Christian Chavassieux
Publié le 04/01/2015

Phylogenèse


Le premier pithécanthrope à inventer des histoires a été élevé au rang de dieu avant d'être dévoré, pour que le clan assimile ses récits. Certes, il n'en demandait pas tant. Je me demande s'il ne reste pas encore un peu de sa crainte chez les auteurs qui commencent un roman.
Chavassieux écrit, "et c'est bien à peu près tout ce qu'il est capable de faire", soulignent ses ex. On peut retrouver ses petites phrases et de courtes nouvelles sur son blog, KRONIX. Il est aussi l'auteur de plusieurs romans (le baiser de la Nourrice, Le psychopompe, chez JP Huguet éditeur, Mausolées et Les Nefs de Pangée, chez Mnémos, et L'Affaire des Vivants, chez Phébus), de pièces de théâtre (Le rire du Limule, Peindre, Pasiphaé, Minotaure...) mises en scène par François Podetti au sein de la compagnie NU, de textes poétiques (Les chants plaintifs, édition La petite fabrique ou Nos Futus, chez Sang d'Encre), d'un essai sur sa ville (J'habitais Roanne, chez Thoba's éditions), il est invité à participer à des revues (MIcrobe, le chasse-patate, etc.). 

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Le 24 mai 2010 à 10:29

"Mieux vaut un cheval qui laboure qu'une vache qui meugle"

Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, ancienne ministre du Logement et de la Ville, communiqué du 12 mai 2010

De nouveaux passagers ont embarqué sur l’Arche politique grâce à une Christine Boutin qui, pour être pieuse, ne tend pas toujours l’autre joue quand on la soufflette. Marine Le Pen avait lancé la veille, pour couper court à toute rumeur d’alliance FN-UMP : "être la Boutin du gouvernement Sarkozy, non merci!". Chez les Le Pen, le jeu de mot est héréditaire, mais d’une génération à l’autre, il ne tombe plus sous le coup des lois antiracistes mais anti-sexistes. Si les animaux avaient des droits – d’aucuns plaident pour que l’ONU s’attèle à une Déclaration universelle en ce sens – il se trouverait bien des plaideurs pour faire valoir en outre le préjudice moral subi par la race bovidée, ravalée aux rangs des inutilités. Dans une approche plus macro-économique des choses, on opposera à Christine Boutin que cela fait bien longtemps que le tracteur a éclipsé l’équidé dans le travail des champs et que, à tout prendre, la vache a conservé le mérite irremplaçable de produire du lait et assurer ainsi un revenu régulier à ses maîtres, même si, on en convient, le prix du lait ç'a eu payé, mais ça ne paye plus forcément.Pour néanmoins réconcilier l’écurie et l’étable, rappelons que rien n’est plus vache en politique qu’un vieux cheval de retour.  

Le 29 décembre 2015 à 08:30
Le 31 juillet 2014 à 09:01

C'est pas du boulot !

Suites pentasyllabiques

Relax : « T’as qu’à l’faire mon gros »   Calculateur : « Pour le prix, mollo »   Syndical : « C’est la pause-repos »   Pétochard : « Dis rien au dirlo »   Légaliste : « T’inquiètes c’est réglo »   Contrariant : « Ton truc c’est pipeau »   Exigeant : « Ce taf c’est zéro »   Hygiéniste : « C’était trop crado »   Domestique : « Vas donc chez Plumeau »   Radical : «  C’est çà ou balle-peau »   Pleurnichard «  J’ai pas eu de pot »   Intermittent : « C’est des heures, coco »   Théâtral : « C’est quoi ce mélo ? »   Esthète : « Moi, j’trouve ça beau »   Chorégraphe : «  Tu t’crois au Lido ? »   Douillet : « Mais c’est sans bobo »   Malentendant : « Si, c’est du bulot »   Aristo : « Si fait, hobereau »   Branché : « T’es juste grave rétro »   Lassalien : « T’en fais des kilos »   Féministe : «  T’es bien un macho »   Italien : « E va fan culo ! »   Souverainiste : « A cause de l’euro »   Socialiste : « La faute à Sarko »   Sarkozyste : « Rajoutez un zéro »   Mélenchonien : « C’est Solferino »   Lepéniste : « Dégages au fourneau »   Centriste : « On n’a plus Borloo »   Écologiste : « Allo, quoi, Duflot ? »   Réaliste : « Faut pas rêver trop »   Scatologique : « Aux chiottes le boulot ! »

Le 17 septembre 2013 à 08:51

La Russie veut bannir l'usage du signe « coeur avec les mains »

