Sebh Leouf
Publié le 25/11/2012

Le marabout Juppé à votre service


Sebh ne sait pas se décrire car personne ne lui a appris. Tout ce qu’il sait faire c’est dessiner des gens qui donnent leur avis sur www.lapin.org, ou des multitudes de personnages enchevêtrés dans des accumulations agglomérées et bourrées de références acidulées sur son site : www.sebh.tk

 

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Le 27 juin 2015 à 14:19

Comment j'ai été attaqué par un banc de cachalots

Histoire vécue

Mercredi 18 décembre 1991, nous sommes à bord d'un catamaran en route pour la traversée de l'Atlantique sud par la route des alizés, cap sur Sainte Lucie aux Antilles. « La croisière en chaise longue ». Partis de Ziguinchor en Casamance, nous avons pris la mer, le samedi 14 décembre 1991. Aujourd’hui, c'est notre quatrième jour de mer, nous sommes à la hauteur des îles du Cap Vert.Il est environ 18 h. Je suis de quart. Tout est si calme que le coéquipier est allé prendre un bain de soleil à l'avant du bateau! Le capitaine dort dans la cabine arrière et moi je m'accroche au bastingage pour ne pas m'envoler, tellement la sensation de bien-être est exceptionnelle. Nous sommes très contents et du bateau et de nous! Tout va bien! Tout à coup, un énorme choc secoue notre navire. Comme si nous étions  passé sur une montagne.  « Quoi, qu’est-ce que c’est ? un fût de pétrole, un container ? »Sur bâbord des bêtes immenses sortent de l'eau, soufflent de l’air et plongent à nouveau. « Des baleines, des cachalots! »  Le capitaine sort de sa cabine et file chercher son appareil photo pour immortaliser la scène. Les voilà qui se mettent en ligne, en formation, à l'arrière du bateau, ils sont neuf dix, on dirait des sous-marins. Il y en a un qui vient à notre hauteur sur bâbord et nous fixe avec son œil, un œil immense très vivant. Il nous suit...  soudain il sonde... Un énorme coup de boutoir exactement au centre du bateau défonce le bulbe à l'arrière, casse la porte et nous projette en l'air. « On est coulé!!! » Et là, on voit cette bête énorme!... grande comme un autobus! qui refait surface et rejoint les autres qui nous suivent tranquillement, rangés en ligne, à l'arrière, toujours en formation. Alors qu'on était secoué par ce deuxième choc, on voyait l’eau qui rentrait, on ne savait pas si on allait couler ou si on allait flotter... arrive par bâbord arrière, LA BETE... mais la vision de... le monstre marin qui nous fonce dessus,  bondit hors de l'eau, tente de nous écraser, se casse la gueule en glissant sur le pataras bâbord, et retombe lourdement dans l'eau en laissant des morceaux de chair et des traces sang. On était dans une fureur... « NON!!!!!!!!!!!!! »   « Le léviathan!!!...». Comment repousser ce monstre ???... On était vraiment désemparés.  J'ai  pensé à la trompe, cette espèce de corne à air comprimé que tu prends dans les matchs de foot. J’ai pressé sur ce truc ridicule.  Est-ce que ça a fait quelque chose? Je n'en sais rien, on ne peut pas se rendre compte... on ne peut plus se rendre compte... à ce niveau-là... tellement c’est...  « La bonne idée. Le moteur. Il faut qu’il comprenne qu’on est pas une baleine... et bol immense le moteur démarre... ça part touftouftouftouf... Et là, aussi soudainement que c’était arrivé, aussi soudainement c’est reparti. Nous avons vu le groupe s'éloigner, lâcher prise et nous abandonner par tribord arrière. Mais seulement, voilà... maintenant on était naufragé... et ça...  ça changeait complètement la donne.

