Jacques Attali : exercice de calcul à bord du Paris-Strasbourg


Petites recettes pour rire de tout et même de l'avenir - 16

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> 1er épisode

"Rire, c’est dire le bonheur, même fugace, même paradoxal, même construit en réponse à une menace. Mais aussi résister, c’est rire. Rien n’est plus révolutionnaire que le rire d’un résistant devant le peloton d’exécution."

En 2008, Jacques Attali était l'invité de l'Université du Rond-Point consacrée au rire de résistance. Plutôt qu'une conférence sérieuse, il a choisi de distiller le meilleur de l'humour juif dans de savoureuses « petites recettes pour rire de tout et même de l'avenir ».

"Un pays heureux n'a pas besoin d'humour." Staline

Soyez les cancres du sérieux, faites voler en éclats de rire le bon goût et sa bonne conscience, en écoutant les cours, performances et autres conférences de progesseurs agrégés d'insolence et de cocasserie.

Avec France Culture et Tilder.

 

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Le 16 septembre 2012 à 10:18

«Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera»

Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, Radio RCF, 14 septembre 2012.

Il ne se doutait pas le prélat des gones, ce qu’il déchaînerait de violences dans le monde avec ses propos stigmatisants sur le mariage des homosexuels. Ils avaient à peine circulé sur les réseaux sociaux, que quelques milliers de gays parisiens rameutés dans le Marais, attaquèrent les locaux de la délégation pontificale. Le nonce apostolique qui, par imprudence, était resté sur place, fut promptement déculotté et exhibé en place publique, ce qui le tua de ridicule. Au Vatican, les “faucons” de la Curie pressaient le pape Benoit XVI de déclencher les foudres excommunicatoires contre les insurgés car les exactions s’étendaient. A Lyon, les livres de Christine Angot étaient jetés dans un brasier alllumé au papier bible.  Dans le quartier berlinois de Prenzlauer Berg des hordes de partouzards brandissaient des préservatifs gonflés à l’helium en scandant: “nous sommes tous des Borgia.” A San Francisco, des crucifix étaient brûlés sur Castro street, à Londres on placardait des photos d’ecclésiastiques dans le plus simple appareil. Bien embarrassé, le Président Hollande chargea Laurent Fabius d’apaiser les esprits. Le ministre des Affaires étrangères qualifia “d’écœurante”  la déclaration de l’archevêque de Lyon. Cela ne fit que justifier plus encore les émeutes. Aux dernières nouvelles, YouTube a décidé de censurer les images religieuses.

Le 9 décembre 2011 à 12:33
Le 4 septembre 2011 à 08:55
Le 3 février 2014 à 11:57

Georges Eekhoud (1853-1927)

