Jean-Christophe Royer
Publié le 15/10/2012

Prises de Choux - Humour paysan & Dérivés #31


Né le 11/12/65 à Saint-Malo
Habite à Colombes(92) 
Concepteur-rédacteur en publicité.
Marié, deux enfants, un chat, sept guitares.

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Le 6 juin 2015 à 09:41

Poney flottant

Roman à paraître (extrait)

J'ai la robe. De La Spagna. J'arrive à la ferme. J'ai la robe des femmes qui tortillent leurs mains comme les octopoussies leurs tentacules, j'arrive dans la ferme, je suis la femme de l'Andalouzy...Mais les cliquetis des castagnettes et accords de cordes dans ma tête s'effilochent à la découverte des sons provenant de la cour...  Je perçois des bruits mats, des bruits de chairs, des à-coups de corps en lutte, je sens de la testostérone, des combats de virils -comme il doit y en avoir dans les prisons de Jean Genie-, j'entends des mises à mort, de la sueur, de la bave et du sperme...  Et ce cri?!?!?!...  Ah mais oui, c'est ça...  Ce ne sont que les plaintes d'un cochon mis à mort par Grand-Père et son ouvrier...  Oh, ce n'est que ça!!!...  Bon, je zappe.  On a tous assisté à la mort d'un cochon quelque part dans notre enfance et j'éviterai le paragraphe sur les chialures de gamin qui fait connaissance avec ce que l'on nomme "angoissss existentielle", la peur de son inévitable finitude blablabla...  Et je zappe également les similitudes physiologiques de l'humain et du cochon dont la peau de ce dernier fait d'excellentes greffes à celle du premier... (aussi qu'est-ce qui est humain, animal, végétal????)Donc.  Dans ma robe Spanich, ce n'est pas la mort certaine de la bête qui m'impressionne. Ni ses cris écorchant le ciel du Pays des Galles, ni les claquements de ses sabots inventant la fuite, ni ses yeux de condamné à mort flairant sa transformation prochaine en saucisse grillée, ni ses regards implorant une once de pitié auprès de ses bourreaux bouffeurs de côtelettes...Non. Ce qui m'impressionne terriblement, c'est l'état de l'homme Grand-Père dans ce corps à corps... Il a empoigné la massue et c'est comme s'il ne parvenait plus à lever l'engin du sol... Et quand il y parvient, c'est à côté du crâne de la bête qu'il l'abat, martelant pitieusement les pavés de la cour... Et Grand-Dad de vociférer comme un tout vieux rhinocéros, humilié par cette porcine bestiasse qu'il ne considérera jamais comme "un être vivant doué de sensibilité" le con...  Et le cochon, de hurler de plus belle, et l'ouvrier, de tenir la bête au cou, de perdre la maîtrise et de craindre vachement que la massue n'écrabouille ses menottes de travailleur manuel... Et cette scène perdure des secondes, des minutes éternelles... Mais Grand-Père, dans un dernier soubresaut, hurle "Laaaaaaast pig..." et rabat l'objet massif au crâne de l'animal. S'ensuit le traditionnel silence après la lutte. J'aime ce silence après la lutte; je sens picoter dans mon corps l'adrénaline de mes pulsions de jeune assassine... Dans ce silence, je suppute que les processus de putréfaction du cadavre du cochon se mettent en branle... Sont-ils les mêmes que ceux chez les humains décrits dans l'Anthology du corps humain illustrated de Mummy ?  A savoir... : que 2 à 8 minutes après l'arrêt du cœur, les tissus nerveux commencent à dégénérer, que les sphincters et les muscles se relâchent et que spontanément, mictions et fécales surgissent, que le corps encore doucement tiède et mollasson pâlit, comme un soldat tombé dans son lit vert où la lumière pleut, qu'après 5 ou 6 heures, le macchabée devient raide de partout, que 24 heures après le décès, des taches de violette et de pinard Saint-Emilion paraissent, que le cadavre alors redevient tout mou et pue et se putréfie, qu'ensuite des couleurs vertes apparaissent sur l'abdomen puis sur tout le corps et que la peau sèche et devient friable comme une feuille de parchemin et que les cheveux, ongles, poils s'arrêtent de pousser et s'échouent, que les organes perdent leur forme anatomique et mollissent en bouillie-pour-le-chat, qu'à la 3e semaine le foie a disparu, qu'entre le 5e et 6e mois, le cœur a fondu, que toute l'eau s'évapore chariant sels et bactéries, que les sucres deviennent alcools (forts ou pas ?), que les acides mutent en gaz carbonique, que le cadavre peut produire jusqu'à 5000 litres de gaz, que les graisses dégoulinent en stalactites longs et tendres genre marshmallow et qu'enfin, au bout de 365 jours, ne reste qu'un squelette sans peau parsemé de quelques tendons, ligaments et grosses artères... Les os se disloquant au bout de 4 à 5 années.Voilà.Voilà.Voilà. Et ce petit processus lié aux humains semble effectivement s'être mis en route chez la bête car l'anus du cochon, tout relâché qu'il est, émet une crotte bien tristounette au pavement de la cour.  Alors, dans ma tête, je me remets les castagnettes et cordes. Un long moment de temps passe comme ça, tout suspendu dans le no man's de land.