Le 4 mai 2011 à 10:30

Mille colombes au Fouquet's

Entretien avec Christophe Alévêque

Franco Bolli : Alors les mille colombes, qu’est-ce que c’est ? Christophe Alévêque : C'est un mouvement de résistance ludique né le 6 mai 2007 à 23h15 suite à l’apparition de Mireille Mathieu sur la place de la Concorde. Nous étions devons nos écrans de télévision et là on s’est retrouvé avec Mireille Matthieu, Enrico Macias, Gilbert Montagné et Jeane Manson. On a cru qu’on était en mai 60 mais non, on était en 2007. Et quand l’icône des Japonais a décidé de chanter « mille colombes » là  je me suis dit « ça commence très très mal, c’est le début d’une longue série. » Et effectivement, ça a été le cas : la première grosse connerie d’une longue série. Ensuite, il y a eu la soirée au Fouquet’s, alors on a décidé de grouper les deux et de faire une sorte de madeleine de Proust mal digérée : le Fouquet’s  + Mireille Mathieu = mille colombes. Tous les ans, on se réunit pour fêter l’anniversaire du petit devant le Fouquet’s. Et  cette année, c’est les 4 ans. FB : Cette édition pourrait être la dernière ? CA : Normalement, c’est le dernier anniversaire du Petit devant le Fouquet’s, étant donné que le 6 mai 2012 sera le deuxième tour des présidentielles mais on n’est à l’abri de rien. Cette année, il y aura les classiques : on va chanter faux tous ensemble, il y aura une fanfare, un gâteau d’anniversaire, une distribution de billets de 500 euros pour relancer le pouvoir d’achat et puis quelques surprises. Il est possible que je fasse une tentative d’immolation. FB : Comment se sont déroulées les premières éditions ? CA : Ce qui est important, c’est qu’on ne fait pas ce rassemblement pour se compter : c’est un geste, une réaction. La première année, on était 50 devant le Fouquet’s et on a ri autant sinon plus que les autres années. L’idée, c’est de faire un pied de nez devant cet endroit qui est une sorte de succursale de l’Elysée. On n’a jamais été emmerdé par les forces de l’ordre. Les responsables du Fouquet’s ne peuvent rien dire : le trottoir ne leur appartient pas et ce n’est pas ça qui va leur faire perdre leur clientèle de Japonais. La première année, c’est limite si le type des RG n’est pas venu chanter les mille colombes avec nous. Ce n’était pas l’heure et l’endroit pour lui mais ce n’est pas le cœur qui lui manquait. La première année il y avait 2 ou 3 cars de CRS mais ils ont compris que c’est un mouvement de résistance ludique et qu’on n’est pas là pour foutre la merde. FB : Quel est le message que vous souhaitez faire passer ? CA : Le message politique qu’il y a derrière tout ça, c’est de résister en se moquant d’eux et puis le fait de le répéter, ça permet de ne jamais l’oublier. Ils ont essayé d’effacer ce moment du concert de la Place de la Concorde  qui était pathétique à mourir. Le Fouquet’s qui était le premier geste d’une grande série de maladresses du Président de la République, ils ont essayé de le gommer plusieurs fois. Nous, on est là pour le réécrire à chaque fois qu’ils veulent l’effacer. FB : Avec ce genre d’actions, ne courez-vous pas le risque de vous fermer des portes au niveau des médias ? CA : Je fais ce que je considère comme mon métier de pitre social jusqu’au bout. Certainement, ça me ferme des portes mais tant pis. Je trouve que l’époque est apathique, consensuelle, lisse. Tout le monde est dans la peur et dans l’angoisse et c’est ce que j’essaie de dénoncer donc  si je ne suis pas le premier à le faire, il y a un truc qui merde. FB : Si Nicolas Sarkozy est réélu, pourriez vous accepter un Ministère d’ouverture ? CA : Il y a un peut-être un Ministère que je pourrais accepter, c’est celui de la suppression de l’élection présidentielle. FB : Quelle alternative proposez-vous? CA : On peut penser à une forme de constituante. On vit dans une sorte de monarchie républicaine et un seul homme porte beaucoup trop de pouvoirs et de puissance dans ce pays donc si on tombe sur le mauvais comme c’était le cas il y a 4 ans, ça peut finir en catastrophe. Il faudrait un peu plus de pouvoir à l’Assemblée nationale et répartir un peu plus la démocratie entre tout le monde. FB : il ne s’agit pas pour vous d’un rejet de la politique en tant que telle ? CA : Pas du tout. Je n’ai jamais dit « les hommes politiques sont tous pourris ». Disons qu’il y a une certaine odeur qui se dégage.  S’ils arrêtaient de faire des conneries, on arrêterait de les répéter. Je crois beaucoup en la politique, je pense que c’est quelque chose de sérieux mais qui est dévoyé depuis quelques années. La Présidentielle c’est devenu un show médiatique. Pour la dernière élection, le débat d’idées était inexistant. C’est des batailles  d’images, de slogans, de paquets cadeaux ; ce qu’il y a à l’intérieur, tout le monde s’en fout un peu. Mais il y quand même clairement une différence entre la droite et la gauche. Le problème après, c’est dans l’application. FB : Et si des partis de gauche vous proposaient de participer à des meetings de soutien ? CA : Je n’irai jamais à un meeting de soutien. Je ne suis pas militant, pas encarté, je suis un homme libre. C’est pour ça que le 6 mai, il va y avoir une surprise. Il est possible qu’à un moment donné, après avoir mûri une réflexion jusqu’à la pourrir, Super Rebelle décide de faire son parcours de son côté et de se présenter à l’élection présidentielle. Pour le moment, j’essaie d’être totalement investi et de consulter tout le monde :  les oracles, ma mère, mes voisins et tous les membres de mon parti politique. Sur le site des mille colombes (http://lesmillecolombes.com/), ça va continuer après le 6 mai. Tout dépend de si je vais au bout ou pas mais pendant un an, il y aura encore plein de choses à faire. FB : Un message pour les lecteurs de ventscontraires.net ? CA : Je compte sur les lecteurs de ventscontraires.net pour la suite, d’autant plus qu’il y aura un spectacle au Rond-Point sur les présidentielles du 10 avril jusqu’au 6 mai. Je participerai beaucoup à ventscontraires.net et je demanderai aussi beaucoup de participation de la part des internautes.