Les Cracks méconnus du rire de résistance

Il n’arrive pas tous les jours qu’un imposant poète national (en l’occurrence belge) tapissé d’honneurs et dont les vers coulés dans « une langue comme faite de métal et d’émail » (Camille Lemonnier) sont étudiés dans les écoles soit par ailleurs un abîme de sédition filant les fumerons aux « élus des coffres-forts et de la bêtise moutonnière ». Le dégoût de Georges Eekhoud pour les prosternements se dénonce à l’École militaire où son tuteur l’a placé. Le jeune maroufle envoie à dache la caserne, dilapide son maigrelet héritage paternel dans les caboulots du port d’Anvers et, après avoir été un temps aide-correcteur, se lance dans le journalisme de combat contre les « hauts messieurs du pouvoir » « jouant à la hausse et à la baisse de la chair prolétaire » dans, notamment, les cahiers de La Jeune Belgique et du Coq rouge. C’est ainsi que dans un style « à la fois rogue et caressant, acide et balsamique », relève le critique littéraire Pierre Broodcoorens, avec « une verdeur savoureuse et primesautière », avec encore la truculence de palette des vieux maîtres flamands et le vocabulaire « trouble-bourgeois » brûlant le papier du Charles de Coster de La Légende de Tijl Uilenspiegel, Georges Eekhoud part magnifiquement à l’attaque. Ses cibles de prédilection : « les bonzes de la finance et du négoce », « les députés tatillons, moulins à paroles », les armateurs, les vieilles ganaches militaires nous enrôlant de force, les argousins et les pandores, « le lâche troupeau diocésain » (« Ce sont les religions bibliques qui veulent que la terre nous ait enfantés pour l’abstinence et la douleur. Imposture ! L’exécrable créateur que celui qui se complairait en la torture de ses créatures ! ») ou à « l’ignoble engeance des gens repus » (« Ha ! Je suis horriblement fatigué des faussetés, de la bégueulerie, des coups fourrés du monde d’en haut. Foin de leur art et de leur littérature qui mentent autant que leur religion, leur honneur et leur morale. » La rebiffe de l’écrivain contre toutes les espèces de « résignation cagnarde » se poursuit dans ses puissants romans et ses contes du terroir « bavant la vie et le sang » (Rémy de Gourmont). Eekhoud veille en effet à ce que les « pauvres soukelaires » qui peuplent ses récits ne soient jamais des fronts baissés ni des mains jointes mais bien des « damnés ribauds » qu’il ne fait pas bon hérisser. Comme l’avance l’historien Hubert Juin, « ce qui requiert Georges Eekhoud, ce n’est pas la classe laborieuse, c’est la classe dangereuse ». Le Cycle patibulaire publié par Kistemaeckers en 1882 « marque rouge, spécifie Émile Verhaeren. En une suite de nouvelles, tous les misérables du bois et de la plaine, du taillis et de la dune apparaissent : voleurs, canailles, pervers, meurtriers, brigands, rôdeurs, assassins, soudainement grands par l’idée qu’ils ont de leur révolte ». Jusqu’aux ratamoelles dans ses écrits, « l’indécent libertaire », ainsi que le surnommait le plumitif Léon Balzagette, est du côté de ses gueux. Du côté de ses loups de mer et de ses dockers à cran (Burch Mitsu, 1902). Du côté de ses pacants en groume (Kees Doorik, 1883). Du côté de ses déserteurs et de ses tard-venus (Les Fusillés de Malines, 1891). Du côté de ses pétroleuses farouches (La Faneuse d’amour, 1888). Du côté de ses ruffians pinteurs. Du côté de ses parpaillots (Les Libertins d’Anvers, 1912, qui conte l’histoire des voluptueux hérétiques loïstes). Du côté de ses runners, « écumeurs de rivières, squales d’eau douce tenant de véritables sabbats, ruminant des pilleries, liant des parties de maraude, se proposant de brutales gageures ». Du côté de ses « ratés du travail » (Le Buisson des mendiants, 1927). Du côté de ses « voyous de velours » et de ses mauvaises herbes faubouriennes : « C’en est fait… Si l’ordre et la règle me condamnent sans rémission, je m’enrôle au service de la fantaisie et du bon plaisir : je passe à l’armée des francs vauriens et des insoumis. » Mais, en fin de compte, ce qu’on pardonnera le moins à Georges Eekhoud, c’est qu’il monte au créneau pour les réprouvés sexuels. Son Escal-Vigor (1899) fait scandale. La censure russe frappe le livre d’anathèmes et le poète est déféré devant la Cour d’assises de la Flandre occidentale qui l’accuse d’avoir donné pour lors ses lettres de noblesse à… l’uranisme.

Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

Le 31 mai 2014 à 08:37

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on jouer au docteur le dimanche ?

