Noël Godin
Publié le 06/12/2012

L'Internationale du poil à gratter


Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. »

Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.

 

Contre le théâtre traditionnel

Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge.

Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte.

« Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »

 

Contre le cinéma péteux

Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.

 

Contre l'État nixonien

1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.

 

Contre le stalinisme

Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.

 

Contre le fisc

Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.

 

Contre le syndicalisme félon

Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.

 

Contre les banques

1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

Dans le très catholique "Télérama" belge, "Amis du film et de la TV", Noël Godin, dans les années 70-75, a saboté méthodiquement, et sans jamais être démasqué, les différentes rubriques dont il était titulaire en y injectant une tonnelée de faux "camérages" et de fausses interviews de célébrités cinématographiques, et en rendant compte, de retour de festivals, d'une foultitude de films inexistants dont il fournissait les photos de tournage. A part ça, l'escogriffe a écrit quelques traités de haute pédagogie ("Anthologie de la subversion carabinée", "Entartons entartons les pompeux cornichons ! ...) et a réalisé quelques courts métrages bougrement éducatifs ("Prout prout tralala", "Grève et pets", "Si j'avais dix trous de cul"...).
Toute l'actualité anarcho-pâtissière sur http://www.gloupgloup.be 

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Noël Godin

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Le 9 septembre 2013 à 11:02

La boîte à sels

Vous avez bien lu, ce n'est pas une coquille : « sels » avec un « s ». En effet, il ne s'agit pas du sel mais des sels. Sels de réanimation pour les spectateurs – et surtout les spectatrices – trop sensibles aux représentations des mélodrames à la Porte-Saint-Martin, à la Gaîté, à l'Ambigu-Comique, au cours de la première moitié du XIXe siècle ou au Grand-Guignol à la Belle-Epoque et pendant les Années Folles. C'est en bas de la boîte à sels que le médecin de service – toujours obligatoire à chaque représentation et dont le théâtre d'épouvante avait fait un véritable personnage – dépose sa trousse contenu les premiers secours, en particulier des sels. On a beaucoup glosé sur cette boîte, puisqu'autrefois les boîtes à sel (sans « s ») étaient hautes. De l'importance de l’orthographe... Aujourd'hui, à « boîte à sels » est préféré le mot « contrôle ». beaucoup moins poétique, moins imagé et surtout plus impérieux. C'est là que les spectateurs invités peuvent retirer leurs billets avant la représentation. Elle est située dans le hall, à l'accueil. Au T.N.P de Villeurbanne, elle est surnommée, en raison de sa forme, « camembert ». Il y a d'autres boîtes au théâtre : la boîte noire liée aux pendrillons, ces lourds tissus noirs garants de l'illusion théâtrale. Il est une autre boîte, celle à rictus ou à inflexions, renvoyant à tous ces trucs, à ce catalogue d'inflexions stéréotypées mis à la disposition des comédiens. C'est Samson Fainsilber, disparu en 1984, que j'ai rencontré à plusieurs reprises, qui se plaisait à perpétuer cette survivance du vieux jeu. Ce ne sont plus que les vieux briscards du théâtre qui osent lancer : « rendez-vous à 20 heures devant la boîte à sels ! ». Les autres, les up-to-date, préféreront « on se retrouve à l'accueil ! »

