Le Tampographe Sardon
Publié le 22/06/2012

Pour les tombeurs


Le Tampographe ne fabrique jamais de tampons sur commande. Il n'aime pas les artistes, il s'intéresse pas à leur travail, il n'a aucune curiosité pour les merdes qu'ils produisent généralement, s'il pouvait il les emploierait volontiers à goudronner les routes, curer les fossés, vider les poubelles ou creuser le canal Seine-Volga.

Son site : http://le-tampographe-sardon.blogspot.com/ 

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Le 7 avril 2012 à 08:13

La vie sous les tropiques

Carte postale du Mexique

Quand on voyage, on apprécie l’exotisme, et puis, après quelques mois passés sous les tropiques, il y a des choses qui nous agacent ; la nonchalance des commerçants qui préfèrent dire qu’ils sont en rupture de stock plutôt que d’aller vérifier dans l’entrepôt, la corruption endémique à laquelle participent les policiers en faction qui rackettent les automobilistes, l’anarchie qui règne sur les routes où personne ne respecte la moindre règle, tous ces petits détails qui pourrissent la vie. Et puis, après quelques mois, ou même quelques années sur place, on sait d’où viennent tous ces problèmes. Les employés sont systématiquement licenciés tous les six mois, comme ça leurs patrons ne leur versent aucune indemnité. Les policiers ne sont pas payés, et doivent s’acheter leurs uniformes. Quant au permis de conduire, ce n’est qu’une formalité administrative qui coûte environ vingt euros, moins si on a envie de marchander. Alors, quand je suis énervé, je repense à ce pays dont je viens et dans lequel il faut passer par les grandes écoles pour faire carrière, où il est impossible de louer un appartement si l’on ne gagne pas trois fois de quoi payer le loyer, et où les politiciens peuvent se faire prendre  la main dans le pot de confiture et continuer à s’indigner qu’on ne respecte pas leur présomption d’innocence. Et je me dis que je ne suis pas si mal que ça sous les tropiques.

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 16 avril 2012 à 08:28

Chronique rurale

Huitième jour : l'enterrement de ma mère.

> Premier épisode                    > Episode suivant   Ce matin au petit jour, j’ai enterré maman sur la plage. Je l’ai récupérée après que la poule l’ait traînée toute la nuit et lui ait bouffée consciencieusement toutes les parties les plus grasses. Elle ne lui a laissé que les os et les poils. Beurk. J’ai dit une prière en espérant que quelqu’un l’entende, même si j’ai renoncé depuis longtemps à l’idée d’un Dieu « utilitaire ». J’ai l’impression en effet que la présence du Créateur est toute relative, c’est une sorte d’absence finalement. Ca ne me gêne pas outre mesure, d’ailleurs, puisque j’ai bien compris que vivre seul était précisément le principe de la condition humaine. Dieu nous propose de faire avec. Croire en Dieu est donc un acte purement gratuit, un des derniers encore possibles sur cette Terre. De cela je l’en remercie. Il faudra que j’en touche deux mots au Curé.   Après avoir sauté sur le sable à pieds joints pour bien tasser, j’ai quitté le corps de ma mère vers 9h30, et me suis dirigé vers le Nord. C’est ici que vous me retrouvez. Un vent saharien et radioactif me balaie gentiment la frange. Je croise un restaurant routier dont le toit, soufflé par l’explosion, a été entièrement recouvert de  cadavres d’ouvriers polonais employés par un sous-traitant de Bouygues sur l’ex-chantier de l’EPR, avant l’accident. Je les salue amicalement. Pas de réponse des polaks, belle mentalité !   Un peu plus loin, un peu plus tard. Dans une zone hyper- radioactive - comme l’est maintenant cette partie sinistrée de la Manche -, la sensation du temps est décidément très étrange. Je confirme même une nouvelle fois que je suis le témoin –et la victime- d’une véritable accélération du temps, une sorte de micro-climat spatio-temporel, encore un truc pas prévu par Einstein… Si je dis ça, c’est que mon ventre ne cesse de s’arrondir davantage, une journée semble être à minima l’équivalent d’un mois, et ce que je dois bien désigner comme mon utérus - malgré les doutes persistants sur ma féminité - est sujet à des contractions de plus en plus fréquentes. Je  suppose que j’approche du 7ème mois de grossesse. Je culpabilise un peu de n’avoir pas prévenu le Père et Nadine. Il me suffit pourtant de fermer un instant les yeux, et je les visualise tous les deux : l’un debout en chaire, éclairant les foules béates de la Maison de Retraite par ses enseignements contemplatifs ; l’autre assise en caisse n°4, éclairant pareillement la clientèle par l’évangile de ses deux seins fièrement dressés, son badge d’hôtesse ornant le droit tel un sermon sur la montagne.

