Service Rond-Point
Publié le 05/09/2012

Architerotiko Russe


Une expo en hommage aux Pussy Riots

Quelle prémonition a poussé Agnès Lévy M à hybrider des nus avec des bulbes d'églises orthodoxes russes ? Comme si, avant même que les "Pussy Riots" ne soient injustement condamnées pour avoir chanté « Sainte-Marie, délivre nous de Poutine !  » sous le dôme de la cathédrale Saint-Sauveur à Moscou, elle avait rendu hommage à ces magnifiques et courageuses néo-hooliganes. Il n'en fallait pas plus pour que le théâtre du Rond-Point l'affiche sur ses murs.

 

Exposition Agnès Lévy M, "Architerotiko Russe", dessins-collages du 5 septembre au 3 octobre 2012 au Théâtre du Rond-Point, entrée librairie et accès salle Topor.


A 7 ans, Agnès Lévy M a compris que le Père Noël n’existait pas et ne s’en est pas remise. Après des études artistiques à Paris, elle a été décoratrice ensemblière au cinéma, au théâtre et à la télévision, avant de se consacrer à la peinture. Agnès Lévy M vit et peint en Avignon

La rédaction de Vents Contraires se met en quatre pour résoudre les grandes énigmes du moment, vous offrir cadeaux & conseils, poser les questions qui vous préoccupent et y répondre à votre place. Bref le Service Rond-Point vous prodigue le service irréprochable auquel vous avez droit. 

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Le 29 juin 2014 à 11:07

Premières fois...

Et au lit, comment ça se passe ? C'est à peu près la question que j'avais posée à une quarantaine de personnes lors d'entretiens anonymes qui avaient nourri Sous ma peau, mon précédent spectacle. Je poursuis cette plongée dans l'intime en m'entretenant à présent avec des adolescents. Ils me confient leur "première fois".  Charlotte (15ans)– Moi je croyais que j’allais avoir un feu d’artifice à l’intérieur, alors j’ai pensé : Je suis infirme...! je ne trouve pas le plaisir …Anna (18ans)– Je ne lui ai pas dit que j'étais vierge ... On parlait pas la même langue, il était Libanais. Déjà c'est pas des sujets faciles à aborder, mais en plus dans une autre langue... Ça a été atroce parce que j'ai eu super mal. Mais ce qui était trop cool, c'est que quand il s'en est rendu compte, Il m'a dit : « Eh ben, eh ben... mais pourquoi tu me l'as pas dit ? »Il était très touché, il a fait vachement gaffe après. Comme il y avait du sang, il m'a emmenée à la salle de bain, il m'a lavée.... il m'a habillée… il m'a pris dans ses bras… il m’a câliné… C'était très joli...Joe (16ans)– Moi la première fois que j’ai failli réussir à ne plus être puceau, j'étais avec un pote à moi, Victor et sa copine et il y avait aussi une très jolie fille blonde, Clémence : des gros seins, un beau cul, une danseuse, cool... On buvait... on parlait cul.Victor, il paie pas de mine, hein, il est moche. C'est mon pote mais il est moche, il est petit et gros mais il se tapait des boulets de canon.A un moment il a dit : « Bon ben nous, on va baiser. » Ils y vont.Clémence et moi on se regarde et on monte aussi dans la chambre.« – On va essayer de faire l'amour aussi. »  Ah ! ben oui, d’acc ! Faites l'amour. »Ils étaient là, nous on était là. J'ai la trique, tout va bien. J'enfile la capote, on commence à s'embrasser, j'entendais l'autre jouir derrière, c'était énorme . Putain, ça va le faire ! Et là elle me regarde dans les yeux et elle me dit : « C'est ma première fois, donc t'y vas doucement. »Euh !!!! Bon d'accord, OK. J'essaie de rentrer, j'arrive pas à rentrer. Beppp je débande. Victor et sa copine, ils arrêtent :« Qu'est ce que t'as mon pote ? T'arrives pas à bander ? »Clémence elle dit : « – Tu veux te regarder un film de cul, Joe ? Peut être ça va te redonner la trique. »« – Oh…!!! Ben non, t'es là à côté de moi, t'es magnifique, je vais pas regarder un film de cul! »Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là, toute ma vie... Illustration : Sous ma peau, Geneviève de Kermabon DR

