivain (1)

Dans son ouvrage "Les rillettes de Proust", Thierry Maugenest vous donne des trucs pour accéder enfin à la gloire littéraire

Nycthémère ! Évitez d’employer des mots dont les sonorités trompeuses seraient préjudiciables à vos écrits. Ainsi, les termes utilisés dans le texte ci-dessous, pourtant dénués de toute grivoiserie, suggèrent au premier abord une atmosphère bien différente de celle recherchée par l’auteur : L’ardent Antonio Vernice, harassé par une nuit de formications et par la croupade nerveuse de la haquenée qui s’agitait entre ses jambes, vit enfin le jour se lever, éternelle resucée d’un plaisir solitaire. Il repoussa sa cuculle et murmura pour lui-même :– Quel nycthémère ! Cette chevauchée m’a épuisé.Il voulut se reposer, mais les effluves d’un phallus impudique le firent fuir. Peu après, une ultime ruade et il s’arrêta enfin, l’œil réjoui par des trique-madames  en fleur et des verges d’or épanouies. Tandis qu’il entamait une miche par la baisure, en réservant une lèche pour son téton-de-Vénus, il aperçut une marie-salope qui mouillait près de lui. Il se demanda aussitôt quelle position adopter.– Je pourrais la haler par son tire-veille, se dit-il, mais je peux aussi y monter d’un saut de caracul.Inédit  Formication n.f. : fourmillement dans un membre. Croupade n.f. : saut d’un cheval qui rue. Haquenée n.f. : cheval ou jument de taille moyenne, d’allure douce. Resucée n.f. : reprise, répétition. Cuculle n.f. : capuchon de moine. Nycthémère n.m. : durée de vingt-quatre heures comportant un jour et une nuit. Phallus impudique n.m. : champignon exhalant une odeur repoussante. Trique-madame n.f. : plante grasse. Verge d’or n.f. : plante herbacée à fleurs jaunes. Baisure n.f. : côté par lequel deux pains se sont touchés dans le four. Lèche n.f. : mince tranche de pain. Téton-de-Vénus n.m. : belle variété de pêche. Marie-salope n.f. : bateau à fond mobile servant à transporter les produits de dragage. Mouiller : jeter l’ancre. Tire-veille n.m. : filin servant de rampe à l’échelle extérieure d’un navire. Caracul n.m. : mouton d’Asie élevé pour sa fourrure.(Un texte extrait de l'ouvrage Les Rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires, paru aux Editions JBZ & Cie)

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