Claire Bertin
Publié le 29/09/2014

Dieu


A l'école, il avait eu la vie dure, le petit Gaëtan, non tant à cause de son prénom démodé, celui de son grand-père, un prénom que sa mère lui avait infligé, qu'à cause de son patronyme, “Dieu“. Il est vrai que lorsqu'on est chargé, dès la naissance, du fardeau d'un tel nom, le prénom importe peu. Sa mère aurait tout aussi bien pu l'appeler Archibald ou Zarathoustra…                   

Lorsque les maîtres faisaient l'appel des élèves, le jour de la rentrée des classes, passée la première stupeur face à un nom aussi tabou, les quolibets ne tardaient pas à fuser. Dans la cour de récréation, les petits Kevin, Franck ou JR faisaient la ronde autour de lui en chantant "Dieu a une p'tite queue, à la queue leuleu. Dieu a une p'tite bite, s'est levé trop vite." Mais les plus acharnés c'étaient les Benoît, les Jean-Charles, et les Pierre-François, les petits saints inscrits au catéchisme qui ne lui pardonnaient pas d'avoir usurpé un nom sacré qui se chuchote avec respect. Ceux-là ne chantaient pas mais lui manifestaient leur réprobation en renversant négligemment leur bouteille d'encre sur ses copies ou en lui chipant ses affaires de sport.                   

Le jeune Gaëtan avait donc dû développer très vite des réflexes de protection. Il était passé maître dans l'art de l'évitement. La cour de récréation étant un lieu peu sûr, il s'était mis à explorer l'école en quête de possibles refuges, l'infirmerie, les cuisines de la cantine, la loge des gardiens, et y avait acquis une connaissance des adultes et de leur psychologie que l'on a rarement à son âge. Et c'est ainsi, tout naturellement, qu'à l'adolescence il s'était découvert une vocation pour la psychanalyse. Dieu n'est-il pas, après tout, celui à qui on chuchote les secrets les plus inavouables? Que cela soit agenouillé dans un confessionnal ou allongé sur un divan, peu importe le rite, ce qui compte c'est de pouvoir se délester de ses honteux secrets auprès d'une oreille bienveillante, toute prête à vous absoudre, moyennant quelque monnaie.                   

Il était ainsi devenu un psychanalyste renommé sur la place de Paris. Et ce nom qui avait empoisonné son enfance s'était transformé en argument, sans doute inconscient, mais efficace, pour convaincre de potentiels analysants de l'excellence de ses méthodes et de ses résultats. Ne devient pas "Dieu" qui veut. Son cabinet ne désemplissait pas de patients traumatisés par les concepts nietzschéens de "mort de Dieu", qui venaient vérifier que celui-ci était bien vivant et bien à eux pendant la séance. Ils en ressortaient, flottant sur un petit nuage mystique, qui les aidait à tenir jusqu'à la semaine suivante.

Claire Bertin vit et travaille à Paris, ville où elle est née et qu'elle n'a quitté que pour travailler au Maroc. Elle aime le théâtre, l'opéra et la littérature, et ne désespère pas, un jour, de s'y consacrer de façon plus exclusive. 