Le 5 juillet 2011 à 09:13

Oncle Viana

Une pièce inachevée d'Anton Tchekov

SOPHIA ALEXANDROVNA, 17 ans. ELENA ANDREEVNA, épouse du père de SOPHIA, 27 ans.   La scène est au salon, dans la demeure familiale. Au lointain cour, un piano et une porte. Au jardin, une table et deux chaises. SOPHIA se trouve près de la table et regarde pensivement un verre vide.   ELENA ANDREEVNA (en entrant). Le Major est parti ? SOPHIA (songeuse). Oui… (elle chantonne : Ah ! Si j’avais un franc cinquante…) ELENA ANDREEVNA. Qu’as-tu, Sonia Alexandrovna ? Tu sembles songeuse… SOPHIA. C’est drôle…Il est parti depuis un moment, mais je crois encore entendre sa voix… (vivement) Comment trouves-tu le Major ? Est-ce qu’il te plaît ?ELENA ANDREEVNA. Oh, oui ! Beaucoup… SOPHIA. Je suis heureuse ! Heureuse ! Quand il est arrivé tout à l’heure, j’ai tout de suite remarqué que son œil avait viré au bleu indigo, ce qui chez lui est signe de soif… Je lui ai préparé un Foutralafraise… ELENA ANDREEVNA (l’interrompant). Un Foutrakoi ? SOPHIA. Un Foutralafraise. C’est comme un Alexandra, mais tu remplaces la crème de cacao par de la liqueur de fraise. Il a eu l’air ravi ! Il m’a dit que même son pianocktail n’en prépare pas d’aussi bons… ELENA ANDREEVNA. Raconte ! Raconte encore ! SOPHIA. Il m’a dit aussi qu’il allait organiser une surprise-partie samedi prochain... Il y aura son ami le Bison, qui jouera de la trompinette ! Et des disques de musique de jazz qui corrompent notre belle jeunesse… Les garçons porteront des vestes trop longues, et les filles des jupes trop courtes… Même Jean-Sol Partre sera là ! Et tout le monde dansera ! Le swing, le jitterburg et la barbette gauloise ! Comme à Saint-Germain-des-Pieds ! (un temps) Et tu connais la meilleure, Eléna Andréevna ? ELENA ANDREEVNA (vivement). Dis-moi ! SOPHIA. Il nous a invitées ! Toutes les deux ! ELENA ANDREEVNA(poussant un cri). Oh oui ! Comme ce sera bien ! J’ai toujours rêvé de danser la barbette gauloise ! SOPHIA. Je vais aller demander la permission à mon père ! Il dira oui, j’en suis sûre ! (elle sort en courant) ELENA ANDREEVNA (chante, en s’accompagnant au piano). J’suis snob J’suis snob C’est vraiment l’seul défaut que j’gobe Ca demande des mois d’turbin, C’est une vie de galérien SOPHIA (revient. Elle regarde Eléna, qui s’interrompt). C’est non. Il ne veut pas.   RIDEAU