NON. Pas encore, du moins. Le Ministère de la Santé est en train de préparer un décret qui légalisera bientôt cette pratique dominicale, jours fériés inclus. Il faut dire que, en dehors du PMU, il n’est pas facile de trouver un médecin disponible le dimanche : les uns sortent d’une nuit de garde éprouvante, les autres sont partis jouer au golf avec leurs potes dentistes. Il vaut mieux ne pas tomber malade ce jour-là, ou se retenir très fort pour ne pas l’être, ce qui est problématique quand on n’a qu’un baromètre de salon pour prendre sa température. Bientôt, grâce au nouveau décret, on pourra se délivrer une ordonnance de Lexomil comme un grand, soigner son chien atteint de psoriasis et, le cas échéant, empoisonner sa belle-mère envahissante (mais le Lexomil ne suffit pas). D’après le Ministère, il sera même possible d’apposer une plaque sur sa maison ce jour-là : M. Machin, médecin du dimanche, reçoit sans RDV. Pour être médecin du dimanche, il ne sera pas nécessaire de s’appeler Diafoirus ou d’avoir un CAP de chaudronnerie : il suffira de consulter le Vidal pour trouver le bon médicament, sauf dans les cas de maladies incurables comme la peste bubonique ou la poussée frontiste dans le nord-ouest. D’ores et déjà, de nombreuses familles s’enthousiasment à l’idée de la parution de ce décret. Maman va pouvoir jouer à l’infirmière avec papa ; mais si papa travaille ce jour-là, elle pourra toujours se rabattre sur le voisin du dessus. Quant aux enfants, leur curiosité insatiable leur permettra de faire l’autopsie de leur cochon d’Inde préféré après l’avoir plongé dans l’eau bouillante assaisonnée d’aromates. Notons quand même qu’il sera interdit de procéder à une amputation, si le patient n’est pas d’accord. Enfin, pour ceux qui veulent donner leur corps à la médecine, il faudra attendre le lundi, jour d’ouverture des universités.

Le 3 septembre 2011 à 08:17

Rire sous la terreur

Aussi surprenant que cela paraisse, la terreur nazie n’a pas tué le goût des blagues. Au début des années 1930, celles qui circulaient à Berlin tournaient en dérision l’hypocrisie du nouveau régime et son clientélisme. Exemples : « Dieu, faites que je sois aveugle afin que je puisse dire que Goebbels est aryen. » ; « Qu’est-ce qu’un réactionnaire ? Quelqu’un qui occupe un emploi bien rémunéré convoité par les nazis. » On se gaussait d’Hitler dont le salut le faisait ressembler à un serveur portant un plateau, de Goering réputé pour garder ses médailles en prenant son bain, ou du pied bot de Goebbels. Pareilles plaisanteries étaient contées sous le manteau. Si leurs auteurs étaient surpris par un zélote du IIIe Reich, ils en étaient quittes pour un sérieux coup de semonce. Quelques-uns ont cependant été guillotinés, tel Joseph Müller, curé d’une paroisse au Nord de l’Allemagne. Sa faute ? Avoir raconté à un vieil homme malade cette plaisanterie : « Un soldat se meurt. On lui demande quel est son dernier souhait. Il répond : ‘’voir ceux pour qui je meurs.’’ On lui apporte donc une photo d’Hitler, une de Goering qu’on dispose de part et d’autre de son lit. ‘’Ainsi je meurs comme Jésus : entre deux criminels.’’ » Dessinatrice dans une usine d’armement de Berlin, Marianne Elise K. fut condamnée à mort le 26 juin 1943 pour avoir également attenté à l’honneur du Führer. Telles sont quelques-unes des histoires rapportées par Rudolph Herzog dans une étude documentée, consacrée à l’humour sous l’Allemagne nazie. Avis aux éditeurs français. Paru d’abord en Allemagne puis en juin en Angleterre, le court essai de ce documentariste, fils du cinéaste Werner Herzog, n’est toujours pas annoncé en France.