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Le 6 septembre 2015 à 15:05

On n'arrête pas le progrès

Jusqu’à notre époque contemporaine, la notion de progrès permanent a rythmé  la vie de l’homme  mais elle n’est pas étrangère non plus à celle de la femme  dont la  cuisine est devenue le  lieu géométrique de technologies aussi pointues que  renouvelées.   Sans vouloir négliger le rôle grandissant des robots dans cet évident progrès,  rappelons  au passage  que la créature pourvue de tétons  donc  très naturellement nourricière est en  même temps  la mère de l’humanité et l’avenir de l’homme. Pour ces diverses raisons, elle est employée quasiment à plein temps tandis que son compagnon aux épaules poilues, ce musicien dans l’âme, éprouve le  besoin  de faire de nombreuses  pauses  qui ne sont pas dépourvues  de soupirs. C’est ainsi qu’un Opéra de type plaintif s’élabore quotidiennement au bar des Copains où l’homme refait le monde à partir du moment où les trente-cinq heures ont sonné l’heure de fermer le plumier du labeur et de clore l’échange avec d’éventuels  tireurs de sornettes. Mais dans cette démarche qui procède d’une ambition réduite aux acquêts de leurs nombriliques  points de vue,  ils ne savent pas ce qu’ils doivent à André Gide. En effet, portant un jugement définitif sur les progrès dus à  la connaissance  dans la Symphonie pastorale   ce dernier disait d’une performance féminine relative  qu’on peut reconnaître également  chez l’homme retrouvé assis sur un tabouret de bar   « Ses progrès en musique ont été surprenants,   maintenant elle tient l’orgue de la chapelle » Alléluia pour le  progrès   Claude Chanaud

Le 5 juin 2015 à 08:20
Le 30 avril 2014 à 09:49

Voilà c'est l'heure

Voilà, c'est l'heure. Il flotte un parfum de danger ultime. On part au ski en famille. On ne part nulle part ailleurs avec cette sensation de prendre un vrai risque. Ni à la mer, ni dans un pays en guerre, ni même chez sa belle-mère. Seuls des aventuriers sont capables de payer pour choper des engelures, solder leur capital soleil et se casser une jambe en famille. Souvenons-nous de l'annonce publiée en 1914 par l'explorateur britannique Ernest Shackleton avant de conquérir l'Antarctique à pieds : "Cherche hommes pour voyage hasardeux, maigre salaire, longs mois d'obscurité totale, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès". Cinq mille candidats intrépides se présentèrent. Sur quel critère le grand Ernest choisit-il ses hommes ? Leur force ? Leur ingéniosité ? Leur résistance ? Pas du tout. Ernest misa tout sur leur « coefficient d'optimisme »... Seuls ceux qui voyaient dans une tempête de neige l'occasion de bien rigoler furent recrutés. C'est exactement la même chose pour le ski en famille. Il faut déjà avoir une bonne nature pour créer une famille, accepter de troquer son statut de célibataire ombrageux aux commandes de sa moto sportive pour celui de père multitâche au volant d'un Citroën Picasso. Mais seuls les types équipés d'un énorme coefficient d'optimisme vont à la montagne en hiver avec leur tribu. Les autres font des stages de poterie en Corrèze. Tout seul. Il en faut de l'optimisme pour entrer dans le magasin de skis et dire son poids en public, devant sa femme et ses enfants en rentrant le ventre. Il en faut de la pugnacité pour affronter la question existentielle du loueur : « Quel est votre niveau ? ». Autrement dit, « Que valez-vous dans la vie bonhomme ?». Comment répondre à cette question sans passer pour une baltringue (« Débutant »), un loser (« Moyen ») ou un mythomane (« Très bon ») ? Il en faut de la force d'âme pour accepter de glisser sur les minuscules skis paraboliques des années 2000 quand on a appris à skier le cul serré, en godille, avec l'élégance d'une guêpe en string sur de grands skis droits. Il en faut de la bonne volonté pour passer une semaine dans un hôtel qui s'appelle « La Chaudane » où tout est en bois clair, les murs, le plafond, le sol, la piscine, les verres, le patron, sans tout brûler et finir pyromane. Et l'épouse qui passera sa semaine dans le jacuzzi avec des pisteurs équipés de muscles dont vous ne connaissez même pas l'existence et les enfants qui brûleront sous le soleil tandis qu'une jeune et jolie monitrice vous demandera vos deux bras pour payer l'heure de cours du petit qui, encapsulé dans sa combinaison, aura, pile au moment où vous sourirez à la jeune et jolie monitrice, envie de faire caca. Et le plan des pistes conçu comme un test de QI destiné à humilier tous les pères (Comment le lire ? Comment le replier ?). Et le forfait qu'on croit toujours avoir perdu et qui ricane dans la dernière poche. Oui, tout cela est vrai, mais l'ivresse de la vitesse, le vertige des grands espaces et des silences minéraux, le flocon sur le coeur du petit, le vin chaud dans la gorge et les courbatures heureuses, ça se mérite. On a rien sans rien. Et puis, il y a aura ces moments clés, qu'il faudra savoir négocier, quand une bosse ou un petit chemin piégé se présentera. « J'y vais, j'y vais pas ? ». Avant de se lancer, le héros du troisième tronçon, père moderne, aussi efficace dans le changement de roue crevée que dans celui de couche souillée, solide, fort, doux, compréhensif, repensera à cette phrase d'Ernest, toujours lui, qui, lui aussi avait eu l'étrange idée de construire une famille et, constatant l'état de ses hommes et le manque de vivres, décida de rebrousser chemin à 175 kilomètres du pôle Sud. A sa femme, il écrira ces mots qui éclaireront la lanterne des pères-aventuriers des pistes de ski, mais aussi des ressacs atlantiques de l'été : « J'ai pensé que vous préféreriez un âne vivant à un lion mort. »