Le 30 juin 2014 à 09:59
Le 10 août 2015 à 09:35

Des Male Tears

- He bébé, tu te rends pas compte, mais la place des hommes dans la société c’est quand même super difficile. - Yo mon frère, on va causer un peu.   Une terminologie qualifie ces plaintes et récriminations, terminologie inventée par les féministes anglo-saxonnes : « les male tears » (alors, même moi qui suis une quiche en anglais j’ai saisi le truc, je te fais donc grâce de la traduction). Quand un représentant du sexe masculin (je précise : un homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans, grosso modo) commence à dire qu’il souffre de la moindre place qui lui est accordée en tant qu’homme et que sa position est difficile, tu peux le regarder bien gentiment (n’agresse pas, même quand tu en as par-dessus la tête, ça sert à rien, sauf à t’épuiser) et lui asséner : « Male tears, mec » Parce que l’homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans est – même s’il ne l’a pas choisi – tout en haut de l’échelle de domination de notre société. Nombreux en sont conscients, mais beaucoup sont encore dans le déni ou trouvent cela insupportable, cette vérité, parce que cela les empêche d’être dans la plainte. Il y a 3 grandes catégories de plaintes. - injonction à la virilité : un homme doit se comporter…. « en homme ». On ne pleure pas, on est un battant, on a de l’ambition, on est courageux et fort, etc. - les difficultés professionnelles, dans un pays où l’hyper compétitivité ainsi qu’un certain immobilisme laissent énormément de gens sur le carreau de l’emploi, - les plaintes de l’ordre de la séduction ou de la sexualité, parce que « aujourd’hui ça devient très compliqué de séduire les femmes, elles sont trop exigeantes », la solitude, les frustrations sexuelles, etc.   Je vais être extrêmement claire : je n’ai jamais dit qu’être un homme c’est facile. Et je n’ai jamais nié ces difficultés. En revanche, ce qui est mis en balance, c’est qu’être une femme est encore plus difficile.   - L’injonction à la féminité. HUHUHUHUHUHUHUHUHU.Hem, pardon. C’est nerveux. - Les difficultés professionnelles. Dans un pays où le travail à temps partiel est celui des femmes, où le chômage des femmes est nettement supérieur à celui des hommes, où les salaires ont un écart de 15 à 20% à postes égaux, et où les hautes fonctions sont investies par les hommes à plus de 80%, je ne vais pas me lancer dans un cours : j’ose espérer que je n’aurai pas à subir de malhonnêteté intellectuelle de qui que ce soit. Parce que je ne crierai pas (voir plus haut), mais ça va me faire énormément fulminer. « Oui mais attends Marie, t’es bien gentille, mais comprends le souci : qui va garder les gosses ?! »… Parce que voilà, il y a ÇA aussi.   - La séduction et la sexualité. « Tu sais, si tu cherches un mec, dans une soirée, ou sur internet (ou n’importe où), toi en tant que femme tu auras bien plus de chances que moi (homme blanc, etc.) de pouvoir vivre une relation SEXUELLE ». Ok. Peut-être bien. Et encore ça reste à prouver, mais j’accepte le postulat (et après on dira que je ne fais pas d’effort…). Et alors ? Parce que clairement, je n’ai strictement rien contre le fait que l’on puisse chercher des partenaires de sexe pour et uniquement dans cette optique, mais encore faut-il que cela soit a minima de qualité…. Or dire : « Mets des photos de toi à poil sur le net et tu vas pécho grave », je vais être extrêmement claire sur le fait que cela intéresse finalement assez peu de femmes et souvent si tel est le cas, dans des contextes ou périodes spécifiques de leur vie (je répète « chacun fait ce qu’il lui plaît », je ne porterai jamais un quelconque jugement de valeur sur la sexualité de qui que ce soit, je m’en fous pour tout dire, je ne fais que rapporter des faits généraux). Mais pour trouver une relation – même si elle n’est basée que sur l’attrait sexuel – un tant soit peu intéressante (quel que soit le point de vue d’où l’on se place) les choses ne semblent pas plus simples pour les femmes que pour les hommes. Et je ne parle même pas des critères liés au physique, à l’âge, à la situation socio-professionnelle, etc. Nous aurions besoin d’un tableau excel. J’ai pas envie. Donc ok, je veux bien admettre que c’est plus simple de se faire choper à l’arrière d’une voiture pour une femme que pour un homme, si le désir nous en prend, mais comme ce n’est pas dans la très grande majorité ce qui est recherché par ces mêmes femmes, je ne peux le valider comme argument du « c’est plus simple pour vous ». Ah oui, une dernière chose sur ce point : arrêtez définitivement de nous parler de vos « pulsions ». Franchement, passé 14 ans, ce n’est plus entendable.   Ma vie est assez facile. Je suis une femme blanche de 40 ans, qui correspond à des critères sociétaux valorisés sur plein de points, j’ai un contexte familial d’ascendance et de descendance protecteur. Je suis assez haut dans l’échelle de domination sociétale (et dans ce cadre il me semble que le féminisme intersectionnel est une urgence absolue et je suis extrêmement admirative de celles qui s’y collent parce que ce chemin est bien plus ardu que le mien). Or je fais attention à ne pas faire de MGBV Tears face à des personnes bien plus dominées que je le suis ; et si cela se produit malgré-moi (puisque personne n’est exempt d’égocentrisme et de Caliméro style), d’écouter ce que l’on me dit. Pour y réfléchir. Tout simplement.   Alors Messieurs, s’il vous plaît, arrêtez de plaindre votre petit nombril en permanence, il se porte plutôt bien, et entendez un peu ce qui vous est dit. Ce sera déjà un énorme pas vers notre égalité.   Dessin : James

