Le Corbo
Publié le 16/10/2012

Merci les patrons !


Lettre anonyme n° 40

Le Corbo, on croyait savoir qui c'était…
On pensait à un certain Daniel Cabanis.
Aujourd'hui, on n'en est plus très sûr.
Il se peut même qu'il soit plusieurs… 

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Le 8 novembre 2012 à 10:28

L'émirat de Dubaï responsable de la crise européenne ?

Econotrucs #8

Mon titre est sciemment provoquant, mais pas complètement absurde. Je me suis intéressé récemment au facteur déclencheur de la crise, à l’étincelle qui a fait partir l’incendie grec et donc européen. Je pensais comme beaucoup que la crise grecque avait débuté avec la fameuse annonce du gouvernement Papandréou (tout juste élu en octobre 2009) : la dette grecque était deux fois plus élevée que prévue, ses prédécesseurs ayant truqué les statistiques pendant des années. Pourtant, après cette annonce les marchés financiers ne réagissent pas immédiatement, et c’est plus d’un mois plus tard - fin novembre - que le taux d’intérêt sur la dette grecque se met à grimper en flèche. Pourquoi cette inquiétude subite ? L’émirat de Dubaï vient d’annoncer qu’il pourrait peut-être restructurer sa dette (autrement dit faire défaut sur une partie de cette dette). Quel rapport avec la Grèce, me direz vous ? Il est assez simple. Si un état comme Dubaï, faisant partie d’une union économique (les émirats arabes unis) pouvait faire défaut, alors rien n’empêchait la Grèce d’en faire autant. Les marchés se sont mis à observer la Grèce d’un autre œil. Le taux d’intérêt grec a grimpé subitement, rendant la dette grecque de plus en plus insoutenable, augmentant le risque de défaut, entraînant de nouvelles hausses de taux, etc. Les marchés financiers sont aveugles et moutonniers : l’annonce de Dubaï leur a fait subitement ouvrir les yeux, et ils ont tous foncé tous droit : haro sur la Grèce ! On connaît la suite : Les dirigeants européens ont d’abord considéré que la dette grecque était un problème grec, puis se sont rendu compte quelques mois plus tard que ne pas aider la Grèce enverrait un signal négatif aux marchés et plomberait toute l'Europe, mais craignant l’aléa moral ont d'abord « aidé » la Grèce en lui prêtant à des taux stupidement punitifs, ce qui a aggravé le problème grec et n’a pas évité la contagion à d’autre pays européens. Je vous rassure, la crise grecque aurait éclaté de toute façon. Alors pourquoi cette histoire d’étincelle venue de Dubaï a-t-elle son importance ? Parce que la crise européenne ayant démarré par la Grèce, elle a influencé les premières analyses de la crise : D’une part, les spécificités grecques - dont on ne trouve pas d’équivalent dans les autres pays de la zone euro - ont longtemps aveuglé nos gouvernants sur la nature européenne et institutionnelle de la crise, et d’autre part la Grèce a longtemps focalisé l’attention sur l’unique question des dettes publiques. Pourtant avant la crise, des pays comme l’Espagne ou l’Irlande étaient tout à fait vertueux en matière de finances publiques : leurs difficultés actuelles proviennent de l’explosion de bulles immobilières et financières, autrement dit, de problèmes de dettes privées (qui ont dû être portées par la suite par les états). La crise aurait par exemple pu démarrer par l’Irlande qui, plombée par une crise bancaire et une crise immobilière - directement liée à la crise américaine de 2008 - a songé avant que la Grèce ne le fasse, à demander de l‘aide. Si cela avait été le cas, peut-être que la première analyse de la crise aurait été toute autre. (On se serait rappelé par exemple que les dettes publiques de beaucoup de pays s’étaient dégradées avec le sauvetage désordonné des banques européennes par chacun des pays, en l’absence de mécanisme européen adéquat). Mais la Grèce a été le premier domino à tomber, et il a fallu plus de deux ans aux dirigeants européens pour se rendre compte de la nature fondamentale de la crise, et de sa cause profonde : L’échec de presque tous les paris économiques fait au moment du traité de Maastricht, qui nous oblige aujourd’hui à repenser très sérieusement l’architecture économique et politique de la zone euro.

