La Régie
Publié le 19/06/2010

Dernier avis avant mise en demeure!


Chers collaborateurs,
Je suis furieux ! Il y a déjà bientôt une semaine que je vous ai transmis la première impression publicitaire à faire figurer dans les pages de votre revue.
Votre partenaire me harcèle, et c’est peu dire. Je vous rappelle vos engagements directs envers La Régie que je représente, et indirects envers vos partenaires privés qui, dans l’attente, continuent de financer aveuglement et sans contre partie les enfantillages de vos chroniqueurs. Si vous vous entêtez à garder le silence et à censurer leurs campagnes publicitaires, je serais dans l’obligation de m’écarter du projet ventscontraires.net en emmenant avec moi, les partenaires, leur argent, et les avantages déjà consentis à certains d’entre vous (machines à café et capsules, boissons fraiches allégées, baskets branchées,... Et j’en passe ! Ah oui, bien évidemment, le coupé sport de fonction de Mr Ribes lui sera également repris... ).
Je vous demande donc de retrouver la raison, et de publier sans délais le visuel ci joint. D’autres suivront.
Dans le cas d’une attitude plus positive de la part de votre rédaction, La Régie ne manquera pas de se montrer particulièrement reconnaissante envers vos équipes.
Profondément,
La Régie
Annonceurs, décomplexez-vous ! Frappez au cœur ces intellectuels égarés, baladés au gré des vents contraires. Le temps qu’ils consacrent à lire, à se cultiver, à tenter en vain de combler leur irrémédiable “besoin de consolation” assis dans les sièges pourpres et mous de la culture en regardant gesticuler des saltimbanques à moitié homosexuels, est la preuve d’un profond désir de consommation. Offrez-leur la chance de retrouver enfin les sentiers lumineux de la convoitise, et la douce sérénité de la possession.  

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Le 10 juin 2013 à 08:22

Le jardinage est un sport de combat

Le jardinage est un sport de combat. Je pense que les copains qui viennent le dimanche au barbecue ne s'en rendent pas bien compte. Entre l'hostilité des végétaux qui poussent quoi qu'il arrive, la prédation des volatiles et l'envahissement sourd des insectes grouillants, le jardinier est seul face aux éléments. Souvent même, sa femme bien trop affairée au pavillon douillet n'en a pas conscience non plus. Il y a le gazon bien sûr, le plus visible d'entre tous. Celui-là même pour lequel il faut s’acquitter de la corvée de tondeuse hebdomadaire afin de ne pas courir le risque de la double peine le week-end suivant. Trop long à la première tonte de la saison, il ordonne des pauses à la machine à chaque aller-retour. Vous savez, cette pause où vous lâchez le levier de sécurité pour arrêter la lame, levez le panier et videz la charge pesante dans le composteur... puis où vous vous cassez le dos courbé sur le lanceur à ficelle pour redonner vie aux pétarades puantes et fumantes du moteur. Ce gazon souvent trop humide et qui colle à la lame que vous avez affûtée dans le secret de vos soirées d'hiver. Ce gazon où prolifère le pissenlit, honte du jardinier. Elle ignore tout du pissenlit, la copine de la ville qui vient au barbecue. Sait-elle seulement la chasse que je vous lui faites, armé de votre binette, au pissenlit ? Pour elle, en salade. Pour vous, nourriture de lapins. Pour elle, souffler mièvrement sur les aigrettes dans la brise du printemps est un jeu. Pour vous, une contamination mortelle avec l'intention de semer le déshonneur sur vos plate-bandes. Et puis il y a les haies bien plus encore, qui obligent à un exercice harassant autant que dangereux où les lames croisées du sécateur électrique frôlent alternativement le visage du tâcheron en équilibre sur l'escabeau et le fil d'alimentation entortillé dans la végétation. Et les tailles qui jonchent les alentours après la coupe, et qu'il faut rateler, saisir à bras le corps en se griffant les avant-bras, charger dans le coffre du break, porter à la déchetterie où les retraités écolos du samedi pullulent hagards et oisifs. Ce stockage temporaire des tailles de haies dans votre véhicule, occasion unique pour toutes sortes d’arachnides de le coloniser durablement... Il serait illusoire de croire que le potager offre une compensation à ces besognes par quelques largesses du côté du comestible. L'espace est contraint par le cadastre imaginaire de Madame, globalement assez soucieuse que votre carré de culture ne s'étende pas trop. Aussi, dans le soucis de préserver la paix du ménage, osez-vous tout au plus un coup de bêche supplémentaire chaque année afin d'étendre votre parcelle. La joie atavique que vous procure le travail de la terre, la fierté des ongles noircis par la glèbe ne doivent pas pour autant vous emporter : un ou deux repas de petits pois par an, quelques tomates et puis c'est tout. Un plan de courgettes ? N'y pensez même pas ! Trop gourmand en place ! Les fourmis, les étourneaux, l'envahissement du trèfle, les épines des ronces scélérates ; le jardinier est un être en éveil, toujours prêt au combat toujours plein d'abnégation face aux ampoules du manche de l'outil. Mais plus que tous les autres combats, c'est l'indifférence des copains urbains à tous ces efforts, et qui jouissent du barbecue en devisant de leurs lectures du samedi qui lui fait le plus de mal.

