Romain Boussard
Publié le 18/11/2012

Toute première foi


Ancien étudiant en coloriage et pâte à modeler reconverti dans le dessin d'actualité. 
http://rboussard.canalblog.com/
 

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Le 23 novembre 2014 à 09:21

Nathalie Quintane : "Il n'y a pas qu'une seule manière de vivre"

Editée chez P.O.L. et à la Fabrique, Nathalie Quintane viendra le 31 janvier au Rond-Point faire le récit d’un épisode malheureux, tendancieux, un peu des deux, observé dans une ville de province (12 000 habitants max) : une belle femme blonde à la voix de bluesman menant campagne et serrant la pogne à quelques commerçants qui parfois la refusent. Pour cette fois, il est possible qu'on l'appelle Bip, ou Toi, ou Moi. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Nathalie Quintane — Tout dépend du "nous" et tout dépend de la langue en question ! S'il s'agit du nous général des citoyens dans la langue générale de communication : Français, encore un effort ! Pour être vraiment démocrates, on pourrait commencer par concevoir ce rapport à la langue comme quelque chose qui n'a rien de naturel, et se dire que, pour parler de choses publiques, il n'est pas forcément nécessaire de reprendre tel quel, clé en main, les éléments de langage fournis par les communicants ou "décideurs".   – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, ce ne sont pas ses "incorrections", ce ne sont pas les slangs, argots, emprunts divers au rom, à l'arabe, à l'anglais même, qui sont en mesure de conférer au français une vivacité, et surtout d'autres points de vue — jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour dévitalisés par trop d'usage, jusqu'à ce qu'ils deviennent des clichés de la langue parlée, des lieux communs plus que des lieux où une communauté est en création continue et en reconnaissance d'elle-même. Ce qui la menace, c'est cette perpétuelle sauce à laquelle on nous mange, jour après jour — celle d'un libéralisme généralisable, comme s'il n'y avait qu'un seul courant dans l'économie et qu'une seule manière de vivre. Je ne suis pas sûre que la langue demande à être "sauvée" ! Mais ce serait bien qu'elle soit un peu mieux connue, aimée.  – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Celle que je parle est celle que nous parlons tous. Celle que j'écris inclut celle que je parle en la malmenant, en la farcissant d'autres.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Lautréamont, puis Ducasse (mais là, il s'agit autant de langue que d'une forme d'intelligence du jeu, comme on dit dans le sport). Et ensuite, pas mal d'écrivains, qui ne s'en sont jamais laissé conter sur ce qu'il convient de dire et d'écrire. Swift, par exemple. Et puis, partout, les mots que je ne connais pas, les tournures bizarres, les phrases que je ne comprends pas, le français au Québec, au Maroc ou en Belgique.  – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– En tentant un "stand up" poétique ! En désarmant le bagout — si c'est possible.

Le 19 octobre 2011 à 09:17

Sonic Youth

Le hérisson est un petit animal mignon de la famille des petits animaux mignons. Se nourrissant essentiellement de petites bestioles peu mignonnes, il fera la joie des jardiniers écologistes. Comme son lointain cousin le porc-épic, le hérisson est un animal de type piquant : lorsqu'il est face à un danger, il se hérisse (ah, tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement). Hélas, cette manoeuvre de diversion est bien inefficace face à son prédateur naturel, l'automobiliste. Elle a également valu au pauvre animal de prêter son nom à des choses aussi terribles que « l'élégance du hérisson », un roman où l'on se sert du malheureux rongeur pour enfoncer des portes ouvertes, ou que la tactique du hérisson. Cette dernière consiste à s'arc-bouter en défense à l'aide de longues piques et de miser sur la rapidité de ses ailiers pour tenter de piéger l'adversaire sur une contre-attaque. Une technique bien connue en Suisse : en 1386, les Autrichiens sont ultra-favoris du match retour, qui se dispute à Sempach. Mais, alors qu'ils s'arc-boutent en défense à l'aide de longues piques, le Suisse Winkelried trébuche bêtement, emportant dans sa chute suffisamment de lances adverses pour que ses coéquipiers puissent s'engouffrer dans la brèche et mettre la pâtée aux Autrichiens et c'est particulièrement troué que Winkelried entre dans la légende nationale. Quant à moi, on m'a demandé une chronique « un peu moins hérisson », je pense que c'est en rapport avec ma passion pour les ramoneurs. Ou alors parce que je voulais qu'on me caresse resse resse. Je vous tiens au courant.

