Lucas Taïeb
Publié le 24/07/2012

Stupéfaction à Conflans-Sainte-Honorine


Stupéfaction à Conflans-Sainte-Honorine : le gars connu pour la perversité de son âme était en fait le gars encarté dans 157 associations humanitaires.
Jeanine, voisine mitoyenne atterrée, témoigne : "On le croisait souvent, il faisait tout un boucan sous nos fenêtres en rotant bruyamment et en chantant à tue-tête des chansons paillardes, il avait tué mon frère, violé ma soeur, et voilà qu'on apprend qu'il était activiste pacifiste tiers-mondiste humaniste ! Si on l'avait su !"
Cerbère, le clébard avec qui il dirigeait l'organisation zoophilo-sataniste Les Chiens Damnés de L'Enfer, aurait laissé échapper un "wif ?" perplexe à l'annonce de la nouvelle.


Dessinateur névrotique autodidacte depuis 2002, l'essentiel de sa carrière pouvant se résumer ainsi. Pendant tout ce temps il a essayé en secret d'inventer la seule littérature qui vaille le coup, il peut enfin dévoiler de quoi il s'agit, le monde semble assez mûr. Lucas Taïeb écrit ici mais aussi là : http://defini.canalblog.com/ 

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Le 22 mai 2013 à 07:48

Barbares fourmis

Mon arrière-grand-mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez un tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudain de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière-grand-mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

Le 16 février 2013 à 08:11
Le 4 juin 2010 à 10:00

Zapiro

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité. Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle. > www.zapiro.com

Le 27 février 2012 à 07:58

Mauvaise réputation

Il s’était appliqué pour que ce soit bien propre. Ça lui avait pris du temps, mais il était content de lui. Il avait choisi une belle malle en cuir. Ce qui l’ennuyait, c’était le risque à la douane. Qu’on la bloque pour contrefaçon. On n’est jamais assuré de ce qu’on trouve dans le souk de Marrakech.   A l’intérieur, pour ne pas salir – la malle pourrait toujours resservir – il l’avait capitonnée de polyane. Il avait rajouté un pot-pourri, le nom ne saurait être plus adapté, pour diffuser une odeur agréable. Le transport pouvait être long.   Elle était si jolie ce matin, quand il s’était réveillé. Elle dormait encore, la peau nacrée de son bras tranchant avec le doré de la sienne. Un sourire fermait ses lèvres. Elle n’avait jamais été aussi belle, elle ne pourrait jamais plus l’être autant. C’est cette image qu’il voulait conserver. L’ennui quand il lui avait tranché la gorge, c’est que ça laissait une trace sur son cou. Mais il avait attendu qu’elle se vide de tout son sang. Il l’avait bien lavée, essuyée. Et il lui avait attaché un foulard de soie pour dissimuler la plaie. On ne voyait presque rien. Il l’avait couchée dans la malle, repliant les bras et les jambes pour qu’elle soit à son aise. On fait une mauvaise réputation aux gendres.  Sa belle-mère pourrait le remercier, il avait simplement chercher à la satisfaire. C’est elle qui avait demandé, juste avant le départ pour le voyages de noces. « Bon voyage les enfants. Et surtout, envoyez-moi des souvenirs. »

