Service Rond-Point
Publié le 05/09/2012

Architerotiko Russe


Une expo en hommage aux Pussy Riots

Quelle prémonition a poussé Agnès Lévy M à hybrider des nus avec des bulbes d'églises orthodoxes russes ? Comme si, avant même que les "Pussy Riots" ne soient injustement condamnées pour avoir chanté « Sainte-Marie, délivre nous de Poutine !  » sous le dôme de la cathédrale Saint-Sauveur à Moscou, elle avait rendu hommage à ces magnifiques et courageuses néo-hooliganes. Il n'en fallait pas plus pour que le théâtre du Rond-Point l'affiche sur ses murs.

 

Exposition Agnès Lévy M, "Architerotiko Russe", dessins-collages du 5 septembre au 3 octobre 2012 au Théâtre du Rond-Point, entrée librairie et accès salle Topor.


A 7 ans, Agnès Lévy M a compris que le Père Noël n’existait pas et ne s’en est pas remise. Après des études artistiques à Paris, elle a été décoratrice ensemblière au cinéma, au théâtre et à la télévision, avant de se consacrer à la peinture. Agnès Lévy M vit et peint en Avignon

La rédaction de Vents Contraires se met en quatre pour résoudre les grandes énigmes du moment, vous offrir cadeaux & conseils, poser les questions qui vous préoccupent et y répondre à votre place. Bref le Service Rond-Point vous prodigue le service irréprochable auquel vous avez droit. 

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Le 5 septembre 2012 à 09:50

Gueorg Cheïtanov (1896-1925)