Le 28 juillet 2011 à 08:36

Super-flux

De la vanité de l'existence humaine dans les transports en commun

Au milieu des miasmes, des cris et des larmes qui emplissent la station Saint Michel, on peut les apercevoir. Ils se dressent le long des quais du RER, improbables statues drapées de rouge : ce sont les « régulateurs de flux ». Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Sont-ils un nouveau genre de justicier masqué ? Des Zorro modernes arborant k-way et casquette ? Apparus sans crier gare (ce qui est le comble), ils nous renvoient à notre inquiétante existence. En effet chers amis, il faut désormais nous considérer - et je n’ai pas peur de le dire - comme un vulgaire magma. Une masse informe. Bref, le flux, c’est nous. Cratyle serait bien d’accord. Héraclite aussi. Toutes les choses sont dans un flux. Soit.   Ne riez pas, l’affaire est très sérieuse. Imaginez qu’on s’est concerté en hauts lieux afin de soigner le nom de ces garde-fous. Il était temps. Le flux est par nature menaçant. Comme un jeune chien malhabile, il trotte, trébuche, tente d’attraper des papillons avec ses dents (opération délicate s’il en est). D’où la nécessité de réguler le flux, de lui donner forme, pour ne pas qu’il nous glisse entre les doigts. Au cœur de cette déferlante, on ne sait plus où donner de la tête. On ne sait plus qui est qui, qui est quoi : je suis un flux, tu es un flux, vous êtes un flux... Car le flux se conjugue à toutes les personnes (même toi, oui, oui).   Mais tout de même. C’est un peu fort. Un tel manque d’égards devrait nous pousser à la révolte. Telles des âmes romantiques, nous ferions bien de hurler à ces soldats du flux que c'est faux, que nous sommes uniques, que nous avons des sentiments, que nous sommes une personne, que nous ne sommes pas qu'un flux ! « S’il vous plaît Monsieur, écartez vous du quai. » Coup de coude du voisin. Sueur froide. Les portes du wagon se ferment.   Depuis que je prends le train, je ne me suis jamais senti aussi superflu.

Le 1 juin 2011 à 15:44

En bibliothèque

Le journal de Béotius (C'est du lourd, c'est du vécu)

J'entre dans une bibliothèque pour échapper à une averse. Aussitôt, j'avise une jeune femme juchée sur un tabouret.— Plaît-il ? s’enquiert la créature aux formes opulentes, la dextre en suspens.Cette expression désuète titille mon cortex. Pris au dépourvu, je souris niaisement et cherche désespérément une béquille pour mon regard.— Vous aussi, vous voulez vous documenter sur les écrits licencieux du temps jadis ? poursuit-elle.Face à ces propos dépouillés de réserve, je m’enhardis :— Le galbe de vos jambes m’incite à penser que votre culture érotique n’est pas seulement livresque.— Il se peut. Mais songez aussi qu’avec le plat de mes mains, si délicates au demeurant, je pourrais applaudir votre entrée en matière ou appliquer sur vos joues replètes quelques soufflets de ma façon. (Je réfrène un geste d’agacement et suis l’ensorceleuse qui promène les lignes serpentines de son corps.) Mais dites-moi plutôt, si vous étiez un chevalier errant, de quelle manière en useriez-vous avec moi ?— J'accommoderais la roturière comme il sied, à la manière d'un vulgaire manant, lâché-je, non mécontent de réduire à quia l’impudente.Puis je fais volte-face et m'éloigne prestement. « Dans les bibliothèques, l’on ne rencontre que des intellectuelles incapables de sacrifier l’esprit à la chair » murmuré-je empli d’amertume.— Ne pas mettre en parallèle la vacuité de ton existence avec la plénitude de mes formes ! assène la rhétoricienne offensée.Je vacille : cette réplique acérée met un terme à la joute oratoire. « Le commerce d’une cérébrale ne ferait que menacer mon intégrité mentale », me dis-je alors en allongeant le pas pour gagner la sortie de cet endroit hostile.

