Thomas Vinau
Publié le 02/10/2012

Dialogues d'un film qui n'existe pas mais qui aurait le mérite d'être clair


- Je trouve ce type parfaitement crottesque !

- Tu veux dire grotesque ?

- Non non.

Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 27 septembre 2012 à 07:08

Inscrivons la réalité au livre des records

Entre le plus long baiser de cinéma et la plus grosse bulle de savon, le livre des records nous dresse le portrait de l'homme le plus lourd du monde... l'intéressé pèse près de 600kg. On rit, on moque, on plaisante et on dédaigne. De la même manière que le plus petit des hommes est opposé au plus grand, pourquoi le plus maigre n'est-il pas présenté au côté du pachiderme humanoïde de 600 kg confiné aux quelques mètres carré de son lit sur mesure, le sourire aux lèvres ? Moi, je verrai bien quelques photos de ces enfants squelettiques aux yeux jaunes, les paupières luttant contre le va et vient de la mouche parasitaire, les pieds fixés dans ce sable chaud, le visage poussierreux... fantôme immobile dans un paysage désertique. Imaginez le record, quelques 30kg pour 1m45 ! On peut même imaginer le record de la plus grande communauté d'affamés au km², de famine en une année, de pauvreté sur un continent entier... Les auteurs du livre des records pourraient s'amuser à établir des données aussi précises que celles pour le meilleur mangeur de hot-dog. Mais l'idée ne plaît pas. Pas assez spectaculaire comme record. La banalité du phénomène est trop grande, nous sommes trop habitués à cette misère pour être surpris. Mais que voulez-vous, si les choses sont ainsi, c'est bien qu'il y a une logique ! De toute façon, chez nous aussi, il y a des pauvres. Moi-même, étudiant, je fais des sacrifices: je mange des pâtes au beurre. Rions de toutes ces surprenantes images. A l'instant, je lis que la plus longue barbe fut taillée une fois le record établi... n'est-ce pas le symbole d'une sagesse disparue ? Inscrivons la réalité au livre des records. Ensuite, nous pourrons mesurer le phénomène et prendre conscience de sa gravité.

Le 29 octobre 2011 à 09:02
Le 17 mai 2013 à 08:02

La Joconde : le Film

La sortie du film Gatsby le Magnifique et l'impression qu'il semble bien naturel à tout le monde de transformer un pur objet littéraire en œuvre cinématographique, nous a décidé, Bob et moi, à nous lancer dans l'adaptation au cinéma de tableaux célèbres. Début mai nous avons donné le coup d'envoi à notre premier projet : il s'intitule La Joconde et se propose de porter à l'écran et en 3D le célèbre tableau de Léonard de Vinci : La Joconde. Sans vouloir trop déflorer le casting (on comprend bien pourquoi) le rôle de Mona Lisa devrait être tenu par une femme, peut-être une Italienne (pas forcément Bellucci m'a dit Bob) – en tout cas pas par moi. Le pitch est assez universel : une femme se tient plein cadre devant l'objectif, et on voit derrière elle un paysage en relief. Attend-elle quelqu'un ou quelque chose? Est-elle contente ou pas vraiment, mais un peu quand même? On n'en saura rien. Le film durera trois heures, devrait reproduire le fameux sfumato du maître avec un écran de fumée de saucisses, et sans doute qu'on verra Léonard ou du moins son ombre passer à un moment dans le champ, en référence à Alfred Hitchcock. Après ce blockbuster nous avons déjà dans les cartons l'adaptation du Carré blanc sur fond blanc de Malevitch – avec, c’est encore officieux, DiCaprio dans le rôle du carré –, et Les Nymphéas de Monet avec Daniel Auteuil. Et que les amateurs de sculpture se rassurent, Bob met la dernière main à une adaptation de la Vénus de Milo, qui devrait se tourner cet été en Grèce, avec un casting encore ouvert... avis aux amateurs !