Le 23 avril 2011 à 10:30

Les yeux d'Elsa

Pubologie pour tous

Avant de se plonger dans les yeux d’Elsa, il faut savoir que cette campagne d’affichage, datant de 2010, a été une petite révolution dans le monde bien rangé du luxe. Pourquoi ? Parce qu’il y a un PRIX. Place Vendôme, déjà faire de la pub c’est limite, alors mettre un prix, vous n’y pensez pas. C’est putâssier. Avec un â, comme dans Versâilles. Alors pour compenser, on donne à la montre un nom en forme de phrase. Nom qu’on illustre par une photo d’un jour qui se lève, d’un beau bleu-vert lagon lagune laguna de la couleur des yeux de l’égérie. C’est fait exprès d’ailleurs. Pour ce genre de publicité, on fait un casting de stars, on les place devant la fenêtre, et si leur couleur d’yeux est celle du ciel, eh bien c’est gagné. Et sinon, il y a Photoshop. Là il y a eu Photoshop, c’est d’ailleurs pour cela qu’Elsa, 42 ans, a l’air d’en avoir 17. Mais les 42 ans d’Elsa ne sont pas un défaut. Ils sont une force. C’est son expérience qui lui permet de jouer si bien le jour qui se lève, amour. On le voit bien, dans ses yeux laguna, l’amour du jour qui se lève. Elle semble même un peu surprise d’ailleurs que l’amour se lève le jour, c’est probablement parce qu’elle était en train de faire la fofolle sur un trampoline de fils de soie, c’est pour ça qu’elle est décoiffée. Mais pas trop parce que les fils de soie ça ne rebondit pas très bien. Elsa, elle joue très bien l’air chagrin-enamouré-rêveur. Mais ça ne marche pas. Parce qu’on ne lui a pas dit à Elsa, mais faire la moustache avec ses cheveux, ça ne fait pas très chagrin-enamouré-rêveur, même si c’est rigolo. Mais surtout, Elsa, elle ne va pas nous faire croire que le jour se lève alors qu’il est dix heures à sa montre. Parce que soit elle vit au Pôle Nord Elsa, soit elle croit que tôt le matin c’est dix heures. Et ça c’est bien un truc de riches.

