Romain Boussard
Publié le 18/11/2012

Toute première foi


Ancien étudiant en coloriage et pâte à modeler reconverti dans le dessin d'actualité. 
http://rboussard.canalblog.com/
 

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Le 1 octobre 2011 à 10:44

Ernest Coeurderoy (1825-1862)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On sait que les utopistes historiques (Platon, Owen, Cabet, Saint-Simon, Campanella…) n’étaient guère des marrants et qu’ils s’escrimaient à vouloir imposer rigoristement leur conception moralisto-hygiéniste du bonheur obligatoire. Il y a eu heureusement d’égayantes exceptions. Y a eu, bien sûr, Fourier et Rabelais. Y a eu l’Oscar Wilde de L’Âme de l’homme sous le socialisme. Y a eu, peu après 68, L’An 01 de Gébé. Y a eu au XIXe siècle l’ahurissant Didier de Chousy dont on peut découvrir les vues toc-toc dans cette rubrique. Mais il y a eu également quelques dizaines d’années avant ce dernier le docteur Ernest Coeurderoy qui avait lui aussi une sacrée écrevisse dans la tourte, ce qui ne l’empêchait pas d’être atrocement lucide quand il expliquait pourquoi il urgeait de faire la Révolution dans l’homme et dans la société, titre d’un de l’un de ses pamphlets cardinaux (1852). « Sache donc pourquoi ton intérêt particulier est toujours absorbé par un intérêt plus fort. Et tu verras que c’est la substitution du signe à la chose, de la fiction à la réalité, de la propriété à la possession, de l’héritage à l’usufruit, de l’encombrement à la circulation, du devoir au bonheur. Il n’y a plus à hésiter. Nous n’avons pas le temps d’être eunuques. Affirmons donc que ce qu’ils appellent Dieu, c’est l’autorité qui bénit le crime. Que ce qu’ils appellent Prêtre, c’est l’autorité qui protège le crime. Que ce qu’ils appellent Professeur, c’est l’autorité qui dresse au crime. Que ce qu’ils appellent Propriétaire, Banquier, Entrepreneur, Commissionnaire, Bourgeois, Patron, Roi, Maître enfin, ce sont les autorités qui entretiennent le crime. » « Arrière, froqués et défroqués !, s’écrie Coeurderoy dans Jours d’exil. Ne me touchez pas. Je n’ai besoin ni de vos enregistrements, ni de vos parchemins, ni de vos actes. Vos cierges sentent le vieux bouc amoureux, votre eau bénite est un poison, vos bureaux puent l’employé, vos prières résonnent à mes oreilles comme des chapelets de blasphèmes ! » « Quand chacun combattra pour sa propre cause, précise-t-il dans son troisième et dernier manifeste Hurrah !!! ou la Révolution par les Cosaques (1854), personne n’aura plus besoin d’être représenté. Au milieu de la confusion des langues, les avocats, les journalistes, les dictateurs de l’opinion perdront leur discours. » Car, et c’est là l’enseignement-clé du polémiste, « l’homme veut jouir, jouir de lui-même et jouir de sa vie. Et en vérité, en vérité, l’homme jouira ! » « Peuple, tu as raison ! Il te faut le beau froment qui mûrit au soleil glorieux, et puis le vin vermeil, les fruits aux saveurs fines, les métaux utiles et les pierres précieuses, les enivrants parfums, les tentures écarlates, les manteaux de velours et de soie, les femmes aux seins rosés, les coursiers hennissants, et la chasse et les fêtes, et les concerts, et les réjouissances et les spectacles qui versent