Le 24 juin 2010 à 16:07

Della Monna Lisa al Cavaliere della Notte

Réponse aux textos de Pierre Notte à Mona Lisa

Treize messages reçus.  Archivés. Tredici piccoli testi en mémoire dans ma petite boîte noire. Treize, nombre étoilé au ciel mathématique, mon chevalier de la nuit.Pourquoi répondre ? Si tu m’avais vraiment regardée, tu aurais vu ce que cachaient mes mains abandonnées sur mon giron. Si tu m’avais observée, tandis que d’un coup de pouce tu expédiais tes messages, tu aurais vu s’abaisser mon regard, s’entrouvrir discrètement mes doigts. A chacune des treize fois, tu aurais perçu le frisson sur ma peau à l’apparition de ton nom. Tu aurais vu se creuser mes fossettes et se fendre mes yeux. « Regardez ! Elle sourit ! », s'extasiaient les convenus. « C’est moi qu’elle regarde ! », clamaient les vaniteux. Non je ne répondais pas. Je cherchais par-delà le troupeau moutonnant ta silhouette fébrile. T’apercevais me regardant mais ne me voyant pas. D’ailleurs tu étais souvent en compagnie. Gérard Philipe, Catherine Deneuve, des journalistes, deux petites dames du Nord… Rarement seul.Alors… Garce ? Non ! Juste une ragazza comme une autre, un peu sage, un peu folle, un tantinet perverse. Tu m’en veux, n’est-ce pas, d’avoir publié mon courrier intime, et toi seulement en page 117, entre Valmont et Sibleyras ! Tu ne supportes pas d’être un parmi d’autres ! Petit garçon… Mais si j’avais répondu, je n’aurais plus reçu ton désarroi, tes impatiences, tes menaces et tes serments ! Nous nous serions perdus à parler pour ne rien dire que des banalités.Pourtant, je romps l’omerta aujourd’hui. Parce que j’ai peur. Oui, moi, la Gioconda ! Peur qu’un jour tu ne te lasses, ne te taises à ton tour. Peur de ne plus sentir vibrer tes mots et que meure à jamais mon envie de sourire quand je pense à toi.> voir Pierre Notte "Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa" 

