Thomas Vinau
Publié le 02/10/2012

Dialogues d'un film qui n'existe pas mais qui aurait le mérite d'être clair


- Je trouve ce type parfaitement crottesque !

- Tu veux dire grotesque ?

- Non non.

Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 8 avril 2011 à 09:27

A propos du film GAZA-strophe

Dialogue de deux scuds par vents contraires

Jean-Pierre : Ce film tourné à Gaza au lendemain de l’opération « Plomb durci » de janvier 2009  m’a bouleversé. Bouleversé par ces images d’après cataclysme, bouleversé par le contenu effroyable des témoignages, bouleversé par la dignité des témoins, bouleversé par l’acharnement d’Israël à massacrer les populations civiles. Catherine : Evidemment, moi aussi j’ai été bouleversée ! On ne peut pas rester insensible à l’intolérable. Néanmoins, passé le stade de l’émotion légitime et sans entrer dans une critique de film hors de propos, le point de vue des réalisateurs m’a dérangé. Jean-Pierre : C’est justement ce qui m’a interpellé. Ce zoom sur la catastrophe organisée que semblent nous confier les victimes. Dans le cas présent le point de vue de l’adversaire ne m’a pas manqué. Catherine : Moi, si. Au contraire de toi, face à un sujet aussi sensible, les répétitions des témoignages, au-delà de leur légitimité et de leur véracité, des images de dévastation, sans analyses et sans réflexion géopolitique m’ont donné une sensation de contrainte et de manque. Je n’aime pas que l’on m’impose une adhésion. On ne se refait pas. Jean-Pierre : Moi, j’aime être en empathie totale et personne ne m’a forcé ! D’autant que tu sembles oublier une dimension capitale du film : l’humour et la poésie. Lorsque je les entends respirer la poésie de Mahmoud Darwich au milieu des ruines, je ne peux m’empêcher de penser aux témoignages des rescapés des camps d’une autre catastrophe… Catherine : Mais mon cher Jean-Pierre, je ne les ai pas oubliés. S’il y a une chose qui m’a profondément bouleversée dans ce film, c’est l’humain dans toutes ses dimensions et la poésie qui irrigue ce film, qui jaillit à la fin dans cette grotte de ruine où ces hommes sont terrés, dans un lyrisme sublimé. Jean-Pierre : Enfin un terrain d’entente ! J’en ajouterai un autre. Cette phrase qui revient dans un sourire tout au long du film : « Encore deux victoires comme ça et il n’y aura plus aucun Palestinien à Gaza ! ».   GAZA-strophe, film documentaire (95 mn – mars 20011) de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk. Projeté Espace Saint-Michel, Paris. DVD disponible.   > www.gaza-strophe.comJean-Pierre Thiercelin et Catherine Tullat

Le 12 septembre 2012 à 08:39

Nanar se barre

Après le réjouissant Intouchables, Nanar se barre sera-t-il le film français le plus vu et commenté au monde ? L'histoire, tirée de la vraie vie qui inspire tant les producteurs de cinéma, se résume ainsi : Nanar, cochon replet, en a marre de donner du gras à son pays, la France. Donc il se barre. Pas loin, car Nanar n'est pas le genre à se salir la couenne dans un ashram avec des cochons pouilleux. Nanar se tire en Belgique. Là-bas, l'herbe n'est pas plus verte (quoique niveau pluviométrie la Belgique en impose) mais Nanar peut garder son lard, ce qui, pour un goret, est le pied (de cochon). Vous protestez que ce film ne vaut pas rillette, que ces porcs de scénaristes ne se sont pas foulé le groin. N'oubliez pas que ce sont les ficelles (de saucisson) les plus grosses qui se révèlent les plus solides. D'autant que Nanar garde sous les pattes des rebondissements aussi tordus que sa queue en tire-bouchon. Certes, il part s'aérer le jambon en Belgique mais en fait c'est juste pour s'en payer une tranche, car le meilleur de lui-même, à savoir son filet mignon, reste en France, au chaud à l'hôtel des Impôts. Du moins c'est ce qu'il déclare, et on n'a aucune raison de ne pas le croire, non ? S'il nous mentait, ça voudrait dire : primo, qu'il nous prend pour des veaux et deuzio, que derrière ce cochon rose se cache un requin blanc. Et ça, vraiment, ce ne serait pas crédible. Nanar en Terminator, et puis quoi encore ? Pourquoi pas la Graisse en faillite, tant qu'on y est ?

Le 29 octobre 2011 à 09:02
Le 29 décembre 2011 à 09:04
Le 12 avril 2012 à 09:31

Tout juste bon à ramener au Perreux !

  Dans l'argot des coulisses, ramener au Perreux, c'est renvoyer un décor qui, selon le metteur en scène, ne convient pas, ne joue pas.   C'est le renvoyer là où il a été construit : dans les ateliers de décors, situés généralement à l'Est de Paris, la banlieue la moins chère au regard du délire immobilier de la capitale et des quartiers résidentiels. L'Est, c'est Pantin, Aubervilliers, Le Perreux... L'Ouest, c'est Neuilly, Sceaux, Saint-Germain-en-Laye...   Dans le langage courant, être complètement à l'Ouest, c'est être décalé, à côté de ses pompes, à côté de la plaque.   Car, « le bon côté » n'est-il pas là où l'on est ? Comme l'expression vient du milieu du spectacle, et que les machinistes, les techniciens ont élu domicile plutôt vers l'Est, être de l'autre côté, c'est se retrouver du « mauvais côté ».   Dans le milieu du cinéma, s'entendre dire : - T'es à l'Ouest ! doit se comprendre comme : - Tu gênes sur le plateau ! Les studios de cinéma ne se trouvent-ils pas à Joinville !   Bien sûr, on peut penser à l'Ouest américain, aux westerns, à la conquête de l'Ouest. Mais, il est une expression, to go west, qui veut dire : être bousillé par la came. A rapprocher de passer l'arme à gauche. La gauche étant, depuis longtemps, considérée comme le mauvais côté, la sinistra italienne.   Balzac évoque l'un de ses contemporains ayant « le nez à l'Ouest ». Comme Alexandre, César, Louis XIV, Newton, Voltaire, Frédéric II, Byron, tous des hommes célèbres tenant leur tête légèrement penchée vers la gauche. Disgracieux !   De son côté, le soleil se couche à l'Ouest et se lève à l'Est. N'est-il pas plus valorisant d'être debout que couché et préférable de se lever tôt que de se coucher tard ?   Un décor bon à ramener au Perreux, son lieu de fabrication, une fois sur scène, a l'air gauche, l'air de ne pas être à sa place.

Le 6 décembre 2012 à 09:05

L'Internationale du poil à gratter

Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. » Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.   Contre le théâtre traditionnel Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge. Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte. « Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »   Contre le cinéma péteux Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.   Contre l'État nixonien 1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.   Contre le stalinisme Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.   Contre le fisc Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.   Contre le syndicalisme félon Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.   Contre les banques 1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

Le 23 février 2013 à 08:26
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