Le 17 mai 2010 à 17:32

Manifestez en restant dans votre lit

Conseil citoyen 5

Quand ta profession se décide à la grèveTu savoures avec joie cette journée de trêveQui permet de rester chez soi à se détendreTout seul, pour une fois, sans aucun compte à rendre.Mais comment faire face aux autres syndiquésQui ne manqueront pas de venir critiquer,Le lendemain matin, ton absence notoireEt feront circuler à travers les couloirsQue tu as désiré, en n’allant pas au front,Montrer ton allégeance à l’égard du patron. Pour éviter, l’ami, cette mise au placardDevance la mêlée comme tout bon briscard.Fais-toi des tous premiers, au mot d’ordre lancé,A saisir cette info pour la faire passer.Fais suivre les e-mails, mais surtout improviseUn accompagnement qui les personnalise ;Un petit mot de toi : « Amis et camarades,Plus on sera nombreux…» Ce genre de salade.Ayant montré ainsi ton implicationQui pourra se douter de ta défectionEt si tu mobilises et que la foule est denseBien malin qui pourra affirmer ton absence. Remets-en une couche à deux jours d’y allerEn prenant soin surtout de ne pas étaler.Il serait, en effet, tout à fait embêtantD’être soudain perçu comme un grand militant.On te ferait marcher aux côtés des ténorsEt tu dirais adieu à ton jour de confortOu pire et ce serait, avoue-le, pas de bolIl te faudrait, l’ami, porter la banderole. Venons-en maintenant au jour de la manif.Bien qu’au chaud dans ton lit, tu dois rester actif.En fin d’après-midi, appelle un vieux copain.Un de ces bons grognards qui sont sur le terrain ;Distributeurs de tracts, adhérents de toujoursQui mangent la saucisse au moment des discours.Tu lui demandes alors ce qu’il en a penséEt tu as les détails de ce qui s’est passé,De quoi, le lendemain, tenir la dragée hauteA tous ceux qui pourraient vouloir te mettre en faute.

Le 10 mai 2015 à 07:55

Hommage aux pauvres « ingrats, gloutons et désobéissants »

« Je n’aime pas les pauvres, s’écriait l’irréductible Georges Darien dans La Belle France en l’an 1900. Leur existence qu’ils acceptent, qu’ils chérissent me déplaît ; leur résignation me dégoûte. À tel point que c’est, je crois, l’antipathie, la répugnance qu’ils m’inspirent qui m’a fait révolutionnaire. Je voudrais voir l’abolition de la souffrance humaine afin de n’être plus obligé de contempler le repoussant spectacle qu’elle présente. » Octave Mirbeau s’étonnait lui aussi que « les misérables ne brûlent pas plus souvent la cervelle aux millionnaires qu’ils rencontrent ». C’est dans le même état d’esprit qu’en 1891, le grand Oscar Wilde a fricassé un des plus stupéfiants chefs-d’œuvre du livre d’inadhérence aux normes, L’Âme de l’homme sous le socialisme, réédité il n’y a pas longtemps aux Mille et Une Nuits ainsi qu’aux Cahiers de l’Herne, et disponible en e-book. Après avoir filé une belle giroflée aux réalités sordides de la société victorienne (la misère matérielle et intellectuelle des ouvriers, le culte du veau d’or et des possessions, le règne du paraître, de l’hypocrisie, du conformisme, la sanctification de la virilité, de la famille, de la religion, du sport). Après avoir défini férocement la démocratie (« le bâtonnement du peuple par le peuple et pour le peuple ») et avoir dénoncé un grand soir prolétarien qui déboucherait sur une « caserne industrielle », une tyrannie collectiviste, une négation dialectique des désirs individuels. Après avoir bien souligné, du bout des lèvres et un verre de cherry brandy à la main, que, pour lui, la vraie révolution, ce n’est pas de sacrifier ses inclinations égoïstes au profit d’une société vertueuse, mais c’est tout au contraire de magnifier ce qu’il y a de plus égoïste en nous, de plus personnel, de plus subjectif, de plus libidinal dans un monde réinventé : le monde du complet épanouissement de chacun. « La réalisation de soi-même est le premier but de la vie. » « La forme de gouvernement qui convient le mieux à l’artiste est l’absence totale de gouvernement. » « L’homme ne vaut que dans ses libres associations. » Après toutes ces fracassantes mises au point, L’Âme de l’homme sous le socialisme ne manque pas de se gausser de la charité ordinaire qui « abaisse, démoralise » et encourage la soumission. « Ne nous dit-on pas souvent que les pauvres sont reconnaissants de la charité qu’on leur fait ? Certains, sans doute, mais les meilleurs d’entre eux ne le sont jamais. Ils sont ingrats, mécontents, désobéissants, révoltés. Ils ont bien raison. La charité n’est à leurs yeux que ridicule et dérisoire esquisse de restitution, ou une aumône sentimentale que les sentimentaux accompagnent généralement d’une arrogante prétention à exercer leur tyrannie sur la vie privée des pauvres. Pourquoi ceux-ci devraient-ils se montrer reconnaissants des miettes qui tombent de la table des riches ? Ils devraient y être assis, et ils commencent à s’en rendre compte. Quant à être mécontent, quiconque ne le serait pas dans de tels décors et avec un tel mode de vie ne serait qu’une parfaite brute. La désobéissance, pour qui connaît l’histoire, est la vertu spécifique de l’homme. C’est par la désobéissance qu’il a progressé, par la désobéissance et par la révolte. On loue parfois les pauvres de leur frugalité. Il est aussi grotesque qu’insultant de conseiller aux pauvres la frugalité. C’est comme si on conseillait à un homme qui meurt de faim de moins manger. Il est absolument immoral pour un travailleur de la ville ou de la campagne de cultiver la frugalité. L’homme n’est pas fait pour prouver qu’il peut vivre comme un animal mal nourri. Il doit refuser ce genre d’existence, et se mettre à voler (…) Quant à la mendicité, il est moins dangereux de mendier que de voler, mais il est plus noble de prendre que de mendier. Non : un pauvre, qui se montre ingrat, peu frugal, mécontent, et révolté, a des chances d’être une véritable personnalité et d’être capable de grandes choses. » Hé oui, c’est comme ça, Wilde et Darien nous invitent en quelque sorte à choisir nos pauvres. Comme on choisit ses compagnons de jeu, de table, de combat ou ses partenaires sexuels. Dans tous les cas, il importe de savoir sélectionner ses mauvaises fréquentations. Mais voilà le moment pour Oscar Wilde de s’en prendre violemment dans son pamphlet à toute forme de travail ne dispensant pas du plaisir. « Tout travail monotone, ennuyeux, tout travail impliquant des contacts répugnants, des conditions déplaisantes, devrait être accompli par la machine. Les machines doivent travailler pour nous dans les mines de charbon, assumer les services d’hygiène, chauffer les vapeurs, nettoyer les rues, transmettre les messages sous la pluie, se charger de toutes les besognes fastidieuses ou déprimantes. (…) L’esclavage humain est odieux. L’avenir du monde dépend de l’esclavage mécanique. » Et c’est là évidemment que « le poète au tournesol » soulève des tempêtes en milieu rebelle. C’est en proposant tout à trac comme les abondancistes des années 70, Jacques Duboin et Cie, et comme les situs dans quelques-uns de leurs premiers textes traitant de l’automation généralisée, La Grande Relève des hommes par la machine. Je suis persuadé, pour ma part, qu’on peut être, fût-ce au prix d’acrobaties vertigineuses,  à la fois wildephile et proluddite, qu’on peut sans se renier tantôt bousiller impitoyablement des machines antipathiques et tantôt les mettre au service des conseils d’anti-travailleurs qui s’annoncent. Le débat est lancé. Les jeux ne sont pas faits.  