Le 4 août 2015 à 08:09

Il ne suffit pas d'être femme pour être femme

La France peut déplorer dans son Histoire, un déficit de « femmes politiques », de figures féminines engagées auxquelles la masse des femmes en devenir puisse s’identifier ; ce qui paradoxalement n’a jamais nui à l’identité féminine de la France. Des personnages illustres, tel Dominique de Villepin, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de notre pays une femme… « chaude » : « La France a envie qu’on la prenne, ça lui démange le bassin », voire une femme « chienne » si l’on s’en réfère aux propos de François Mitterrand qui dans sa prime jeunesse, a qualifié la terre de France comme ayant un goût prononcé pour le viol et en redemandant : « La force naît de l’équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre (de France) aime ce viol et rend à l’homme plus qu’il n’espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Journal des compagnons de France », avril 1943 -récit de son retour de captivité –. Pas étonnant donc qu’au jour où la France a voulu s’ériger au rang de présidente avec la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal – le seul exemple que j’ai pu trouver -, les réactions suscitées aient été exacerbées. Là où beaucoup n’ont voulu y voir que la cause d’une personnalité « déjantée », j’y vois d’avantage le reflet d’un rapport du collectif face à ce que l’on pourrait nommer l’érection, pardon l’élection d’une « femme femme » au pouvoir… J’entends par là une femme qui aurait un « mode de jouissance » différent du « tout phallique ». Si l’on regarde la plupart des femmes en politique de l’époque de la candidature présidentielle de Ségolène Royal, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Martine Aubry ou tant d’autres, elles avaient toutes accepté d’endosser le costume de l’homme. Toutes adopté leurs codes, leurs modes et… leur phallus. En bref, il ne suffit pas d’être femme pour être femme. A leur décharge, on sait combien le mode de jouissance qui se rattache au féminin a toujours été menacé dès lors qu’il s’est agi de le sortir du champ traditionnel où il a été cantonné. Et si l’homme apprécie à sa juste mesure cette part dite « féminine » et qu’il a laissé à la femme tout pouvoir de l’exprimer dans les champs qu’il n’a pas investi, là où il siège en roi, il ne serait question qu’il perde la main. Inconcevable et paradoxal… La France risquerait de perdre sa virilité ! Il a donc fallu en faire des magouilles pour parvenir à investir le champ des hommes en montrant patte blanche, faire oublier cette part « féminine », et donner à croire qu’on est un homme déguisé en femme. Pour autant, je ne connais point d’homme seul, qui en matière de politique, ait fournit la preuve incontestable qu’il est le détenteur de la solution finale à tous nos problèmes (Hitler a bien tenté le coup…). L’introduction d’un autre mode de jouissance au pouvoir serait donc d’un certain intérêt, que dis-je une cause nationale, voire mondiale. Reconnaissons à Ségolène qu’elle a sûrement été une des premières femmes en politique qui n’a pas cherché à travestir sa part féminine. Elle est celle qui naïvement ou révolutionnairement a choisi de rester « femme femme » en politique. Et non contente de s’identifier à la France, La France Présidente, c’est un peu comme si elle avait ouvert ses bras ou ses jambes pour accueillir tous « les phallus de la renommée », soulevant dès lors, vague d’indignations et violences verbales infinies. Chaque adversaire n’hésitant pas à utiliser le discours argumentaire politique pour servir leur rejet d’une telle possibilité : comment une femme et qui plus est, la France, pourrait-elle au final jouir à ce point ?! Comment pourrait-elle vouloir être pénétrée sans restriction?! Dominique de Villepin avait raison ! (à L’ENA, cet homme visionnaire avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en application son programme politique en sortant avec Ségolène... Cf VOICI). Or « il y a un plus de jouir indicible chez la femme » dit Lacan, indicible parce qu’impossible à symboliser et ce plus de jouir nourrit depuis la nuit des temps chez l’homme, un vaste et bien réel sentiment d’infériorité. Rien d’étonnant au fond à ce que n’ait cessé de se manifester cette volonté ancestrale de l’homme de soumettre la femme, de la détrôner de son statut de sujet en la rabaissant au rang d’objet. Iconisée par les uns, diabolisée par les autres, la dame blanche est dès lors devenue la femme à abattre. Jamais une élection n’a suscité autant d’angoisses de chefs, beaucoup n’ont pas supporté cette femme trop… « bonne ». Maintenant, le couvercle de la marmite s’est refermé et tous les éléphants et les buffles soufflent. Tout plutôt que l’élection de cette femme mi-vierge, mi-sorcière qui nous a fait perdre pied un instant… Mais que l’homme se rassure ! Car il n’est pas exclu de ce « plus de jouir », puisqu’il possède, comme la femme, une part féminine et une part masculine… Les maîtres de la psychanalyse mais aussi les grands mystiques tels Saint-Jean de la Croix (cf La montée au Carmel) ont su l’évoquer. Alors si l’homme parvenait à accepter cette accession au pouvoir du mode de jouissance féminin, ce serait un immense pas symbolique, le signe qu’il est enfin prêt à accepter sa propre part féminine sans le vivre comme une menace pour sa part masculine ; le début d’un grand rêve, celui de nous inscrire enfin dans une jouissance harmonieuse du pouvoir où féminin et masculin peuvent