Le 1 juin 2011 à 15:44

En bibliothèque

Le journal de Béotius (C'est du lourd, c'est du vécu)

J'entre dans une bibliothèque pour échapper à une averse. Aussitôt, j'avise une jeune femme juchée sur un tabouret.— Plaît-il ? s’enquiert la créature aux formes opulentes, la dextre en suspens.Cette expression désuète titille mon cortex. Pris au dépourvu, je souris niaisement et cherche désespérément une béquille pour mon regard.— Vous aussi, vous voulez vous documenter sur les écrits licencieux du temps jadis ? poursuit-elle.Face à ces propos dépouillés de réserve, je m’enhardis :— Le galbe de vos jambes m’incite à penser que votre culture érotique n’est pas seulement livresque.— Il se peut. Mais songez aussi qu’avec le plat de mes mains, si délicates au demeurant, je pourrais applaudir votre entrée en matière ou appliquer sur vos joues replètes quelques soufflets de ma façon. (Je réfrène un geste d’agacement et suis l’ensorceleuse qui promène les lignes serpentines de son corps.) Mais dites-moi plutôt, si vous étiez un chevalier errant, de quelle manière en useriez-vous avec moi ?— J'accommoderais la roturière comme il sied, à la manière d'un vulgaire manant, lâché-je, non mécontent de réduire à quia l’impudente.Puis je fais volte-face et m'éloigne prestement. « Dans les bibliothèques, l’on ne rencontre que des intellectuelles incapables de sacrifier l’esprit à la chair » murmuré-je empli d’amertume.— Ne pas mettre en parallèle la vacuité de ton existence avec la plénitude de mes formes ! assène la rhétoricienne offensée.Je vacille : cette réplique acérée met un terme à la joute oratoire. « Le commerce d’une cérébrale ne ferait que menacer mon intégrité mentale », me dis-je alors en allongeant le pas pour gagner la sortie de cet endroit hostile.