Les cracks méconnus du rire de résistance

À l’heure où nous rêvons tous et toutes de nous envoyer en l’air avec les téméraires Pussy Riot après les avoir arrachées aux geôles poutinesques, il convenait d’entraîner cette chronique axée un peu restrictivement jusqu’ici sur les démons de la révolte espiègle d’Occident derrière l’ex-rideau de fer. Hop, hop, hop ! Allons faire un petit tour dans la Bulgarie du début du siècle où a fait les quatre cents coups pendant une vingtaine d’années un splendide Robin des Balkans dont on trouve fort peu de traces dans les livres d’histoire fransquillons ou même dans les publications rebelles marginales. L’inouïment audacieux et facétieux détonateur libertaire Gueorg Cheïtanov n’a pourtant rien à envier au mythologique agitateur ukrainien Nestor Makhno.   Dans un lycée de Yambol, le professeur de littérature envoie le petit Gueorg lire son dernier devoir au tableau. Le chérubin s’exécute. Et toute la classe est épastrouillée par les flamboiements de sa prose. Mais quand le pédagogue demande à l’élève prodige son cahier de composition pour aller en régaler le principal de l’institut, notre loupiot refuse net de s’en séparer. Dérouté, l’enseignant intercepte le devoir qui s’avère n’être qu’un agrégat de feuilles vierges : le diablotin a improvisé, préfigurant le désinvolte enfièvreur de foules qu’il va devenir. À l’âge dit de raison, Cheïtanov a des positions politiques réprouvées par ses profs. Il clame dans la cour de récréation son soutien aux communards de Préobrajenié qui instaurent la démocratie directe en Thrace et aux bateliers macédoniens s’insurgeant contre la compagnie de gaz-électricité de Salonique et contre la banque ottomane. En classe, il se révèle bien pire encore, mettant en pagaille les cours en y entrant et en en sortant comme ça lui chausse, soulignant sans trêve les bévues et les insuffisances des maîtres, substituant à l’uniforme réglementaire dans la maison une veste folasse extrêmement seyante ainsi qu’un Stetson à larges bords à la Django. Après avoir mordu tout un temps sur sa chique, le proviseur finit par le convoquer à son bureau : « Vous êtes définitivement renvoyé. » À ces mots, le garçonnet lui retire des mains son carnet scolaire qu’il déchire en petits morceaux : « Au diable votre ridicule école et les pauvres cloches de profs qui voient étroit ! » Le dirlot, outré, appelle la police. Elle débarque le lendemain chez l’insolent et l’emmène au poste où, en guise de première punition, elle lui ordonne de récurer les latrines. Cheïtanov, à cette intimation, cueille le sabre d’un roussin et le provoque en duel. Le garnement ne se calmera jamais. Un soir d’été 1913, il s’insinue dans le tribunal du district et boute le feu aux archives contenant les actes des procès intentés aux artisans et aux paysans endettés du coin. Trahi, l’incendiaire est arrêté. Et de s’enfuir dans la nuit quelques heures plus tard après avoir réussi à desceller les barreaux de sa cellule. La grande épopée illégaliste de Cheïtanov, qui a maintenant 17 ans, commence. Il zigzague durant deux mois à travers les montagnes. Il atteint Varna, sur la mer Noire. Il se transbahute avec des faux papiers en Roumanie. Il gagne Istambul où deux argousins turcs l’alpaguent. Sur le chemin du poste, il parvient, malgré ses menottes, à flanquer une raclée aux deux flics et déguerpit. Le feuilleton continue. Il est engagé comme ouvrier boulanger à Jérusalem mais pas pour bien longtemps car on le surprend en train de refiler de gros sacs de miches aux traîne-misère. Battant la semelle dans le port d’Alexandrie, il se cache dans un des canots de sauvetage d’un paquebot mettant le cap sur la France. Ayant les crocs pendant la traversée, il se glisse dans une cabine entrouverte pour y barboter du fromage. Mais il se fait pincer. Au lieu de le mettre aux fers, le capitaine l’invite à sa table, s’arrose la dalle avec lui, lui file des thunes. À Paris, le fugitif se passionne pour les expériences d’éducation anti-autoritaires pratiquées par Sébastien Faure et ses aminches à « La Ruche », lit des livres anars à tire-larigot, participe à toutes les escarmouches antimilitaristes. Quand la Grande Guerre éclate, il rentre en loucedé en Bulgarie, s’impose comme le plus bouillant des orateurs révolutionnaires, chemine de patelin en patelin pour former des groupes d’action, dort souvent à « l’auberge des courants d’air » par tous les temps, et signe ses premiers articles Georges Satanin dans l’unique brûlot séditieux roulant là-bas sur l’ordre, Rabat Nitcheska Missal : « Votre table, messieurs, va voler en éclats. L’esclave prendra le bâton et vous chassera de sa maison où vous avez gouverné durant son long sommeil. » Dans la ville de Pichelinski Rat, il est cravaté par les cognes qui, dans l’espoir de le faire parler, l’enfouissent jusqu’au menton dans du fumier frais de cheval puis le relèguent sans soins pendant deux ans dans un cachot où, à moins de 20 degrés en dessous de zéro, il peut enfin apprendre par cœur Bakounine et Stirner. En janvier 1917, il arrive à s’évader en emmenant avec lui dans sa cavale… 1 500 forçats. Et un peu partout dans les Balkans, il se remet à improviser des appels très lyriques à la révolte immédiate contre les pouvoirs monarchistes en place. Arrêté à nouveau quelques mois plus tard, il entraîne les deux matons qui le conduisent chez le dentiste, et qu’il sait gloutons, dans un pâtisserie, les goinfre avec son argent de poche de petits pâtés à la crème, va faire pipi, se barre par la fenêtre du water et rejoint les partisans anarchistes. Traqué à présent en tant qu’ennemi public n°1 du régime, Cheïtanov se planque dans deux des rares tanières où l’on ne risque guère de le chercher : chez ses vieux, à Yambol (tellement c’est hénaurme !), et à l’intérieur des tombes du cimetière de Stara-Zagura. Novembre 1917. En route vers le pays des soviets, le hors-les-lois est appréhendé par les gabelous dans la ville frontière roumaine de Roussé et parqué dans un train roulant vers un camp de la mort. Grâce à une nouvelle ruse, il s’éjecte du convoi, reprend sa marche vers la Russie rouge déguisé en piou-piou, s’incorpore dans les unités mutinées d’Ukraine et est le premier révolutionnaire bulgare à faire son entrée à Moscou. Dès qu’il a déchanté, à l’aurore des purges lénino-trotskystes, il repart pour sa campagne natale, où il y a du baroufle dans l’air, muni de documents secrets qu’il détruit au moment où il se fait coffrer par les Blancs. Condamné à mort à Kiev, il est sauvé in extremis par le consul de Bulgarie en faisant réellement gober au candide fonctionnaire qu’on l’a pris pour un autre zèbre. Rapatrié, le Durruti de la Toundja coordonne la guérilla anti-royaliste et les expropriations qui l’approvisionnent. C’est l’attaque de la voiture postale de Yambol qui défraie le plus la chronique. Car si les auteurs du forfait justicier sont agrafés puis embastillés, ce n’est pas pour des lustres et des lustres. À peine en effet ont-ils boutonné leurs vareuses pénitentiaires que les voilà déjà volatilisés par un trou creusé dans le plafond des cuisines de la prison. « Le loup des forêts », c’est ainsi qu’on surnomme dorénavant Cheïtanov, accomplira bien d’autres exploits rocambolesques (comme la libération de son meilleur poteau pendant son transfert d’un gnouf à un autre), prêtera la griffe à tous les canards bulgares illicites, dévalisera de plus en plus de riches boyards au profit de guenilleux, éliminera quelques-unes des pires nuisances du pays, du chef de la Sûreté nationale au grand patron de l’organe des banques et sera aux avant-postes de l’insurrection de septembre 1923 au cours de laquelle des cantons entiers seront totalement pris en mains par leurs habitants comme à Cronstadt ou dans la Catalogne autogérée. D’après la légende, même après sa mort, le « loup des forêts » aurait encore réussi à terrifier son plus puissant ennemi. Sa tête, en effet, aurait été servie sur un plateau au roi Boris III qui en aurait perdu le sommeil.

