Thierry Noellec
Publié le 22/09/2014

Hygiène de la pensée


Après avoir consciencieusement reniflé l'essai crypto-néo-libéral que le professeur de philosophie lui avait conseillé de lire, Jean-Paul décida de considérer cet ouvrage avec un peu de distance
Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

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Le 15 avril 2013 à 12:47
Le 4 juillet 2013 à 08:24

Se trouver beau (poil au dos !)

Quand je me regarde dans le miroir, je me trouve acceptable. Sans plus. Un morceau de viande pas trop gras, pas trop maigre. Peut-être le temps et l’habitude ont-ils patiemment éteint toute velléité de transformer ce qui ne pouvait pas l’être. Sans doute ont-ils émoussé une éphémère aspiration à ressembler à quelque chose d’autre que ce que je devais devenir. Il y a bien sûr ce poil dans le dos, que je traite à la pince à épiler. Un œil fermé, la langue sortie par l’effort de concentration : tac ! Une fois de temps en temps, quand il repousse. Essayez pour voir, de viser un seul et unique exemplaire entre les fines mâchoires d’une pince en visée indirecte ! Vous apprécierez alors la dextérité de votre serviteur, et mesurerez le travail accompli pour mettre le geste au point, précis et rapide. Quand il est apparu, ce poil, j’ai vu en lui l’éclaireur téméraire d’une armée qui allait envahir mon dos. J’ai redouté un temps de me transformer en yéti, ce qui m’aurait affligé, c’est sûr. Longtemps j’ai été extrêmement vigilant et je me suis préparé au combat, prêt à éradiquer toute contagion folliculaire. En mes jeunes années où cet événement est intervenu, j’ai nourri la crainte de ne pas être désirable aux yeux des filles. Et puis finalement non. Il est demeuré solitaire. Il est très courageux et très obstiné, il faut bien le reconnaître. Finalement, j’ai appris à l’aimer d’un amour un peu vache, certes, mais je confesse que le jour où ce phœnix capillaire ne réapparaitra plus, je m’inquiéterai un peu. Et puis j’ai appris que certaines femmes aiment les hommes tout poilus du dos. Et pas que des moches qui jettent leur dévolu sur des mâles au rabais : des très désirables aussi ! Certes, cela peut vous paraître totalement invraisemblable, mais je vous affirme que c’est vrai ! Tout compte fait, j’aurais pu partager cette toison dorsale avec une autre femme que la mienne. Comme bien d’autres hommes finalement. Et puis j’ai appris que certaines personnes passent leur vie à essayer d’être quelqu’un d’autre. Qu’elles tentent de se transformer. Qui par l'épilation, qui par la chirurgie ou tout autre artifice misérable. Elles y passent le plus clair de leur temps. Ça exaspère leur entourage. Parfois, elles le quittent pour rejoindre d’autres personnes également obnubilées et narcissiques. Souvent, elles vieillissent mal et font chier tout le monde. Tout bien compté, il est heureux que mon poil ait choisi les étendues difficiles de mon omoplate pour son existence tourmentée. Il eut choisi le creux de ma main ou pire, ma langue, j’en eus certainement souffert davantage. Mon existence en eut été affectée à coup sûr ! Des fois, je pense à Spinoza qui dit que « la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand", et je me dis qu'il a bien raison.

Le 10 septembre 2015 à 08:04

En lisant Agamben

Entre tes mains l'argile prend formeL'homme de demain sera hors norme Bashung, Malaxe.   L'homme de demain sera quelconque. Aucun signe, aucune qualité, rien de discriminant, l'inessentiel sera l'ensemble de ses caractères. Une communion d'impropriétés le fera. Il sera : non-socialiste, non-capitaliste, non-communiste, non-anarchiste, non-catholique, non-musulman, non-athée, il ne sera pas bleu, rouge, blanc ni noir, il ne sera pas professeur, chômeur ni comptable. Non-encarté, il sera aussi bien non-politique que non-apolitique, il ne revendiquera pas et ne votera pas, n'ira pas en prison, n'aura pas d'opinion, ne parlera pas, mais ne se taira pas non plus, ne se cachera pas, ni ne s'exposera, ne sera pas menacé, ni ne menacera, n'appartiendra pas, ni ne possédera. Il saura se définir sans remplir un seul champ de formulaire, ni cliquer sur aucun bouton, ce sera la fin des panels et la mort des statistiques puisqu'un agent représentera l'ensemble indiscernable à lui seul. Il saura enfin ne pas abandonner ce qu'il ne peut pas, et conserver son absence de puissance comme étant sa geste. Le progrès nous amène déjà l'être que rien ne permet de distinguer ; cet être inessentiel qui est l'universel.  (D'après Giorgio Agamben, La communauté qui vient (théorie de la singularité quelconque), traduit par Marilène Raiola. Seuil, 1990.)   Ceci étant dit, l'idée de la singularité quelconque d'Agamben suppose un effacement des classes, elle est circonscrite à une zone très proche d'un "nous" où l'auteur du présent texte semble s'inscrire tout en voulant faire semblant, par citation et lecture, de ne pas s'inscrire. L'homme de demain pourra-t-il être non-pauvre ? Il sera plus probablement non-riche, l'est sans doute déjà. Pourra-t-il être non-masculin ? Sans classe, vraiment ? Cette analyse qui se veut texte, enfin, serait-elle non-intelligente et inessentielle ? Manque-t-elle de propriétés, ou d'impropriétés ?  

Le 30 octobre 2011 à 08:51

Méditations métaphysiques

Lancer sa chronique sur un site qui s’appelle Vents contraires et qui pose d’emblée la question « dans quel état sommes-nous ? » est tentant. Par contre mon prof de philo m’a toujours appris à analyser les termes d’un intitulé d’abord. Je ne tiens pas à prendre le risque de raconter n’importe quoi en public (ma mère peut lire l’article). J’ai donc décidé de le faire à la manière de Descartes, par moi-même, ne suivant que ma raison. Je trouve que ça donne une dimension supérieure à mon article (très manquante dans ceux que j’ai pu lire). Commençons. Un vent est pour moi un souffle, chaud généralement (ou tiède, c’est selon), dirigé vers l’extérieur, occasionné par le sujet dans l’intention (souvent clandestine) de soulager son intérieur. D’après mon expérience, il soulage, il est bénéfique. Dire qu’il est contraire, signifie que ce souffle ne se dirige plus vers l’extérieur comme sus cité, mais vers l’intérieur. Il remplit au lieu de vider. J’imagine que ce vent-là est nocif, il agresse. Il doit même parfois ballonner. Alors plusieurs dans ce genre, c’est l’implosion ! Vous posez ensuite la question « dans quel état sommes-nous ? ». Pas la peine ici d’analyser les termes de l’intitulé, le dernier des cons comprend ce que ça veut dire. Mais vous cherchez un état. J’en viens alors à ma conclusion. Vous essayez de nous dire que vous cherchez des chroniqueurs dans un état d’implosion. Celle qui arrive quand on nous en fout plein le cul. Tous ces vents contraires qu’on nous assène à n’en plus finir, la connerie, la barbarie, la couardise, le non-respect (et j’en passe…), vous nous offrez la possibilité de les lâcher chez vous, et avec humour en plus. C’est bien ça ? Eh bien laissez-moi vous dire que c’est avec plaisir ! Ça va péter ! (Merci Descartes et bonjour maman).

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