Emma La Clown
Publié le 31/05/2010

Les p'tits bonheurs d'Emma


1ère recette pour être heureux

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Emma la clown a joué en France, Suisse, Allemagne, Ecosse, Espagne, Italie, Norvège, Pologne, New York, Québec, Jordanie, Afghanistan, en tribus Kanak (Nouvelle Calédonie)... Elle a joué en théâtre, cabaret, cirque, rue, parc, port, café, grotte, château, péniche, métro, école, appartement, squat, café-théâtre, télévision, radio… 

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Emma La Clown

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Le 21 février 2015 à 10:10

La Viande qui vient

Avant de cesser de manger de la viande, j’avais un cauchemar récurrent. Je voyageais dans mon propre ventre. Je traversais mes intestins comme si c’étaient des enfers en technicolor, avec des couleurs criardes. Au cœur de ceux-ci il y avait un grand diable fait entièrement de saucisses animées et il me narguait en me présentant, dans des souffrances épouvantables, tous les porcs qui étaient morts pour remplir mon gros ventre. Alors que mon apparence extérieure restait intacte, je sentais mon âme dévorée, non par les bêtes, mais par moi-même. Heureux, l’homme que le lion dévorera, et l’homme deviendra lion. Malheureux, l’homme qui dévorera le lion, et l’homme restera homme.Je devenais comparable à la déesse Kali, se dévorant elle-même. Je me vivais comme l’épiphanie ténébreuse d’une fin du monde. J’étais, moi-même, l’Apocalypse. Nous ne dévorons pas que des animaux. Nous dévorons aussi des hommes, et nous dégustons leurs infortunes. Nous nous saoulons quotidiennement du sang de tous ceux dont l’échec nourrit notre réussite ; nous léchons avec délectation les larmes de tous ceux dont le malheur épice notre plaisir. Il faudrait que cette envie de vomir qu’il nous prend à la vue de certains plats de viande jadis appréciés, nous puissions l’avoir au goût de certains comportements politiques qui se paient sur l’intégrité des autres. Il ne faut pas se refuser à une tentation, avec la raideur du prêtre, elle n’en devient jamais que plus impérieuse. Il faut réussir à comprendre de quoi est composé une passion pour finir par estimer tout à fait logique de s’en passer. Et, de la même façon qu’on finit par trouver qu’une odeur qui fut naguère celle, ragoûtante, d’un plat de saucisses, est devenu un dégoût perpétuel, parce qu’à cette odeur ne se rattache plus la détente de l’enfant qui va manger un hot dog à midi avec des frites, mais la vision des porcs qui meurent pour produire cette denrée ; de la même façon, on cessera de prendre du plaisir à la servitude des autres. On cessera de s’acharner avec une jubilation mauvaise sur les minorités pauvres de ce pays, on cessera de vouloir « contrôler » l’immigration et on commencera par ne pas trouver normal que nous nous enrichissions sur le pillage de l’Afrique. On en finira avec toute la politique « civilisatrice », néo-coloniale américano-européenne. On cessera de donner des leçons aux autres, et on commencera par se comporter à peu près décemment avec les personnes qui nettoient nos chiottes, nos métros, nos rues. Parce que ça nous semblerait dégradant pour nous, même, de tenir les plus pauvres et les plus faibles en servitude. Parce que ça aura cessé de nous faire jouir. La sempiternelle amnésie dans laquelle nous vivons l’ingurgitation des repas devrait nous renseigner sur la façon dont fonctionne notre appareil cérébral. La nourriture, c’est la base active sur laquelle nous composons notre traversée des émotions. Or nous ne savons à peu près jamais ce que nous mangeons, et nous nous contrefichons de ce qui doit passer par ce que nous mangeons pour que nous nous estimions repus. Egalement, passé un certain moment de la vie – celui à partir duquel on juge qu’on est « adulte » – on cesse de questionner la véritable raison de nos actes, et l’articulation entre nos sentiments, bons ou mauvais, nos réactions, bizarres ou logiques, nos expressions, rationnelles ou délirantes. Il faut imaginer que les super-riches ne se rendent pas compte du mal qu’ils produisent, et qu’ils en ressentent seulement l’impérieux besoin : ils se paient sur le dos des pauvres comme les pauvres se paient sur le dos de leur famille, qu’ils torturent, ou des animaux, qu’ils frappent et bouffent. Ils ont besoin d’assouvir une pulsion destructrice parce qu’elle leur semble la seule à les rassurer sur la réalité de leur puissance. C’est la même chose chez les amoureux déçus, malades d’amour qui transmettent leur malédiction à leur future proie. Ils veulent manger comme ils ont été mangés. Et encore, « vouloir » n’est pas le bon terme ; ils ne savent plus aimer autrement. La souffrance c’est comme une carte maudite tirée au jeu et qu’on veut remettre au plus vite en circulation, mais qui nous revient sans cesse entre les mains. En réalité, on ne peut pas s’en défaire en la refilant à quelqu’un ; rien ne sert d’essayer de s’en débarrasser ; il faut la brûler soi-même avec le feu de son âme, et c’est le travail de toute une vie. L’intensification des passions égoïstes et la façon dont le superflu devient plus obsédant que le nécessaire, il n’est pas besoin d’imaginer de raisons plus subtiles au misérable fonctionnement de ce monde. Il n’y a rien de plus facile à déduire que l’insensibilité pathologique de ceux qui réussissent : ils ont été progressivement habitués à un certain nombre de sacrifices de la part d’autrui, sacrifices qui furent nécessaires pour leur ascension, et de ces sacrifices, ils finissent par en éprouver, non pas le désir, mais bien le besoin. Les super-riches ont besoin de nous voir nous appauvrir et nous avons besoin de voir s’anéantir les misérables. Nous avons besoin de voir souffrir les animaux, et les puissants ont besoin de nous voir mourir pour eux. Nous sommes ce qu’ils mangent. Nous sommes la viande qui vient. Et plus ils grossiront, plus ils auront faim.

