Tommy Dessine
Publié le 30/10/2012

Les trois coups de crayon #2


Fellag / Petits chocs des civilisations

Tommy Dessine a assisté au spectacle de Fellag et il nous livre un compte-rendu en quelques dessins. A suivre...

> L'épisode 1

Après avoir peint le plafond de la chapelle Sixtine pour occuper un week end d'oisiveté, puis les Demoiselles d'Avignon un soir d'ivresse, Tommy s'est lancé dans le dessin de presse lors de l'affaire Dreyfus. Docteur en physique nucléaire et en littérature acadienne, ses sujets d'inspiration varient au gré de ses envies, de la météo et des évolutions du CAC40.

 

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Le 22 mai 2012 à 08:26

Hyper précision de la liberté

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 4

> premier épisode           > épisode suivantRien de ce qui est humain ne lui est étranger. Humain, trop-humain, inhumain, ce sont des notions encore floues. Hier soir je dînais avec Noël, Frédéric et Pierre. Frédéric se plaignait du cul, la chair triste, il en a marre de certains plans, coups d'un soir, plans directs, ni bonjour ni au revoir... Frédéric a dit "fatigué de ces relations inhumaines". Et moi je n'étais pas d'accord. Quoi, inhumain ? Si ce n'est pas humain, c'est quoi ? Animal, robotique ? Pierre, plus sage que tout le monde, a fini par dire que ce n'était peut-être pas ainsi qu'il fallait poser le problème, de cette façon binaire. La déshumanisation, ça existe. Oui. Certes. Certes signifiant là : certainement. Pierre a souvent le mot juste. Humain, trop-humain, donc. Filage, samedi, giboulée de mai, du mois de mars mais en retard. Pierre est chez Disney Store sur les Champs. Demain c'est l'anniversaire de Clélie, elle a commandé la robe de la Belle dans La Belle et la Bête. Je suis au fond de la salle, en haut des gradins. La boule du hasard peut commencer. Elle avance sur le plateau, s'approche de la servante, regarde le public, doucement, et dit : "Femme seule de trente ans cherche dame de compagnie pour promenade." Ouille ! Sorry Yves-Noël, je décris encore, je raconte ! Yves-Noël, je sais, tu m'as demandé de ne pas décrire, surtout pas. Oui mais mince, comment je vais faire ? Comment écrire mes chroniques ? Philosopher, contempler ? Il faudrait que je trouve le moyen de contempler en écrivant. Je ne sais que contempler en me taisant, en laissant mes mains inactives. Comment faisait Victor Hugo ? La boule du hasard amasse la mousse. Comprenne qui pourra. La boule du hasard c'est Lucrèce parlant ainsi de la planète Terre. Tiens, une idée me vient, une piste à expérimenter : il faudrait que je décrive tout ce qui se passe dans Paris en ce moment, je veux dire tout, dans la rue, les bus, les maisons, les boutiques, musées, ministères. Ensuite, dire dans le menu tout ce qui se passe dans la tête des gens, décrire leurs corps, chaque personne, chaque Parisien. Faire cela avec chaque arrondissement, quartier, square, chaque coin de rue en excluant la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point. Une fois que cela serait fait, après des années d'écriture et des millions de pages, finir le texte en écrivant : Mais je n'ai pas parlé de l'essentiel, ce qui se passe en ce moment dans la Salle Roland Topor. Ce qui s'y passe, now, c'est d'la vie. Vous me diriez, et vous auriez raison : mais d'la vie, j'en ai chez moi, dans ma tête et dans mon slip, pourquoi aller au théâtre et payer genre vingt euros ? Sur le moment je trouverais la remarque percutante. Après un court moment de réfléxion je vous répondrais : Oui, mais là c'est d'la vie visible, palpable et audible. Pas sûr que chez vous ou dans votre slip ce soit aussi pur. Entiendes ? Donc, ici, c'est d'la vie. Faut me croire sur parole. Rien à attendre du théâtre d'Yves-Noël, attendre, rien, parce que c'est encore de la vie, attendre. La vie, tu vois, ça parle, tout le temps. La vie, ça vit, sans droits d'auteur. "Calme plat, asocial." Ouch, là, là, comment continuer ? Je regarde et rien ne me vient, je me sens sec aujourd'hui et je pense à Pierre qui est chez Disney. YvNo m'a peut-être un peu coupé les youques avec ses exigences. Il faut qu'elles repoussent. Direct live depuis le plateau : Sacré nom de Dieu, elles sont vachement bien aujourd'hui, les poules idem, elles jouent vachement bien, Wao, elles sont belles et présentes et vivantes, les Présidentes. Et lui, là, le petit blondinet, il a oublié et ses jambes et sa plastique, fichu en l'air son manteau de séduction, YvNo y est arrivé, qu'il est bien le diaphane jeune faon ! "No milk today." Il a quand même un côté fin de monde, ce spectacle, le tragique en moins. Avant on distinguait, on opposait, la comédie de la tragédie. Après, bourgeoisie oblige, il y a eu le drame. Yves-Noël, c'est encore ailleurs, une quatrième dimension. Je ne sais pas comment dire. Ici et maintenant. Voilà, on pourrait dire "ici et maintenant" mais ce serait un peu court jeune homme. Une définition possible serait : Ici Pour l'Instant mais pas n'Importe Où Maintenant Bien Sûr mais pas n'Importe Comment. Voilà ! Fiat lux ! Le contraire du n'importe quoi. YvNo, rien à voir avec la ligue de l'impro. Ce que l'on voit ici est hyper précis, aussi précis que les douze pieds de Racine. C'est de la précision sans formalisme. Ou alors le formalisme de la jungle de Borneo. Une précision toute suisse, et sauvage, et rampante. Ce n'est pas non plus de l'hyper réalisme, non, c'est vraiment de l'hyper précision, hyper précision de la liberté. Bingo, orgasme, j'ai ma quatrième chronique ! Du coup je vais pouvoir me reposer. Me reposer et partir "me promener à Lausanne. Lausanne c'est la ville riche, avec un lac riche, avec des maisons riches, avec un tramway riche, avec des postiers et des facteurs tous vêtus de gris, qui est une couleur riche."