Le 13 mai 2012 à 09:57

Entre ici, Michel Drucker

Figure emblématique des dimanches tristes à mourir, vétéran de la petite reine, sa passion éternelle, Michel Drucker s’est éteint ce matin des suites d’une chute, chute terrible à l’arrière du peloton.   « Putain de vélo, putain c’est trop con, je venais de refaire la peinture !», s’est exclamé l’automobiliste qui ce matin t’a renversé.   Michel, toute la famille de la télévision, ainsi que mes voisins de palier, portent aujourd’hui le deuil et ne cessent d’exprimer leur chagrin et leur immense tristesse. Qui, à présent, laissera chanter Michel Sardou sur un plateau de télévision ?   Tes débuts dans les années soixante à l’ORTF comme commentateur sportif furent remarqués par ta voix gutturale et ton accent calvadosien. Puis, las de commenter des matchs perdus à l’autre bout du monde, tu plaques le foot et ses écervelés pour un milieu plus intellect, celui de la variété française.   Tu honoreras la France toute entière en lançant sur ton plateau de futures vedettes : Michel Berger, Michel Boujenah, Michel Delpech, Michel Fugain, Michel Jonasz, Michel Leeb, Michel Polnareff, Michel Sardou, souvent, voire trop et, entorse à la règle, un certain Eddy Mitchell.   Ton nom restera à jamais célèbre puisqu’on lui doit le théorème du même nom : le théorème de Drucker. Théorème encore usité par la jeune génération de présentateurs télé, selon lequel tout nouveau roman ou nouveau film dépasse tout ce qu’on avait pu lire ou voir jusqu’à présent.   Que feront de leurs dimanches après-midi ces millions de téléspectateurs désœuvrés, une fois passé le temps des rétrospectives télévisées pour combler le vide de ta disparition et les grilles de programmes ? Que feront-ils Michel ? Coup dur également pour les maisons de retraite ou ta perte s’annonce aussi difficile à gérer qu’une canicule en plein été.   L’incarnation même du professionnalisme, voilà ce que tu étais Michel. Tout comme ton brushing, jamais un mot de travers à l’antenne. Toujours habillé impec, mis à part peut être ta période pulls Jacquart et col à tarte, ton sourire et ta délicatesse faisaient de toi l’un des présentateurs les plus appréciés. Fallait-il avoir un vélo dans la tête, Michel, pour devenir pilote d’hélicoptère ? Tu as fait fausse route ce matin comme moi en rêvant cette nuit que tu n’étais plus là.

