Romain Boussard
Publié le 18/11/2012

Toute première foi


Ancien étudiant en coloriage et pâte à modeler reconverti dans le dessin d'actualité. 
http://rboussard.canalblog.com/
 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 11 septembre 2013 à 08:40
Le 26 juillet 2012 à 08:15

Une robe et beaucoup de bourrins

En France certains trucs, avec moi ça ne prend pas. Je suis à moitié française et à moitié slovène, ceci doit expliquer cela. Il y a quelques années, je me souviens, on a fait tout un foin du téléfilm "La journée de la jupe", avec Isabelle Adjani. Soit disant que les filles et les femmes de la banlieue ne pouvaient pas se mettre en jupe sans être traitées de putes. Par qui ? Par les "jeunes des cités", ces gars au teint basané voire chocolat et à la casquette vissée de travers. Une "racaille" que l'ex président Sarkozy voulait nettoyer au Karcher. Depuis, Sarkozy s'est fait nettoyer (c'est celui qui dit qui y est), et la racaille a essaimé. On fait semblant de ne pas la voir, mais moi je sais où elle est. Dans les endroits chics, de haute "chiquitude" même. A l'Assemblée nationale, au sein du CAC 40. Elle a troqué casquette, baskets et survêts contre costards cravate, chemises impec et chaussures cirées. Elle s'est fait blanchir la peau, les cheveux, elle est sortie de grandes écoles style Polytechnique ou l'ENA, elle a pris des patronymes qui fleurent bon le bon français, elle a hérité de parents fortunés, émigré dans les hôtels particuliers des beaux quartiers, elle a tout fait pour tromper son monde, la garce. Mais dès qu'une femme s'habille en femme, rien à faire, elle se lâche! En plein mois de juillet, Cécile Duflot se pointe à l'hémicycle en robe bleue chamarrée (traînée !) et hop, voilà notre racaille de souche qui la hue et la chahute, avec l'élégance que le monde entier lui envie. Du coup j'ai enfin compris pourquoi la France interdit le port de la burqa : c'est pour mieux siffler les salopes mon enfant !

Le 22 août 2011 à 10:21

"Nous rassemblons les ruisseaux, les ruisseaux forment les rivières, les rivières se joignent au fleuve et le fleuve finit toujours par déboucher sur la mer"

Arnaud Montebourg, Frangy-en-Bresse, 21 août 2011.

Le prétendant à l’investiture socialiste pour 2012 ne part pas favori, mais son emphase lui vaut déjà une couronne. Celle de Neptune ? C’est pas pour chicaner, mais son imagerie aquatique est quand même un peu pompée de Jaurès : « C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ». Le père du socialisme démocratique a cependant pris un coup de vieux à l’ère du réchauffement climatique. Ce n’est plus l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui s’en prend à l’homme. Nonobstant la fonte des icebergs, elle n’a pas tous les torts, la mer, au regard des agressions d’une espèce humaine qui la barbouille de pétrole, la tapisse d’immondices, la décore de plastiques ou encore lui bouffe tous ses poissons. Bref « déboucher sur la mer » c’est se coltiner tous les problèmes de la planète auxquels une présidence de la République française confiée à Arnaud Montebourg ne suffirait sans doute pas. D’autant qu’icelui s’est fait le chantre de la « démondialisation ».  Autrement dit remonter du grand large libéral vers le local souverain, à grands coups de taxes douanières. C’est inverser les courants pour assécher la mondialisation. De façon plus prosaïque, on pourrait comparer la méthode à faire rentrer du dentifrice dans un tube. C’est précisément l’inverse du projet altermondialiste, visant à ce que toute la planète ait droit équitablement à l’hygiène dentaire.  

Le 3 février 2013 à 09:39

Anselme Bellegarrigue (1813-1869)