Le 4 juin 2012 à 09:59

Giuseppe Pinot-Gallizio (1902-1964)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On l’a peu souligné, la plupart des mauvais garnements situationnistes étaient aussi des petits rigolos fort portés sur les transgressions ludiques, sur les incartades surprenantes, sur les canulars poivrés, sur les dérives alcooliques trash et sur tous les autres styles d’excentricités friponnes. Aucun d’entre eux ne fut pourtant aussi « hustuberlu », comme aurait dit le poète émeutier Jean Richepin, que le génial anti-artiste italien Giuseppe Pinot-Gallizio : « En ce moment, l’homme fait partie des machines qu’il a créées. Il est nié et dominé par elles. Il faut renverser ce non-sens, ou bien il n’y aura plus de création. Il faut dominer la machine en la vouant au geste unique, inutile, anti-économique. Ceci aidera la formation de la nouvelle société, post-économique mais sur-poétique. (…) Vous, seigneurs encore puissants de la Terre, tôt ou tard, vous nous donnerez les machines pour jouer, et nous les disposerons pour l’occupation de ce temps libre que vous vous régalez par avance, avec une insane gloutonnerie, d’employer à la banalité perfectionnée et au décervelage progressif. (…) Nous emploierons ces machines à peindre nos routes, à fabriquer les plus éclatants, les plus uniques tissus, dont se vêtiront des foules joyeuses pour le sens artistique d’un seul instant. Des kilomètres de papier imprimé, gravé, coloré chanteront des hymnes aux plus étranges et enthousiasmantes démences. Des maisons de cuir peint, repoussé, laqué, de métal ou de bois, de résines, de ciments vibrants constitueront par terre un inégal et incessant moment de choc. Là où, aujourd’hui, des signaux sont faits par des fusées au sodium, demain nous mettrons d’autres arcs-en-ciels, fata morgana, aurores boréales que nous aurons contruits nous-mêmes. La planète se transformera en un Luna-Park sans frontières, produisant des émotions et des passions neuves. » (…) « Les décors nouveaux, qui vont du tissu à l’habitat, des moyens de transports aux manières de boire, aux aliments, à l’éclairage, aux villes expérimentales, ces décors seront uniques, artistiques, impossibles à répéter. Tous nos biens seront collectifs, et en auto destruction rapide. » (…) « Nous sommes au bord d’un état sauvage au sens moderne, avec les instruments modernes, où la terre promise et le paradis ne pourront être rien d’autre que notre entourage qui se respire, se mange, se touche et se pénètre. Le perpétuel nouveau abolira l’ennui et l’angoisse. Tout le nouveau comportement sera un jeu, et chacun vivra toute sa vie par jeu, ne s’intéressant qu’aux émotions obtenues en jouant avec ses désirs, finalement réalisables. »   Archéologue azimuté (il découvre dans la zone néolithique autour d’Alba de multiples trésors datant de l’âge de la pierre, du bronze et du fer), trafiquant d’alcools expérimentaux qu’on dit vésuvesques, préfigurateur de « l’ambient music » lancée à la fin des années 1970 par Brian Eno (car il pense que la musique électronique peut dévergonder libératricement les machines cybernéticiennes), fer de lance des mouvements latins pro-roms (il est surnommé par Guy Debord « E Principe Zingaro – le prince gitan » parce qu’il a offert tout un terrain à des Tsiganes en lesquels il voyait l’incarnation de « la dérive nomade, du refus du travail, de la résistance contre le monde environnant, du potlatch et de la fête »), Pinot-Gallizio est surtout passé à l’histoire de la contre-culture pour avoir inventé en 1958 la peinture industrielle. Objectif de la peinture industrielle : dépasser louftinguement le refus néo-dadaïste de l’art en poussant les recherches de dévalorisation picturale jusqu’au délire inflationniste. « Montée sur un trépied à roulettes, écrit Jean-François Chabrun dans l’Express, la machine à peindre de Pinot-Gallizio est constituée d’une série de poulies entremêlées qu’anime un petit moteur à deux temps. Un long rouleau de papier se dévide, que des tuyaux encreurs aux mouvements convulsifs couvrent de taches automatiques. Un couteau débite en tranches le produit fini, le tout dans un mouvement circulaire chaotique et pétaradant. » D’où, épilogue Michèle Bernstein, l’ex dulcinée de Debord, « plus de problème de format, la toile est coupée sous les yeux de l’acheteur satisfait ; plus de mauvaises périodes, l’inspiration de la peinture industrielle, due au savant mélange du hasard et de la mécanique, ne fait jamais défaut ; plus de thèmes métaphysiques que la peinture industrielle ne supporte pas ; plus de vernissages !, et naturellement, bientôt, plus de peintres. »   « Il appartient maintenant à nous seuls, artistes et scientifiques d’une même poésie, hurle au clair de lune Pinot-Gallizio, de créer d’une autre manière la terre, les océans, les animaux, le soleil et les autres étoiles, l’air, les eaux et les choses. Et il nous appartiendra de souffler sur l’argile pour donner naissance au nouvel homme, uniquement fait pour le repos du 7e jour. »   À lire parmi les dernières parutions sur les situs : Le Mouvement situationniste. Une histoire intellectuelle de Patrick Marcolini. Éd. L’Échappée Les Situationnistes et l’anarchie de Miguel Amoros. Éd. de la Roue. Les Écrits de la section américaine de l’internationale situationniste. Éd. CMDE. Lettrisme. Vue d’ensemble sur quelques dépassements précis d’Isidore Isou et sa bande. Éd. Villa Tamaris Visages de l’avant-garde par l’Internationale lettriste. Éd. Jean-Paul Rocher. Lettres à mes enfants et aux enfants du monde à venir de Raoul Vaneigem. Le Cherche Midi. Le Devenir Debord d’Alain Jugnon. Éd. Lignes Guy Debord : de son cinéma en son art et en son temps de Guy-Claude Marie. Éd. Vrin. Le Cinéma de Guy Debord (1952-1994) de Fabien Danesi Éd. Paris expérimental.

