Jean-Michel Helvig
Publié le 16/09/2012

«Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera»


Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, Radio RCF, 14 septembre 2012.

Il ne se doutait pas le prélat des gones, ce qu’il déchaînerait de violences dans le monde avec ses propos stigmatisants sur le mariage des homosexuels. Ils avaient à peine circulé sur les réseaux sociaux, que quelques milliers de gays parisiens rameutés dans le Marais, attaquèrent les locaux de la délégation pontificale. Le nonce apostolique qui, par imprudence, était resté sur place, fut promptement déculotté et exhibé en place publique, ce qui le tua de ridicule. Au Vatican, les “faucons” de la Curie pressaient le pape Benoit XVI de déclencher les foudres excommunicatoires contre les insurgés car les exactions s’étendaient. A Lyon, les livres de Christine Angot étaient jetés dans un brasier alllumé au papier bible.  Dans le quartier berlinois de Prenzlauer Berg des hordes de partouzards brandissaient des préservatifs gonflés à l’helium en scandant: “nous sommes tous des Borgia.” A San Francisco, des crucifix étaient brûlés sur Castro street, à Londres on placardait des photos d’ecclésiastiques dans le plus simple appareil.

Bien embarrassé, le Président Hollande chargea Laurent Fabius d’apaiser les esprits. Le ministre des Affaires étrangères qualifia “d’écœurante”  la déclaration de l’archevêque de Lyon. Cela ne fit que justifier plus encore les émeutes. Aux dernières nouvelles, YouTube a décidé de censurer les images religieuses.

Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 28 juin 2012 à 10:24

" Il n'y aura pas d'euro-obligations aussi longtemps que je vivrai. "

Angela Merkel, Bundestag, Berlin, 26 juin 2012

Et le lendemain elle était invitée à diner par François Hollande à l’Elysée. Angela, ce soir-là, avait dû emmener avec elle un goûteur. Des fois que le président français la prenne au mot pour faire passer cette idée d’une mutualisation de la dette publique des européens. On a beau être entre gens civilisés, il y a des coups de pouce qu’on préfèrerait donner au destin plutôt qu’au SMIC. Mais il faut reconnaître à la chancelière allemande une foi chevillée au corps. On n’en connait pas beaucoup de ses collègues qui iraient mourir pour un emprunt. Certes si elle s’oppose à ces “euro obligations” c’est parce qu’elle ne veut pas que ses compatriotes se retrouvent  avec des créances pourries et leurs yeux pour pleurer des larmes de bière. Dans le système des euro-obligations chacun devrait en effet apporter une garantie à la hauteur de ses moyens, et les moyens allemands sont très au dessus de la moyenne communautaire. Quand l’on sait que l’opposition social-démocrate à la chancelière ne serait pas  hostile à cette “mutualisation”, ce qu’elle suggère en définitive à ses compatriotes c’est de la réélire à vie, afin de ne pas être les dindons de l’euro. Ce n’est cependant pas faire injure à la médecine d’outre-Rhin, que de lui prédire une fin inéluctable à la chancelière. Ce serait alors la revanche des euro-obligations ? Même pas. L’économie européenne c’est un match qui se joue à 27, mais où c’est toujours l’Allemagne qui gagne.

Le 11 décembre 2011 à 16:45

Golgota Picnic : le dossier de ventscontraires repris par Le Monde, le Nouvel Obs, Rue 89, les Inrocks, Le Point, Metro, La Croix, La Vie...