Les cracks méconnus du rire de résistance

« Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Et bien ! vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. » (Bellegarrigue) Les amateurs de révoltes épicées savent que tous les polémistes anarchistes du XIXe siècle n’étaient pas sérieux comme des papes, doctoraux comme des Proudhon, barbifiants comme des Kropotkine, rigoristes comme des Jean Grave. Parmi eux, il y avait aussi, heureusement, de turbulents excentriques. Certains d’entre eux ont fini par devenir un tout petit peu connu : Joseph Déjacque, Zo d’Axa, Ernest Cœurderoy, Albert Libertad (qui rôdent, notamment, dans cette rubrique). D’autres pas du tout encore (Adolphe Retté, Jacques Sautarel, André Colomer par exemple). Le cas d’Anselme Bellegarrigue est plus curieux. C’est qu’on disposait bel et bien jusqu’ici de quelques infos sur lui. On savait par L’Almanach de la vile multitude (1851) qu’« il avait vécu, pour avoir ses coudées vraiment franches, un an entier dans une tribu sauvage que ni missionnaires ni coureurs de bois n’avaient pu encore atteindre ». On savait qu’il avait terminé sa vie en retournant « à l’état naturel », subsistant de ses pêches sur les côtes improspectées du Pacifique. On savait qu’entretemps, dans le quotidien toulousain La Civilisation, il avait préconisé comme mode d’action prioritaire contre les pouvoirs en place la stratégie redoutable du « calme plat » consistant à ne même pas prendre connaissance des lois en vigueur et à répondre léthargiquement à tout arrêté municipal et à toute obligation civique jusqu’à ce que l’appareil social tout entier soit complètement paralysé par cette symphonie de fins de non-recevoir. Mais ce qu’on ne savait pas, avant que le très fiable historien rebelle Michel Perraudeau ne sorte fin 2012, aux éditions libertaires, un passionnant Anselme Bellegarrigue, le premier des libertaires, c’est que ces données biographiques parcimonieuses et quelques autres qu’on retrouve dans une muflée de publications historiques, y compris dans mon Anthologie de la subversion carabinée, s’avéraient archi-fausses. Archi-fausses, jambon à cornes ! Non, Anselme n’a pas tarzanisé durant sa petite enfance et ses derniers jours, établit Perraudeau après des recherches pointilleuses. Il est né à Monfort, dans le Gers, et a trépassé en République de Salvador où il avait créé une faculté de droit au sein de l’austère université nationale. Bellegarrigue, qu’on se rassure, n’en reste pas moins un des « inventeurs les plus originaux de l’anarchie ». Aimantés par une fort belle écriture, « servie, précise Michel Perraudeau, par le sens de la formule, par l’ironie ajustée, par l’art de la concision, de la synthèse, de la touche au cœur », ses pamphlets meurtriers sont au top du crime littéraire, sur le même palier que La Boétie, Stirner, Darien. Cavalcadant principalement dans l’essai krakatoesque Au fait. Au fait !! Interprétation de l’idée démocratique (1848) et dans les deux uniques numéros de sa fouettante revue L’Anarchie, journal de l’ordre (1850), les brûlots d’Anselme passent férocement, et cocassement souvent, à la moulinette   toutes les formes de gouvernement qu’il soit bourgeois, monarchiste, « démocratique ». « Je ne vois pas, en un mot, comment il arrive qu’un gouvernement que je n’ai pas fait, que je n’ai pas voulu faire, que je ne consentirai jamais à faire vienne me demander obéissance et argent. » « Si nul n’avait peur dans la société, le gouvernement n’aurait à protéger personne, il n’aurait plus aucun prétexte pour demander compte à chacun de l’emploi de son temps, du caractère de son industrie, de l’origine de son avoir : il n’aurait plus à demander le sacrifice du sang ni la vie de personne. » et tous les styles de pouvoir hiérarchisé : « Le pouvoir ne possède que ce qu’il prend au peuple. » tous les partis politiques, mêmement filous : « Je proclame mon avènement propre à la souveraineté de fait dans une société où chacun se gouverne lui-même. » le système électoral en soi qui « ne peut être actuellement qu’une duperie et une spoliation ». le socialisme à la Manuel Valls : « Le socialisme veut faire de la société une immense ruche dont chaque alvéole recevra un citoyen auquel il sera enjoint de rester coi et d’attendre patiemment qu’on lui fasse aumône de son propre argent. » les règlements, les interdits, les tables de la loi, qu’elles soient étatiques, familiales, politiques, religieuses. « Je m’étonne, je m’effraie de rencontrer à chaque pas que je fais dans la vie, à chaque pensée que j’accueille dans ma tête, à chaque entreprise que je veux commencer, à chaque écu que j’ai besoin de gagner une loi ou un règlement qui me dit : on ne passe pas par là, on pense pas ainsi, on n’entreprend pas cela. » l’éducastration : « L’enseignement est écourté, ciselé, rogné, et réduit aux étroites dimensions du moule confectionné à cet effet par le pouvoir, de telle sorte que toute intelligence qui n’a pas été poinçonnée par le pouvoir est absolument comme si elle n’était pas. » le respect des traditions et des lois de l’hérédité : « Pour moi, la création du monde est datée du jour de ma naissance. Pour moi, la fin du monde doit s’accomplir le jour où je restituerai à la masse élémentaire l’appareil et le souffle qui constituent mon individualité. » « le mariage en cul-de-sac » « le dogme de la résignation, de l’abnégation, de la renonciation de soi » et les différents types de servitude volontaire : « Quand bien même le peuple, tout le peuple français consentirait à vouloir être gouverné, je déclare qu’en droit, son esclavage volontaire n’engage pas ma responsabilité, que sa bêtise ne compromet pas mon intelligence. »   Un bien joli jeu de massacre mais qu’est-ce qu’Anselme Bellegarrigue oppose à la société de l’esclavage consenti ? Il lui oppose la société de l’égoïsme fraternel « concourant au bien-être commun » dans laquelle on s’approprie de soi-même, on pratique l’auto-gouvernement, on affirme sa singularité, on n’obéit qu’à ses vraies inclinations, on proclame l’avènement de l’individu-roi. Objectif prépondérant du nouveau monde bellegarriguesque : la jouissance carabinée généralisée. « Je n’ai qu’une doctrine, cette doctrine n’a qu’une formule, cette formule n’a qu’un mot : jouir. » En guise de pousse-café, une anecdote prélevée dans L’Histoire de l’anarchie de Claude Harmel et Claude Sergent (Ivréa) qui n’est pas infirmée, semble t-il, par les recherches de Michel Perraudeau. Se pointant à Paris juste le jour de l’émeute républicaine du 24 février 1848 qui envoie Louis-Philippe paître les oies, Anselme Bellegarrigue est pris en aparté par le jeune galibot « noir de poudre et délirant de joie » qui monte la garde devant l’Hôtel de Ville. -       « Cette fois on ne nous la volera pas, notre victoire. -       Ah, mon ami, lui réplique le libelliste, la victoire, on vous l’a déjà volée : n’avez-vous pas nommé un gouvernement ? » À lire de Michel Perraudeau, aux intrépides éditions libertaires, outre le roboratif Anselme Bellegarrigue, le premier des libertaires, Léo Ferré, poétique du libertaire (2008) ; Vendée 1793, Vendée plébéienne (2010) ; et un fort précieux Dictionnaire de l’individualisme libertaire (2011).

Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

Le 23 décembre 2010 à 12:00

Viktor Orbán plus rapide que "Poutluscozy"

Carte postale de Hongrie

Comment devenir Poutine en son pays quand aucun pétrole ne coule en Hongrie ? Comment régner tel un Berlusconi radieux sur l'ensemble des médias nationaux, Internet compris ? Légiférer dix fois plus vite que l'hyperprésident français ? Lancer la plus grande chasse aux sorcières depuis la chute du Mur et caser ses lieutenants à tous les étages du système ? Après son élection raz de marée en avril dernier, Viktor Orbán va si vite qu'il a laissé tout le monde sur le carreau : opposition, opinion publique, presse, chancelleries, Bruxelles... En huit petits mois seulement, le nouveau Premier ministre est en passe de devenir un autocrate exerçant un pouvoir absolu sur la Hongrie — en toute légalité. Fort de son emprise sur le Parlement à Budapest (sa machine de guerre, le Fidesz, y tient deux tiers des sièges), il a pu modifier à répétition la Constitution, pomper dans le gisement des retraites privées, faire placarder son credo nationaliste dans tous les établissements publics du pays, distribuer des passeports aux minorités hongroises des pays voisins, savonner le pouvoir de la Haute cour de justice, nommer un champion d'escrime à la présidence de la République et, par exemple, un ancien Hell's Angel des "Motard Goy" à la tête de Radio Petöfi, la meilleure station musicale du pays.Sur Radio Kossuth, le France Inter magyar, un journaliste a eu le courage de faire une minute de silence à l'antenne après avoir annoncé la création d'une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH) contrôlée majoritairement par le Fidesz d'Orbán : tous les médias, publics comme privés, devront corriger des informations jugées erronées par la NMHH, sous peine de très lourdes amendes «pour manque d’objectivité politique». Depuis son acte héroïque, on n'entend plus guère le brave homme sur les ondes de Radio Kossuth, il doit être en train de songer à une reconversion radicale.Maigres protestations : plusieurs journaux sont parus mardi dernier avec une première page vide – mais la manifestation qui a suivi n'a rassemblé que 1500 personnes. Les Hongrois sont fatigués de la politique, et Viktor en profite pour courir sur d'autres dossiers. Par exemple l'éviction du metteur en scène Robert Alföldi de la direction du Théâtre National, après qu'un parti d'extrême droite ouvertement anti-rom et anti-juif a réclamé sa tête parce qu'il était "une pédale, un pervers, un Juif indigne du théâtre national" (> pétition internationale de soutien).Ah oui, encore une chose : la Hongrie prend la présidence tournante de l'UE au 1er janvier. Viktor sera au centre de la photo. Bonne et heureuse année en Europe !

Tous les dossiers
Tous nos invités

derniers podcasts

je m'abonne :   
Niels Arestrup
Live • 17/07/2014
Magyd Cherfi : Longue haleine
Live • 12/05/2014
Télérama Dialogue : Norman (fait des vidéos)
Live • 15/04/2014
Emmanuelle Pireyre & Gilles Weinzaepflen : Rêve et travail
Live • 24/03/2014
Bernard Stiegler : Travailler demain
Live • 22/03/2014
Tous les podcasts

Je lance ma
chronique sur
la piste d'envol

Les billets
Règles du jeu
Accès chroniqueurs
 
La revue collaborative du Rond-Point
Vos chroniques   Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Piste d'envol   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Accès chroniqueur   Presse
ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point, avec le soutien d' 
Site administré par
© 2014 - CC.Communication