Le 27 janvier 2015 à 08:45

Rencontre fortuite

Ce photomontage (d'un goût douteux) à la fois lourd et léger, me permet de poser plein de questions. Depuis quelques jours, j'essaie de réfléchir sur l'irreprésentabilité dans le dessin. Comment dessiner quelque chose que l'on n'a pas le droit de représenter ? Parce que c'est clair qu'on n'en a pas le droit. Il y a eu 12 morts pour appuyer cette idée, et depuis, en réitérant à 7 millions d'exemplaires ce méfait, même avec un message de paix, on comprend que c'est formellement interdit. La censure se cache derrière de nombreux mots doux : la bienséance, le respect, la prudence, le péché ... On commence à entendre, après de nombreux défilés soutenant la liberté d'expression, que plusieurs représentations de spectacles sont annulées, des affiches retouchées, ou retirées des panneaux... Peur de choquer, ou peur de remettre de l'huile sur le feu ? La liberté s'arrête là où la sueur froide coule. Oui, mais une contrainte, dans le dessin, c'est un challenge. C'est une consigne même. Ça pourrait être un sujet de cours d'illustration : représentez ce qui est interdit. Et comment fait-on ça ? En questionnant la notion même d'interdit. Qu'est-ce que nous avons sur cette page blanche? On pourrait très bien répondre « Enfoiré, t'as représenté Voldemort avec un nez en forme de saucisse ! Mais je vais t'égorger !! ». Mais en réalité, on voit quoi ? Une belle cacahuète, deux olives farcies, deux chips paysannes, un mini-boudin, et des piques d'apéros. Bon, mis à part le fait que ce l'ensemble soit un peu haram, c'est pas bien grave. Qui se représente une autre image que celle visible au premier regard ? C'est le cerveau de celui qui zieute. Hahaaa, qu'on vienne me reprocher mon image pour autre chose que ce qu'elle est, à savoir, un hommage aux masques bachiques de l'Antiquité, une évocation d'un portraitiste italien , un clin d'œil à Lautréamont, et à ses descendants, ou encore un manifeste en l'honneur d'un moment convivial. Celui qui viendra me soupçonner d'autre chose, bah ce sera en gros « celui qui dira qui sera ». Pour en revenir à l'interdit, à partir du moment où celui-ci se retrouve fortuitement bravé, quel châtiment préconiser ? Et si on ne représente l'image défendue qu'en partie, en kits, à l'envers ou même qu'on la fait fabriquer par quelqu'un d'autre (dessins en point à relier), qui doit-on punir, et à quels degrés ? Rhalala, il y a des choses pas claires dans tout ça... Il va vraiment falloir mettre au point une charte, un truc précis. Mais en attendant, ça laisse le champ libre pour s'aventurer aux alentours de ces limites pour lesquelles le sang a coulé. L'histoire de l'illustration regorge de techniques permettant de diffuser des images subliminales. Généralement, c'était plutôt pour faire passer des scènes érotiques, mais bon, chaque époque a les petits péchés mignons qu'elle mérite. Evidemment, ça s'applique à nombre d'autres tabous visuels, mais comme celui-ci est le plus bouillant du moment, ça donne envie de s'y frotter.