8 et 9 décembre 2011

  Le Monde - 8 décembre 2011"Chez Rodrigo Garcia, le sauveur, c'est le verbe"; de Brigitte Salino "La revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, ventscontraires.net, publie, jusqu'au 17 décembre, des vidéos et des témoignages de personnalités variées à propos des attaques intégristes catholiques contre les spectacles de Romeo Castellucci et de Rodrigo Garcia.Un entretien vidéo avec Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, est également disponible en ligne."> voir article complet     Rue 89 - 8 décembre 2011"Les cathos contre « Golgota picnic » : intouchable Christ ?"Le dossier de Zyneb Dryef avec une vidéo de Jacques Mérienne, curé de Saint Merri, reprise de ventscontraires.net et un renvoi vers notre dossier "Golgota Picnic"> Rue 89     La Vie -  9 décembre 2011"Frigide Barjot dit tout haut ce que beaucoup de catholiques pensent tout bas. Mais d'autres catholiques, d'une façon tout aussi évidente, estiment au contraire que ce type d'action très affirmative est trop "communautariste". Certains pensent même que Golgota Picnic permet une réflexion spirituelle d'une grande profondeur (c'est le cas de Jacques Mérienne, curé de la paroisse de Saint-Merri). Ces différents points de vue se retrouvent clairement au sein de la Conférence épiscopale. Les évêques ne sont manifestement pas d'accord entre eux sur la stratégie à adopter. D'où l'absence de consignes."> La Vie avec une vidéo reprise de ventscontraires.net     Nouvel Obs - 8 décembre 2011 "VIDEO. Affaire du 'Golgota Picnic' : "on se calme !""Le Théâtre du Rond-Point n'est pas un lieu anti-chrétien, anti-islamique, anti-judaïque", lance son directeur, Jean-Michel Ribes, en réponse aux catholiques intégristes de Civitas."On se calme !", demande le directeur du Théâtre du Rond-Point en réponse aux intégristes catholiques, dans une vidéo mise en ligne mercredi 7 décembre sur ventscontraires.net. Par ces mots, Jean-Michel Ribes répond aux catholiques intégristes qui considèrent que "Golgota Picnic" de Rodrigo Garcia et programmé par le théâtre banalise la "christianophobie".Ces derniers ont déjà perturbé les représentations données à Toulouse et deux hommes évoluant dans la mouvance catholique traditionaliste ont été interpellés alors qu'ils s'apprêtaient, dans la nuit de samedi à dimanche, à endommager les alarmes du théâtre. "Le Théâtre du Rond-Point n'est pas un lieu anti-chrétien, anti-islamique, anti-judaïque", explique Jean-Michel Ribes. "C'est un lieu de création et de libre parole où des artistes viennent s'exprimer sur la société et sur leur volonté de la changer, de l'aérer."En prévision d'incidents, Jean-Michel Ribes a annoncé "des rondes de chiens toute la nuit et un énorme dispositif policier" à partir de jeudi. Il est conseillé aux spectateurs de se rendre au théâtre une heure à l'avance, en raison des mesures de sécurité.> La suite sur Nouvel obs avec une vidéo reprise de ventscontraires.net     Les Inrocks- 8 décembre 2011"Golgota Picnic: la réponse de Jean-Michel RibesJean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond Point, s'adresse à ses détracteurs, alors que se joue ce jeudi soir dans son théâtre la première de la pièce de Rodrigo Garcia, "Golgota Picnic", jugée blasphématoire par certains catholiques."> le site des Inrocks avec la même vidéo     Le Point - 7 décembre 2011"Golgota Picnic: les ultra-catholiques mobilisés contre la pièce à ParisLes deux hommes avaient acheté des billets et se sont laissés enfermer dans le théâtre, dont ils ont gagné sans effraction le deuxième sous-sol, selon son directeur, Jean-Michel Ribes."On se calme !", demande-t-il en réponse aux intégristes catholiques, dans une vidéo mise en ligne mercredi sur ventscontraires.net. "Le Théâtre du Rond-Point n'est pas un lieu anti-chrétien, anti-islamique, anti-judaïque", déclare-t-il. "C'est un lieu de création et de libre parole où des artistes viennent s'exprimer sur la société et sur leur volonté de la changer, de l'aérer, et l'on peut être suffisamment subversif pour nous projeter vers de nouveaux cieux", ajoute-t-il."> article complet   La Croix"Les deux hommes avaient acheté des billets et se sont laissés enfermer dans le théâtre, dont ils ont gagné sans effraction le deuxième sous-sol, selon son directeur, Jean-Michel Ribes."On se calme !", demande-t-il en réponse aux intégristes catholiques, dans une vidéo mise en ligne mercredi sur ventscontraires.net."> article complet     Metro -  9 décembre 2011"On a testé pour vous Golgota Picnic" au Rond-Point> le site de Metro avec la même vidéo > voir le dossier Golgota Picnic complet Photo © David Ruana

