Vincent Lecoq
Publié le 04/09/2012

Ça va mieux en le lisant


Le nouveau roman de notre chroniqueur Thomas Vinau paru le 24 août dernier chez Alma éditeur est un nouveau bijou de douceur et de poésie. Un roman teinté de deuil mais avant tout un roman de reconstruction délicatement lumineux. Si vous manquez un jour de mots pour accompagner et soutenir un proche endeuillé, emparez-vous de ceux de Thomas Vinau. Son écriture musicale et toujours aussi humaniste est un baume apaisant, un onguent de retour au sourire et à la vie. A découvrir sans retard et à partager sans modération.

 

Thomas Vinau, Ici ça va, Alma éditeur

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Vincent Lecoq

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Le 3 mai 2014 à 15:07

Appel à la défamiliarisation

Playdoyer pour l'éradication des familles Assez curieusement, trois des principales clés de voûte du système autoritaire-marchand bénéficient d’une fantastique indulgence de la part de ses critiques actuels les plus démonstratifs : le goût du sacrifice enjoué, le fanatisme sportif et l’abêtissement familial. On sait que la mise au pilori de la famille bourge, conservatoire des plus gluants réflexes conditionnés au même titre que la religion, fut pourtant l’un des axes insurrectionnels de mai 68. Peu de brûlots du jour en tiennent compte. Ou alors d’une manière plutôt météorique. D’où l’intérêt du Plaidoyer pour l’éradication des familles (éd. Inculte fiction) de Stéphane Legrand, auteur chez le même éditeur de l’égayant Dictionnaire du pire, assez roboratif malgré de multiples échappées indigestes.   « La famille telle que nous la connaissons et l’avons connue est le résultat d’un processus de rétrécissement dont la base objective est la multitude dispersée et la forme la plus primitive la horde. Elle est un traquenard qui s’est progressivement refermé sur nous comme les mâchoires d’un piège à ours. (…) De la horde où chacun appartenait à chacun (c’est-à-dire ne s’appartenait déjà plus tout à fait) est née – par raréfaction du possible, du jeu et de la joie – la famille consanguine qui engendra à son tour la famille punualuenne puis la famille appariée qui de proche en proche produit la conjugalité moderne – c’est-à-dire la monogamie – dont Marx nous apprend qu’elle « contient en germe non seulement l’esclavage (servitus) mais aussi le servage. Elle contient en miniature tous les antagonismes qui, par la suite, se développeront largement dans la société et dans son État ». Pas mal comme survol historique. Se référant à la coqueluche des formalistes russes, Chklovski, Legrand, avec un sens assez cocasse des glissements de sens bénéfiques, propose alors à ses lecteurs non la défamiliarisation mais la défamilialisation méthodique consistant à « développer progressivement en soi l’aptitude à trouver étranges les choses qui nous sont si banales, si « normales », si profondément incrustées dans la machinerie de nos jours et les appareils collectifs d’abrutissement », les choses « qui ne se donnent à nous ordinairement que sous la forme de l’évidence inquestionnable, du « c’est-ainsi-en-raison-du-fait-que-c’est-ainsi », de l’indépassable roc de réalité tautologique du dépourvu de sens ». Les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse Les appels quelque peu pataphysiques de Stéphane Legrand à une défamilialisation du monde méritent en tout cas d’être pris à la lettre. Et ne nous empêchent aucunement de prôner des formes de guérilla autrement carabinées contre la crétinisation familiale, celles exaltées par les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse, les Benjamin Péret, Wilhelm Reich, Raoul Vaneigem, WC Fields, René Crevel, Jean Genet, Claude Faraldo, Valérie Solanas, Raymond Borde, Albert Libertad ou l’anti-éducastreur Jules Celma. Aux bachi-bouzouks me serinant que la famille, ça peut parfois avoir du bon, je rétorquerai volontiers que je leur donne raison. Mais seulement dans certains cas bien précis. Viva, par exemple, la famille fouriériste, celle qui s’éclate dans les familistères du Nouveau Monde amoureux, le chef-d’œuvre de Charles Fourier réédité fin 2013 par les Presses du réel. On y apprend, par exemple, ce que deviendront dans l’ordre social harmonieux préconisé par l’utopiste les mères de familles dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d’autres voluptés. « C’est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains parce qu’elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitième deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu’en s’occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu’une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles et juge elle-même qu’elle n’est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu’au colombier, à l’abeillerie, à la buanderie, à l’opéra. » Pour en savoir plus sur les plans harmoniens enivrants de réinvention jouissive du concept-même de la famille, mettre la main sur Charles Fourier ou la pensée en contre-marche de Chantal Guillaume (éd. Le Passager clandestin) dont il faudrait lire à sons de trompe certains passages dans les colloques de l’Éducation nationale.

