Stéphane Trapier
Publié le 16/08/2014

Les métiers oubliés du cirque #4


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 24 mai 2012 à 10:30

A quoi bon ?

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 5

> premier épisode   Dimanche flemmardise, je ne vais pas me fouler pour mon cinquième papier. Demain je travaillerai mieux. Sur le blog d'Yves-Noël, je viens de lire le texte de Joëlle Gayot l'amoureuse, et franchement, je ne vois pas ce que je peux rajouter. Enfin, si, je vais donner la parole à un petit jeunot de 25 ans, nous sommes le 1er mai 1846 mais c'est aujourd'hui, aussi. Alors voilà, il s'appelle Charles. Charles B. Et il a vingt-cinq ans, je répète : " A quoi bon ? – Vaste et terrible point d’interrogation, qui saisit la critique au collet dès le premier pas qu’elle veut faire dans son premier chapitre. L’artiste reproche tout d’abord à la critique de ne pouvoir rien enseigner au bourgeois, qui ne veut ni peindre ni rimer, – ni à l’art, puisque c’est de ses entrailles que la critique est sortie. Et pourtant que d’artistes de ce temps-ci doivent à elle seule leur pauvre renommée ! C’est peut-être là le vrai reproche à lui faire.  Vous avez vu un Gavarni représentant un peintre courbé sur sa toile ; derrière lui un monsieur, grave, sec, roide et cravaté de blanc, tenant à la main son dernier feuilleton. « Si l’art est noble, la critique est sainte. » – « Qui dit cela ? » – « La critique ! » Si l’artiste joue si facilement le beau rôle, c’est que le critique est sans doute un critique comme il y en a tant. En fait de moyens et procédés tirés des ouvrages eux-mêmes, le public et l’artiste n’ont rien à apprendre ici. Ces choses-là s’apprennent à l’atelier, et le public ne s’inquiète que du résultat. Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament; mais, - un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, – celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. Ainsi le meilleur compte rendu d’un tableau pourra être un sonnet ou une élégie. Mais ce genre de critique est destiné aux recueils de poésie et aux lecteurs poétiques. Quant à la critique proprement dite, j’espère que les philosophes comprendront ce que je vais dire: pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons. Exalter la ligne au détriment de la couleur, ou la couleur aux dépens de la ligne, sans doute c’est un point de vue; mais ce n’est ni très large ni très juste, et cela accuse une grande ignorance des destinées particulières. Vous ignorez à quelle dose la nature a mêlé dans chaque esprit le goût de la ligne et le goût de la couleur, et par quels mystérieux procédés elle opère cette fusion, dont le résultat est un tableau. Ainsi un point de vue plus large sera l’individualisme bien entendu: commander à l’artiste la naïveté et l’expression sincère de son tempérament, aidée par tous les moyens que lui fournit son métier. Qui n’a pas de tempérament n’est pas digne de faire des tableaux, et, – comme nous sommes las des imitateurs, et surtout des éclectiques, – doit entrer comme ouvrier au service d’un peintre à tempérament. C’est ce que je démontrerai dans un des derniers chapitres. Désormais muni d’un critérium certain, critérium tiré de la nature, le critique doit accomplir son devoir avec passion; car pour être critique on n’en est pas moins homme, et la passion rapproche les tempéraments analogues et soulève la raison à des hauteurs nouvelles. Stendhal a dit quelque part: « La peinture n’est que de morale construite ! » – Que vous entendiez ce mot de morale dans un sens plus ou moins libéral, on en peut dire autant de tous les arts. Comme ils sont toujours le beau exprimé par le sentiment, la passion et la rêverie de chacun, c’est-à-dire la variété dans l’unité, ou les faces diverses de l’absolu, – la critique touche à chaque instant à la métaphysique. Chaque siècle, chaque peuple ayant possédé l’expression de sa beauté et de sa morale, – si l’on veut entendre par romantisme l’expression la plus récente et la plus moderne de la beauté, – le grand artiste sera donc, – pour le critique raisonnable et passionné, – celui qui unira à la condition demandée ci-dessus, la naïveté, – le plus de romantisme possible." Charles Baudelaire