Le 28 mai 2011 à 08:30
Le 8 janvier 2015 à 10:10

Charb : "J'en ai marre qu'on s'inquiète de voir les musulmans modérés ne pas réagir"

Charb : "On s'inquiète de voir les musulmans modérés ne pas réagir. Il n'y a pas de musulmans modérés en France, il n'y a pas de musulmans du tout, il y a des gens qui sont de culture musulmane, qui respectent le ramadan comme moi je peux faire Noël et bouffer de la dinde chez mes parents, mais ils n'ont pas à s'engager plus que ça contre l'Islam radical en tant que musulmans modérés, puisqu'ils ne sont pas musulmans modérés, ils sont citoyens. Et en tant que citoyens oui ils agissent, ils achètent Charlie Hebdo, ils manifestent à nos côtés, ils votent contre des gros cons de droite. Ce qui me fait chier c'est qu'on les interpelle toujours en tant que musulmans modérés, il n'y en a pas de musulmans modérés. C'est comme si on me disait à moi :« Réagis en tant que catholique modéré. » Je ne suis pas catholique modéré, même si je suis baptisé. Je ne suis pas catholique du tout." Nous avions publié cette vidéo le 11 décembre 2011, alors que le Théâtre du Rond-Point était assiégé par les intégristes catholiques qui voulaient interrompre les représentations du spectacle Golgota Picnic de Rodrigo Garcia. Charlie Hebdo nous avait soutenu sans faille. La rencontre avec Charb a eu lieu dans les nouveaux locaux où le journal s'était réfugié après la destruction de ses bureaux par un cocktail molotov. Charb: "I'm frustrated by the growing concern regarding moderate muslims' lack of engagement" Charb: "People are worried by moderate muslims’ lack of political engagement. There are no moderate Muslims in France, there are no Muslims at all. There are people of Muslim heritage, who respect the Ramadan as much as I respect Christmas when I gobble down my turkey at my parents’ place. But it no way does this oblige them to be more involved against Radical Islam, since they are not moderate Muslims, they are citizens. And as citizens, they do react, as they buy Charlie Hebdo, as they demonstrate with us and vote against these right wing assholes. What pisses me off is that they’re always called out as moderate Muslims. There are no moderate Muslims. It’s as if someone were to demand from me that I «React, speaking as a moderate Catholic.» I’m not a moderate Catholic, although I am baptized. I’m not a Catholic at all."   We uploaded this video on 11 December 2011 when Catholic fundamentalist were demonstrating and attempting to disrupt the performances of Rodrigo Garcia’s «Golgota Picnic». Charlie Hebdo defended us relentlessly. The meeting with Charb took place in the new headquarters they moved in following the destruction of their precedent address by a Molotov cocktail.

Le 18 octobre 2011 à 09:05

«C'est le rêve français que je veux réenchanter»

François Hollande, après le second tour de la « primaire citoyenne », dimanche 16 octobre 2011