Le 13 mai 2014 à 09:54

On ne choisit pas sa famille

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? - Je voudrais des cousins. Quatre ou cinq cousins. Comprenez, je n'ai pas eu la chance d'en avoir et ça me manque, pour la complicité et tout. - Il y en a un peu plus, ça ira quand même ? - Oui, oui, très bien... ah non, mais celui-là, il est tout petit ! Que voulez-vous que j'en fasse ? - C'est vendu par lots, monsieur. On ne choisit pas sa famille. C'est connu. - On ne choisit pas sa famille ? - Non, monsieur. On choisit ses amis. - Les miens, laissez-moi vous dire que je ne les ai pas vraiment choisis. - C'est votre problème, monsieur. - Tout de même, je trouve qu'on devrait pouvoir choisir sa famille. Après tout, la famille est le fondement de la société. Et qui bien choisit son fondement mieux bâtit sa maison. - Bon. Ok. Je reprends le tout petit. Mais c'était le rigolo de la famille, celui avec lequel vous auriez des souvenirs de bêtises de gosse. Celui qui vous aurait emmené faire les 400 coups. A la place, je peux vous mettre une cousine très religieuse. - Je ne pourrais pas avoir plutôt une cousine un peu... - Un peu... ? - Ben je sais pas, elle aurait deux ans de plus, elle m'aurait appris des gros mots et à cracher et puis elle m'aurait montré ses seins, aussi, quand on était petits et puis on aurait une grande complicité parce qu'elle ne s'entendrait pas trop bien avec ses parents ? - Vous avez vu ça dans un film français ? Non, on n'en fait plus, des comme ça. - Bon ben, je sais pas, mettez-moi quand même le cousin tout petit. - Il vient de partir, monsieur, dans une famille bretonne. - C'est très contrariant. - Oui. - Bon et en beaux-frères, qu'est-ce qu'il vous reste ?

Le 24 mars 2014 à 10:19
Le 17 septembre 2015 à 08:21
Le 13 novembre 2010 à 11:48

Ali Dilem

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (7)

Il paraît que Dilem est le nom d’un groupe parisien de rock funk et celui d’un distributeur de lunettes qui se vante d’avoir créé des branches interchangeables. Révolutionneront-ils dans les années à venir le milieu de la musique et de l’optique ? Dilem, le caricaturiste, fait aussi grand bruit. Et le fait est qu’avec lui on voit bien, on voit mieux. Ce qui est, on en conviendra, doublement avantageux. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder le dessin quotidien qu’il livre au site de TV5 Monde. On emploie l’expression « croquer l’actualité » pour un dessinateur de presse. Lui la dépèce joyeusement, il en dissèque les abats et les examine pour nous en donner le meilleur morceau. En Algérie, il travaille pour un journal qui porte le beau nom de Liberté. Ali Dilem est né le 29 juin 1967 de parents kabyles à El-Harrach. A ses quarante-trois ans, il faudrait retrancher tout ce temps perdu sur les bancs du Palais de justice d’Alger pour une cinquantaine de procès en diffamation intentés par les autorités et les neuf ans de prison qu’il totalise depuis que ce diplômé des beaux-arts s’est lancé dans la satire. L’Etat a la main leste ? Lui, la dent dure, autre nom du devoir de vérité. Alors, cet artiste qui œuvre pour le pluralisme politique et les droits des femmes persévère. Contre Boutef, diminutif d’Abdelaziz Bouteflika, contre les intégristes, contre les groupes islamistes, contre la police politique, contre les généraux corrompus. Il a l’art des raccourcis qui sont des décapitations. « La majorité, c'est le général Toufik et l'opposition, c'est aussi le général Toufik. » Depuis 2001, des « amendements Dilem » introduits dans le Code pénal, prévoient une série de mesures, y compris la peine de prison ferme contre des journalistes qui offenseraient le président de la République ou les grands corps d’État (armée, justice…). En 2004, il a été condamné à mort par une fatwa répercutée par les mosquées de son pays. L’Etat d’un côté, les religieux de l’autre, c’est ce qu’on appelle être pris dans un tir croisé. Pourtant, pas de quoi le faire plier. En face, son arsenal ne pèse pas lourd à première vue. Il contient quoi ?, des feuilles blanches, un stylo auxquels il faut ajouter un talent tranchant, quelque chose d’explosif dans l’humour et le soutien du peuple, l’amour de ses admirateurs et les grands prix internationaux qui ont consacré sa plume corrosive et son courage citoyen. Ali Dilem a commencé sa carrière à l’Alger Républicain, qui était le journaliste où Albert Camus fit ses débuts de reporter en 1938 et où il dénonça la « Misère en Kabylie ». Il est aujourd’hui membre de la fondation Cartooning for Peace, fondée à l’initiative de l’ONU, qui organise des expositions et des conférences à travers le dans le monde. Dilem est donc bien plus rock et plus clairvoyant que ses homonymes. Faites du bruit avec lui ! Chaussez Dilem !