Le 17 mai 2012 à 08:53

Poules mouillées

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 2

> premier épisode           > épisode suivant Deuxième filage auquel j'assiste. Jour d'investiture de François Hollande à l'Elysée, réception royale à l'Hôtel de Ville, protocole, les ors de la République. Dans quelques minutes la foudre va frapper l'avion présidentiel. Plus de peur que de mal, François ne sera qu'en retard au dîner d'Angela. Ici 18h45, salle Roland Topor, personne ne sait ce qu'il en est de la foudre. A peine sait-on qu'il a grêlé dans l'après-midi. 19 heures, c'est le moment de l'éclaircie, des rayons dorés entrent par les fenêtres. Sur le plateau gris, deux poules se font des messes basses. Le filage a dû commencer. Difficile de savoir avec Yvno, il n'y a jamais de début, pas vraiment de fin. Tant mieux. Yves-Noël n'aime pas la couleur marronnasse des gallinacées, il le dit. Il aurait préféré des poules grises ou blanches. Les brunes étaient moins chères. Pierre Courcelle dit que c'est pas mal ce marron, que ça fait "basse-cour de base", sans prétention. Les poules sont "normales" comme tout est "normal" en ce moment, de la foudre au Président, "normal". Les poules disparaissent dans les gradins. Apparition, disparition, je pense à Camille Laurens que je suis allé écouter hier soir à Beaubourg. Sur le désir (ou l'amour ou l'acte d'écrire, je ne me souviens plus) Camille a répondu qu'on ne peut jamais rien saisir, que tout est tout le temps une question d'apparition et de disparition. Entre l'apparition et la disparition, il y a peut-être le réel, ou sa vérité, mais on ne sait pas, on ne peut pas savoir. Lacan : "Le réel est ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire." Justement, sur le plateau, trois apparitions : Valérie Dréville, M. et Dominique Uber. Par terre, des cageots, des jardinières remplies de plantes "normales", des herbes folles, du foin coupé, de l'herbe grasse. "Croisades du silence". "So nice". "Everybody speak english ?" "Chic ! Enfin, bien..." Yves-Noël s'adresse aux poules : Hé, mes chatons, eh bien, jouez ! Les poules ne veulent rien faire. Apparition d'Alexandre Styker, peau aussi blanche que nue sous fourrure couleur faon. Alex a deux oreilles de chat sur sa tête d'or. Robe bleu indigo et orange (le fruit) à la main, Valérie Dréville se présente à l'avant-scène. Hélène Bessette : "je ne sais plus où j'ai mis le passeport, le chèque". Valérie et Dominique trinquent : Nasdrovia. Je me fixe sur la blondeur de Dominique. La blondeur de Monroe était inventée, celle de Dominique est la nature même des choses. "Je chercherai du travail, donc du roman". Marlène ne cesse de disparaître. C'est fou comme elle disparaît. Alexandre réapparaît en chemise bleu ciel, cuisses et jambes nues. Les plus beaux membres inférieurs qui soient. "Pour les étoiles que tu sèmes dans le remord des assassins, et pour ce coeur qui bat quand même dans la poitrine des putains, thank you Satan." M. en petit page, petit Antinoüs des îles, avec paréo et brumisateur à la main, poursuit les volailles et les arrose : poules mouillées. A jardin, on dirait qu'Alexandre va se jeter par la fenêtre. D'un coup, Alexandre S. me fait penser à Asia Argento. Asia Argento + Cindy Sherman = Alex Styker + YNG = CQFD. Valérie Dréville parle de la Gauche. C'est toujours Hélène Bessette et sa Suite Suisse. Marlène se barre : Les courants d'air ici, c'est monstrueux.

Le 19 novembre 2011 à 09:00
Le 24 mars 2014 à 10:19
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