Le 15 décembre 2010 à 12:37

Mario Monicelli : un uomo grande grande

Se faire la belle par la fenêtre

Il se défendait d’être « le père de la comédie à l’italienne ». Tel était son surnom depuis 1958, année de sortie du génial « I Soliti Ignoti » (Le Pigeon). Menée par Peppe la panthère (Vittorio Gassman), boxeur raté mais beau parleur, une bande de cambrioleurs du dimanche projette de commettre un casse au Mont de Piété avant de percer le mauvais mur et de finir attablée dans une cuisine autour d’un plat de spaghettis aux pois chiches, à débattre des talents culinaires de la fiancée de Peppe. Pour Mario Monicelli, la comédie à l’italienne était née bien avant lui du temps de la Commedia dell’Arte, à travers les personnages de Polichinelle ou d’Arlequin, deux serviteurs qui luttent pour sortir de leur condition et se protéger de la misère ou des maîtres qui les maltraitent.  Pourtant, en 65 films et 60 ans de carrière, Monicelli a su mieux qu’un autre brosser les désirs, les désespoirs et les turpitudes des Italiens, donc des humains, en mêlant le comique et la farce à la mort et à la maladie. Réalisateur prolifique et maintes fois couronné – Lion d’or de Venise en 1959 pour « La Grande Guerra » (La Grande Guerre) – il n’a jamais cessé son combat politique, donnant des interviews jusqu’à la fin de sa vie pour brocarder les dérives de Berlusconi et la passivité de ses concitoyens. En 1977 il tourne « Un borghese piccolo piccolo » (Un bourgeois tout petit petit) dans lequel Alberto Sordi, magistral, campe Giovanni Vivaldi, un bourgeois obsédé par l’idée de venger la mort de son fils et qui en perd toute dignité, avant de sombrer dans une folie meurtrière. Le 29 novembre 2010, Mario Monicelli, âgé de 95 ans, s’est jeté par la fenêtre de sa chambre d’hôpital à Rome.  « Un uomo grande grande » (Un homme grand, très grand). Ça ferait un joli titre pour un dernier film.

Le 12 janvier 2012 à 08:43

Caste-toi

(j'ai plus ou moins piqué ce titre aux Fatals Picards)

On m'a demandé un billet plus « intouchable ». A mon avis, c'était une référence au film. Mais si, le film ? Avec un type en chaise roulante plus riche que la plus riche de tes copines et le mec de Canal + ? A un moment, il dit « Pas de bras, pas de chocolat » ?   Je l'ai vu, j'aurais adoré en dire du mal, mais en fait, non. A part pour le titre. Je ne sais pas pourquoi ça s'appelle comme ça. On comprend pas. Ils auraient appelé ça « Le mec en chaise roulante et le type du SAV », ça aurait été beaucoup plus simple. Ou à la limite « indouchable », vu que le type en chaise roulante ne peut pas se doucher tout seul. Parce que maintenant, plus personne ne pourra jamais appeler de film « Intouchables ». Ce titre est devenu intouchable. Et c'est bien dommage. Par exemple, « Intouchables », ça aurait pu être un très beau film, très émouvant, sur l'Inde millénaire et ses castes. Avec, forcément, un magnifique casting. Ça aurait fait un très beau titre, aussi, pour un film d'apprentissage, l'histoire d'un adolescent en quête éperdue d'amour et de seins. Ou alors un téléfilm sur le destin cruel de Jordy et de ses millions envolés. Le drame d'un alpiniste coincé en pleine montagne avec des moufles et un téléphone à écran tactile. Un documentaire dans lequel un attaquant de l'équipe de Suisse de football se souvient, des trémolos dans la voix, de sa dernière rencontre avec les buts adverses, un soir de juin, il y a cinq ans, sur sa Playstation.