Le 11 décembre 2013 à 19:56

"Pénélope Bagieu, le racisme et la pub"

L'Express du 10 décembre 2013

"(…) C'est la petite vidéo qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. (…)"> l'article complet C'est la petite vidéo qui monte, qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/penelope-bagieu-le-racisme-et-la-pub_1306438.html#p3TypdD3JLyyoiGP.99 C'est la petite vidéo qui monte, qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/penelope-bagieu-le-racisme-et-la-pub_1306438.html#p3TypdD3JLyyoiGP.99 C'est la petite vidéo qui monte, qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/penelope-bagieu-le-racisme-et-la-pub_1306438.html#p3TypdD3JLyyoiGP.99 C'est la petite vidéo qui monte, qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/penelope-bagieu-le-racisme-et-la-pub_1306438.html#p3TypdD3JLyyoiGP.99 C'est la petite vidéo qui monte, qui monte, qui monte... Sur la scène de la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point, le 2 décembre dernier, Pénélope Bagieu a dénoncé le racisme dans la publicité, univers qu'elle fréquentait avant de se lancer - avec succès - dans la bande dessinée. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/penelope-bagieu-le-racisme-et-la-pub_1306438.html#p3TypdD3JLyyoiGP.99

Le 19 octobre 2015 à 10:03

Le saut de Malmö

J'ai longtemps voulu réaliser le saut parfait. J'avais en permanence dans la tête la liste toujours changeante des nombreux paramètres à prendre en compte, depuis mes début en athlétisme à l'âge de sept ans. Et je n'ai cessé d'accumuler de nouvelles exigences, imposées par mes entraîneurs successifs ou découvertes de mon propre chef, qui ont malheureusement repoussé pour moi les conditions d'exécution du saut parfait. À Malmö, un mardi d'août en meeting, il avait plu comme il pleut à de rares occasion en Suède l'été, par lourdes gouttelettes. J'avais presque abdiqué. Emmitouflé avec un air pathétique dans mon K-way de l'équipe de Belgique, j'attendais mon tour de passage et je ne me faisais guère d'illusions sur mes chances de passer en finale, dans les huit premiers ; je suis et j'ai été un sauteur international d'ordre moyen. Ce qui, de mon point de vue, ne signifie rien mais me classe, par comparaison avec les Cubains, les Ukrainiens, les Américains, dans la moitié basse du tableau. Je crois bien que si les autres n'existaient pas, je pourrais me sentir un sauteur d'exception aussi bien qu'un athlète minable. Parce que au cœur des sensations qui picotent mon épiderme, mes muscles, mes nerfs jusqu'à la moelle et au fondement de mon cerveau, au moment du saut, je n'ai jamais perçu la médiocrité intrinsèque de mes performances. D'autres jours, je me dis bien volontiers que même si j'étais sur cette planète le seul être vivant à pratiquer cette discipline, j'apparaîtrais sans doute encore comme un sauteur de milieu de classement. La piètre qualité de mon saut doit être inscrite dans sa préparation, son développement et l'éternelle insatisfaction qui en découle une fois les deux pieds dans le sable. Pour tout dire, ça ne va jamais comme ça devrait aller lorsque je dessine le saut dans ma tête. Je suppose, sans pouvoir le deviner autrement que du coin de l'oeil au début d'une compétition ou par plaisanteries interposées dans les vestiaires que d'autres – qui remportent les concours – sautent parfois aussi loin que leur esprit a d'abord pu les porter par la pensée. Ce n'est pas mon cas. Je sais avec précision le saut que je devrais accomplir juste avant de le réaliser. Je connais d'instinct le poids, la charge de chaque foulée. Me revient systématiquement en mémoire la courbe régulière de leur accélération, le point d'appui, le balancement des deux bras, l'élévation après une planche parfaite, et