Le 9 décembre 2011 à 12:33
Le 3 juin 2013 à 10:08

Jimmy Gladiator

Les cracks méconnus du rire de résistance

Imaginez la tête de François Mitterrand quand il a reçu le 22 juin 1981 l’ensemble de propositions de lois suivant qui n’avait rien d’un canular à la Allais ou à la Blanche-Dac. C’est très-très sérieusement que la rédaction de Camouflage invitait les socialos à être logiques envers eux-mêmes en votant à bras levé sans lanterner dans l’Aquarium. L’amnistie générale pour tous les prisonniers. La suppression du casier judiciaire. La démolition des QHS. La suppression des placements d’office et « volontaires » (i.e. familial) en hôpital psychiatrique. La dissolution de la Sécurité militaire, des Renseignements généraux, de la DST, du SDECE. La destruction de leurs fichiers. La dissolution de la Légion étrangère, des CRS. L’amnistie totale pour les insoumis, l’annulation de toute nouvelle feuille de route les concernant. L’abolition des lois « anti-casseurs » et réprimant l’affichage « sauvage ». La disparition des possibilités d’extrader ou d’expulser un « étranger ». La suppression de la carte nationale d’identité. La suppression du délit de « racolage ». L’interdiction des abus de puissance paternelle que sont, par exemple, le baptême ou la circoncision. Le maintien dans les lieux des locataires qui cessent de payer leurs loyers. La reconnaissance d’un statut de locataire à titre gratuit aux résidents des foyers et aux squatters. L’abaissement de l’âge de la majorité à 15 ans, avec émancipation automatique à 12 ans. La possibilité aux sans-travail de refuser, sans aucune limitation, les emplois proposés. La suppression de la notion de « délit de presse ». L’interdiction de toute censure. Un programme minimum avec lequel, en l’adaptant, bien sûr, aux temps présents, il faudrait littéralement bombarder à tout bout de champ les élus socialistes d’aujourd’hui qui le trouveraient partout sur leur chemin, dans leurs assiettes, dans leurs toilettes, sous leurs couettes.   Le fricasseur de ces projets de loi roboratifs, c’est le « lépreux de la littérature » irrécupéré[1] Jimmy Gladiator qui, entre 1974 et 1996, fut l’âme damnée d’une ribambelle de petits canards tirebouchonnants ultra-radicaux fichtrement inspirés et désespérants pour « les larves résignées à n’être que ce qu’on leur dit d’être » (La Crécelle noire, Le Mélog, Incendie de forêt, Camouflage, Hôtel Ouistiti, Nevermore, Tomahawk et Cie). Aux confluents du surréalisme de combat de la première heure qui prescrivait de se vivre comme « menace permanente » et du ravacholisme gouailleur (« rions dangereusement », lit-on dans leur périodique Le Mélog), Gladiator et sa bande de guillerets galapiats[2] n’ont jamais cessé de filer des trempes aux « intégristes du paraître moderne », c’est-à-dire aux « poseurs, embrouilleurs, imposteurs, têtes creuses, faux frères et autres limes sourdes » ramenant partout leur fraise. « Seuls et farouches », « n’ayant plus le temps d’être tolérants » envers l’intolérance ordinaire, joignant la parole flagellante (« Nous conchions les culs-à-fric et les pines-à-salon » ; « Nous pissons sur les professionnels de la critique, bigleux et sourdingues ») aux gestes « outlaws » contre « la nouvelle franc-matonnerie », ils ont été de tous les mauvais coups justiciers. Ils lapident à coups de fruits blets les « pohètes sans honneur » accourus au raout chiraquien du Festival de la ville de Paris. Ils crachent publiquement sur tous les étiquetages (« Merde aux races ! » « Je suis breton, kanak, aztèque, kabyle, thaï, balinais, tchèque, manouche, juif, égyptien, persan, wolof, tamoul, cherokee, magyar, tout cela à la fois, quand ça me chante et que j’y prends plaisir. »« Brûlez vos états-civils ! » « Changeons de langues et de patries comme de chemises »). Ils se rallient aux révoltes corsées, de Wounded Knee à Soweto, des grévistes sauvages de Longwy aux GARI engeôlés, de Nina Hagen à Roger Knobelspiess. Ils ensanglantent à la peinture rouge la station de métro Argentine en référence aux répressions du moment. Ils rappellent par des communiqués, lors d’une visite papale en France, que « les querelles théologiques ne devraient se résoudre que sur le sable des arènes et dans la gueule des fauves ». Ils font sauter, armés de pieds-de-biche, les plaques de rue « ignominieuses » qu’ils rebaptisent friponnement. C’est ainsi que le 8 septembre 1979, à 19h40, les turlupins ont « solennellement chassé le nom d’Ordener, général, du 18e arrondissement de Paris pour y substituer celui de Jules Bonnot, anarchiste, qui, le 21 décembre 1911, avec quelques amis et en cette même rue, avait autoréduit la sacoche d’un encaisseur de la Société générale ». Et que, dans la foulée, l’avenue de la Grande Armée s’est transmutée en avenue de la Colonne Durruti, la rue des Martyrs en rue du Repos des Lions, la rue de la Banque en rue Bonnie & Clyde, la rue Lafayette en rue Nadja, la place de la Bastille en place Sade. De nos jours encore, les chenapans ne se contentent pas de demi-démesures, leur philosophie étant remarquablement condensée dans une formule du brûlot Surréalistes, nous ? Ah la la… (1981) : « Il nous faut de l’enthousiasme, de la passion, de la volupté, de l’ivresse joyeuse. »   À lire impérativement : Tapis franc et autres cadeaux provos de Jimmy Gladiator (éd. Rafael de Surtis). [1] « Il n’y a que les crapules qui changent d’avis », proclame-t-il crânement. [2] Parmi ses fers de lance : le désaltère ego de Jimmy, Jehan Van Langenhoven, le pataphysicien Stéphane Mahieu, le « rigolo » de Canal+ Albert Algoud.

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