Le 9 novembre 2013 à 08:29
Le 21 juin 2012 à 08:00

Il en a dans le chou !

Entretien avec Jean-Christophe Royer

Depuis maintenant 4 mois, Jean-Christophe Royer propose chaque semaine sur ventscontraires.net ses « Prises de choux », petits bijoux d'humour paysan au bon goût de terroir. Sachez qu'il est aussi l'un des créatifs publicitaires les plus primés au monde. Il vient encore de recevoir 4 prix pour une campagne que nous avions envie de vous faire découvrir.   Les lecteurs de ventscontraires.net vous connaissent pour vos « Prises de choux » mais peu savent que dans la « vraie vie », vous travaillez dans la publicité. Vous y faites quoi exactement ?   Je suis concepteur-rédacteur dans une agence de pub : BETC/PARIS. En deux mots, mon travail consiste à trouver des idées en partant d’un « brief » des clients/commerciaux pour de la presse, de l’affichage, de la radio, des films, du web…   Quitte à froisser un peu votre modestie, pouvez-vous nous dire deux mots sur les campagnes qui vous ont valu un bon nombre de distinctions ces dernières années (éventuellement un mot sur votre palmarès) ?   Vous ne froissez rien. Les quelques campagnes récentes que j’ai faites qui se sont fait remarquer sont des films pour Canal+ : L’ours et, toujours pour Canal+ : Le placard. Une campagne presse pour Ricard, quelques films Peugeot… Quant au palmarès récent, le film du placard a été le film de pub le plus récompensé au monde en 2010, et « L’ours » semble en prendre la voie…   Vous venez de recevoir 4 lions d'or à Cannes pour votre campagne « Blood relations ». Pouvez-vous nous en dire plus sur le brief, la commande du « client » ?   Il y a deux ans, au festival de Cannes de la publicité, une agence Israélienne (Saatchi & Saatchi Tel-Aviv) a lancé un appel aux créatifs du monde entier (via Facebook) pour trouver une idée pour promouvoir la paix entre Israël et La Palestine. J’ai proposé une idée qui a été retenue par un jury composé de publicitaires israéliens et arabes.   Comment vous est venue cette idée ? C’est une idée assez simple, de pur bon sens : rappeler à ces deux peuples qu’ils sont « frères » et donc qu’ils ont le même sang qui coule dans leurs veines. D’ou l’idée d’organiser un don/échange de sang entre volontaires israéliens et palestiniens sous le « slogan » : feriez-vous du mal à quelqu’un dont votre sang coule dans les veines ?   Comment la campagne a-t-elle été accueillie ? Apparemment très bien. Elle a reçu le soutien de Shimon Perez lui-même via le « Shimon Perez center for Peace » et, c’est une association de parents de victimes du conflit Israelo-Palestinien qui a été la première à se prêter au « jeu ». Cette initiative a même été saluée par Clinton, Obama, Desmond Tutu et quelques autres…(Eux, par contre, ils ont bien froissé ma modestie, les salauds.)   Vous travaillez régulièrement pour de grandes causes (récemment pour Planète Urgence, notamment). Est-ce un moyen de vous racheter une conscience à côté de votre travail pour le « grand capital » ?   On peut voir ça comme ça, mais ça sous-entendrait que j’ai honte de ce que je fais pour vivre (ce qui n’est pas le cas). Je dirais plutôt que j’estime que j’ai un certain savoir-faire que je peux mettre au service de personnes ou de causes qui ne pourraient pas se les offrir si on les considérait comme des annonceurs « normaux ». Mais, je n’ai pas mauvaise conscience de faire le métier que je fais.   Pensez-vous que la publicité puisse « améliorer » le monde ?   Non. Mais elle peut aider à faire connaître ceux qui, eux, essayent de le faire et donner à leurs actions une résonance qu’elles n’auraient pas autrement.   Y a-t-il des clients, des marques pour lesquels vous refuseriez (ou avez refusé) de travailler ?   J’ai déjà refusé de bosser pour des hommes politiques simplement parce que, si j’aide à vendre un yaourt ou une voiture, les consommateurs peuvent les essayer et, les refuser si cela ne leur convient pas. Alors qu’un homme politique, on en prend quand même pour cinq ans et qu’ils ne sont ni remboursés, ni échangés, comme on dit dans la réclame. (PS : ce n’est pas une question de conviction politique, on m’a proposé de bosser pour des politiques dont je me sentais plutôt proche, c’est marrant, j’ai écrit PS).   La publicité est-elle ou peut-elle être considéré comme un art ? N'est-ce pas gâcher votre talent que de le consacrer à la pub ?   Je n’en sais foutre rien. Certains vous diront que de grands tableaux étaient des œuvres de commande avec un « brief » très précis et des buts « politiques » ou même « propagandistes ». Je pense juste que mon boulot est de rendre « regardable », voire joli ou drôle quelque chose qui, de toutes façons, existerait sans moi. Vous savez, on stigmatise souvent les publicitaires, mais je ne connais pas un créatif qui n’ait pas envie d’être fier de ce qu’il fait, de faire marrer les téléspectateurs, de faire de beaux films, de belles annonces… Sans vouloir balancer la patate chaude, c’est plutôt du côté de nos amis annonceurs (n’oublions pas que ce sont eux qui décident quelle idée verra le jour) ou des instances comme le CSA ou l’ARPP qu’il conviendrait de pointer les flingues de temps en temps.   Le créatif/créateur que vous êtes a-t-il des projets strictement artistiques ? Un film, un roman, une pièce, un album ?   Comme vous le dites, je suis créatif, pas créateur. Je fais un peu de musique, j’écris des conneries… Rien de plus. Quant à dire qu’un film, un bouquin, un album sont forcément des projets artistiques…   « Prises de choux », le livre, c'est pour bientôt ?   Voilà un projet absolument pas artistique qui me tient à cœur. Un bouquin est prévu pour septembre, si tout se passe bien. Question subsidiaire : Les rabbins volants se reformeront-ils un jour et était-ce déjà une contribution au processus de paix israélo-palestinien ?   C’était il y a bien longtemps, autres temps, autres mœurs. Je pense que si on décidait de reformer les Rabbins Volants aujourd’hui on irait directement en tôle et je crois même qu’on se ferait plastiquer notre cellule.