la chute maîtrisée qui – accompagnant les lois de la pesanteur en ma faveur – me laissera choir comme la dernière note d'une mélodie à peine plus courte qu'un chant d'oiseau. Pourtant, peu avant que mon corps ne s'élance et n'interprète la partition, quelque chose, oh, un petit détail, pas grand-chose, puis un autre, et un troisième, me rappellent à une réalité branlante dans laquelle mes gestes n'atteignent jamais l'harmonie que j'appelais de mes vœux. Parfois c'est le vent. Souvent c'est le vêtement. Il me gratte. Le pli n'est pas bien disposé sur le téton de droite. Je préférerais sauter nu, sans dossard. Car le dossard, mal épinglé par des stadiers incompétents et bornés, pend. Et il claque. Vos doigts n'ont alors de cesse de s'assurer avec fébrilité de son positionnement. Sans compter le ventre qui digère encore ou la sueur entre les orteils. Aucun produit, je le jure, aucune marque de chaussures ne compense ce type de désagrément, comme une poussée d'acné au moment de faire l'amour avec une beauté. Je murmure pour moi-même : « Je ne le sens pas, c'est pas le moment. » Et c'est toujours là qu'il faut faire les choses, évidemment. Pour un saut parfait, il faudrait des conditions moins parfaites que neutres. Du dehors, quelque chose pointe toujours – en creux ou en plein – jusqu'à moi. C'est ce qui entame ma concentration, l'augmente, la diminue, je ne sais pas, mais la trouble en tout cas. Je fais mon deuil, à cet instant, du saut définitif et je le repousse à la prochaine fois. En attendant, j'ai recours à quelques gestes mécaniques acquis à la longue, qui ne courent plus après la représentation mentale que je me fais de l'enchaînement du saut parfait. Ils permettent à mes muscles de reproduire la dynamique minimale et banale dont ils sont capables, dans l'urgence et des circonstances contraires. J'aimerais sauter sans vent, sans air ni dossard, dans le vide, sauter sans ventre, la gorge ni trop sèche ni trop humide, le sexe bien disposé, au millimètre près, au milieu de mes cuisses, sans aucune asymétrie des couilles, les ongles coupés et le cuir chevelu qui ne gratte plus. Là, je le sais depuis l'enfance, je réussirais. À Malmö, ce mardi d'août, à la fin de l'été déjà, il avait plu comme jamais, le côté droit de ma chevelure dispersée me démangeait frénétiquement et le nouveau short de mon sponsor de l'époque frottait sans régularité mon testicule droit. J'avais grande envie, en ce jour pluvieux d'été, de me raser les cuisses. La peau de mes joues – piquetée d'une chair de poule inégale, rasée dans la précipitation, avant de prendre le car jusqu'au stade – chauffait avec insistance. J'avais fait le deuil, une fois de plus, du meilleur saut. J'étais parti sans y penser, en comptant les deux premières foulées seulement, le dossier au quart décroché. Je ne me souviens plus du saut en lui-même et lorsque je regarde la cassette VHS de la télévision suédoise, je ne vois rien sinon les marques, l'élan, le rythme et les appuis d'un saut comme les autres. Les meilleurs en réalisent sans forcer plusieurs de cette trempe dans l'année – pas moi. Huit mètres zéro trois. Je me rappelle m'être relevé en me léchant la lèvre supérieure, tout en me battant les fesses des deux mains. Je déteste sentir le sable mouillé sur mon cul. Mon entraîneur, Franckie, était debout. Mon record personnel. C'était il y a cinq ans tout juste, maintenant. Huit mètres zéro trois, c'était un bond excellent, qui me plaçait en quatrième position, même si je n'y avais certainement pas mis toute mon âme. Quand je pensais au saut parfait que je ferais, je l'imaginais d'abord comme s'il pouvait justifier mon existence dans sa totalité, ses souffrances aussi bien que ses joies, son temps perdu, regagné sur