Le 28 février 2012 à 09:04
Le 21 mai 2014 à 11:00

L'enfant de la balle

De celui qui « est tombé dedans » dès l'enfance, autrement dit qui s'est retrouvé projeté dans le milieu du spectacle, on dit : « c'est un enfant de la balle ». Mais de quelle balle s'agit-il ? De la balle du jeu de paume. En fait, on devrait dire « l'enfant du jeu de paume ». C'est dans les jeux de paume que s'installèrent les premiers théâtres en dur, « stables » comme disent les Italiens. Autrement, les troupes jouaient dans la rue, sur les places publiques ou étaient accueillies dans les châteaux. En quoi consistait ce jeu, considéré comme l'ancêtre du tennis ? Il s'agissait de mettre une balle dans une sorte de trousse appelée belouse. Au XVIe siècle, la ville de Paris ne comptait pas moins de 250 jeux de paume. On peut imaginer ce qu'ils étaient en visitant celui de Versailles où s'est tenu le fameux « Serment ». Parmi les enfants de la balle les plus célèbres : Madame Saqui, danseuse de corde, fille de deux forains, qui a su plaire à Napoléon ; il appréciait son « intrépidité ». Les Deburau, une famille de jongleurs, d'acrobates, de trapézistes, de danseurs de corde, d'où est sorti Jean-Gaspard Deburau , le mime auquel on doit le renouvellement du personnage de Pierrot, « l'homme blanc », sans collerette. Plus près de nous : le clown Achille Zavatta, dont le père avait lui-même un cirque. Aujourd'hui, « l'enfant de la balle » renvoie à tout artiste développant ses talents dans le milieu du spectacle vivant. Le vocabulaire érotique n'a pas manqué de s'emparer de cette affaire de balle à mettre au fond. Peloter en attendant partie, c'est se livrer à quelques caresses en attendant de passer aux choses sérieuses, à la conclusion. Au XVIe siècle, peloter, c'est manier la balle du jeu de paume puis, métaphoriquement, faire une chose de moindre importance. Enfin, par extension, c'est un verbe très employé au XVIIe siècle pour : caresser. Quant à mettre dans la belouse (XVIe siècle), c'est coïter, aboutir... arriver à ses fins.