Le 23 septembre 2010 à 16:32

Les chroniqueuses de ventscontraires.net sur les tables des libraires

Ventscontraires.net vous le dit parce qu’elles-mêmes sont trop modestes pour vous en parler. Plusieurs de nos chroniqueuses viennent de publier un livre dans cette rentrée littéraire dont on cause. Marie Nimier est la chouchou des médias, il faut dire qu’elle a du métier et n’en est pas à son coup d’essai. Son Photo-photo, qu’elle a écrit à partir d’une séance photo avec l’énigmatique et énervant Karl Lagerfeld, bénéficie du soutien amoureux d’une presse fidèle de livre en livre. Judith Perrignon est plus discrète, mais pas moins appréciée par ceux qui ont su dépasser la liste des sept ou huit livres qu’on voit partout. Avec Les chagrins, elle mêle ses qualités de journaliste à sa plume de romancière et plonge ses lecteurs dans la France des années 70, sur les pas d’une jeune femme détenue à la prison pour femmes de la Petite Roquette. Il y a aussi Nathalie Kuperman, dont le nom ne vous aura pas échappé, sans doute, dans la rubrique de Klemperer Jr, chez qui elle défendait le mot chômeuse (voir sa chronique). Nous étions des êtres vivants, son sixième ouvrage, fait partie de cette catégorie que la presse appelle le « roman d’entreprise ». Ici, on préfère le désigner comme roman tout court, et vous engager à le lire, comme les deux précédents.Photo-photo, Marie Nimier, Ed. GallimardLes chagrins, Judith Perrignon, Ed. StockNous étions des êtres vivants, Nathalie Kuperman, Ed. Gallimard

Le 9 novembre 2010 à 10:00

Martin Page et "La mauvaise habitude d'être soi"