Le 18 octobre 2011 à 08:34

Etaix Pierre, la douce courtoisie du héron cendré

Avant la lecture de ses Textes & Textes par Ariane Ascaride et Thierry Frémont au Rond-Point*

Rupture, 1961, court-métrage de Pierre Etaix et Jean-Claude CarrièreJ'ai eu la chance de doubler Pierre Etaix dans un couloir d'hôtel de la baie de Calvi où nous nous trouvions invités lui et moi et 500 autres convives à saluer le "vent" le temps d'un festival, ça soufflait bien. Nous nous sommes engouffrés avec un balai de feuilles d'eucalyptus dans une cage d'ascenseur qui menait au bar cinq étages plus bas. J'ai eu un petit creux durant la descente, alors sur un simple froncement de sourcil avec douce courtoisie se tournant légèrement, il me fit des côtes d'agneau en ombre chinoise sur la paroi de la cabine. Je lui servis au plus vite un œuf frit au plat, il m'offit simplement son amitié...Pierre et Taix sont nés à Roanne, Vannes étant à l'opposé de l'Hexagone et bien trop près de la mer... De plus quand on sait ce qu'était la difficulté de naître à Roanne à l'époque on ne peut que rester pantois!Pierre Etaix est donc né nu tard, un jeudi 23 novembre 1928. Il grandit sous la houlette de ses parents, son père était crépin...Regard de cygne, élégance du héron cendré, doigts de fée fins, chevelure plaquée du casoar.Tout prédisposé donc à entamer une carrière de graphiste à main nue. Quelques temps après il se met à souffler du verre fin en couleur puis le torsade adroitement dans le Nord de l'Italie, sitôt fait, il rentre en France à Paris et se lance immédiatement dans la restauration de vitraux mille feuilles spécialité de la région. Un soir dans la nef de la cathédrale de Reims, devant l'autel, l'image du grand vitrail est projetée sur le sol, il vient de mettre à jour "la" fameuse lanterne magique médiévale, de là, il ne fait qu'un bond, on le retrouve de profil derrière le verre galbé d'un œilleton de caméra. Il est partout, concoctant des gags pour Mon Oncle, il croque tout, au fusain, au crayon, au charbon, à la plume, à la bouche, il est une abeille, un oiseau-mouche, il frôle dans son sillage Jean-Claude, un gypaète barbu, ils deviennent amis et épousent pour un temps la même Carrière dont Jean-Claude d'ailleurs portait déjà l'enseigne. Tout commence entre eux par leur "rupture" en 1961, deux ans plus tard ils fêtent leur "heureux anniversaire" à Hollywood et se voient remettre un canard laqué en vermeil. Ils secouent la nappe, tournent la manivelle, embrassent Jerry et rentrent à Paris avec Oscar; tout va bien. Puis s'annonce Le Soupirant suivi de Yoyo, Tant qu'on a la santé, Le Grand Amour en 1969, Pays de cocagne...Mais, gêné par le trop bruyant progrès de cette lourde industrie qu'est devenu le métier du cinéma, et le morcellement de la profession... Pierre l'artiste pose doucement la caméra, reprend son envol et fait des super-huit dans le ciel durant une bonne décennie.Puis il se pose sur la toile d'un cirque, se grime, efface son bec fin, s'ébroue pendant que dans son dos de sombres vampires s'emparent de ses œuvres et les rançonnent... ALors il détache ses élytres, enfonce ses larmes dans le bois, dessine un fin sourire et en un tour de magie, sans tambour ni trompette, se change en papillon.Pierre Etaix est Yoyo clown-dessinateur-réalisateur-acteur-musicien-auteur-sculpteur-gagman-magicien et gentleman.Charlie Rivel son ami le disait bien: "un clown ça mourrira jamais". © Le Rire de résistance, tome II, de Plaute à Reiser (Théâtre du Rond-Point / Beaux Arts éditions)* Textes & Textes Etaix, de Pierre Etaix, lu par Ariane Ascaride et Thierry Frémont (mise en voix Jean-Daniel Verhaege) : les 17, 18, 19 novembre à 18h30 > plus d'info

Le 16 septembre 2011 à 08:01
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