Le 17 octobre 2015 à 09:07
Le 25 octobre 2010 à 12:07

Feuilles et branches

Chroniques de mon jardin à moi

Dans mon jardin, il y a des feuilles. Mortes. Des feuilles qui ne tiennent plus aux branches et se laissent tomber au sol. Des feuilles qu’il faut rassembler avec un râteau, ramasser avec une pelle et un balai. Des kilos de feuilles humides qui sentent le moisi et qui emplissent ma poubelle jusqu’à la gueule. Des saletés de feuilles d’automne dégoulinantes de pluie grise et acide. Dans mon jardin il y a des arbres, plein d’arbres qui perdent plein de feuilles. Des arbres qu’il faut élaguer en novembre. Et ça fait des branches qu’il faut ligoter en fagots. Ou découper en morceaux pour compléter les poubelles de sales feuilles. Des putains de vieilles branches poisseuses couvertes de mousse et de cacas d’oiseaux. Dans mon jardin y’a des rosiers. Des dizaines de rosiers qui font des centaines de saloperies de roses avec des pétales qui s’envolent au moindre coup de vent et bouchent les gouttières. Des conneries de rosiers avec des conneries de ronces qui t’arrachent la peau, te déchirent le pantalon, t’enveniment le derme, font des conneries de plaies qui s’infectent sous les ongles et te provoquent des conneries de gros panaris. Et ces putains de bordel de saloperies de rosiers ont besoin d’être taillés, tous les ans, toutes ces enfoirées d’années à la con, juste avant l’hiver, quand on se gèle les mains et qu’on piétine dans l’eau glacée. Et dans mon jardin, au-delà des arbres dénudés, j’aperçois les yeux de ceux qui sont bien au chaud dans leur HLM et qui me regardent. Et je me demande : Quand ? Quand n’aurai-je plus, enfin, les moyens d’entretenir mon jardin ? Quand irai-je, moi aussi, dans une saloperie d’appartement pourri regarder des fleurs en plastique, des arbres de papier peint, des jardins chromos sous verre et des roses en carton parfumé dans des cartes d’anniversaire poussiéreuses ?

Le 1 août 2011 à 08:34

Rencontre inattendue

La joyeuse bande marche dans la forêt. Elles avancent tranquillement en file indienne et c’est à peine si l’on entend leurs pas. Au petit matin pâle, la terre de bruyère est encore humide et de grandes tiges laissent parfois tomber des gouttes d’eau. Celle qui clôt la marche fait un écart pour éviter de justesse les gouttes en poussant un petit cri. Devant, la première siffle un petit air entraînant. Les autres la suivent, concentrées sur leurs pas car le chemin n’est pas tracé. Il faut parfois contourner des obstacles naturels, un rocher, une branche tombée. Les rais de lumière encore rasants réchauffent déjà leurs corps. Toutes gravissent avec délectation le sentier qu’elles tracent, car elles savent le trésor qui s’annonce. La pierre blanche, elles en rêvent depuis longtemps et même le vacarme des géants aux alentours ne saurait les effrayer. Les oiseaux volent si haut qu’ils ne peuvent pas les voir. L’éclaireuse, en bon guide, sait repérer les traces de passage et trouve moyen de les contourner. Elles savent qu’à l’approche de la pierre blanche, leur cœur va se mettre à palpiter. On en a même déjà vues perdant l’équilibre et tournant en rond tant l’excitation est à son comble. Un pied après l’autre, la vie parait si simple. Elles ne savent pas que Pierre est entré dans la forêt depuis déjà un quart d’heure et qu’il se dirige à petites foulées dans leur direction. Il inspire, expire et regarde droit devant lui. Soudain, la joyeuse bande est surprise par une obscurité brusque, une éclipse totale et plus rien. Elles n’ont pas vu venir du ciel la chaussure de Pierre qui les a écrasées. Pauvres petites fourmis !

Le 21 février 2013 à 07:53

Pistorius sous stéroïdes le soir du meurtre ? Les fans déçus

Johannesburg – Après les soupçons de meurtre de son ex compagne, Oscar Pistorius fait face à de nouvelles accusations qui pourraient être -celles-ci- fatales pour sa future carrière. Ses avocats pourraient plaider l’influence de substances dites stéroïdes, substances qui pourraient avoir une incidence sur l’humeur. Un examen sanguin a été effectué et déjà les fans sont très très très déçus. La chute d’une idole C’est la désillusion chez les fans et supporters de l’athlète Oscar Pistorius. Le sportif pourrait être convaincu de dopage aux stéroïdes si les tests sanguins réalisés le soir du meurtre sont concluants. Des substances qui ont pour effet d’influer sur l’humeur et qui pourraient expliquer la dispute qui a dégénéré. Une annonce qui tombe comme un couperet pour les fans. « Je suis très déçu. D’abord les soupçons de meurtre, maintenant ça. On se demande où cela va s’arrêter » explique un fan sur sa page Facebook. Pour beaucoup, la carrière d’Oscar Pistorius pourrait être sérieusement compromise.« Après ces tests sanguins, certains sponsors pourraient se retirer pour de bon » souligne un journaliste sportif de l’Equipe. « Il suffit de voir comme Armstrong a vécu ces accusations. Ces soupçons vont lui coller longtemps à la peau. Peut-être que Pistorius devra s’expliquer, comme Lance, et avouer, tout simplement. Pour l’image du sport. ». Dans l’immédiat, certains préfèrent attendre le bilan sanguin avant de prendre position. « Je ne veux pas l’accabler, vous savez, on fait tous des erreurs parfois » explique un autre fan sur la page Facebook du sportif. La Rédaction Illustration: Gabludlow/Flickr