A tout prendre une bouille molle avenante est plus sympathique qu’une bouille dure sectaire, ce n’est pas une raison pour taire la perplexité où nous a plongés, dès sa première déclaration, le candidat de la gauche socialiste, citoyenne, etc. Quand on reprend, posément, mot à mot, sa profession de foi, elle interpelle quelque part au niveau de la comprenette. Réenchanter un rêve, cela sous-entend qu’il y a des rêves désenchantés. En un certain sens, oui. Mais il n'est nul besoin de rêver la désespérance sociale, elle s’impose dès qu’on ouvre les yeux. Un aspirant président, son terrain de jeu ce n’est pas le sommeil agité de ses concitoyens mais les angoisses de leur quotidien. Bref qu’il parvienne seulement  à « réenchanter » la vie, le Merlin qui a terrassé la Martine, et ce serait déjà pas mal. Encore que la formule a des relents de calotte (signe ostentatoire commun aux monothéistes)  qui offusquent les narines rationalistes. Ainsi, quand Max Weber parlait du « désenchantement du monde » pour constater, en sociologue, que l’avènement des sciences et des techniques privait de sens, sinon de magie et de merveilleux les sociétés humaines, d’aucuns prétendaient qu’il régressait en deçà du « Siècle des Lumières.»  Dans ce cas, « réenchanter », serait plutôt réactionnaire. Au risque d’une autre régression, la remise en service du bon vieil « ascenseur social » aurait l’avantage de dire la même chose, de façon plus « normale ».

Le 3 avril 2014 à 08:40

Christine

Hier soir, j'ai croisé Christine Boutin au petit PMU de Bar-sur-Issoire. C'était une soirée printanière très agréable : j'avais sorti mon T-Shirt. Elle disait, comme ça, l'air de rien tout en sirotant un sirop d'orgeat un peu trop chargé à mon goût (je suis diabétique) devant une assistance conquise : « Je n'ai jamais condamné un homosexuel. L'homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n'est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné. (...) Je suis dans le péché, moi aussi, je suis une pécheresse, mais vous ne me verrez jamais faire l'apologie d'un péché ». (Entretien paru dans Charles, le 2 avril 2014). En face d'elle, accroché sur le mur à gauche de la cible à fléchettes et à droite des résultats du Numéro Gagnant (la première grille à 2 euros, la seconde à 1), était mentionné un des 10 commandements tels qu'on les apprend au catéchisme : « Tu n'utiliseras pas le nom de l'Éternel ton Dieu pour tromper (ou de manière abusive), car l'Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom pour tromper ». J'ai un instant regardé cette femme, m'interrogeant sur le sens et la place à donner à ses mots, puis à celui à donner à une religion et à son interprétation. Puis j'ai contemplé son reflet dans le miroir crasseux et moucheté du fond. Ce dernier disait : « Je n'ai jamais condamné un noir. La négritude est une abomination » ou : « Je n'ai jamais condamné un tétraplégique. La tétraplégie est une abomination » Je me suis surpris à ne pas comprendre pourquoi l'assistance continuait à écouter Christine Boutin sans jamais vraiment la condamner, comme si dans ce PMU de Bar-sur-Issoire, l'homophobie n'était pas si condamnable que cela. Comme si elle n'était après tout qu'une sorte de coquetterie discursive plus acceptable néanmoins que ne l'est toute autre forme de discrimination et que les morts qui s'entassaient un peu partout dans le monde du fait des lois homophobes n'avaient que très peu de poids face au réconfort d'un sirop d'orgeat. Puis je me suis posé la question de l'Autre dans un sens plus large alors que Christine Boutin poursuivait : "Nous, les femmes, avons vraiment la séduction inhérente à notre ADN, de façon encore plus profonde que les hommes. Et c'est du reste pour ça que les femmes entre elles sont tellement dures. Il y a des compétitions de séduction très fortes entre femmes". De la même façon et comme précédemment, je me suis mis à réfléchir sur ces paroles, ces dernières me confrontant à cette idée très couramment convoquée qui prétend que c'est très exactement cette même séduction « génétiquement acquise » qui explique pourquoi la femme reste « violable » par nature, cette « violabilité » étant intrinsèquement lié à la nature féminine et à son consentement induit. Dans le reflet du miroir, Gisèle Halimi qui elle aussi s'était invitée au PMU de Bar-sur-Issoire pour se descendre un petit verre de Côtes du Rhône, déclarait : « À peu près quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, quand une femme est violée, il n'y a pas de témoins et, par conséquent, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les violeurs qui expliquent tout ce qui a pu se passer auparavant concluent : « Oui, mais à ce moment-là, elles ont été consentantes ». Le drame de cette attitude, c'est que, qu'on le veille ou non, nous sommes acculées, nous, plaignantes, à devenir accusées à essayer de vous démontrer que : « Mais non, nous n'avons pas consenti ! » [?] Il y a une chose abominable en soi, s'agissant du droit pour une femme de dire « non ». Et quand une femme dit « non », il faut qu'on le comprenne une fois pour toutes, c'est « non », ce n'est pas « oui ».» (Gisèle Halimi, plaidoirie du 03 mai 1978, Aix-en-Provence) J'ai quitté le petit PMU de Bar-sur-Issoire avec une certaine nausée (j'ai un peu vomi aussi, je le concède) en me questionnant sur le poids des mots, leur relais et leurs conséquences. Et puis je me suis posé une dernière question qui semblait prévaloir sur toutes les autres : « Dans cette société, n'apprenons-nous jamais vraiment ? ». J'ai essuyé ma bouche, mis un pull. La nuit était tombée et il faisait froid : en avril, ne te découvre pas d'un fil et reste vigilant.   (Illustration Pochep)

