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Publié le 16/09/2012

Vos chroniques

 

Jean-Michel Helvig


Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet.
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«Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera»

Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, Radio RCF, 14 septembre 2012.

Il ne se doutait pas le prélat des gones, ce qu’il déchaînerait de violences dans le monde avec ses propos stigmatisants sur le mariage des homosexuels. Ils avaient à peine circulé sur les réseaux sociaux, que quelques milliers de gays parisiens rameutés dans le Marais, attaquèrent les locaux de la délégation pontificale. Le nonce apostolique qui, par imprudence, était resté sur place, fut promptement déculotté et exhibé en place publique, ce qui le tua de ridicule. Au Vatican, les “faucons” de la Curie pressaient le pape Benoit XVI de déclencher les foudres excommunicatoires contre les insurgés car les exactions s’étendaient. A Lyon, les livres de Christine Angot étaient jetés dans un brasier alllumé au papier bible.  Dans le quartier berlinois de Prenzlauer Berg des hordes de partouzards brandissaient des préservatifs gonflés à l’helium en scandant: “nous sommes tous des Borgia.” A San Francisco, des crucifix étaient brûlés sur Castro street, à Londres on placardait des photos d’ecclésiastiques dans le plus simple appareil.

Bien embarrassé, le Président Hollande chargea Laurent Fabius d’apaiser les esprits. Le ministre des Affaires étrangères qualifia “d’écœurante”  la déclaration de l’archevêque de Lyon. Cela ne fit que justifier plus encore les émeutes. Aux dernières nouvelles, YouTube a décidé de censurer les images religieuses.



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le 27/03/2012
 

On m'avait demandé une chronique plus printanière et ça tombait bien, c'était le printemps, comme dans les quatre saisons de Vivaldi mais sans anchois. C'était le printemps, la nature avait rangé son blanc manteau à la cave, les primevères primevaient, les pissenlits se mangeaient en salade, le soleil dardait, les marchands de marronniers préparaient un dossier spécial sur l'heure d'été. Les grandes surfaces tentaient de me faire croire que le temps des asperges était revenu, je me disais qu'il était bien long, le temps des choux rouges. De mon balcon, je voyais le merle moqueur compter les fleurettes de la merlette moqueuse. J'avais une folle envie de folâtrer. Puis soudain, une forte odeur m'uppercuta le nez. L'odeur de la campagne, du champ fraîchement retourné, fraîchement épandu. Ça venait de chez nos français les amis, où avril approchait et où, en prévision, on étalait le lisier au Kärcher. Alors je me dis qu'il ne faisait finalement pas si chaud que ça et je décidai de rester enfermé jusqu'à l'été.

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le 10/11/2010
 

Si on y va par là, Matignon n’avait pas payé les sondages de l’Elysée depuis Colbert !  A la Cour des anachronismes déconnants, le sieur de Raincourt serait grand chambellan. A quelques jours d’un remaniement mieux vaut se faire bien voir, mais là il a tellement chargé le carrosse qu’il a fait crouler de rires les députés de l’opposition, lors de la séance des questions au gouvernement. Nicolas s’inspirerait donc de Louis en faisant viser ses dépenses par la Cour des comptes. Outre que cette dernière a été créée sous Napoléon, le côté mendésiste du Roi-Soleil était resté méconnu jusqu’ici. A commencer du Parlement de l’époque – qui votait les impôts – et auquel le jeune monarque asséna en début de règne : « L’Etat c’est moi ». Même ignorance du côté de Fouquet, superintendant des Finances, jeté au cachot pour avoir exhibé en son château de Vaulx-le-Vicomte de tels signes extérieurs de richesse que le Souverain s’en trouva humilié et décida alors la transformation du château de Versailles en Elysée somptuaire : « le Budget c’est moi » en quelque sorte. Cela coûta 100 millions de livres (un ouvrier gagne alors 12 sous par jour – une livre vaut 20 sous) mais ce n’était que 5% des dépenses militaires qui ruinèrent plus sûrement le pays. Nul Philippe Séguin pour ronchonner. La Cour passait avant les Comptes.

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le 18/07/2012
 

Roger Gilbert Lecomte (1907-1943) était un bon poète et comme un certain nombre de bons poètes il brûlait. Il s'est consumé rapidement, en 36 ans, ce qui malgré tout ne l'a pas empêché d'avoir froid. Roger Gilbert Lecomte était un des quatre adolescents virtuoses qui ont fondé la revue Le grand jeu. Avec René Daumal, Roger Vaillant, et Joseph Sima. Ils sont les frères simplistes et bottent en passant le train d'André Breton et des surréalistes un peu trop sages. Le grand jeu connaissait les règles du jeu et c'est pourquoi ils voulaient tout essayer. Roger Gilbert Lecomte savait que nous ne sommes que des étincelles d'une pierre à briquet oubliée dans la nuit. Il a vécu le temps d'une flamme, mais il a tenu l'allumette jusqu'au bout. Ses lettres sont géniales et ses poèmes sublimes. Paulhan l'a soutenu. La Vie, l'Amour, la Mort, Le Vide et le Vent, voilà un titre qui vaut un bon paquet de livres. Roger Gilbert Lecomte est mort seul, pauvre et camé jusqu'aux doigts de pieds une nuit du 31 décembre. Son Monsieur Morphée est bien réédité en ce moment. Dans un de ses poèmes, Le fils de l'os parle, il écrit : « Je frappe de la tête en sang contre le ciel en creux / Au point de me trouver debout mais à l'envers »

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point