Le 5 novembre 2013 à 08:52

Les films pornographiques critiqués pour leur manque de réalisme dans les scénarios

Les cinéphiles sont en colère. Selon eux, les films pornographiques ne seraient pas assez réalistes dans leur scénario. Erreurs, contre-sens, ou parfois réalisme scénaristique, autant de griefs qui leur sont reprochés. Greg a 27 ans. Comme toutes les personnes de son âge, il consomme régulièrement des films pornographiques. Et comme d’autres récemment, il s’est ému du manque de réalisme cinglant dans certaines scènes. « La première fois que j’ai noté cela, c’est dans une scène où on aperçoit une très grande télé à l’arrière plan… L’héroïne est censée être une étudiante. Ce n’est juste pas possible qu’avec ses économies elle ait pu acheter ce genre de téléviseur ». Des détails qui empêchent selon lui de se concentrer sur l’action des protagonistes. « D’autant plus que la fille semble vivre dans un deux-pièces assez luxueux. Là aussi, peu crédible pour une jeune étudiante ». Un sentiment qui va en grandissant sur les réseaux sociaux et Internet. Pour beaucoup, le modèle économique présenté dans les films pornographiques est tout simplement fictionnel et irréaliste. « Dans la plupart des films que j’ai vus, quand une jeune fille a une fuite d’eau, le plombier semble arriver quasi instantanément. Moi j’ai dû attendre trois semaines à Paris » raconte Camille, 24 ans qui anime un site qui recense les erreurs les plus courantes dans les films pornos. Et la jeune fille de citer une autre scène très critiquée où une avocate séduit en même temps deux hommes en cellule de garde. « Totalement irréaliste, légalement il y a obligatoirement la présence d’un officier de police judiciaire. De plus la scène s’éternise et personne ne vient voir ce qui se passe dans cette cellule, malgré le bruit des ébats » commente-t-elle sur son blog. « Un minimum de réalisme, c’est tout ce qu’on demande. On a un peu l’impression qu’on nous prend pour des idiots, qu’on nous fait avaler n’importe quoi. Nous ne sommes pas naïfs » conclut-t-elle. Des accusations prises très au sérieux par plusieurs sociétés de productions de films pornos qui ont annoncé leur intention de revoir leur procédé d’écriture afin d’offrir des films plus réalistes et plus ancrés dans la réalité. Marc Dorcel Video semble devancer les critiques et proposera à la VOD un film pornographique plus réaliste. L’histoire serait celle d’une jeune fille attendant la venue d’un plombier pour une fuite, en vain. « L’appartement de la jeune fille s’inonde tandis qu’elle attend pendant trois semaines l’arrivée de l’artisan, laissant libre court à ses fantasmes tout en étant en communication avec son assureur » résume la fiche du film en VOD la semaine prochaine. Le Gorafi  

Le 15 septembre 2011 à 08:25

La guerre des bouffons

Qui ose dire que le cinéma français manque de créativité ? A l’heure où le monde arabe rugit pour recouvrer sa liberté, où les marchés financiers s’affolent, alors que les reconduites à la frontière s’accélèrent avant la grande échéance de 2012 et que la Grèce est pointée du doigt comme une feignasse, que nous pond notre cinéma ? Deux adaptations, enfin deux resucées, sortant coup sur coup, du roman de Louis Pergaud : « La guerre des boutons », déjà immortalisé par le génial Yves Robert dans son film de… 1962. 50 ans après, il est rassurant de constater que nos créateurs sont poussés par le même vent d’inspiration débridée et parfaitement nouvelle.  Quelle peut être la raison de cette soudaine éruption, non de boutons, mais de « copié collé » ? Un ras-le-bol des zips et autres fermetures éclair, qui se coincent sournoisement dans les tissus et parfois dans nos chairs ? Non. La vérité, toute bête, se niche ailleurs : les droits du livre de Pergaud tombent dans le domaine public en 2011. En clair, plus besoin de verser un centime à l’éditeur ou aux ayants droit de l’auteur pour adapter le roman.  N’écoutant que leur audace, qui ne leur disait rien, deux producteurs se sont emparés de la bête. Avant de se livrer une vraie guerre cette fois, la guerre des bouffons, à coup de têtes d’affiche et de stratégies marketing hautement élaborées. Au final, la promotion, non le talent, fera la différence. Il ne reste plus qu’à nous tourner vers d’autres cinémas ou vers le théâtre pour trouver des raisons d’espérer. Sinon, vous pouvez toujours débourser dix euros pour aller voir un téléfilm avec plein de boutons au cinéma. Mais à la sortie, il y a fort à parier que vous emprunterez à l’un des gamins du chef d’œuvre d’Yves Robert cette réplique culte : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ».

