Olivier Texier
Publié le 13/11/2012

Les vendeurs de rêve #5


Olivier Texier vit à Nantes, où il est né en 1972. Lorsqu’il ne surveille pas les rues de sa ville dans son costume du justicier Girafe, et qu’il ne se livre pas (sous l’identité de Michou la Savate) à des combats de Catch de Dessin dans les bars, il travaille comme graphiste dans une mairie. Le reste de son temps libre, il le consacre à la création de dessins absurdes et de bande-dessinées peuplées de personnages bizarres et crétins.

 

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Le 26 mars 2014 à 10:06
Le 12 septembre 2012 à 08:39

Nanar se barre

Après le réjouissant Intouchables, Nanar se barre sera-t-il le film français le plus vu et commenté au monde ? L'histoire, tirée de la vraie vie qui inspire tant les producteurs de cinéma, se résume ainsi : Nanar, cochon replet, en a marre de donner du gras à son pays, la France. Donc il se barre. Pas loin, car Nanar n'est pas le genre à se salir la couenne dans un ashram avec des cochons pouilleux. Nanar se tire en Belgique. Là-bas, l'herbe n'est pas plus verte (quoique niveau pluviométrie la Belgique en impose) mais Nanar peut garder son lard, ce qui, pour un goret, est le pied (de cochon). Vous protestez que ce film ne vaut pas rillette, que ces porcs de scénaristes ne se sont pas foulé le groin. N'oubliez pas que ce sont les ficelles (de saucisson) les plus grosses qui se révèlent les plus solides. D'autant que Nanar garde sous les pattes des rebondissements aussi tordus que sa queue en tire-bouchon. Certes, il part s'aérer le jambon en Belgique mais en fait c'est juste pour s'en payer une tranche, car le meilleur de lui-même, à savoir son filet mignon, reste en France, au chaud à l'hôtel des Impôts. Du moins c'est ce qu'il déclare, et on n'a aucune raison de ne pas le croire, non ? S'il nous mentait, ça voudrait dire : primo, qu'il nous prend pour des veaux et deuzio, que derrière ce cochon rose se cache un requin blanc. Et ça, vraiment, ce ne serait pas crédible. Nanar en Terminator, et puis quoi encore ? Pourquoi pas la Graisse en faillite, tant qu'on y est ?