quelques mètres de distance rognée à l'horloge de tant de sacrifices, d'entraînements, d'heures de déplacements, de mauvaises nuits et de matinées vides.Je l'imaginais aussi comme une petite peinture, un tableau, une symphonie qui exprimerait mes amours, mes parents, mon enfance, mon meilleur ami, la cabane de bois du voisin, la planche de chêne qui m'était tombée sur la tête, la soupe, les orties, l'heure de cours de biologie du mardi, Charlène, le métro, le parking, l'oreiller jaune, la télé et tout le reste. J'imaginais le saut comme un geste qui laisserait ressurgir aux yeux du monde ce qui, année après année, s'était enfoui en moi. Mais je ne suis pas un peintre, un saut, ça ne représente rien. À moins qu'il ne soit parfait. Aujourd'hui, lorsque je me retourne, je sais que je n'ai jamais fait mieux de ma vie qu'un mardi d'été qui touchait à sa fin, à Malmö sous la pluie. Et dans le meilleur saut de ma carrière déclinante, je ne trouve rien de moi. Est-ce qu'il était vide ? Ou rempli d'une pensée à jamais prisonnière ? Durant la première moitié de sa carrière, on court après le saut parfait ; durant la seconde, on s'aperçoit peu à peu qu'on a déjà sauté le plus loin qu'on pouvait. On court alors en désespoir de cause après ce saut déjà hors d'atteinte. À présent, à chaque meeting d'importance, avant de passer, je tends fébrilement mon vieux slip sur ma couille droite, en quête de l'angle exact. Je me gratte avec précaution la moitié gauche du crâne, à la recherche de cette pellicule si particulière à un centimètre du sommet et je détache un quart de mon dossard. Je me coupe toujours au rasoir, avant de prendre le car en retard. Je regarde les poils sur mes cuisses. Je cherche le souffle de travers. Et, le nez en l'air, j'attends la pluie d'août. Je ne pense plus du tout à mon enfance ; je sais bien qu'elle ne réapparaîtra pas dans un saut, quel qu'il soit. C'est con. Je voudrais juste atteindre huit mètres zéro trois une seconde fois. C'est tout ce que je demande, oh, mon Dieu, rien de mieux. Je me fiche du saut parfait ; c'est une idée bonne à occuper votre jeunesse. Je reveux celui de Malmö. Je l'ai gaspillé, je le sais ; je n'y ai même pas réfléchi, je ne l'ai pas senti venir lorsque j'ai posé le pied sur la planche. C'était le meilleur saut de ma vie et il est passé à la manière d'un moment ordinaire. Je saute aujourd'hui en attendant la pluie qui n'est ni de juillet ni de septembre, ni d'Oslo ni d'Helsinki. J'y pense à chaque fois, à chaque pas, chaque foulée, en l'air et le cul dans le sable. Déjà, je me dis : c'était ça ! Profite, profite, profite. Et quand je lève les yeux, je trouve Franckie, mon entraîneur, assis. Je suis loin, très loin. Un homme coiffé d'une casquette ratisse derrière moi le bac, il efface mes traces, aplanit le champ pour le prochain et me fait signe avec impatience d'évacuer la zone d'arrivée. Je donnerais sans hésiter la possibilité d'un record du monde et d'une médaille olympique dans deux ans, si Dieu me le proposait, pour sauter une seconde fois à huit mètres zéro trois, un mardi d'août à Malmö. Mais en sachant ce coup-ci, au moment même où mon pied gauche décolle de la planche d'appel, que ce saut marquera pour mon existence un sommet depuis lequel, à huit mètres zéro trois, je pourrais une demie-seconde durant contempler toute ma vie. D'en bas, j'aperçois bien où et quand j'ai culminé ; mais à Malmö, cet été-là, je crois qu'une fois en l'air j'ai fermé les yeux – et je m'en veux. Extrait de En l'absence de classement final, Gallimard (2012) © Éditions GallimardTous les droits d'auteur de cette oeuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celle-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Le 20 octobre 2015 à 08:03