Le 13 mars 2015 à 09:24

Noms (pas très) propres

ou l'altérité interdite

Pendant longtemps, une flopée de mes frères de papier, jugés trop "impolis", étaient bannis des écoles, des universités, de la télé, des bibliothèques publiques et des colloques intellos.Pendant longtemps, le Ministère de la Langue publiait chaque matin la liste des mots qu’il n’était pas de bon ton de prononcer ce jour-là.Des mots/des noms pas très propres.Remplacés par des mots/des noms propres, très propres sur eux, très comme il faut, des mots corrects, polis, lisses, validés par la police, la Police de la Grammaire Orthodoxe.Des mots BCBG, soigneusement filtrés par la brigade lexicale.Une littérature de fonctionnaires émargeant au Ministère de La Langue de Bois.Des scribes obséquieux pour littérature obéissante.Et les gens qu’il ne fallait pas écouter : poètes, écrivains, chroniqueurs, tribuns, activistes, publicistes, éditorialistes, meddah, ménestrels, et autres chanteurs de raï, le genre sulfureux-scandaleux par excellence.Toutes les chansons raï étaient interdites de radio.Des mots/ des noms pas très propres remplacés par des mots/des noms propres.DE LA GRAMMATOLOGIE (Derrida) rapporte ces mots de l’enfant d’El Biar : « La bataille des noms propres suit l’arrivée de l’étranger".Et les gens devenaient étrangers dans leur propre langue, dans leur propre patois, patelin, patrie, dans leur langue maternelle, paternelle, fraternelle, dans leur langue éternelle, dans leur propre intimité, dans leur propre douar, dans leur propre maison, dans leur propre pantalon, dans le creux de leur cœur et les replis de leur âme et l’anfractuosité de leur solitude ;  étrangers dans leur propre langue depuis que, dans les écoles, dans les mosquées, dans les cafés, au cinéma, au théâtre, à la télévision, on ne les entendait jamais car n’ayant pas assimilé la nomenclature des Mots Propres, eux les gens de peu.Les gens sans nom propre.Les gens sans nom tout court.SNP.SDF de la langue.Exclus du Thésaurus des mots officiels et du Logos Central.  Longtemps, on a enjoint aux écrivains d’écrire poli, d’écrire joli et de fermer leur gueule, pour être lus.Après, on a voulu leur clouer le bec pour de vrai.Pour de bon.C’était l’ère du Verbe d’Allah supplantant tous les verbes.Tous les mots."Lis au nom du Seigneur ton Dieu qui a tout créé".Qui a tout crée à partir d’un verbe.Le verbe « LIRE ».Mais eux, ils ne lisaient pas « au nom de Lui ».Ils ne lisaient que Lui.Que ça.A l’exclusion de toute autre parole.Comme si tout le reste, c’étaient Les Versets Sataniques.Et ils décrétèrent que seuls eux avaient le droit d’être publiés, lus, commentés.Obnubilés qu’ils étaient d’avoir le fac-similé du Coran imprimé sur leur hypothalamus.Et ils lui faisaient une promo d’enfer.Comme si Dieu avait besoin d’un agent littéraire.Et ils plombèrent l’ambiance, plongèrent les bibliothèques dans un silence religieux.Un silence de morts.D’une balle dans la narration.Et ce n’était pas une métaphore.Et ils les butèrent un à un. TAHAR DJAOUTDJILLALI LIABESSAID MEKBELABDELKADER ALLOULAAZZEDDINE MEDJOUBIYOUCEF SEBTILAADI FLICICHEB HASNINABILA DJAHNINEMAHFOUDH BOUCEBCIM'HAMED BOUKHOBZABAKHTI BENOUDARACHIDA HAMMADIAHMED ASSELAHRABAH ASSELAHAMEL ZENOUNSMAIL YEFSAHYOUCEF FATHALLAHYASMINE DRISSIOMAR OUARTILANEALLAOUA AIT MEBAREKMOHAMED DORBANENAIMA HAMOUDABRAHIM GUEROUIMATOUB LOUNES......... Djaout (assassiné le 26 mai 1993) l'avait prédit: "À l’heure qu’il est, ils ont déjà brûlé tous les livres en un incendie exorcisant. Ils ont compris le danger des mots, de tous les mots qu’ils n’arrivaient pas à domestiquer et à anesthésier. Car les mots, mis bout à bout, portent le doute, le changement. Il ne faut surtout pas que les mots entretiennent l’utopie d’une autre forme de vérité, de chemins insoupçonnés, d’un autre lieu de la pensée. Ceux qui, défiant l’injonction, s’agrippent aux mots incontrôlés, doivent être mis hors d’état de nuire. Par le bâillonnement, la liquidation si nécessaire." [Le Dernier été de la Raison] Mustapha Benfodil. L'AntiLivre. Roman-document. A paraître.    