Le chroniqueur de ventscontraires.net publie deux nouveaux livres

Martin Page fait partie de l'escadre de ventscontraires.net depuis le début, on peut lire ses drôles de billets là et les chroniques de Klemperer Jr, un projet qu'il a initié là. Mais ce sont loin d'être ses seules activités d'écriture. Il est aussi romancier, et vient de le prouver à nouveau avec un roman jeunesse à lire même si on a dépassé la date-limite de l'adolescence, Le club des inadaptés (Ed. L'Ecole des Loisirs). Et il est novelliste. Son dernier ouvrage paru aux Editions de l'Olivier est un recueil de sept nouvelles irrésistibles de loufoquerie, réunies sous le titre énigmatique de La mauvaise habitude d'être soi. Sept bijoux d'absurdité à l'implacable logique qui vous tournent la tête, dont voici un extrait pour ventscontraires.net. (Les illustrations du livre, tout aussi loufoques que les textes, sont signées du "Requin Marteau" Quentin Faucompré)."Je suis bien plus proche des autres depuis que je vis à l'intérieur de moi-même. La conscience de mon insularité m’a permis de réaliser qu'il est nécessaire de construire des ponts pour aller vers autrui ; qu'il n'y a rien de naturel ni d'évident. Ce n’est pas parce que l’on habite le même monde que l’on peut se comprendre et être proches les uns des autres. Au contraire. Les gens qui pensent ainsi se trompent. Il y a des zones d'ombres à l'intérieur de moi-même et cela m'effraie. J'ai peur de ce qu'elles renferment, je crains de m'y perdre. Mais comme je suis curieux et aventureux, je les explore doucement, pas à pas, avec une lampe de poche et mon appareil photo. Je fais des découvertes : des choses oubliées, qui me reviennent en mémoire quand je les vois, des choses inédites aussi, qui me surprennent. J'ai ainsi retrouvé des jouets d'enfance, des vieux meubles, des fruits en bocaux et des animaux empaillés, des nounours et des vêtements poussiéreux, des armes (revolver, fusil de chasse, piège à loup, dague) et des fioles contenant des liquides vert, mauve et rouge, des photos jaunies, des mannequins en plastique vêtus démodés, des coquillages et des pièces en or dans une boîte en fer.Habiter à l'intérieur de soi-même, c'est à la fois vivre dans un lieu familier et côtoyer l'étrangeté. Il n'y a pas de ciel, pas d'horizon, cela ne paraît pas très grand et pourtant il n'y a pas de limites. Je ne veux pas dire que j'y suis confronté à l'infini, mais, plutôt, que l'espace s'étend au gré de mes pas. Mon domicile dépend de mes explorations."(extrait de la nouvelle "A l'intérieur de moi-même" / illustration : Quentin Faucompré)

Le 25 février 2014 à 08:35

Étude : La mort, 1ère cause de décès chez les Français de tous âges

Ce matin, 09 h 30 au siège de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) à Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. La presse a fait le déplacement en masse pour suivre une conférence de presse dont l’importance est à la hauteur de l’affluence. A 09 h 35 précise, une équipe de chercheurs en biologie de l’InVS a rendu publics les résultats d’une recherche sur les causes de la mortalité chez les Français entre fin 2010 et début 2013. Et surprise. Alors que la plupart des observateurs scientifiques s’attendaient à voir les tumeurs et autres maladies cardio-vasculairesdécrocher la médaille d’or, le verdict des chercheurs a laissé bouche bée tout le monde. Selon ces derniers, la mort serait en réalité le 1er véritable facteur de décès dans la population française. « Les gens meurent parce qu’ils meurent » Anne Latieule est chercheuse en biologie à l’Institut de Veille Sanitaire. Elle a participé à cette étude autour de 540 700 cas de décès et son verdict semble sans appel : « Après un listing pour le moins exhaustif de tous les types de morts ces dernières années, on en est venu à cette conclusion aussi simple qu’évidente. Les gens meurent parce qu’ils meurent. Au-delà de la cause secondaire du décès, comme par exemple un cancer, un accident de voiture ou un suicide par pendaison, les Français meurent avant tout parce qu’ils « peuvent » mourir. » Une cause première visiblement ignorée pendant des années et qui pourtant semble concerner tous les citoyens de la France, comme le souligne Jacques Lafarge qui a piloté cette recherche : « Nous n’avons jusque là trouvé aucun cobaye de nationalité française qui ne pouvait pas mourir. La mort semble donc inhérente à l’existence de chacun des Français et peut-être même à l’existence d’êtres humains de nationalité étrangère. Mais sur ce dernier point, il ne s’agit encore que d’une hypothèse. » Une idée loin des croyances des Français Le fait d’être mortel comme raison primordiale de l’ensemble des décès dans l’Hexagone et dans les DOM-TOM ? Une vision de notre condition bien loin de ce que la majorité des Français s’imaginait jusque là, comme le souligne très justement Jacques Lafarge : « Les gens, en tout cas les Français de manière certaine, semblent oublier que la mort fait partie de notre nature apparemment. Et quand quelqu’un qui leur est proche meurt, ils préfèrent se focaliser sur la cause secondaire de la mort et ils s’attristent parce qu’ils se disent que cela aurait pu être évité. Ou alors ils souffrent tout simplement parce qu’ils ont oublié que nous, Français, nous mourrons. Naturellement. » Le Gorafi

Le 28 mars 2011 à 10:31

Libérez la fiction !