Le 24 février 2013 à 09:02
Le 2 octobre 2010 à 09:54

Les Yippies

Les cracks méconnus du rire de résistance

On n’en entend plus guère parler. Et pourtant, flottant dans leurs pantalons « groovy » découpés dans des drapeaux américains chapardés, les yippies personnifièrent youpitamment, à la puissance mille, tout ce qu’il y eut de plus déraisonnablement libérateur et de plus burlesquement transgressif dans les années 68. En lançant à la mer la bouteille de tequila de « la révolution dans le plaisir sans entraves », le maxbrotheresque yip (Youth International Party) parvint à « foutre une belle merde » dans les rangs des piliers de l’establishment US comme dans ceux des contestataires psycho-rigides rêvant de substituer à l’oppression capitaliste un despotisme bureaucratique éclairé.C’est ainsi que, ne doutant de rien, les guérilleros loufoques yippies, galvanisés par leurs fuck-leaders Abbie Hoffman et Jerry Rubin, préconisèrent et pratiquèrent dans les seventies le sabotage branquignolesque des cérémonies lugubres, le déboussolage des horloges publiques, l’invasion malotrue des plateaux télé en direct life, la diffusion à grande échelle de vrais secrets d’État ou de fausses directives officielles, le déclenchement incongru des dispositifs d’alarme, l’attentat pâtissier à répétition, l’impression de faux diplômes, le coulage à pic bouffon des meetings électoraux, la mise en panique des Bourses à l’aide de fumigènes et d’avalanches de dollars, le travestissement gredin (« Prends l’habit de juges, de pasteurs, de flics, deviens un imposteur ! »), le cisaillage-surprise des cravates dans les endroits huppés ou la propagation de beaux appels au désordre : « La révolution, c’est abolir les programmes et changer les spectateurs en acteurs. »On se doute que quelques faits d’armes tirebouchonnants des turlupins yippies sont passé à l’Histoire.- En 1967, au grand gala des sénateurs libéraux, des galapiats yip yip s’étant fait engager pour renforcer le personnel de la réception entrent dans la salle du festin entièrement nus et servent aux sénateurs en lieu et place des quartiers de tartes aux pommes prévus… des têtes de cochons.- En 1968, des manifestants contre la guerre du Vietnam, chargés rudement par la flicaille et gazés, réussissent 24h plus tard à injecter les gaz lacrymogènes de la répression de la veille dans le système d’aération du Hilton.- En 1970, à différentes reprises, des adeptes du « Do what that wilt ! » camouflent leurs tires en taxis et viennent cueillir à la sortie de leurs hôtels des délégués de congrès de big boss pour « les débarquer de l’autre côté de la frontière de l’État ».- En 1971, le procès du « troublemaker » Abbie Hoffman, auteur du légendaire « Steal this book », est épique. « Quand nous sommes arrivés devant la Cour, le juge portait sa robe de juge, mais nous portions nous aussi des robes de juge. Nous nous sommes levés et lui avons dit : « Vous êtes tout seul, on est plusieurs, vous êtes coupable ! » (…) Nous avons fait de chaque audience un théâtre, un cirque, une école et le champ de bataille d’une lutte à mort. » Un soir, après des débats mouvementés, Abbie Hoffman, sur son 31, flanqué de son pote l’écrivain-cinéaste Norman Mailer et d’une poignée de comparses, vêtus aussi chiquement qu’eux, a surgi dans le club ultra sélect où son juge avait l’habitude de dîner et s’est installé avec sa bande à la table à côté de lui. « On lui a offert un verre. Le juge a demandé au garçon de transporter sa table à l’autre bout de la salle. Nous l’avons poursuivi avec la nôtre. »Et si, comme les tueurs à gags yip yip, nous prenions le pli de « recréer la réalité partout où nous allons en vivant nos désirs » frappadinguement ? Et si, à notre tour, nous devenions d’incontrôlables yippies en faisant voir de toutes les couleurs aux père la trique de toute farine ?Illustration : Abbie Hoffman