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 29 juillet 2015 à 08:29

Nelly Kaplan

Les cracks méconnus du rire de résistance

Fallait-il vraiment parachuter dans la ci-présente rubrique de coups de chapeaux aux humoristes rebelles méconnu(e)s la célèbre fiancée du pirate, axe de référence des pétroleuses des année-barricades, compagne de feu du Théâtre du Rond-Point et de la Cinémathèque française, égérie de Breton, Gance, Mandiargues ? Mais oui, mes tous beaux (comme elle aurait dit à ma place), car l’amazone du désordre harmonieux Nelly Kaplan n’est en général acclamée que pour son brûlot filmique de 1969 La Fiancée du pirate devenu cultissime. La plupart de ses partisans les plus résolus n’ont pas vu son Néa, n’ont pas lu son Manteau de fou-rire, n’ont pas bu ses philtres revergondeurs. À eux de se rattraper, mille chaudrons ! À eux de découvrir les autres « péchés capiteux » de la « reine des sabbats ». Quand un bien-aimé a les papillons noirs, je lui montre Charles et Lucie. « Au début, ce ne sont que deux êtres (Daniel Ceccaldi, Ginette Garcin) noyés dans leur médiocrité, noyés dans le renoncement de ce qui était leur côté le plus étoilé, et qui ont perdu toute capacité de lutte. Ils ne vivent plus, ils « durent ». Et ce n’est que parce qu’ils sont confrontés à la réalité rugueuse qu’ils s’aperçoivent que c’est quand même mieux d’être dans la rue les armes à la main (c’est-à-dire en sortant un peu les griffes). » C’est ainsi qu’alors qu’ils se retrouvent « en-dessous de zéro », sans le moindre complice, sans un sou vaillant, sans une croquette pour se nourrir, sans un fil pour se couvrir, Charles et Lucie réussissent à puiser dans leurs bas-fonds les forces nécessaires pour se gaudir de l’adversité et réélectro-aimanter friponnement leur vécu. C’est ainsi également que lorsqu’on me demande quelle est, pour moi, le moment le plus roboratif de toute l’histoire du cinéma subversif-carabiné, j’évoque invariablement un des points d’orgue du long métrage Néa, une adaptation très déviante dédiée à Charles Fourier du best seller d’Emmanuelle d’Arsan qui a été un satané flop commercial en 1976. Nous sommes à la montagne. En pleine tourmente hivernale, l’éditeur Sami Frey promet à Ann Zacharias, qui veut faire criquon-criquette à l’instant même avec lui, de répondre à son souhait le jour où la neige aura fondu sur le toit de la chapelle se profilant dans les hauteurs (c’est-à-dire dans bien plus d’un trimestre !). Sans sourciller, la gisquette s’en va alors sur-le-champ incendier le sanctuaire. Tous les rapports de Nelly Kaplan à notre société couarde et tempérante battent pavillon dans cette scène. Pour la cinéaste, y a pas à lanterner : « Notre folie doit consister à vouloir plus de ce que l’on peut, mais à pouvoir tout ce que l’on veut. » L’histoire de la vie de Nelly Kaplan illustre grandiosement sa profession de foi de 1979 : « Je pense que l’habitude est l’antichambre de la mort et que c’est dans l’aventure qu’on peut rester vivant. » Née d’un père marinier (qui l’initie lui-même à « l’amour absolu, fou, splendidement gratuit, délirant ») et de mère inconnue, « voyante et voyeuse », Nelly entre à seize ans comme préposée au linge dans une maison de rendez-vous de Shangaï où se confirment ses dons divinatoires (elle lit l’avenir dans les gouttes de « liqueur de flux charnel »). Elle partage ensuite ses loisirs entre l’exploration de terrae incognitae, l’apprivoisement de fleurs carnivores en vue d’une rénovation de l’accouchement sans douleur, la lutte armée en Amérique latine, l’érotisme expérimental pratiqué sur des tortues géantes et la rédaction, sous le pseudonyme de Belen, de fééries profanatrices (Le Collier de Ptyx (1971), Le Réservoir des sens (1966), et son autobiographie, Les Mémoires d’une liseuse de draps ou Un manteau de fou-rire (1974)) dans lesquelles les puissances du mal des récits des autres – revenants, grands galactiques, gourgandines, magiciens noirs, androïdes, fées Carabosse, vampires – ont les plus minouches intentions qui soient et ne supplicient que des franches crapules. Sous son propre nom, Nelly frigoussera aussi plus tard les sulfureux Aux orchidées sauvages (1998), Ils furent une étrange comète (2002), Cuisses de grenouille (2005), Et Pandore en avait deux ! (2008) et livrera sous le titre Mon cygne, mon signe sa correspondance libidineuse secrète avec Abel Gance, réalisateur hallucinant et bien plus anarchisant qu’il n’y paraît de J’accuse et de La Fin du monde. Et puis, à sa façon, Nelly Kaplan débauche le septième art en y apportant sa féroce clairvoyance de serpent moucheté, sa décapitante haine des bonnes mœurs et des génuflexions, sa scandaleuse beauté, son goût très vif des puits défendus, son humour écorcheur de chatte-tigresse et son pouvoir mandrakien de faire feu (de joie) de tout bât. Après quelques courts métrages héliothérapiques (dont À la source, la femme aimée, que la censure a clandestinisé), notre chasseresse de snarks fait apparaître avec sa baguette de macralle ses trois comédies-guérilla historiques La Fiancée du pirate (1969), Néa (1976), Charles et Lucie (1979) condamnant au bûcher ce que Dostoïevski appelait « les échasses du devoir et de la morale ». À visionner encore : Papa, les petits bateaux (1971) dans lequel une freluquette bettyboopante fait échouer ravisseurs, guignolos et parents sur les brisants de ses toquades. Et Pattes de velours (1981) qui file une belle rincée aux codes agathachristiques du whodunit. Tout c’qu’y a à dire sur le cinoche d’aujourd’hui, Nelly-Belen le dira dans son manifeste de 1976 Paroles… elles tournent ! : « Poétesses, à vos luttes ! Sorcières, à vos balais ! Pour une création androgyne, douce ou amère, mais violente ! ».