Le 4 juillet 2014 à 10:44

Epistole

Conversation de bureau

pour Jean-Claude Grumberg VIVIEN. Mon cher Paul, je vous écris de...PAUL. Vous pouvez parler plus distinctement.VIVIEN. Pardon ?PAUL. Vous n'articulez pas.VIVIEN. Je n'ai aucune raison d'articuler. J'écris.PAUL. Oui mais vous écrivez tout haut.VIVIEN. Et alors ?PAUL. Et alors je vous entends.VIVIEN. Eloignez-vous.PAUL. Pourquoi puisque c'est à moi que vous écrivez ?VIVIEN. Si je vous écris Paul c'est pour que vous me lisiez pas pour que vous m'entendiez.Un temps.PAUL. Vivien, je peux savoir pourquoi vous m'écrivez au mois de mars ?VIVIEN. Je vous l'explique dans ma lettre.PAUL. Vous ne l'avez pas encore écrite.VIVIEN. Non mais je sais ce qu'elle contient.PAUL. Si vous le savez pourquoi vous ne me le dites pas ?VIVIEN. Parce que ce n'est pas la même chose.PAUL. Quoi ?VIVIEN. Dire et écrire.PAUL. Ah bon !VIVIEN. Rien à voir.PAUL. Quand vous écrivez vous n'employez pas les mêmes mots, les mêmes verbes, les mêmes accents que ceux que vous utilisez pour parler comme en ce moment...?VIVIEN. Si mais ils n'ont pas... comment dire... le même poids, la même densité et peut-être pas la même signification.Un temps.PAUL. Vous m'écrivez en anglais ?VIVIEN. Non, mais je vous écris avec la main alors que je vous parle avec la langue.PAUL. Oui ça je vous remercie.VIVIEN. Et comme vous avez dû le remarquer la langue est un morceau de chair très court, très innervé et donc très vif, qui remue dans tous les sens ce qui a pour conséquence qu'elle ne dit pas toujours précisément ce qu'on souhaiterait qu'elle dise. De plus le fait qu'elle soit placée dans la boîte crânienne, c'est-à-dire très proche du cerveau, ne donne pas le temps à la pensée de refroidir.PAUL. Je vois. Je dois donc m'attendre de votre part à des propos glacés.VIVIEN. Maîtrisés disons.PAUL. Maîtrisés !VIVIEN. Oui, par la main qui va recevoir l'idée apaisée et fortifiée par le long cheminementqu'elle vient d'effectuer de la tête au poignet ne demandant qu'à s'exprimer avec clarté dans les pleins et déliés de ma plume.PAUL. Permettez-moi d'en douter.VIVIEN. Douter ? Douter de quoi ?PAUL. Que tout ce que vous venez de dire ait du sens. Pardonnez-moi mais comme vous vous êtes expliqué avec votre petit morceau de chair si peu fiable, je doute, oui, que votre discours soit maîtrisé.VIVIEN. Ne vous inquiétez pas, il l'est.PAUL. Tiens donc et pourquoi ?VIVIEN. Parce que je l'avais écrit avant. Vous pensez bien que je ne me serais pas risqué...Un temps.PAUL. Et ça ?VIVIEN. Quoi ?PAUL. Cette carte postale que vous m'avez envoyée de votre lieu de vacances l'été dernier.VIVIEN. Eh bien ?PAUL. LIsez-la.VIVIEN (lisant). "Mon cher Paul. Ici il fait beau. Je me baigne. J'espère que vous allez bien. Amitiés. Vivien."PAUL. Vous n'avez pas l'impression que votre pensée se soit un tantinet