Le 14 avril 2012 à 08:41
Le 29 février 2012 à 08:25

La pita qui se fout de la charité

(parce que j'ai fini par renoncer à "Je m'appelle Hellène" ou "sirtaki le tour")

On m'a demandé une chronique « plus grecque ». En effet, bien des lecteurs de « Vents Contraires » s'interrogent, et c'est légitime, sur l'opportunité de racheter la Grèce pour un euro symbolique et, comme je suis suisse, je m'y connais forcément bien en symbolique.   Bien entendu, le futur acheteur aura des frais. Déjà bien avant la crise actuelle, il y avait beaucoup de laisser aller dans la gestion du patrimoine culturel. C'est plein de ruines partout, une catastrophe. Il faudra également songer à retravailler un peu la mythologie. C'est d'un compliqué ! Et que je me transforme en pluie d'or, et que je sors de ta cuisse, et que je suis Dieu des récoltes, des bichons, des mardis et des boissons chaudes... Prenez la mythologie suisse : une flèche, une arbalète, c'est simple, c'est efficace. L'idéal, pour le futur acheteur, serait d'adapter quelques séries en dessin animé. "Jason 42", par exemple, ça pourrait marcher. Ou "le masque de Zorba", à la limite.   Une chose importante, il faudra repenser le nom. Grèce, c'est très péjoratif, à cause de l'homonymie. Hellas, on n'en parle même pas. J'avais pensé à un truc plus sain, mais qui reste dans l'hellénistique : Omega trois.   Pour la bouffe, ça manque un peu de typicitude. Yaourt grec, sandwich grec, salade grecque : rien de très original, qui n'a pas son yaourt, son sandwich et sa salade, de nos jours ? Il faudra revoir ça   Mais sinon, le côté mer bleue, toits blancs, très bien, très vendeur. A la limite, moi, je revendrais toute la partie un peu montagneuse du pays. Et je recollerais toutes ces îles aussi. Le côté insulaire, c'est sympa, mais il faut pas tomber dans l'exagération.   Voilà. Une dernière recommandation. Je sais que j'insiste un peu avec ça mais c'est important : le futur acquéreur de la Grèce devrait, à mon avis, renoncer au titre de champion d'Europe de foot 2004, je reste persuadé que tout ça n'était qu'une vaste plaisanterie.

Le 19 décembre 2012 à 09:56

Rosa, rosa, rosam, rosae,...

Une virgule qui regrette, par l'arpenteur, sur le déclin depuis 1971

Cher Monsieur Rond-Point, J'ai bien reçu votre invitation à venir gagner à une tombola gratuite pour célébrer la sortie du livre Ventscontraires, et vous en remercie. Je dois malheureusement décliner cette sympathique proposition d'agape, activité pour laquelle j'ai pourtant un certain talent, pour ne pas dire un talent certain, diront certains. Oui, je décline. Ma femme le relève souvent, ce déclin. Sans doute est-ce dû à l'âge, bien qu'en y réfléchissant, je décline depuis très jeune. Je me souviens avoir décliné une invitation à une boum de peur de faire tapisserie. Me sachant fort peu bricoleur, c'était mieux ainsi. Certains diraient que j'avais décliné car je déteste la danse, qui me le rend bien d'ailleurs, cette salope, et ils n'auraient pas forcément tort. Mais j'ai décliné aussi en d'autres circonstances plus respectables, en latin et au collège, pour le plus grand plaisir du chanoine Vogel. Je décline certes moins que l'empire romain d'occident, mais ce n'est que provisoire, puisque je vais disparaître un vendredi de cette semaine, comme l'ont prévu les mayas avant leur déclin ; Il semble donc que je sois enclin à décliner. Mais aujourd'hui, cette inclination à la déclinaison est due à des problèmes géographiques. Malgré les nombreux ronds-points alentour, aucun n'est un théâtre. Devant accepter que chroniqueur à Ventscontraires n'est pas mon activité principale (eh oui !), et qu'un tiers des voyageurs sont arrivés en retard la semaine dernière grâce aux chemins de fer suisses, je ne peux prendre le risque de faire un aller-retour jusqu'à vous, pour grignoter des chips, une coupette à la main, en faisant « hmmm, je vois oui... » la tête inclinée d'un air mystérieux avec ceux que j'ai l'honneur de côtoyer dans les pages du livre. Dommage, il y en a beaucoup que j'aurais aimé rencontrer. Mais peut-être pas eux...