dans le cœur des flots d’amour et d’harmonie. Il te faut tout cela à profusion pour accomplir ta destinée, pour développer pleinement ta splendide existence. Et si l’on te refuse tout cela, Peuple, prends-le ! »Les fulminations de notre esculape écrites d’un jet dans de petites brochures semées à tout vent lui vaudront, l’on s’en doute, quelques mistoufles. Jeté à la porte de l’hôpital du Midi de Paris, traqué par la police française pour avoir conspiré contre l’État, expulsé de Suisse où il s’était réfugié par le gouvernement radical vaudois, refoulé par les autorités belges, rechassé de France par un arrêt de la Haute Cour de Versailles, éjecté des États du Piémont « sous prétexte d’aliénation mentale », le docteur rebelle n’en continuera pas moins à fignoler par voies et chemins ses appels volcaniques, magnifiquement cocasses souvent, à la refonte hédoniste de la civilisation judéo-chrétienne. C’est ainsi que, ne doutant de rien, Ernest Coeurderoy nous invite, notamment, à réimaginer l’identité : « Votre nom doit varier suivant l’âge, le lieu, le temps et les événements. Aux uns, il suffira d’un nom pour toute leur vie, les autres en useront autant que de chemises. » À réimaginer l’amour : « On reste ensemble tant qu’on se convient, éternellement si l’on veut ; on a plusieurs hommes ou plusieurs femmes, si l’on s’en sent le courage ; on alterne, on varie. » À réimaginer l’élégance : « En ces temps de liberté, de grâce, de bonheur et de fête, chacun choisira son costume dans l’étoffe et la couleur qui lui plairont davantage. Les tailleurs seront quelquefois consultés, rarement obéis. Alors, chacun étant différent de tous, l’originalité des costumes ne sera plus un ridicule. » À réimaginer l’écriture : « Je me mets au-dessus des règles de style, de ponctuation et d’orthographe que voudrait m’imposer l’usage. Ce sont là encore des entraves, des bâillons qui paralysent mes allures libres, ma libre diction. » À réimaginer l’information : « Au premier beau jour de la liberté, les journaux pousseront tous à la fois comme chiendent en bonne terre, traceront, envahiront et finiront par étouffer leur père, le journalisme. Alors, sur chaque question, tout individu pourra donner son avis, le faire tirer à des milliers d’exemplaires et le répandre en public. » À réimaginer l’urbanisme : « Les habitations des hommes sont disposées en cercles, en croissants, en squares, en corbeilles de plantes, en ermitages, au hasard et au cordeau. » À réimaginer même la villégiature : « On est chez soi partout. Le train de plaisirs devient une réalité. On part à son heure, on s’arrête à son gré. Les convois sont fournis de toutes les commodités, de tous les luxes, de tous les divertissements désirables. Beaucoup ne connaissent plus d’autre patrie. »« Affligés, voici l’heure de la joie, épilogue le toubib insurgé. Fondons les canons de fusils avec les fers qui meurtrissent nos chairs et si le plomb nous manque, nous le chargerons avec des fragments de couronnes ! »> A lire : Ernest Coeurderoy (1825-1862) Révolution, désespoir et prophétisme, orchestré par Alain Brossat, L’HarmattanDeux éditions récentes de Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, l’une aux  Archives Karéline, l’autre chez Canevas