Le 15 décembre 2010 à 12:13
Le 1 février 2011 à 14:15

Jacques Le Glou (1940-2010)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Aux alentours de Noël 2010, certains « professionnels de la profession » du 7e art français s’étant rendu à Nantes pour un dernier hommage à l’ex-vice-président d’Unifrance, le producteur-distributeur-exportateur de films volontiers invendables Jacques Le Glou, firent tout d’un coup une drôle de tête. C’est que les chansons d’agit-prop qui retentissaient pendant la crémation s’avéraient être d’un radicalisme inouï : « Toutes les centrales sont investies,Les bureaucrates exterminés,Les flics sont sans merci pendusÀ la tripaille des curés... » Eh oui, le directeur de scène à l’Opéra de Marseille en 1967, fer de lance du fameux ciné-club Jean Vigo et de la Cinémathèque d’Henri Langlois, le « pêcheur d’auteurs » intransigeant tels que Jean Eustache, Leos Carax, Cédric Kahn, Paul Vecchiali, le diffuseur dans le monde de perles rares ayant fait l’événement à Cannes (La Maman et la putain, Marius et Jeannette, La Vie rêvée des anges), le grand manitou du festival du cinéma et de la gastronomie de Dijon était aussi un fieffé gredin qui s’enorgueillissait de n’accueillir dans son fastueux bar privé cannois du Carlton que les plus importants producteurs internationaux et les pires gibiers de potence (de l’agitateur belge malotru Jan Bucquoy au braqueur de banques libertaire Roger Knobelpiess). -    Orchestrateur de la rédaction du Monde libertaire, Jacques Le Glou est mis à pied pour avoir écrit : « Grand malheur pour la pensée française ! André Breton est mort et Louis Aragon toujours vivant ! » -    Compagnon de mauvais coups des situationnistes, il remet en place avec eux en 1969, place de Clichy, à Paris, la statue de Charles Fourier sur son socle resté vide depuis que les nazis l’avaient déboulonnée. « La statue, réplique exacte de la précédente, était en plâtre mais finement bronzée. À vue d’œil, on la croyait vraie. Elle pesait quand même plus de 100 kg. D’après un témoin cité par France Soir, "huit jeunes gens d’une vingtaine d’années étaient venus la déposer à l’aide de madriers. Une jolie performance si l’on sait qu’il n’a pas fallu moins de trente gardiens de la paix et une grue pour remettre le socle à nu." »-    Ami loyal de Guy Debord (un des rares à n’avoir pas été envoyé aux pelotes), il est à l’origine de la sortie du DVD et de la ressortie dans les salles de ses ciné-pamphlets.-    Ses propres écrits anarcho-enragés étaient très chouagamment fricassés. Relevons une exhumation annotée d’un chef-d’œuvre de la subversion poivrée Hurrah ! ou la révolution par les Cosaques (1854) d’Ernest Coeurderoy, une préface incendiaire à Prise de possession (1888) de Louise Michel, une lettre d’amour fou à la pétroleuse Michelle-Marie Weber venant de casser sa torche.-    Et c’était un conteur hors pair. Ses aminches adoraient l’entendre raconter comment il avait été un roi de la contrebande durant son adolescence, comment il avait réussi à sauver sa boîte Mercure Distribution grâce à une partie de poker, comment il était parvenu à vendre un film coquin qu’il n’avait jamais vu au nabab Menahem Golan, comment il avait compris dans les bordels de Hong Kong que la débauche pouvait être un véritable art ou comment, pour retrouver des bien-aimés dans une réception huppée de Cannes sans être enquiquinés au passage par ses myriades de relations, il s’était métamorphosé en élégante lady (que je n’aurais certes pas identifiée si elle ne m’avait sorti subitement : « Nono, c’est Jacqueline ! »). Mais le point d’orgue des activités « non normales » – comme il aimait dire – de Jacques Le Glou, ça restera son 33-tours (et plus tard, CD) Pour en finir avec le travail. Chansons du prolétariat révolutionnaire que les amis des lois ne sont pas arrivés à mettre hors d’état de luire. Il s’agit d’un assortiment de chansons célèbres, interprétées magnifiquement par Michel Devy, Jacques Marchais et Vanessa Hachloum (pseudo de Jacqueline Danno) que Le Glou, mais aussi son pote Roda-Gil et ses camerluches situs Debord et Vaneigem, ont diaboliquement détournées de leur sens premier. C’est ainsi qu’Il est cinq heures, parolé par Jacques Lanzmann et miaulé par Jacques Dutronc, est devenu un hymne à un mai 68 qu’on aurait poussé plus loin : « Les blousons noirs sont à l’affût,Lance-pierres contre lacrymogènes,Les flics tombent morts au coin des rues,Nos petites filles deviennent des reines.Il est cinq heures.Paris s’éveille. (bis) » Que La Bicyclette, parolée par Pierre Barouh, musiquée par Francis Lai, roucoulée par Yves Montand, s’est transmutée en La Mitraillette :    « Curés, salauds, patrons, pêle-mêle,    Vous n’aurez pas longtemps vie belle, Viendra la fête,(…)Et l’on verra cette sociétéSpectaculaire assassinéePar les Soviets du monde entier,À coups de mitraillette. » Et que Les Feuilles mortes de Prévert et Kosma s’appelle maintenant Les bureaucrates se ramassent à la pelle : « Tu vois, il faut s’organiserPour ne plus jamais travailler. » Saluons la mémoire du frère (d’armes) Jacques, le meilleur saboteur de goualantes tartignolles qu’ait connu la France, en prenant l’habitude de détourner loufoquement, au débotté, les paroles de chaque tube voulant s’insinuer dans nos noneilles.

Le 6 décembre 2012 à 09:05

L'Internationale du poil à gratter

Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. » Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.   Contre le théâtre traditionnel Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge. Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte. « Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »   Contre le cinéma péteux Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.   Contre l'État nixonien 1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.   Contre le stalinisme Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.   Contre le fisc Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.   Contre le syndicalisme félon Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.   Contre les banques 1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

Le 29 décembre 2011 à 09:04
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