Le 12 septembre 2012 à 08:59

Oui, j'ai couché souvent par politesse, par lâcheté, par flemme

J'ai souvent couché par politesse parce qu’il m’avait offert une belle soirée, un beau cadeau, qu’il avait été gentil, galant, attentionné. Dans ce but. C'était purement un marché à honorer qu'il fallait que j’honore. J'ai couché par lâcheté aussi, pour ne pas avoir à me battre, à risquer la violence, les coups, les insultes, quelque chose dont je ne serais pas sortie indemne. J'ai couché bien souvent par flemme car dire non est source de débats inépuisables et d'argumentations désagréables sur la mécanique interne  qui soumet la faible femme aux effets humiliants des hormones et donne raison à l’homme d’être ce qu’il est : le chef. J'ai couché plus qu’à mon tour par habitude, parce que c'est samedi, parce qu'il fait froid/chaud, parce que les enfants sont en vacances, parce qu'il n'y a rien à la télé, parce qu'on a bu, parce que ça se fait... Bien sûr, j'ai aussi refusé de coucher. Ça m'a valu quelque luttes physiques éprouvantes, altercations usantes, menaces pénibles, mépris aussi. Parfois rien. Vous pouvez me dire : t'avais qu'à pas aller avec tous ces hommes. Je pourrais vous répondre : c'est d'un seul homme qu'il s'agit, le père de mes enfants, l'homme qui m'a choisie et qui m'aime. Un homme amoureux, jaloux, primaire, possessif et ardent. Je pourrais ajouter qu'heureusement, la majorité des fois où j'ai couché avec un homme, c'était par pur plaisir. Mais faut-il croire vraiment tout ce que racontent les femmes ?