Le 27 novembre 2011 à 08:56

Tieren aller länder, vereinigt euch !

A mon frère, chien de traîneau désenchainé

La ligne 9 n’est pas électrifiée. Elle fonctionnait, jusqu’à hier, grâce à des chiens de traîneau venus d’Alaska qui tiraient les rames du matin au soir à la force de leurs muscles, du matin au soir dans l’obscurité humide et malodorante. Un chien  blessé à la patte à cause d’un morceau de verre sur la voie : incident technique. Un chien satisfaisant à quelque naturel besoin : régulation. Voilà pourquoi nous subissions tant d’incidents sur cette ligne ! Et plus nous récriminions, nous usagers excédés, plus ces pauvres bêtes étaient battues, maltraitées en représailles… Lorsque nous avons compris, nous avons tout accepté : les arrêts de 5 minutes entre chaque station, le largage intempestif à Nation, le trafic perturbé, le trafic interrompu, le trafic trafiqué. Tout. Mais, bon quand même, on ne pouvait plus ignorer le sort de ces chiens esclaves ! Alors, avec quelques amis, nous avons décidé de libérer les chiens. J’avais repéré, à la station République, un homme transportant des os, des boites de nourriture, des laisses et autres indices. Cet homme à la mine de damné de la terre était le soigneur des chiens. Il s’engouffrait toutes les nuits, après le dernier métro, dans un couloir d’accès interdit au public. Hier soir, nous l’avons attendu et suivi. Derrière une porte dérobée, nous avons découvert l’immense chenil où le soigneur leur distribuait leur pitance, pansait leurs plaies et les laissait dormir pour une courte nuit. « Nous ne vous ferons aucun mal ! Fuyez ! » Il a fui, presque soulagé. Les chiens hurlaient au loup. Nous avons ouvert la porte en grand. « Fuyez, vous aussi ! Vous êtes libres ! » Ah, le bonheur de ces animaux, retrouvant la perspective du jour, les chemins de traverse et l’air de dehors ! Ce matin, ils ont remplacé les chiens par des chômeurs. Au noir !

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