Le 20 septembre 2010 à 10:18
Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

Le 21 juin 2014 à 11:24

La République dans de beaux draps

Depuis 1989, où des peines-à-jouir ont rebaptisé « Assemblée nationale »  la station de métro « Chambre des députés », il était à craindre que la République ne couche plus dans le même lit. La présidentialisation des institutions n’avait pas seulement gagné les esprits, elle avait aussi contraint les corps, au point que le chef de l’État du moment choisit deux palais officiels distincts pour domicilier ses deux familles. Depuis les portes n’ont cessé de claquer à l’Élysée, entre des femmes qui s’en vont et des Présidents qui vont et viennent, ce qui suggèrerait que la literie maison est à ressorts. Mais faute d’écoutes circonstanciées de la NSA,  la qualité des ébats présidentiels demeure un des derniers secrets d’État. Seules en parlent celles qui ne savent pas, celles qui savent demeurant mutiques sur le sujet en dépit de propositions éditoriales à sept chiffres. Par peur des représailles ?  Osons l’hypothèse qu’il est plus valorisant de porter le deuil d’un amour désintéressé, que le dépit d’un coup pourri, révélant en creux le sacrifice de ses propres sens pour la seule jouissance narcissique de s’être frottée au pouvoir suprême. Qui s’y frotte s’y nique ?  Dans une France où un roi devint légendaire pour avoir cru jusqu’à 40 ans (du moins le prétendait-il) qu’il avait un os entre les jambes,  les Français sont enclins à penser que le monarque républicain qu’ils ont élu est doté d’un tempérament à la hauteur de ses prérogatives, bref que la fonction crée l’orgasme. Sinon, à quoi bon, hein ? Certes il y a des exceptions : le général De Gaulle n’avait pour maitresse que la France à laquelle il avait roulé une pelle définitive le 18 juin 1940. Georges Pompidou avait des mœurs paisiblement bourgeoises et sagement éclairées.  Ses successeurs ont en commun d’avoir été longtemps députés, donc de bien connaître la buvette à laquelle on accède par la salle des conférences où est érigée une statue du bon roi Henri IV – le souverain sévèrement ossifié – dont le socle est gravé de cette citation : «  le violent amour que je porte à mes sujets me porte à trouver tout aise et honorable. » Ca peut donner des idées. Et même de plus précises encore si, les alcools aidant on rêve d’alcôves au vu des bas-reliefs de la buvette sortis de la Manufacture de Limoges, où de langoureuses naïades ne cachent rien de leurs corps dénudés. Mais attention ce n’est parce qu’il y a souvent le bordel en séance, que  le palais Bourbon tournerait au lupanar.  C’est au sens métaphorique que l’on doit interpréter  cet effet de tribune de Jean-Marc Ayrault du temps qu’il était député d’opposition : «  Monsieur, le premier ministre, l’Assemblée nationale n’est pas une chambre à coucher ! » Pourtant l’on y couche, l’on y couche à l’Assemblée nationale, la plupart des députés disposant de bureaux avec un couchage possible. Un simple canapé clic-clac utile pour les élus de province, pas forcément commode pour des galipettes crapuleuses. D’autant que la nuit (et même le jour) les cris intempestifs peuvent être entendus des voisins,  et que toute personne étrangère qui entre dans le bâtiment doit laisser sa carte d’identité à des huissiers assermentés.  L’ « escort » badgée peut nuire à une carrière bien bordée.  Et puis, les élus de la République n’ont pas toujours la tête à ça. Surtout en ces temps de débandade politique face aux défoulements populistes.

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