Le 24 décembre 2013 à 09:17

Mimile et moi contre la CIA

Maman m’a appelé lundi matin affolée, elle venait d’apprendre par Le Figaro que les Etats-Unis espionnaient l’Europe. « Et la France ? » m’a-t-elle demandé très choquée ; « on est écouté pareil » lui ai-je dit, en lui révélant que Saint-Cloud, où elle vit, est particulièrement écoutée par la CIA. « Jour et nuit, maman, nos conversations sont espionnées et passées à la moulinette ; chaque appel est analysé par mots-clés, sujet et style de métaphore; et tout ça est recoupé avec tout un tas d'infos tirées de photos satellite, de films de caméras de surveillance et de nos relevés de cartes bancaires. » Quand elle m’a demandé ce que nous pouvions faire, je lui ai dit aussitôt de raccrocher et de convenir d'un rendez-vous secret avec l'aide de qui elle savait... Le lendemain, par le biais de X, j’ai vu celle que j’appellerai désormais Mimile dans un petit estaminet discret de Paris (je n’en dirai pas plus pour ne pas mettre des vies en péril). Pour brouiller un peu plus les pistes, j’ai commandé une camomille tandis que Mimile a pris un double whisky. Nous avons vite convenu qu’il ne fallait rien changer à nos habitudes pour ne pas mettre la puce à l'oreille de la CIA. Désormais, comme si de rien n’était, nous nous appellerons, Mimile et moi, le jeudi, comme avant, mais en inversant nos codes de réponse. Ainsi, à la question : « Alors, ça va bien Mimile ? », la réponse « oui » voudra dire « non », et vice versa. Sur ces bonnes bases, nous nous sommes quittés en empruntant chacun des itinéraires de métro au hasard, puis nous sommes rentrés chez nous : moi à pied, en marchant à reculons ; et elle en taxi, en donnant une fausse adresse.

Le 25 août 2010 à 08:17

Le parti du Chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt)

Carte postale de Budapest

"Il est si mignon, il ne va pas te voler !"Voteriez-vous pour le nouveau parti dont les affiches ont envahi Budapest cet été ? Ce toutou à cravate qui rassemble bien visiblement sa duplicité dans une jolie double queue, promet la vie éternelle, le droit de vote aux animaux, la bière gratuite, l'abrogation des impôts, l'ouverture de relations diplomatiques avec les extraterrestres, l'entrée des virus au Parlement (sous un espace vitré pour éviter la contagion), une réforme de la météo avec neige en hiver sauf sur les routes nationales, le Rallye de Monte Carlo en Hongrie... "Le MKKP est fondamentalement différents des autres partis au sens où nos promesses ne sont clairement que des promesses. C'est un programme rationnel et urgent  pour faire décoller le pays. C'est la seule option raisonnable.", précise le programme du Chien à deux queues hongrois. Après les Turcs, les Habsbourg, une dictature fasciste qui fait alliance avec les Nazis et enfin l'occupation soviétique, les Hongrois n'expérimentent vraiment la démocratie que depuis la chute du mur. En donnant des gros coups de volant à chaque élection. Des virages de plus en plus rageurs, au vu des tombereaux de promesses non tenues par les partis qui se sont succédés au pouvoir. Cette année, le pays a fait un tête à queue à droite : les électeurs viennent de confier tous les leviers à Viktor Orban, un libéral nationaliste très sarkozyste dans sa manière de monopoliser le pouvoir. Son opposition de centre gauche s'est volatilisée au profit d'un nouveau parti populiste d'extrême droite ouvertement antisémite et bouffeur de Roms, le Jobbic ("Y'a bon à droite"). A ceux qui ne savent plus à quel bulletin se vouer, le parti du Chien à deux queues veut apporter un peu d'air frais en présentant ses candidats à la mairie de Budapest et de Szeged aux très prochaines élections municipales. Ils sont sans doute encouragés par la victoire du comique islandais Jon Gnarr à la mairie de Reykjavik en juin dernier. Après le crash qui a rendu visible à tous les Islandais la collusion entre finance et politique, son "Meilleur Parti" s'est imposé en proclamant : "Un seul Père Noël pour faire des économies, un ours polaire pour le zoo de Reykjavik, Disneyland à l’aéroport, un Parlement sans drogues d’ici 2020".Des promesses dont pourrait s'inspirer Eva Joly avec son projet de "déprofessionnalisation de la politique"...

Le 7 février 2012 à 08:47
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