Le 28 décembre 2012 à 10:43
Le 30 mars 2011 à 08:00

Emmett Grogan, clochard céleste

Portrait 17

Emmett Grogan (1943 1978) mène de front, dans le Haight-Hasbury du San Francisco des années soixante, le groupe d’activistes The Diggers. Il mélange dans un vieux shaker psychédélique actions politiques et happenings artistiques. Leurs tracs poético-révolutionnaires envahissent la Californie. Ils organisent tous les jours des distributions de nourriture gratuite et de surplus militaires. Emmet Grogan a écrit des livres, notamment Ringolevio, dans lequel il raconte leur épopée. Défoncé, libre et paranoïaque… Il est difficile de retrouver beaucoup d’éléments biographiques certains. Réformé de l'armée sous amphétamines, surveillé par le FBI, puis déçu et critique à l’égard de la vague hippie bohème qu'il trouve bourgeoise et hypocrite, Emmett Grogan aura quand même eu droit au "Mr Tambourine man" de Dylan et à un poème de Richard Brautigan. L'association d'une insoumission féroce, d'une mégalomanie paranoïaque, d'un goût immodéré pour les extrêmes et d'un dangereux succès populaire, l'ont malmené jusqu’à l’overdose fatale, en 1978. Peter Coyote écrit à son propos : "Pour la plupart des gens, cela aurait suffi d'être une légende vivante, d'avoir Bob Dylan qui vous dédicace un album ; d'être une icône pour des milliers de gens, incluant les chefs de gangs portoricains, les présidents de sociétés de disques, les professionnels du vol, les riches restaurateurs, les stars du cinéma, les socialistes, les Black Panthers, les Hell's Angels et les Diggers eux-mêmes, mais Emmett poursuivait sa propre idée de la perfection et même si ce combat l'a tué, je ne peux m'empêcher d'admirer la moralité de sa quête et les exigences démesurément hautes qu'il s'était fixées. Emmett était un étendard mené à la bataille, un emblème derrière lequel des gens ont rallié leur imagination. Il a prouvé à travers son existence que chacun de nous était capable de jouer sa vie selon ses fantasmes les plus délirants. C'était son but et son héritage de compassion, et je ne le minimiserai pas ni ne me détacherai de son exemple, malgré ses failles et ses inconsistances."