gourée d'itinéraire ?VIVIEN. C'est-à-dire ?PAUL. Qu'elle ait raté le bras et se soit dirigée vers la jambe et que vous ayez fini par écrire avec vos pieds !VIVIEN. Paul, je vous en prie !PAUL. Enfin Vivien, ne me dites pas que ces trois lignes insipides sont le fruit d'une réflexion ferme et que vous n'auriez pas pu faire mieux en parlant tout simplement !VIVIEN. Je ne crois pas.PAUL. Ne vous fichez pas de moi.VIVIEN. Je vous assure, je me souviens quand je vous ai écrit ce mot, j'étis sur la plage écrasé de chaleur, incapable de prononcer la moindre parole.PAUL. Vous n'auriez pas été capable de dire "Bonjour Paul, la mer est belle, je nage...!!"VIVIEN. Je ne pense pas. Et puis si je vous l'avais dit c'est que vous auriez été là et vous auriez donc constaté par vous-même qu'il faisait beau et que je me baignais... alors à quoi bon le dire.Un temps.PAUL. Exact.VIVIEN. Cela dit je suis touché que vous consreviez les cartes postales que je vous envoie.PAUL. C'est pour l'image. J'aime les dunes.VIVIEN. Je l'ignorais.PAUL. Celle du lézard ou celle du vieux avec la cornemuse je ne les ai pas gardées.VIVIEN. C'est bon à savoir pour la prochaine fois.PAUL. Je suppose que vous ne passez pas toutes vos vacances près des dunes ?VIVIEN. Non bien sûr, mais où qu'on soit si on cherche bien on en trouve toujours une ou pour le moins un monticule sableux, surtout quand on sait que ça fait plaisir... "Mon cher Paul, je vous écris de..." Pardonnez-moi je continue parce que le dernier courrier est à dix-neuf heures et j'aimerais autant vous la poster aujourd'hui.PAUL. Vous n'allez pas me la donner ?VIVIEN. Non.PAUL. Vous n'oubliez pas, j'espère, que je suis assis en face de vous, Vivien ?VIVIEN. Comment pourrais-je l'oublier Paul ! Vous êtes assis en face de moi depuis quinze ans et trois mois, huit heures par jour, dans le même bureau, avec pour seule interruption quotidienne une halte d'une heure à la cafétéria où la plupart du temps vous parvenez à placer votre plateau en face du mien.PAUL. Oui mais je ne choisis jamais comme vous ni chou-fleur, ni cabillaud, ni fromage à pâte molle.VIVIEN. C'est vrai et au mois d'août vous ne partez pas non plus en congés avec moi, mais le reste de l'année nous pissons très souvent ensemble.PAUL. Jamais face à face.VIVIEN. Exact, de profil. Vous avez toujours la délicate attention de choisir un urinoir parallèle au mien.PAUL. Tout cela pour le plus grand bonheur du personnel et surtout de la direction. Vous le savez bien Vivien.VIVIEN. Que vous me suiviez chaque fois que je vais au toilettes les rend heureux ?PAUL. Non, que les deux experts-comptables de l'entreprise s'entendent si bien les rassure. Les bons amis faisant les bons comptes. Et c'est au nom de notre relation harmonieuse que je vous demande de...VIVIEN. Non ! Je ne vous donnerai pas ma lettre ! Une lettre qui n'est pas portée par un facteur à l'aube, dont l'enveloppe n'est pas déchirée avec une légère palpitation cardiaque n'est pas une lettre, c'est un pli, un fax ou bien pire un e-mail ! une suite de mots sans âme destinés à la seule communication.PAUL. Vous savez ce que je pense, Vivien ?VIVIEN. Non.PAUL. Je pense que vous vous apprêtz à m'écrire une lettre d'amour.VIVIEN. Moi ?PAUL. Oui vous. Je ne vois pas d'autre explication à vos cachotteries. Vous n'osez ps me dire que vous m'aimez alors vous me l'écrivez.VIVIEN. Paul vous ne...PAUL. Pour ma part je n'y vois aucun inconvénient, il y a longtemps que je l'avais remarqué.VIVIEN. Que je vous aimais ?PAUL. Oui.VIVIEN. D'amour?PAUL. Bien sûr. Je me suis toujours dit un jour ou l'autre ça va sortir. On y est.VIVIEN. Mais... quand vou sen êtes-vous...?PAUL. Oh de nombreuses fois, mais je dois dire là où ça a été le plus flagrant c'est lors du dernier bilan.VIVIEN. Ah bon ?PAUL. Oui, quand vous avez pris ma main, que vous l'avez posée sur la souris de mon ordinateur et que nous avons cliqué ensemble...VIVIEN. J'ai fait ça ?PAUL. Oui, et très tendredment Vivien, très très tendrement.VIVIEN. Ah...PAUL. Vous voulez que je vous embrasse ?VIVIEN. Sur la joue ?PAUL. Non sur la bouche.VIVIEN. C'est-à-dire...PAUL. C'est-à-dire quoi ?VIVIEN. C'est-à-dire... ça vous ferait plaisir ?PAUL. Ça n'est pas impossible...VIVIEN. Mais pas avec la langue Paul.PAUL. Je ne vais quand même pas vous embrasser avec la main !VIVIEN. Pour la première fois je préférerais.PAUL. Vous voulez que j'écrive c'est ça ?! Que j'écrive : "Je vous embrasse !"VIVIEN. Oui je préférerais que notre premier désir pour moi soit maîtrisé.PAUL. Il aut vraiment que je vous aime... donnez-moi un stylo bille.VIVIEN. Un bleu, ça vous ira ?PAUL. Parfait, allons-y...VIVIEN. Paul.PAUL. Oui ?VIVIEN. J'aimerais autant que vous ne m'écriviez pas sur le papier à en-tête de la société.PAUL. Vous êtes bien compliqué.VIVIEN. Comprenez-moi, si vous m'écrivez simcèrement "Vivien, je vous embrasse..." j'aimerais autant que ce ne soit pas sous "Marco Frères, pièces détachées et matériel agricole"'...PAUL. Bon, alors du papier blanc.VIVIEN. Merci beaucoup Paul, merci beaucoup.PAUL. De rien.(Ils se mettent tous les deux à écrire. Quand ils ont terminé ils plient leur lettre et la placent dans une enveloppe qu'ils cachettent d'un coup de langue.)Voilà.VIVIEN. Vous passez près d'une poste Paul pour attraper votre RER ? Je me trompe ?PAUL. Non.VIVIEN. Ça ne vous ennuie pas de poster la mienne.PAUL. Pas du tout de toute façon je dois y  passer pour la mienne.VIVIEN. Merci... Bien je me sauve.PAUL. Moi aussi, j'y vais.VIVIEN. A demain Paul.PAUL. A demain Vivien.Paru dans Théâtre sans animaux / Sans m'en apercevoir Actes Sud 2001-2004

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