Moscou – Dans sa lutte tous azimuts contre les signes extérieurs de ce que le pouvoir en place qualifie de « propagande homosexuelle », plusieurs députés de la Douma ont proposé de bannir le signe « cœur avec les mains ». En effet, ils estiment ce geste dégradant et lié à une forme de propagande homosexuelle cachée. Faire un cœur avec ses mains pourra bientôt être passible d’amende et de prison à Moscou et dans le reste de la Russie. Ce signe des mains, au demeurant inoffensif et plutôt symbole de bonheur et d’amour partagé, est dans le collimateur des députés russes qui l’assimilent à une forme de propagande clandestine en faveur de l’homosexualité. Or, depuis peu, une loi très sévère interdit toute forme de publicité qualifiée d’homosexuelle. « C’est un geste dégradant, qui est clairement rattaché à la culture gay et homosexuelle notoire en Occident » a déclaré Leonid Breshiev, un des signataires de la loi qui veut bannir ce signe de Russie. « Personne ne fait ce genre de signes avec les mains de manière innocente, c’est dégradant, puéril et franchement un peu gay » ont pour leur part souligné plusieurs conseillers municipaux de la ville de Moscou, à l’origine de la proposition de loi. « C’est tellement ridicule, il y a une forme de dégradation de la personne humaine. Vous faites un cœur avec les mains et vous souriez bêtement et stupidement. ». Mais pour certains, cette loi est dirigée expressément contre les opposants aux récentes lois visant la communauté homosexuelle. Selon Antojn Armyanski, responsable local d’une antenne LGBT, ceci vise les manifestants qui protestent contre la loi : « Parfois nous faisons ce type de signes face aux policiers, pour leur dire que nous sommes non violents » Et de préciser «  Désormais dès que nous ferons ce signe, la police aura donc le droit de nous arrêter » s’inquiète-t-il, affirmant réfléchir à d’autres formes de protestation silencieuse. Mais d’autres députés russes souhaitent ne pas en rester là et demandent le bannissement des dessins de coeurs transpercés de flèches jugés trop violents pour les enfants. Le Gorafi

Le 3 avril 2014 à 08:40

Christine

Hier soir, j'ai croisé Christine Boutin au petit PMU de Bar-sur-Issoire. C'était une soirée printanière très agréable : j'avais sorti mon T-Shirt. Elle disait, comme ça, l'air de rien tout en sirotant un sirop d'orgeat un peu trop chargé à mon goût (je suis diabétique) devant une assistance conquise : « Je n'ai jamais condamné un homosexuel. L'homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n'est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné. (...) Je suis dans le péché, moi aussi, je suis une pécheresse, mais vous ne me verrez jamais faire l'apologie d'un péché ». (Entretien paru dans Charles, le 2 avril 2014). En face d'elle, accroché sur le mur à gauche de la cible à fléchettes et à droite des résultats du Numéro Gagnant (la première grille à 2 euros, la seconde à 1), était mentionné un des 10 commandements tels qu'on les apprend au catéchisme : « Tu n'utiliseras pas le nom de l'Éternel ton Dieu pour tromper (ou de manière abusive), car l'Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom pour tromper ». J'ai un instant regardé cette femme, m'interrogeant sur le sens et la place à donner à ses mots, puis à celui à donner à une religion et à son interprétation. Puis j'ai contemplé son reflet dans le miroir crasseux et moucheté du fond. Ce dernier disait : « Je n'ai jamais condamné un noir. La négritude est une abomination » ou : « Je n'ai jamais condamné un tétraplégique. La tétraplégie est une abomination » Je me suis surpris à ne pas comprendre pourquoi l'assistance continuait à écouter Christine Boutin sans jamais vraiment la condamner, comme si dans ce PMU de Bar-sur-Issoire, l'homophobie n'était pas si condamnable que cela. Comme si elle n'était après tout qu'une sorte de coquetterie discursive plus acceptable néanmoins que ne l'est toute autre forme de discrimination et que les morts qui s'entassaient un peu partout dans le monde du fait des lois homophobes n'avaient que très peu de poids face au réconfort d'un sirop d'orgeat. Puis je me suis posé la question de l'Autre dans un sens plus large alors que Christine Boutin poursuivait : "Nous, les femmes, avons vraiment la séduction inhérente à notre ADN, de façon encore plus profonde que les hommes. Et c'est du reste pour ça que les femmes entre elles sont tellement dures. Il y a des compétitions de séduction très fortes entre femmes". De la même façon et comme précédemment, je me suis mis à réfléchir sur ces paroles, ces dernières me confrontant à cette idée très couramment convoquée qui prétend que c'est très exactement cette même séduction « génétiquement acquise » qui explique pourquoi la femme reste « violable » par nature, cette « violabilité » étant intrinsèquement lié à la nature féminine et à son consentement induit. Dans le reflet du miroir, Gisèle Halimi qui elle aussi s'était invitée au PMU de Bar-sur-Issoire pour se descendre un petit verre de Côtes du Rhône, déclarait : « À peu près quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, quand une femme est violée, il n'y a pas de témoins et, par conséquent, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les violeurs qui expliquent tout ce qui a pu se passer auparavant concluent : « Oui, mais à ce moment-là, elles ont été consentantes ». Le drame de cette attitude, c'est que, qu'on le veille ou non, nous sommes acculées, nous, plaignantes, à devenir accusées à essayer de vous démontrer que : « Mais non, nous n'avons pas consenti ! » [?] Il y a une chose abominable en soi, s'agissant du droit pour une femme de dire « non ». Et quand une femme dit « non », il faut qu'on le comprenne une fois pour toutes, c'est « non », ce n'est pas « oui ».» (Gisèle Halimi, plaidoirie du 03 mai 1978, Aix-en-Provence) J'ai quitté le petit PMU de Bar-sur-Issoire avec une certaine nausée (j'ai un peu vomi aussi, je le concède) en me questionnant sur le poids des mots, leur relais et leurs conséquences. Et puis je me suis posé une dernière question qui semblait prévaloir sur toutes les autres : « Dans cette société, n'apprenons-nous jamais vraiment ? ». J'ai essuyé ma bouche, mis un pull. La nuit était tombée et il faisait froid : en avril, ne te découvre pas d'un fil et reste vigilant.   (Illustration Pochep)

Le 13 décembre 2011 à 08:35
Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

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