Le 9 avril 2013 à 07:52

WWF publie sa liste annuelle d'animaux qu'il n'est franchement pas du tout nécessaire de protéger 

New-York – Comme chaque année, le Fond Mondial pour la Nature (WWF) a rendu publique sa liste réactualisée de ces espèces qu’il n’est franchement pas du tout nécessaire ni urgent de protéger. Une liste qui fait débat – parfois même au sein de l’association – mais qui est suivie dans de nombreux pays. Des priorités même dans le monde animal C’est lors d’une conférence de presse express que le Fond Mondial pour la Nature a révélé sa liste 2013 des animaux qu’il n’est franchement pas nécessaire du tout de protéger. Une liste peu différente de celle des années passées, dans l’ensemble. On y retrouve sans surprise le requin blanc. « Une espèce sans intérêt et dangereuse » a commenté le porte-parole de l’association écologiste. « Les rares fois où on essaie de s’approcher d’eux, ils sont agressifs, nous avons perdu suffisamment de plongeurs dans ces idioties » rajoute t-il. Suivent le Dragon de Komodo, reconnu pour sa laideur. « On n’arrive à rien avec ces animaux. Ils font peur aux enfants. Nous avons tenté de faire des peluches à leur effigie, nous n’en avons vendu aucune » ajoute-t-il. Parmi les nouveaux venus, le Koala. L’animal, pourtant au demeurant fort sympathique et à l’allure attendrissante, a usé la patience de nombre d’organisations écologistes. « Nous dépensons des millions pour leur protection et ça ne fait que manger de l’eucalyptus à longueur de journée. Il arrive un moment où il faut taper du poing sur la table ». WWF précise que l’ajout sur la liste est temporaire. « Une fois qu’ils comprendront qu’on ne peut pas toujours être derrière eux, ils se bougeront » . En fin de liste on trouve la grenouille violette, elle aussi très critiquée pour son esthétique « Elle ressemble à tout sauf à une jolie grenouille. Et jusque là on ne lui pas trouvé la moindre utilité ». Autres animaux concernés, le Cochon de mer, qualifié de « moche, triste et ridicule », ou encore le Chlamydophore tronqué qui a surtout beaucoup fait rire l’assistance. Le Gorafi photo: DR  

Le 8 mai 2012 à 10:39

"Je n'avais pas envie de la jouer à la Jospin, de créer du drame et de plomber l'ambiance"

Nicolas Sarkozy, Atlantico.fr, lundi 7 mai 2012.

Il avait commencé comme client de brasserie, il finit comme agent d’ambiance. C’est vrai qu’il a assuré le spectacle au soir de sa défaite, ce Nicolas Sarkozy qui va nous manquer à l’heure où l’on cherche des perles à enfiler pour des sites à caractère collaboratif. Au risque de ne pouvoir ressortir vivant de la place de la Bastille, on prétendra qu’il a attendu de ne plus être président pour parler ainsi que la dignité de la fonction requiert. Bon, c’est vrai qu’à la fin de son oraison, lancer: “vous êtes la France éternelle” à une palanquée d’ados branchouillés, de dames botoxées, et de bourgeois indignés, il y avait de quoi  vendre son âme au diable pour échapper à une telle éternité.  Mais, dans le genre : ‘”j’ai-paumé-j’ai-pas-l’air-con-mais-je-vais-me-tirer-avec-les-honneurs” le président sortant s’en est mieux sorti que Jospin qui, lui, se l’était plutôt jouée à la Anelka quittant encapuchonné  la Coupe du monde de football. Giscard, lui,  se l’était jouée à la Domenech attendant l’ultime moment pour mettre au défi de l’exfiltrer d’un poste où il pensait qu’on le regretterait un jour. Sarko a placé la barre très haut. Il se l’est jouée à la Messi, en assurant que ce fut un honneur de descendre parmi les hommes, mais que d’autres buts l’attendent  une fois débarrassé de ses défenseurs. L’adieu du stade, en quelque sorte.

Le 8 octobre 2013 à 16:22

La Berryer au Rond-Point #3

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

> Première partie Invités : Eric Dupont-Moretti et Christophe Alévêque Candidats : Raphaël Charpentier et Michael Calais Contre-critique : Bertrand Périer et Edmond-Claude Frety Les 12 Secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau. Enregistré le 30/9/13 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point Durée : 0:52:16 Le grand oral désopilant du Barreau de Paris Entre catch verbal et jeux du cirque, cette joute oratoire mythique et saignante se déroule selon un rite immuable, où tous les coups – absolument tous les coups – sont permis. À chaque génération, les 12 meilleurs avocats du Barreau de Paris s’affrontent autour d’un invité de marque issu du monde du spectacle ou de la politique (Salvador Dali fit sensation en arrivant avec deux panthères dans la Salle des Criées du Palais de Justice). La « Berryer » – c’est le nom d’un avocat du XIXe siècle qui défendit toute sa vie ceux qui n’avaient pas les faveurs du pouvoir – se transporte exceptionnellement dans la grande salle du Rond-Point pour nous faire partager l’expérience unique d’une profession qui célèbre le travail dans le temps sacré d’une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole.

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