Il se lance le défi de vivre un an sans respirer et meurt violemment au bout d'1 minute 20 

Quand une tentative de record du monde vire au drame. En début de semaine, Dick Paulson, 20 ans, se lançait dans un pari fou : essayer de vivre un an sans respirer et ainsi battre l’actuel record d’apnée détenu par le danois Stig Severinsen en 22 minutes. Dick Paulson s’était même entrainé pendant plus de 3 mois pour réaliser cet exploit. Seulement voilà, le rêve a très vite tourné au cauchemar quand Dick a finalement perdu la vie au bout d’une terrible agonie qui aurait duré près d’1 minute et 20 secondes selon les légistes qui ont autopsié la dépouille du garçon. Recit. Une contre-performance Tout était pourtant prêt. Dick Paulson se disait « au top de sa forme » quelques secondes avant le début de son quasi-record. Un juge était présent pour valider la performance, les proches et les moins proches de Dick avaient fait le déplacement pour l’encourager. Sa famille s’était même cotisée pour lui offrir un caisson sans oxygène dans lequel il pourrait tenter de repousser les limites de l’apnée en toute sérénité. C’est donc dans ces conditions idéales que celui que sa petite-amie appelait « l’étoile de Rapid City » s’est élancé lundi matin dans un joli défi qui est finalement devenu un tragique fait divers. Car très vite après le début du record, le jeune américain originaire du Dakota se met à se tordre, il gesticule avec frénésie. Malgré cela, toutes les personnes qui l’accompagnaient au moment de ce fiasco n’ont pas su décrypter ce qui semblait être en fait des signes de détresse : « On a cru qu’il bougeait dans tous les sens pour se détendre, que c’était un genre de technique de relaxation, un truc comme du Yoga. On aurait du réagir plus vite. » confie Barry White, juge officiel du Guiness World Records. Car c’est seulement au bout de 7 heures que Barry White ainsi que les proches de Dick présents sur place se mettent à avoir des doutes : « Il avait définitivement arrêté de gesticuler à peu près 1min20 après le top départ. Ça faisait donc un petit moment qu’il ne donnait plus aucun signe de vie. On a tapé à la porte du caisson pour voir s’il dormait mais comme il ne réagissait pas on a décidé d’arrêter le record et d’intervenir. » nous raconte Jenny, la sœur aînée de Dick. Le personnel médical prévu dans le cadre de ce genre d’épreuves se précipite alors auprès de Dick Paulson. Les médecins constatent alors l’absence de toute réaction de l’apnéiste mais par précaution et après plusieurs minutes de concertation, ils choisissent pourtant de ne pas stopper l’épreuve et remettent le jeune homme dans son caisson : « Dans le doute, nous n’avons pas voulu l’empêcher de réaliser son record jusqu’au bout. Ça aurait très bien pu être une forme de décès temporaire et momentané. On ne voulait pas lui gâcher son rêve. » se justifie ce médecin. « Dans la mesure où il n’y avait aucun indice d’une quelconque reprise de respiration, il n’y avait aucune raison d’arrêter le record. » précise Barry White le juge à l’accent américain. Une famille effondrée L’ensemble des personnes autour du caisson sans oxygène décident finalement de mettre fin au fiasco quelques minutes plus tard après une nouvelle tentative infructueuse d’interpeller Dick Paulson. Le décès du garçon est alors confirmé par les médecins. Sa famille, elle, pleure la perte tragique de l’un des siens dans ce qui était à l’origine une véritable quête personnelle. Mais cet échec de Dick ne sera peut-être pas sans conséquence. Dan, son plus jeune frère âgé de 13 ans, a dans sa tristesse, affirmé qu’il ferait tout pour tenter de réaliser le record de son défunt frère. Un choix vécu difficilement par sa mère, Becky : « Je ne sais pas quoi penser. C’est très dangereux ce genre d’épreuve. Mais si mon fils veut lui aussi battre ce record pour honorer la mémoire de son frère, alors j’essaierai de l’aider du mieux possible dans ce chemin là. » Le Gorafi Illustration: Istock / scoutgirl  