Le 23 septembre 2015 à 09:38

Demain, le nouveau monde ludico-amoureux de Fourier : « Jamais trop. Jamais assez. »

Les seuls lendemains qui me chantent et qui devraient vous chanter aussi si vous n’êtes pas une andouille, c’est la société de la jouissance sans demi-démesures proposée au XIXe siècle par l’inouï Charles Fourier. Pour vous entraîner dans « la volée passionnelle », c’est-à-dire dans « l’ordre social où le minimum quotidien du pauvre sera une table servie à 32 mets quod me memorandum », j’ai interviewé l’auteur du livre le plus chamboulant jamais frigoussé, Le Nouveau Monde amoureux (années 1820), réédité par Stock et par les Presses du réel.   Charles Fourier, quels échos votre programme de réinvention totale de l'entendement humain éveille-t-il aujourd'hui ? ­Nous sommes, dit-on, le siècle des esprits forts. Je voulais éprouver s'il se trouverait quelque tête assez forte pour entendre la théorie des développements et emplois de l'amour. Mais la génération actuelle est trop difforme, trop mal faite et surtout trop grossière pour qu'on puisse lui appliquer de pareilles coutumes.   Sur quoi se base votre théorie ? Sur l'avènement d'une société de jouissances qui saura tirer des perles du fumier passionnel qu'on nomme Civilisation, car elle opérera sur les mêmes passions qui engendrent parmi nous tant d'infamies. Il ne s'agit pas de changer les passions, mais de changer leur marche, leurs voies d'essor, en trouvant un moyen d'utiliser les goûts, même immondes, que la nature nous donne.   Même immondes ! S'agirait-il donc de laisser courir les assassins dangereux sous prétexte que le meurtre est pour eux une passion ? Il n'y a point de passions vicieuses, il n'y a que de vicieux développements. J'admets que le meurtre, le larcin, la fourberie sont des essors vicieux, mais la passion qui les produit est bonne et a dû être jugée utile par Dieu qui la créa.   Votre Dieu serait-il réellement hostile au « dogme anti-voluptueux » qui allaite toutes les religions ? Dire, comme les chrétiens, que Dieu veut que nous luttions contre nos passions pour obtenir le bonheur éternel, c'est dire qu'il doute de sa propre sagesse, qu'il veut se tenter lui-même, en essayant si la faible raison qui vient de nous balancera les forces immenses des passions qui viennent à lui, c'est dire enfin qu'il nous récompensera à jamais si nous détruisons son ouvrage et qu'il nous punira à jamais si nous obéissons à ses dispositions toutes combinées pour assurer le triomphe des passions.   Mais que faites-vous des passions sales, dégradantes, merdiques ? Il y a une frénésie ordurière chez tous les enfants. Est-ce vice d'éducation, défaut de préceptes ? Non, car plus on les sermonnera contre la saleté, plus ils s'y acharneront. Nous ne saurions, en civilisation, débrouiller cette énigme. La manie de saleté qui règne chez les enfants n'est qu'un germe informe comme le fruit sauvage; il faut le raffiner. Cette manie de saleté est une impulsion nécessaire pour aider les enfants à supporter gaiement le dégoût attaché aux travaux immondes, et à s'ouvrir, dans la carrière de la cochonnerie, un vaste champ de gloire industrielle et de philanthropie unitaire.   Et qu’en sera-t-il du germe « informe » de la manie de paresse ? Votre société édénique ne sera-t-elle pas parasitée par les branlotins ? Il n'y a point d'enfants paresseux, même en civilisation. Tous sont des travailleurs infatigables quand la fantaisie leur en prend. Voyez-les dans leurs nobles expéditions qu'ils appellent des farces, quand ils vont casser des vitres, tirer des sonnettes, démolir un mur, arracher des palissades, etc. Ils travaillent comme des maniaques. Eh ! Quel est celui qui s'y porte avec le plus d'ardeur ? C'est le plus petit, tout fier d'être admis à faire des farces avec des plus grands que lui. Dans pareil cas, ces diablotins bravent les frimas et les fatigues, et les dangers pour travailler, car cette prétendue farce est un véritable travail. Elle ne produit aucun plaisir sensuel; loin de là, ils risquent des coups de toute espèce, soit de la part de ceux qui les prennent sur le fait, soit de la part des pédants à qui l'on va porter plainte. Mais l'attraction passionnelle les poussait, et quand elle suscite un groupe d'enfants, elle en fait des travailleurs beaucoup plus ardents que les hommes âgés, et leur ardeur est aussi grande pour édifier que pour détruire. On les voit souvent faire des efforts prodigieux pour élever une digue de cailloux en travers d'un ruisseau, et construire un petit moulin de bois à l'extrémité de la digue.   Mais qu'est-ce qui adviendra, par exemple, en Harmonie, des mères dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d'autres voluptés ? C'est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains, parce qu'elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitièmes deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu'en s'occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu'une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles, et juge elle-même qu'elle n'est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu'au colombier, à l'abeillerie, à la buanderie, à l'opéra.   