Le 8 juillet 2014 à 08:51
Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 27 août 2014 à 08:01

Calvin

Entretien annuel

« Bon, bienvenue Calvin pour votre entretien annuel. Avez-vous passé une bonne année en notre compagnie ? Oui ? Et bien comme à chaque fois que nous nous voyons, vos paupières vont devenir lourdes, vos membres lentement s’engourdir, vous allez être bercé par le doux son mélodieux de ma voix et lorsque je compterai jusqu’à dix, à dix très exactement, vous serez totalement réceptif et votre volonté totalement soumise à la mienne. Alors on y va ! 1-2-3-4-5-6-7-8-9… 10 ! Bon et bien Calvin, comme chaque année, on va partir de la même base, hein, il n’y a aucune raison d’altérer les fondamentaux qui constituent la chair même de cette entreprise. Voici donc les clés de votre reprogrammation : _ Soyez efficace. _ Abattez un travail monstre. _ Ne râlez jamais. _ Ne demandez aucune augmentation. _ Sachez vous satisfaire du peu que l'on vous donne avec mansuétude. _ N’essayez pas de comprendre la logique de votre direction. _ Soyez ponctuel. _ Investissez dans des parts de votre société. _ Sachez faire des heures supplémentaires sans réclamer rétribution. _ Aimez votre travail au-delà de toute raison. _ Respectez les délais. _ Ayez une attitude positive. _ Souriez constamment béatement. _ Soumettez-vous à nos décisions / à mes décisions. _ Ne remettez jamais en cause nos / mes prérogatives. _ Ne faites preuve d’aucun esprit d’initiative. _ Ne sortez pas du moule. _ Sachez vous comporter comme un mouton. _ Rapportez-nous du pognon. _ Ne remettez pas en cause le fait que nous nous sucrons sur votre dos. _ Baissez la tête. _ Courbez l’échine. _ Restez malléable et flexible. _ Faites l’amour à votre patronne une fois par semaine. _ Consommez. _ Partez en vacances dans des complexes touristiques bon marché. _ Faites des enfants. _ Votez connement. _ Vivez de divertissements. _ Vivez à crédit. _ Achetez-vous un nouvel écran plasma. _ Enviez notre / mon pouvoir d’achat. _ N’ayez aucune ambition. _ Ne soyez pas déterminé. _ Portez des vêtements ternes. _ N'allez jamais au théâtre, ne lisez pas. _ N'essayez pas de comprendre quoi que ce soit à la politique. _ Créez-vous des addictions. _ Devenez alcoolique. _ Trompez votre femme. _ Divorcez. _ Compensez votre mal de vivre en travaillant plus. _ Offrez-vous les services d’une prostituée pour évacuer votre stress. _ Poignardez un SDF de temps en temps pour passer le temps. _ Et si ça ne va vraiment pas, par pitié ne vous suicidez pas avant d’avoir clos vos dossiers en cours et ne nous incriminez pas dans une lettre d’adieu ! Bon et bien voilà Calvin, vous pouvez vous réveiller. Une fois de plus et cela comme chaque année, cet entretien fut hautement constructif ne trouvez-vous pas ? Et je suis contente que vous ayez compris qu’à cause de la conjoncture actuelle de notre société nous ne pouvons vous augmenter. Oh, avez-vous vu ma nouvelle et exceptionnelle voiture de fonction ? ».

Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

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