Le 12 février 2012 à 08:41

Industrie et rouflaquettes : le retour de la contrainte extérieure

Econotrucs #6

Dans le débat économique de ces derniers mois, le sujet de la  « politique industrielle »,  cette vieille lanterne pompidolienne,  a fait un come back détonnant. OK, je l’admets, ces jours-ci, d’autres choses peuvent nous rappeler la France de Pompidou, comme la peur des Chinois, le contrôle de la télévision publique (et de l’O.R.TF1), ou encore Jacques… Heu, Thomas Dutronc. Mais ceci est une rubrique économique… Si sauver quelques emplois ouvriers juste avant les élections ne relève pas de la politique industrielle, mais de la cosmétique,  cela vous a au moins permis de découvrir, la larme à l’œil, que notre pays avait perdu une large partie de son industrie.  On se rappelle subitement qu’on ne peut pas vivre sans industrie.   On assiste en fait au retour d’une ancienne terreur, qu’on avait plus connue depuis que  nos ministres ont abandonné les lunettes en plastique marron et les rouflaquettes : celui de la « contrainte extérieure ». Un pays est « contraint » lorsqu’il voit ses importations progresser plus vite que ses exportations. Il doit donc les financer par la dette, et cet endettement va peser sur la valeur de sa monnaie. Dans les années 70, cela voulait souvent dire une monnaie attaquée, une dévaluation pour trouver sa compétitivité extérieure. C’est une des raisons pour lesquelles on à créé le SME puis la monnaie unique. Une dette en euros essentiellement détenue par des investisseurs européens éliminait les questions de contrainte extérieure. Ce qui devenait important, c’était l’équilibre commercial de la zone euro, qui était grosso modo assuré grâce aux excédents commerciaux allemands. L’Europe  restait globalement légèrement excédentaire vis-à-vis du reste du monde.   Pour être plus clair, disons que d’un point de vue financier, on voyait l’Europe un peu comme les  Etats-Unis ou les excédents de tel état vont compenser les déficits de tel autre : personne n’a songé à attaquer le dollar lorsque la Californie était au bord de la faillite. Mais la crise a rappelé que la dette grecque et la dette allemande quoique libellées dans la même monnaie, n’étaient pas équivalentes, et donc que l’euro n’était pas suffisant pour éliminer la contrainte extérieure. Elle a souligné les faiblesses de l’Europe  : une construction inachevée avec un faible budget communautaire, une mobilité faible du facteur travail, et des mécanismes de solidarité inexistants, que l’on est obligé d’inventer en catastrophe, à la faveur de la crise.   Sur une planète où les trois quarts des échanges mondiaux portent sur des biens industriels, un pays qui n’est pas compétitif, (c’est-à-dire qui n’est pas capable de vendre les biens demandés sur le marché international) est conduit à avoir des difficultés grandissantes. Entre 1978 et 82, puis au début des années 90, la France a déjà connu deux vagues de désindustrialisation,  au point qu’on se demande si cette troisième vague ne vas pas sonner le glas de nos derniers bastions industriels. Le désarroi s’installe, que peut-on faire, face aux petits chinois sous-payés ?   On admet en effet désormais que la concurrence des pays émergents est largement responsable de la disparition de tout un pan de l‘industrie française : L’aspect positif des choses, c’est que la crise a sonné la fin d’une certaine mythologie libérale arrivée avec la mondialisation (une « économie de service », des entreprises « sans usines »). Mais puisque d‘autres pays européens sont parvenus à maintenir leur base industrielle, (en particulier l’Allemagne), ne peut-on pas nous aussi envisager une politique industrielle sans rouflaquettes et sans pantalon pattes d’ef, bref, une politique industrielle innovante, basé sur un nouveau modèle ?    Je tenterai de vous apporter des éléments de réponse au prochain épisode, mais j’ajouterai pour conclure que Pompidou, lorsqu’il passait à télé, avait de la classe, de la culture, et la cigarette au bec, choses qui nous manquent cruellement ces derniers temps.

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