Il s'avère donc toujours socialement utile en Harmonie de vaquer à ses plaisirs personnels. Mais ceux-ci sont-ils toujours si planants que ça ? Ainsi, les orgies harmoniennes sans freins dont vous vous êtes fait le chantre ne s'apparentent-elles pas, en fait, à nos partouzes bourgeoises ? Quelques civilisés, tout matériels, voudraient borner aux parties carrées leurs recherches et prétendent que cette mêlée leur suffit amplement. Faut-il prouver que la concupiscence, l'orgie amoureuse, la communauté des femmes et des hommes est le sentier de la morale naturelle ? Sans exception, dans le monde actuel, on tombe dans le despotisme en politique et dans la monotonie en plaisir. En Harmonie, les individus valent plus les uns pour les autres par leurs différences que par ce qu'ils possèdent en commun. Il n'y a donc pas de plus grande justice envers les autres que d'aller soi-même au bout de son désir et de réaliser ses particularités les plus secrètes. L'orgie renoue avec l'heureuse phase orale de l'humanité, elle donne accès à l'intégralité de la nature et à la cohésion des forces souterraines qui tiennent réellement toutes choses. Toute contrainte abolie, l'individu exerce librement le désir de s'allier à un autre désir par le plaisir de se délivrer de la distance à soi et au monde. Les orgies tendent à montrer la petitesse des amours civilisées. Elles font naître les affections généreuses et le dévouement collectif entre gens qui ne se connaissent même pas de vue et de renommée. Ce genre de bien élève les hommes à un état qu'on peut nommer perfection ultra-humaine. Il les transforme en demi-dieux qui échappent à leurs propres limites et à qui tous les prodiges de vertu et d'industrie deviennent possibles.   Quelles sortes de jeux sexuels préconisez-vous encore pour nous engager à échapper à nos propres limites ? Parmi bien d'autres mignardises, je recommande le coadjutariat qui consiste pour les hommes à s'entremettre à aider des plaisirs saphiques et pour les femmes à s'entremettre à aider des plaisirs pédérastes; les conciles gastrosophiques au cours desquels un aéropage délibère gravement sur des accomodages compliqués de mets après de grands criteriums de dégustation.   Nous parlions de jeux sexuels. La gastrosophie, votre théorie passionnelle du bien-manger, aurait-elle quelque chose à voir avec la luxure ? Oh, un coït modéré avant les repas favorise l'appétit et la digestion. Je recommande encore le maniérisme harmonien dont le postulat est de favoriser le développement extatique des manies lubriques de chacun...   Vous décrivez précisément un monde où aucune manie amoureuse ne restera insatisfaite. Est-ce là bien raisonnable ? On oublie que l'amour est le domaine de la déraison, et que plus une chose est déraisonnable, mieux elle s'allie avec l'amour. Sous ce rapport, les manies lui conviennent éminemment et, en Harmonie, où elles seront de haute utilité, on les provoquera méthodiquement parmi la jeunesse qui les dédaigne aujourd'hui parce qu'on les ridiculise, faute d'en avoir l'emploi. Autres jeux sexuels : ceux instigués par les comités de fées, à qui on attribue le droit périodique d'assigner en sympathie des sociétaires qui visiblement se conviennent pour les assortir galamment. Et les semi-bacchanales de prélude à des travaux collectifs colossaux de longue haleine.   Les semi-bacchanales de prélude à...!!!??? Oui. Au signal donné par la baguette de la fée, on se livre à une demi-bacchanale. Les deux troupes se précipitent dans les bras l'une de l'autre, la mêlée est générale et chacun reçoit et distribue confusément les caresses, et chacun parcourt les appas qui lui tombent sous la main et se livre aux franches impulsions de la simple nature. On voltige de l'un à l'autre, on baise les appas de tous les champions, acteurs, ou actrices, avec autant d'empressement que de célérité. On cherche à visiter, dans la mêlée, tous les personnages sur qui l'on a fixé l'attention précédemment. Cette courte bacchanale coopère utilement à la vérification du matériel et peut disposer déjà plusieurs sympathies. Mais les caresses de parcours ou de reconnaissance du terrain ne doivent durer que peu de minutes. Pour séparer la mêlée, il faut y jeter un dissolvant : puisque tout se fait attraction dans l'Harmonie, il faut entremettre aussi des attractions mixtes et lancer dans la foule deux groupes, l'un de saphiennes et l'autre de spartiates, en vue de distraire l'attention générale. Cependant, cette escarmouche confuse n'est pas du tout la boussole des unions qui doivent suivre. Il serait même de mauvais ton de se fixer son choix dès ce premier moment et avant les opérations de tentative sympathique. Ceux qui se sont convenus dans la mêlée pourront se retrouver et ne s'en aimeront que mieux, si leur sympathie calculée, qu'ils ne connaissent pas encore, vient confirmer les pressentiments de convenance que la salve a pu leur donner.   Et les « champions, acteurs ou actrices » que cette mêlée n'aura pas inspirés ? Oh, les attendent bien d'autres « jouissements » tout à fait inconcevables dans nos limbes sociales.   Pratiquement tous vos disciples et groupies, qu'ils soient vos contemporains ou les nôtres, rejettent une part importante de vos canevas, qu'il s'agisse de ceux que vous venez de survoler ou d'autres qui leur paraissent de même scandaleusement outranciers. J'ensevelirais cent fois ma théorie, plutôt que d'en retrancher une syllabe pour plaire à cette clique malfaisante, et au siècle assez imbécile pour se laisser diriger par elle après avoir si bien appris à la connaître.   Mais en ce siècle « imbécile », tout est-il réellement foutu ? Ou bien… Il n'est qu'un moyen de salut, c'est de reconnaître que nous sommes trahis par nos chefs, et qu'il faut nous sauver et nous gouverner nous-mêmes. Abandonnons cette bannière des lois humaines, et rallions-nous à l'attraction passionnelle. Nous ne souhaiterons jamais trop, jamais assez. Tout nous est dû, comme seuls le savent encore ceux qui osent être insatiables.