Le 15 mai 2011 à 10:01

Femmes au foyer : des raisons d'espérer

Pubologie pour tous

Voyez-vous, le créatif est friand de références. Bien sûr, il préfère les références obscures et très intellectuelles, qui lui rappellent qu’il est beaucoup plus qu’un publicitaire. Ah oui, parce que pour information, le publicitaire fait ce métier pour manger, un point c’est tout, il ne tire aucune satisfaction intellectuelle du fait de vendre des croquettes pour chien senior enrichies en fer. Mais le publicitaire cultivé se retrouve face à un problème de taille : les gens, qu’il respecte énormément et connaît bien à force d’éplucher des études d’opinion, voyez-vous ils sont, comment dire, non pas bêtes, non bien sûr, juste peut-être un peu… incultes. Par exemple, ils regardent Desperate Housewives, qui est une bonne série. Mais ils la regardent avec une saison de retard, quand elle passe sur M6, parce qu’ils n’ont pas Canal. Ils voulaient Canal, pour le foot, mais bobonne était pas d’accord. Alors le créatif se dit, cool, ben quelle bonne idée, on va faire référence à un truc que les gens connaissent. Le problème avec la référence, c’est que parfois elle remplace une bonne idée. Ou même une idée tout court. Et on ne réfléchit pas très bien au sens de ce qu’on raconte, par exemple à l’idée qu’on véhicule que les housewives, qui sont desperate, elles n’attendent qu’une seule chose pour devenir happy, c’est un sèche-cheveux. Elles ne sont pas du tout desperate à cause de leur petite vie étriquée dans une banlieue morose à jouer les boniches pour un mari qui les trompe, ben non. Le seul raté dans le tableau chatoyant de leur bonheur domestique, c’est qu’elles ont les cheveux qui rebiquent après la douche. Elles ne peuvent pas se les brusher gaîment pour trop en jeter à la fête des voisins, alors elles dépriment. Surtout que Mme Perkins, la voisine d’en face, elle se la pète avec ses boucles parfaites. Heureusement, il y a une solution. Mesdames, vos maris ne vous comprennent pas ? Epousez un publicitaire.

Le 21 octobre 2010 à 08:00

À vendre : 1 gramme d'espoir

Carte postale du Chili

Madame, Monsieur, Après quelques semaines d’absence, la Régie revient sur les ondes contraires avec dans sa valise une exclusivité qui vous laissera sans voix. En ces temps de doute, de peur et d’introversion, la Régie vous propose d’acquérir, et ce pour quelques euros, l’objet qui, en toutes circonstances, vous redonnera goût à la vie.Quel est ce miracle de poche ?  Un flacon, madame, monsieur. Et que contient ce flacon ? L’espoir !!! Précisément, 1 gramme d’espoir ! Durant son absence, la Régie n’a pas perdu son temps. Profitant d’une convalescence bien méritée au Chili, elle s’est rendue pour vous sur le toit du monde médiatique, à 700 mètres au-dessus des 33 mineurs piégés sous la terre de San José. Quelle expérience formidable que de sentir la ferveur de ces familles dans l’attente du retour de leur pères, frères ou fils. Quel suspens ! Quelle intrigue ! Seront-ils présents pour Noël ? Comment font-ils pour assouvir leurs besoins naturels ? Ont-ils Internet ?  Bref, c’est là, assis à l’ombre d’une TVmobile, éclusant un café d’une rare qualité en compagnie de mon nouvel ami Spielberg (qui ne faisait que passer), que l’idée m’est venue de rapporter à mes tristes compatriotes un peu de l’espoir ambiant.Ce flacon, qui se glissera avec aisance dans votre sac madame, dans votre sacoche monsieur, dans votre poche ou dans la boîte à gants de votre voiture, contient 1 gramme de l’essence de cet événement tragique et magnifique à la fois. 1 gramme mâché, gorgé, estomaqué, intestiné, colorecté… Vous suivez ? Après des jours de négociation, et quelques billets glissés dans des poches adéquates, il m’a été donné l’autorisation de prélever une centaine de kilos d’excréments de nos 33 mineurs. Excréments que j’ai soigneusement fait trier, découper, peser et tailler par un diamantaire local rencontré lors d’une de ces soirées privées qui se tenait tard le soir à l’abri des regards du monde. Cher compatriote dépressif, que vous soyez le travailleur entassé dans le trop plein d’un métro en grève ou que vous soyez le gréviste dans l’attente vaine d’une réaction d’un gouvernement autiste, n’attendez pas le burn out ! Ouvrez votre flacon d’espoir, plongez-y le nez, et inspirez un bon coup… Voilà, ça va déjà mieux ! N’hésitez plus, commandez sans plus attendre votre gramme d’espoir en flacon. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Profondément, La régie 

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