Quand j’étais gosse, le dimanche chez ma grand-mère, je m’ennuyais ferme, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Ses magazines, parfois. Je me souviens, j’étais frappée par la mention Vu à la télé qui ornait les publicités. Dans les années 70, coller ce bandeau sur un produit c’était lui attribuer un sacré gage de fiabilité, la légion d’honneur. Ça faisait vendre. Depuis quelque temps, un label du même genre est apparu, sur les affiches de films. Vous avez le choix entre Inspiré de faits réels ou D’après une histoire vraie. Cette étiquette est elle aussi censée rassurer. Elle dit au spectateur : « Attention l’ami, ce que tu vas voir n’est pas né de l’imagination féconde d’un artiste, parle pas de malheur, c’est arrivé pour de bon. Certes, un scribouillard a mis l’histoire en forme, mais elle aurait pu être écrite par un autre, car l’auteur là on s’en tape. L’essentiel c’est que TOUT ce qu’on te raconte soit vrai. » Ce label Vrai de chez vrai, il me hérisse, et je reste polie. Pourquoi la réalité serait-elle plus intéressante que la fiction ? D’où ça sort, qui l’a décrété ? C’est juste une manière de museler les créateurs en laissant entendre qu’ils n’ont plus rien à dire, une façon sournoise d’endormir les spectateurs aussi, de bouter l’inventivité hors de la cité. La vraie vie est un matériau superbe, on le sait merci, mais elle n’est pas l’œuvre finale. Un artiste s’en nourrit par bouchées mais après il la digère, il la recrache avec ses tripes à lui, son point de vue. Créer n’est pas recopier. Jusqu’à présent, il semble que le théâtre soit à peu près épargné par ce fléau. Tant mieux. Car je ne veux pas savoir si Othello a existé en chair et en os, je me fous de croiser Vladimir et Estragon sur le trottoir d’en face. En vérité je vous le dis : j’ai horreur du réel !

Le 17 août 2015 à 09:08

De ma participation contre le mansplaining

Quand un HOMME vous dit : - L’avortement, je ne suis pas foncièrement contre, mais… On en reparle quand tu seras doté d’un utérus, ok ? - Les filles maquillées, en jupe et avec des talons c’est quand même vachement plus sexy. Vas-y, commence en premier, mec. Je te regarde.   - Tu sais, je ne suis pas contre le féminisme, mais il y a des priorités dans les combats des femmes. Fais-moi la liste de tes priorités pour ne pas déranger ton petit confort de mâle dominant, que j’aille en faire un autodafé.   - Les féministes, je les supporte à partir du moment où elles ne me cassent pas les pieds avec leur hystérie. Et moi les hommes je les supporte à partir du moment où ils ne me disent pas comment penser et réfléchir. Bisous.   - Tu sais, ton histoire de dégenréer la langue franchement, t’as pas autre chose à faire ? Non.   - Si tu veux mon avis… Je ne pense pas te l’avoir demandé.   - Holala, vos histoires de gonzesses ! On parle prostate de suite, histoire de te mettre à l’aise, ou on attend un peu ?   - Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas allaité tes enfants. C’est mieux pour la relation mère/nouveau-né. Rappelle-moi combien de fois tu t’es levé la nuit pour aider ta compagne qui venait d’accoucher ? Ah oui, tu n’entendais pas le bébé pleurer. Tu es sourd. La masturbation, tout ça…   - Ce n’est pas en t’acharnant sur ce type de sujets (ton méprisant) que tu vas faire évoluer la société pour les droits des femmes. Tu ferais mieux de… … De ne pas écouter un mot de plus de ta diatribe sous peine de me créer un ulcère.   - Moi je les connais pas les mecs dont tu parles, je sais pas où tu les croises. J’aurais bien une réponse, mais je vais rester polie.   - Il faudrait arrêter de monter en épingle les propos de X, Y ou Z, occupe-toi des vrais problèmes. Là, tu deviens mon vrai problème, tu vois.   - Tu es certaine qu’il a dit ça ? Bon, écoute, y a pas mort d’homme non plus. Non mais il y a humiliation de femme.   - Tu n’as pas d’humour, franchement. Tu sais ce qu’on dit, « femme qui rit », etc. Et ben là, tu vois, tu vas même pas pouvoir rêver de mon petit orteil.   - Tu te rends compte tout ce que tu as réussi à faire en tant que femme ? Faut croire que je ne suis pas encore parvenue à être traitée en être humain lambda en revanche.   - Une femme doit faire des enfants. C’est important pour elle. Sinon, ça va la vie ?   - Non mais vous parlez d’agression sexuelle à toutes les sauces maintenant, c’est n’importe quoi ! D’ailleurs ça commence quand une agression sexuelle ? Avec ta main actuellement sur mon cul alors qu’elle n’y a pas été invitée.   Vous pouvez continuer la liste ad lib. Et vous avez le droit de crier aussi. Parce que oui, c’est insupportable.    Dessin : James

Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 1 juillet 2011 à 08:29

Ce que veulent les femmes

Pubologie pour tous

En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes, mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».En publicité comme en politique, il n’est pas question de tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours (on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette chronique essaie de dénoncer.Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6 ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle veut, elle l’obtient ! MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont divorcé ?MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites pour ça après tout !MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut respecter ça.MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle femme !MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?

Le 5 septembre 2010 à 16:00

Bulles de vanité

Les grands écrivains dotés d’humour se sont souvent réjoui des situations incongrues où leur supposée vanité d’auteur était susceptible, par la réflexion d’un inconnu, d’être dégonflée -pssschit !- comme ballon de baudruche. Parmi eux, Jules Renard ou Albert Camus qui se délectait souvent dans un large sourire de raconter pareilles mésaventures. Ainsi de ce couple qui insistait pour se faire photographier à ses côtés parce que c’était Camus –« Oui, là-bas, Camus ! » et qui était reparti presque fâché, lorsqu’il avait découvert que ce n’était pas Marcel, le cinéaste d’Orfeu Negro. Un écrivain ? Ils n’en avaient jamais entendu parler et ils n’en avaient cure. Le jardinier de Lourmarin, où Albert Camus, déjà prix Nobel, avait acheté une maison, ne comprenait pas non plus qu’il puisse, en noircissant des pages, gagner sa vie. « Et pour la gagner, lui demanda-t-il un jour, vous écrivez toutes les conneries qui vous passent par la tête ? » Cela, pour lui dépassait l’entendement. Et le brave homme de hocher la tête d’incrédulité. Autre fois : un gendarme qui arrêta l’auteur de L’Etranger pour usage de klaxon intempestif, observant ses papiers d’identité où il lut la mention « écrivain », s’enquit : « Vous faites dans le roman noir ou dans le roman rose ? » « Un peu des deux », répondit Camus dont l’œuvre est d’ailleurs empreinte d’un humour savamment ironique. Ps : pour ma modeste part, tandis que je végétais, en compagnie de mon ami, devant une pile de livres quasi-inentamée lors d’un petit salon littéraire, une femme s’arrêta à ma hauteur. Mince espoir… « Votre nom me dit quelque chose… » Elle se gratta la tête, dans l’espoir de convoquer un souvenir. Il lui revint. «Ça y est : c’est le nom de mon proctologue ! » Elle s’en fut, contente de ce rappel et de sa mémoire intacte.

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