Le 11 février 2014 à 08:02

Faire le signe des guillemets avec ses doigts pourra être éliminatoire lors d'un entretien d'embauche

Tout le monde connaît ce petit geste consistant à lever les bras et à recourber deux doigts de chaque main pour mimer des guillemets lorsqu’on emploie une expression ou que l’on détourne un mot de son sens initial dans une conversation. Agaçant pour certains, amusant pour d’autres, le geste qui divise la société française n’est désormais plus le bienvenu dans toutes les situations et pourra bientôt être considéré comme éliminatoire lors d’un entretien d’embauche. Popularisé dans les années 90 par deux professeurs de français dans un collège parisien, le geste semble aujourd’hui complètement avoir échappé à ses créateurs. « Nous avions inventé ce geste afin d’appuyer notre discours pour nos élèves » explique Mme Mangé, aujourd’hui à la retraite. « Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès » ajoute son ancien collègue M. Cazaux qui ne cache pas son désarroi de voir le geste des guillemets utilisé à tort ou à travers. Car si le geste semble avoir triomphé pendant les vingt dernières années, il n’est aujourd’hui plus en odeur de sainteté et se retrouve mis sur le banc des signes dépassés tels que le “V” de victoire . « Je ressens une irrésistible envie de frapper mon interlocuteur lorsqu’il utilise ces gestes » explique Romain Marazé, un fervent opposant . « Encore plus lorsque celui-ci possède des lunettes » précise-t-il. Romain Marazé n’est pas un cas isolé, et ils sont plus de 15 000 à se ranger derrière la bannière de l’association « Repose Cette Main Tout de Suite » (RCMTS) pour réclamer l’interdiction du geste dans certaines conditions. Selon lui, une mesure de restriction permettrait d’éviter le ridicule de ceux qui ne savent pas exactement quand employer le geste et de mettre fin à la provocation de ceux qui osent encore le sortir au bon moment. « Hier encore je suis tombé sur un célèbre présentateur qui s’est obstiné à utiliser le geste avec un nom propre, c’est intolérable » raconte-t-il. L’association lancée il y a deux ans propose de venir en aide à ceux qui sont touchés par une forte dépendance au signe des guillemets. Plusieurs stages organisés partout en France permettraient à des dizaines de Français de sortir de ce terrible fléau. « Nous confrontons le patient à sa propre image pour qu’il se rende compte de son ridicule » explique Romain Marazé qui confesse lui même s’en être sorti grâce aux stages de l’association. Une réelle volonté de s’en sortir motivée selon lui par une expérience plutôt négative : « un énième échec lors d’un premier rendez-vous amoureux à cause d’un mauvais emploi du geste en question » précise-t-il. Le Gorafi

Le 16 mai 2015 à 11:09

Bernard Pivot : "Au secours! les mots m'ont mangé"

Bernard Pivot revient "rattraper la langue" au Rond-Point. Ce sera du 19 au 23 mai, avec sa conférence-performance où il raconte la vie improbable d'un homme mangé par les mots. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Bernard Pivot - Notre rapport à la langue est moqueur si la langue est tirée, gourmand si la langue sait claquer, et amoureux si la langue établit un contact avec une autre langue. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue française est le pidgin anglo-américano-techno-intello-bobo-twitto-mcDo-imbroglio. Ce qui sauve la langue est notre amour des mots, de la littérature et des écrivains, d’hier et d’aujourd’hui. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Je dis de ma langue que je suis son humble serviteur et aussi son amant de jour et de nuit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Un professeur du Centre de Formation des Journalistes, Michel Chrestien, m’a rendu exigeant et enjoué dans l’usage de la langue et le choix des mots. Il n’y a pas de jour que je ne consulte un dictionnaire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Je ne rattraperai pas la langue, elle va trop vite. Je me contenterai de l’attraper en jouant avec les mots comme un enfant, comme un jongleur, comme un fou. Au secours ! les mots m’ont mangé. > plus sur la conférence-performance de Bernard Pivot

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