Le 22 septembre 2015 à 10:18

Juste un condensateur

C'est une pièce minuscule, quasiment nanométrique. Elle est issue d'un terminal mobile de dernière génération dont la caractéristique essentielle est l'émission et la réception (à très grande vitesse) d'ondes électromagnétiques. Ce terminal a été piétiné il y a quelques jours par Robert Gontran Mulligan, né à Falltown, Etats-Unis d'Amérique, le 11 mai 1979, lors d'une violente dispute en plein M Street à Falltown, USA, avec sa compagne Monica Li, née à Shanghai, République populaire de Chine, le 4 août 1985. M. Mulligan reprochait à Mlle Li une supposée liaison avec John Michael Collins, né à Falltown, Etat-Unis d'Amérique, le 31 juillet 1957, propriétaire et gérant de NeoSwin Inc., dont la fortune est évaluée à 17 millions de dollars. Il a donc saisi le terminal, le projetant contre le bitume du trottoir de M Street, à la hauteur du numéro 1244, le rendant dès lors inutilisable. Pour autant, il s'approcha de ce qu'il en restait pour l'écraser violemment sous son talon à coups répétés. Des éléments volèrent derechef, certains jusqu'au numéro 1248 de M Street, où ils demeurèrent trente-six heures, malgré le dense passage de population à cette hauteur de la rue (le 1248 M Street est l'adresse du Porfirio Club, l'établissement pour adultes le plus couru de Falltown, et par ailleurs le seul. Il se trouve que John Michael Collins en est un des actionnaires, minoritaires mais assidus). Le terminal mobile faisait partie du dernier lot importé par NeoSwin Inc. avant que Mr. Collins ne se convainque que le marché était sans perspective de nouvelle croissance conséquente, et qu'il se tourne vers le négoce de bassins de piscines pré-carrelés. Cette pièce minuscule, presque nanométique, est un bout de condensateur, qui contient du tantale, métal extrait de la colombo-tantalite, minerai dont la rareté et la demande provoquent des guerres en Afrique. Un jour il n'y en aura plus. Cette pièce minuscule, nanométrique ou peu s'en faut, est inutile en dehors de la coque d'un terminal mobile et du voisinage de nombreux autres composants. Elle continue pourtant d'exister, rare, précieuse, riche de qualités (elle ne rouille pas) : elle est en ce moment même collée à votre semelle. Le hasard a dû vous faire passer récemment devant le 1248 M Street. Vous allez l'emporter chez vous, sans y prendre garde, sans même en avoir conscience. Elle se glissera alors entre deux mailles de votre tapis et y restera plusieurs jours jusqu'au passage d'un aspirateur. Bien avant ça, Monica Li, folle de douleur, tentera de reconquérir le coeur de Robert Gontran Mulligan. Elle y réussira sans grande difficulté, la rage de Robert Gontran Mulligan n'ayant été qu'une expression de son amour proportionnel. Mais trois mois plus tard, Robert Gontran trouvera dans le nouveau terminal de son amie un message sans ambiguité signé des trois lettre JMC. Il se saisira alors de sa vieille carabine, visera la tête de Monica puis la sienne propre, non sans avoir placé une balle dans le nouveau terminal. On retrouvera des éléments de Mlle Li, de M. Mulligan et de la machine électronique jusqu'au 1252 M Street. Ce jour-là, vous jetterez le sac de l'aspirateur dans votre poubelle, au fond de laquelle disparaîtra alors cette minuscule pièce, pour ainsi dire microscopique.

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