Le 19 juin 2011 à 07:41

Léviathan porte ma raison qu'à la fin je me casse

Monumenta 2011

Lorsque j’ai proposé à mon ami une « interpénétration de nos matières pulvérulentes dans la perspective d'une médiation décomplexante », il a un peu hésité. Je dois l’admettre, le dossier de presse de l’exposition Monumenta 2011 m’avait moi-même laissée quelque peu perplexe, d’autant que je n’ai pas trouvé tous les mots dans mon Petit Larousse illustré. J’ai essayé de lui retranscrire au mieux ce qu’il y était dit de la complexité intrinsèque des palpitations esthétiques de l'oeuvre d'Anish Kapoor dans son ensemble, mais il a tout de même fallu que je me résigne à être plus vulgaire : « on va au Grand Palais voir Anish Kapoor dans le cadre de Monumenta, on aura chaud et un clarinettiste ambianceur nous empêchera de nous entendre correctement pendant 32 des 35 minutes qu'on aura passées à faire la queue, on aura une conversation entraînant un quiproquo qui nous conduira presque à une dispute, ça va être chouette, tu vas adorer ». Finalement, on a réussi à entrer. Et on a refait la queue pour entrer dans l'oeuvre. C'était fou. Je veux dire, toutes ces files d'attente, quel est le but exactement ? Non parce que moi, ça me fait certes piaffer d'impatience, mais d'impatience d'en sortir, d'en finir avec tout ça, alors quoi, ils le font exprès pour pourrir mes dimanches, c'est ça ? Le pire, c'est qu'il a fallu refaire la queue pour en sortir. Deux fois. Est-ce que ça fait partie du dessein du Ministère de la Culture, complotant avec Anish Kapoor ? On m'espionne, c'est certain. On observe mon comportement. On analyse mon animalité. On me plonge dans des viscères délirantes tout droit sorties de l'imagination machiavélique de cet artiste indo-britannique  pour faire resurgir en moi un sentiment de crainte, de dévotion soumise au corps originel, d'oppression organique dont j'ai un mal fou à me défaire depuis 21 ans. Ou 31. Peu importe. J'ai déambulé, presque ivre, à l'extérieur, sous la charpente métallique du Grand Palais, autour de ces grosses sphères anatomiques, me cognant l'esprit contre ces masses qui m'ont rappelé les heures les plus sombres de mon passé médical. Après, on a mangé un sorbet à la framboise en observant les mouettes du jardin des Tuileries.

Le 25 janvier 2012 à 08:09
Le 16 novembre 2013 à 08:53

Mario Rigoni Stern, clochard céleste

Portrait 45

Mario Rigoni Stern est un morceau de neige. Il né en 1921 dans sa montagne, à Asiago en Vénétie et meurt en 2008 au même endroit. Ne croyez pas pour autant que ses pieds n'ont pas goûté plus large. La seconde guerre mondiale le souffle comme un flocon, incorporé par les Italiens, qui soutiennent l'Allemagne. Champs de guerre de France, d' Albanie, puis contre les Russes, puis emprisonné par les Allemands, avec les Russes qu'il devait combattre. Lorsqu'il comprend que le printemps n'empêche personne de mourir, il choisit l'hiver. Mario Rigoni Stern s'évade par la neige en 1943. Deux années d'errance, de la Prusse Orientale jusqu'à Turin. Deux années à marcher dans sa faim comme dans les congères. Après guerre, une fois rentré, il devient employé du cadastre pour se consacrer à la montagne et à l'écriture. Mario Rigoni Stern est le flocon qui brûle la langue de tous les sergents perdus dans la neige. Mario Rigoni Stern est la goutte glacée qui capture la lumière au bout des serres d'un rapace. Mario Rigoni Stern est la larme figée au bord de l'oeil de Primo Lévi. Il sait que les promesses du ciel fondent comme le givre. Que la mort est une couverture pleine de souvenirs. Que des baies poussent dans l'hiver. Il se consacre à sauver ce qu'il reste. L'allure d'un arbre, l'odeur d'un plat, du tabac partagé, la piste d'un oiseau, l'amitié. Des traces de pas dans le grand vide blanc d'après l'horreur. En France il est édité par La fosse aux Ours.

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