Le 17 janvier 2012 à 08:25
Le 22 mai 2012 à 08:26

Hyper précision de la liberté

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 4

> premier épisode           > épisode suivantRien de ce qui est humain ne lui est étranger. Humain, trop-humain, inhumain, ce sont des notions encore floues. Hier soir je dînais avec Noël, Frédéric et Pierre. Frédéric se plaignait du cul, la chair triste, il en a marre de certains plans, coups d'un soir, plans directs, ni bonjour ni au revoir... Frédéric a dit "fatigué de ces relations inhumaines". Et moi je n'étais pas d'accord. Quoi, inhumain ? Si ce n'est pas humain, c'est quoi ? Animal, robotique ? Pierre, plus sage que tout le monde, a fini par dire que ce n'était peut-être pas ainsi qu'il fallait poser le problème, de cette façon binaire. La déshumanisation, ça existe. Oui. Certes. Certes signifiant là : certainement. Pierre a souvent le mot juste. Humain, trop-humain, donc. Filage, samedi, giboulée de mai, du mois de mars mais en retard. Pierre est chez Disney Store sur les Champs. Demain c'est l'anniversaire de Clélie, elle a commandé la robe de la Belle dans La Belle et la Bête. Je suis au fond de la salle, en haut des gradins. La boule du hasard peut commencer. Elle avance sur le plateau, s'approche de la servante, regarde le public, doucement, et dit : "Femme seule de trente ans cherche dame de compagnie pour promenade." Ouille ! Sorry Yves-Noël, je décris encore, je raconte ! Yves-Noël, je sais, tu m'as demandé de ne pas décrire, surtout pas. Oui mais mince, comment je vais faire ? Comment écrire mes chroniques ? Philosopher, contempler ? Il faudrait que je trouve le moyen de contempler en écrivant. Je ne sais que contempler en me taisant, en laissant mes mains inactives. Comment faisait Victor Hugo ? La boule du hasard amasse la mousse. Comprenne qui pourra. La boule du hasard c'est Lucrèce parlant ainsi de la planète Terre. Tiens, une idée me vient, une piste à expérimenter : il faudrait que je décrive tout ce qui se passe dans Paris en ce moment, je veux dire tout, dans la rue, les bus, les maisons, les boutiques, musées, ministères. Ensuite, dire dans le menu tout ce qui se passe dans la tête des gens, décrire leurs corps, chaque personne, chaque Parisien. Faire cela avec chaque arrondissement, quartier, square, chaque coin de rue en excluant la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point. Une fois que cela serait fait, après des années d'écriture et des millions de pages, finir le texte en écrivant : Mais je n'ai pas parlé de l'essentiel, ce qui se passe en ce moment dans la Salle Roland Topor. Ce qui s'y passe, now, c'est d'la vie. Vous me diriez, et vous auriez raison : mais d'la vie, j'en ai chez moi, dans ma tête et dans mon slip, pourquoi aller au théâtre et payer genre vingt euros ? Sur le moment je trouverais la remarque percutante. Après un court moment de réfléxion je vous répondrais : Oui, mais là c'est d'la vie visible, palpable et audible. Pas sûr que chez vous ou dans votre slip ce soit aussi pur. Entiendes ? Donc, ici, c'est d'la vie. Faut me croire sur parole. Rien à attendre du théâtre d'Yves-Noël, attendre, rien, parce que c'est encore de la vie, attendre. La vie, tu vois, ça parle, tout le temps. La vie, ça vit, sans droits d'auteur. "Calme plat, asocial." Ouch, là, là, comment continuer ? Je regarde et rien ne me vient, je me sens sec aujourd'hui et je pense à Pierre qui est chez Disney. YvNo m'a peut-être un peu coupé les youques avec ses exigences. Il faut qu'elles repoussent. Direct live depuis le plateau : Sacré nom de Dieu, elles sont vachement bien aujourd'hui, les poules idem, elles jouent vachement bien, Wao, elles sont belles et présentes et vivantes, les Présidentes. Et lui, là, le petit blondinet, il a oublié et ses jambes et sa plastique, fichu en l'air son manteau de séduction, YvNo y est arrivé, qu'il est bien le diaphane jeune faon ! "No milk today." Il a quand même un côté fin de monde, ce spectacle, le tragique en moins. Avant on distinguait, on opposait, la comédie de la tragédie. Après, bourgeoisie oblige, il y a eu le drame. Yves-Noël, c'est encore ailleurs, une quatrième dimension. Je ne sais pas comment dire. Ici et maintenant. Voilà, on pourrait dire "ici et maintenant" mais ce serait un peu court jeune homme. Une définition possible serait : Ici Pour l'Instant mais pas n'Importe Où Maintenant Bien Sûr mais pas n'Importe Comment. Voilà ! Fiat lux ! Le contraire du n'importe quoi. YvNo, rien à voir avec la ligue de l'impro. Ce que l'on voit ici est hyper précis, aussi précis que les douze pieds de Racine. C'est de la précision sans formalisme. Ou alors le formalisme de la jungle de Borneo. Une précision toute suisse, et sauvage, et rampante. Ce n'est pas non plus de l'hyper réalisme, non, c'est vraiment de l'hyper précision, hyper précision de la liberté. Bingo, orgasme, j'ai ma quatrième chronique ! Du coup je vais pouvoir me reposer. Me reposer et partir "me promener à Lausanne. Lausanne c'est la ville riche, avec un lac riche, avec des maisons riches, avec un tramway riche, avec des postiers et des facteurs tous vêtus de gris, qui est une couleur riche."

Le 30 octobre 2010 à 10:20

Pour votre sauvetage demandez un devis !

Conseil Citoyen 10

Un hasard malheureux et qui reste un mystère Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre, Ne pouvant accuser que ta seule imprudence A vouloir pimenter un peu plus tes vacances. Le problème l’ami, ainsi enseveli, C’est que tu es français, on n’est pas au Chili, Et même dans le cas de ta prise en otageTu risques de payer les frais de sauvetage. Rappelle-toi le prix du baptême de l’air Offert à ta maman pour son anniversaire. Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille, Compte les spéléos, les maîtres cynophiles… C’est à se demander s’il vaut mieux remonter Respirer, à l’air libre, à jamais endetté Ou finir, dans le fond, comme un aventurier, Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé. Toi pour qui l’aventure était, assis peinard, De regarder des gens sauter du Fort Boyard.   Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie, Demande aux sauveteurs de te faire un devis. Comment le demander ? Mais en morse bien sûr ! En tapant quelque part avec une chaussure. Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères ! Aucun professionnel, juste des volontaires Et un chien et demi : un berger, un caniche. Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches L’autre pour la photo, car soyons réalistes Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes. Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte.   S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort, Le temps que les médias s’installent au dehors. L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher, Ce serait d’être deux et que l’autre amoché Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau, Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut. Avec une bouchée, un peu de peau de coude, Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood. Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle. Les médias relaieront en parlant de miracle.   Quand enfin tombera, de là haut, la facture Fais valoir l’audimat de ta mésaventure, L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas Et comment, en soudant le pays sur ton cas L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles. Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

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