Le 16 avril 2011 à 01:07

Raymond Borde (1926-2006)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Beaucoup de cinéphiles ignorent que le fameux conservateur de la Cinémathèque de Toulouse Raymond Borde, éminence grise de la revue Positif première cuvée, coauteur de brillants ouvrages sur le néoréalisme italien et le film noir américain, et ressusciteur d’un des principaux acteurs-réalisateurs de l’âge d’or du slapstick muet qui était totalement passé à l’oubli, le très siphonné comique US Charley Bowers, alias Bricolo, que l’abîme d’érudition cinématographique Borde fut aussi un des pamphlétaires burlesques les plus scabreux que la France ait connus. En témoigne son féroce brûlot L’Extricable lancé intrépidement à la mer par Éric Losfeld en 1964 et réédité presque en catimini par sa fille Joëlle trente-deux ans plus tard.Le moins qu’on puisse dire effectivement, c’est que, rappelant les outrageants crachats loufoques anarcho-surréalistes sur les conventions et les institutions du Benjamin Péret de Je ne mange pas de ce pain-là – « J’ai failli incendier le ministère de la Marine. Comme un kiosque à journaux. Dommage que les pissotières ne brûlent pas. » –, le réquisitoire de Raymond Borde contre « l’armée et les valeurs capitalistes, la croyance en Dieu, à la bêtise familiale, aux chienneries moralisatrices » dépasse vraiment toute mesure.« La patrie est un torche-cul. », « Dissolution immédiate de l’armée ! », « Tout ce qui ressemble au bonheur passe par l’oisiveté dont le sens populaire fait avec à-propos la mère de tous les vices. », « Cassez la gueule aux chronométreurs ! »Ou alors « Aujourd’hui, je propose que les municipalités donnent vingt francs par tête de touriste abattu. À condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère. Je conseille le fusil, mais la grenade lancée dans le pare-brise, en haut d’une côte, a le double avantage d’aller vite en besogne et de bloquer la circulation des autres touristes. D’ailleurs, on repère l’animal en question avec la plus extrême simplicité. Il se déplace en voiture, s’agglutine à d’autres voitures et reste en bande. Il porte en lui le besoin de la foule. Il s’interne volontairement dans les routes nationales qui sont des camps de concentration mobiles, ou dans les campings qui sont des concentrations fixes. »Certes, les appels de Borde à la chasse aux touristes, ses hymnes à la paresse crasse, ses mots de désordre gratinés – « Mettons en panique la surface des choses ! » – réjouissent bien de mauvais esprits. Mais ce n’est pas du tout le cas de ses exhortations au cochonnage des icônes – « Que les monuments aux morts servent d’urinoirs ! » – et à la masturbation collective en plein Paris (« Que les 3000 manifestants s’accroupissant sur la chaussée du boulevard Saint-Germain se débraguettent et se masturbent ! »). Ni de ses diatribes paroxystiques contre les mères de famille qui continuent de choquer à peu près tout le monde. (« Athée ou poujadiste, curé ou vieux noceur, inspecteur des finances ou truand aux Assises, tout le monde respecte au moins cela : la pure figure de la mère. »)« Je demande que l’on en finisse avec la poésie florale de la naissance. Du calendrier des postes aux allocations familiales, tout exalte la maternité. Elle fait tellement partie du décor quotidien que l’on a peine à discerner ce qui se cache d’interdits derrière ces landaus, ces jacinthes, ces langes. Un bouquet de marmots et une femme enceinte, quel plus joli tableau dans les rues de nos villes ? Ça ne se discute pas. C’est le fruit conjugué de la morale chrétienne et du patriotisme. » Pourtant, pourtant, « la pornographie commence avec la grossesse. Avant, tout est merveilleux : baiser, branler, sucer, rêver. Après, tout est sale. Un ignoble cancer dévore le ventre de la femme. L’être aimé se dégrade, il s’alourdit comme une vache, suinte les eaux, fait un gosse comme on fait un pot, et il atteint les limites de l’horreur : il devient une mère ! »

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