Romain Boussard
Publié le 18/11/2012

Toute première foi


Ancien étudiant en coloriage et pâte à modeler reconverti dans le dessin d'actualité. 
http://rboussard.canalblog.com/
 

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Le 17 juillet 2011 à 09:02

De la nécrologie comme crotte de chien

Le deuil est un chien comme les autres

Aux fantômes on s’en prend comme aux chiens. On les mate, on les dresse. Assis, debout, couché, attaque, à la niche, lève la patte. Adopter, apprivoiser l’animal, c’est se garantir une domination définitive, s’aliéner un amour à vie. On a son chien, on est quelqu’un. Obéissant, fidèle, loyal, protecteur, craintif, il se montre reconnaissant à jamais de la dépendance où on le tient, l’animal domestique. Il ne connaît ni la rancœur ni l’ingratitude. Sa jalousie, une plus-value, grandit le maître. Le deuil est un chien comme les autres. On asservit le spectre, on le nourrit. On le soumet à nos peurs du grand néant inconcevable. On a une ardoise avec le ciel, on en appelle aux morts, on prie pour la paix de leur âme dans tous les bénéfices du doute. C’est faire avec ce qu’on a, exactement rien. Le deuil, c’est faire avec rien. Et les morts et les deuils s’entrechoquent, on mélange bientôt nos fantômes, les spectres sont pratiques ; ils rapprochent ceux qui restent. Pareils, les chiens se reniflent le trou du cul sous l’œil mouillé de ceux qu’ils baladent, et qui grâce à eux s’accostent enfin. Puis on ramasse les excréments, c’est la moindre des choses. Il faut bien que les vivants traversent le monde sans marcher toujours dedans. Goûter de la nécrologie, guetter l’hommage de tf1, acheter le journal match ou libé parce qu’il a fait sa grande une avec le petit mort de l’année, c’est ramasser dans un sac plastique la crotte de chien ; pour que les vivants marchent un peu au propre, au clair, au calme d’une conscience débarrassée momentanément du suprême effroi d’être soi-même le jouet de la mort.

Le 6 décembre 2010 à 07:23

Avis de recherche

Un homme de 38 ans, Christophe M., a disparu depuis lundi soir. Il semble qu’il ait quitté le domicile conjugal à la suite d’une altercation avec son épouse à qui il reprochait une certaine frigidité. L’homme semblerait s’être rendu ensuite chez son meilleur ami qui est actuellement absent pour plusieurs mois en raison d’une délocalisation de son entreprise en Arabie Saoudite. La femme de celui-ci déclare que Christophe M. lui a effectivement rendu visite dans la soirée de lundi mais qu’il l’a quittée vers deux heures du matin. Christophe M. a ensuite été aperçu au domicile de Monique G., secrétaire de l’entreprise qui l’emploie, où il n’est, semble-t-il resté que deux heures. « Il est venu chercher un certificat de travail » nous a déclaré Monique G qui l’a vu se diriger vers le pavillon de sa voisine, une femme célibataire, qu’il connaissait et que nous n’avons pu joindre. Un peu plus tard, une troupe de majorettes nous révèle que Christophe M. s’est rendu à leur local qu’il a quitté plusieurs heures plus tard en annonçant qu’il comptait se rendre au foyer de jeunes filles de la rue voisine.  La dernière trace que l’on ait relevée de Christophe M. se situait aux alentours du bois de Boulogne où un témoin prétend l’avoir vu s’introduire successivement dans plusieurs camionnettes en stationnement. Depuis plus rien. La famille est anxieuse et lance un avis de recherche. Merci de bien vouloir rassurer une femme et des parents terriblement inquiets.

Le 25 janvier 2011 à 08:18

Fils de, encore un !

Jules Gabot est en retard au rendez-vous. Il a eu une fuite en urgence. Il me retrouve au Stella, la brasserie hype de la ville. Il est tel qu'en lui-même, nature, une clope à l'oreille, cheveux ébouriffés. Il a commencé sa carrière de plombier en 2008, et sa première intervention eut lieu à sa mairie.– J'ai été gâté. Peu de jeunes plombiers peuvent en dire autant.– Votre nom, déjà…– Au contraire! L'employé voulait éviter un "fils à papa" (Jules mime les guillemets) et s’est trompé. Du coup, il m'a traité comme un simple pékin et j'ai donné tout ce que j'avais. Il a apprécié et a fait le buzz. Ça a été très vite !– Etre le fils de Philippe Gabot influe forcément !– Non. Si je me plante, terminé. On n'attend pas après moi! Vous savez, c'est "pénible" (même geste) d'être toujours soupçonné de devoir sa carrière à son père. Prenez les chanteurs : qui va leur reprocher ça ? Arthur H, M, David Hallyday et bien d'autres, on ne fait jamais référence à leurs pères ! Pourquoi nous, les plombiers, boulangers, maçons, on nous le reproche ?– C'est plus facile d'entrer dans la carrière.– Disons qu’on connaît mieux le milieu, mais après ? Tu loupes un joint et terminé ! On ne dira jamais assez l'amertume de ces jeunes loups fils de, comme Cédric Donzère, charcutier fils de, Jean Thomas, agriculteur fils de, et Céline Barbe, coiffeuse fille de. Et on comprend que pour être crédibles, ils doivent faire leurs preuves deux fois plus que n'importe qui. dessin © dominiquecozette

Le 24 décembre 2012 à 08:18

Sortie de contexte

Je commençais ma carrière de future députée, j'apprenais à manier la rhétorique, à détourner les sujets, à affûter la langue de bois, à noyer le poisson, utilisant parfois des éléments de langage, usant grossièrement de mauvaise foi et d'éhontés mensonges tout en accumulant d'infidèles followers. Bref, je suivais mon petit bonhomme de chemin politique quand soudain, le dérapage : la sortie de contexte ! Quelqu'un me prit à partie, me postillonna dans le nez : - q'vous foutez là ? - vous voyez, je creuse mon sillon ... - C'est pas vot' sillon ! - j'ai juste glissé ! - Vous êtes dans mon contexte à moi !! - Ben je vais retourner dans le mien, alors. C'est par où ? - Trop facile ! Vous sortez de votre contexte et après vous prenez l'air con ! "Ah, j'savais pas, c'est comment qu'on fait pour revenir" ? Pathétique !? - OK, m'énervé-je. Je fais quoi là ? - Rien. Quand t'es sortie, t'es sortie. Terminé. - C'est pas la mort... - C'est juste astigmatisant ! Ça peut être estrêment négatif ! R'gardez les autres politicards ! Z'aiment pas que ça leur arrive ! Perdent des points parfois ! Des élections ! Alors dégagez, hop ! Allez, bien le bonjour ! Je m'éloignais quand je l'entendis hurler : - Et la parenthèse, c'est qui qui va la fermer ? - Vous savez quoi ? haussé-je le ton, je vous tacle et vous retacle et bien profond en plus. Au plaisir, cher ami ! Je claquai la parenthèse avec fracas, quelques guillemets se brisèrent, et retournai hashtaguer dans le timeline des twittos anonymes. Non mais !

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