Le 26 octobre 2011 à 09:13
Le 6 décembre 2010 à 07:23

Avis de recherche

Un homme de 38 ans, Christophe M., a disparu depuis lundi soir. Il semble qu’il ait quitté le domicile conjugal à la suite d’une altercation avec son épouse à qui il reprochait une certaine frigidité. L’homme semblerait s’être rendu ensuite chez son meilleur ami qui est actuellement absent pour plusieurs mois en raison d’une délocalisation de son entreprise en Arabie Saoudite. La femme de celui-ci déclare que Christophe M. lui a effectivement rendu visite dans la soirée de lundi mais qu’il l’a quittée vers deux heures du matin. Christophe M. a ensuite été aperçu au domicile de Monique G., secrétaire de l’entreprise qui l’emploie, où il n’est, semble-t-il resté que deux heures. « Il est venu chercher un certificat de travail » nous a déclaré Monique G qui l’a vu se diriger vers le pavillon de sa voisine, une femme célibataire, qu’il connaissait et que nous n’avons pu joindre. Un peu plus tard, une troupe de majorettes nous révèle que Christophe M. s’est rendu à leur local qu’il a quitté plusieurs heures plus tard en annonçant qu’il comptait se rendre au foyer de jeunes filles de la rue voisine.  La dernière trace que l’on ait relevée de Christophe M. se situait aux alentours du bois de Boulogne où un témoin prétend l’avoir vu s’introduire successivement dans plusieurs camionnettes en stationnement. Depuis plus rien. La famille est anxieuse et lance un avis de recherche. Merci de bien vouloir rassurer une femme et des parents terriblement inquiets.

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