Le 27 septembre 2012 à 07:08

Inscrivons la réalité au livre des records

Entre le plus long baiser de cinéma et la plus grosse bulle de savon, le livre des records nous dresse le portrait de l'homme le plus lourd du monde... l'intéressé pèse près de 600kg. On rit, on moque, on plaisante et on dédaigne. De la même manière que le plus petit des hommes est opposé au plus grand, pourquoi le plus maigre n'est-il pas présenté au côté du pachiderme humanoïde de 600 kg confiné aux quelques mètres carré de son lit sur mesure, le sourire aux lèvres ? Moi, je verrai bien quelques photos de ces enfants squelettiques aux yeux jaunes, les paupières luttant contre le va et vient de la mouche parasitaire, les pieds fixés dans ce sable chaud, le visage poussierreux... fantôme immobile dans un paysage désertique. Imaginez le record, quelques 30kg pour 1m45 ! On peut même imaginer le record de la plus grande communauté d'affamés au km², de famine en une année, de pauvreté sur un continent entier... Les auteurs du livre des records pourraient s'amuser à établir des données aussi précises que celles pour le meilleur mangeur de hot-dog. Mais l'idée ne plaît pas. Pas assez spectaculaire comme record. La banalité du phénomène est trop grande, nous sommes trop habitués à cette misère pour être surpris. Mais que voulez-vous, si les choses sont ainsi, c'est bien qu'il y a une logique ! De toute façon, chez nous aussi, il y a des pauvres. Moi-même, étudiant, je fais des sacrifices: je mange des pâtes au beurre. Rions de toutes ces surprenantes images. A l'instant, je lis que la plus longue barbe fut taillée une fois le record établi... n'est-ce pas le symbole d'une sagesse disparue ? Inscrivons la réalité au livre des records. Ensuite, nous pourrons mesurer le phénomène et prendre conscience de sa gravité.

Le 21 août 2012 à 09:03

Robert Dehoux

Les cracks méconnus du rire de résistance

Avez-vous déjà lu quelque part une description du modus operandi pigeonneur des idéologies plus fortiche que celle-ci ? « Toutes les idéologies procèdent de la même manière. Elles partent des faits constatés dans la pratique courante pour les fixer dans une Loi et présenter ensuite cette Loi comme explicative et justificatrice des faits. L’effet devient la Cause, c’est cette Cause qu’on défend, et c’est au nom de cette Cause qu’on fait durer l’effet. » C’est signé Robert Dehoux, un truculent sosie belge de Popeye venant hélas de casser sa pipe (voir hommage vidéo de Be­noît De­lé­pine et Gus­tave Ker­vern) et dont tous les livres, du libelle « Teilhard est un con » (1962) et de la renversante « Survaleur » (autoédité en 1970) au manifeste des anti-ethnologues enragés « Le Zizi sous clôture inaugure la culture » (L’Age d’homme), filent une sacrée chicousta aux préceptes-mêmes de l’économie marchande, du pouvoir hiérarchisé, de « la fabrication des responsables ».S’ils me semblent aussi balèzes — je n’exagère même pas — que les plus radicales analyses d’un Debord ou d’un Baudrillard, les brûlots de Dehoux présentent la singularité d’être toujours, par ailleurs, foutrement désopilants. Tout autant que ses mots de désordre trompetés parfois lors de manifs ou pendant des cérémonies pompeuses : « Ayons le sens de l’irresponsabilité ! » ; « Evadons-nous de nos cellules familiales » » ; « Détraquons ce qui nous traque ! » ; « Faisons dérailler le train-train quotidien ! ».Tout autant que l’effarante profession qu’il avait créée et exercée : antilibraire. Dans l’anti-librairie de Robert Dehoux, près de la place Flagey de Bruxelles, outre ses livres séditieux préférés, on trouvait sur la couverture d’espèces de boîtiers des titres connus d’auteurs qui lui hérissaient le poil (Descartes, Hegel, Marx…). Et quand on ouvrait ces anti-livres, on tombait sur une critique gratinée des côtés réacs des ouvrages historiques en question fricassée par la maître des lieux. Robert appelait ça : « dépublier des livres ».Mais ce ne sont pas les écrits scandaleux de Robert Dehoux, trop peu répandus encore, ni ses dépublications cocasses de livres qui en ont fait un redoutable ennemi des lois et institutions. Ce sont ses voies de fait nocturnes. Qu’il s’agisse de ses fausses alertes à l’expropriation dans des poudrières ouvrières ou de ses opérations commandos, effectuées en famille, de bouchages méthodiques de serrures antipathiques (commissariats, sanctuaires, écoles, cabinets d’huissiers de justice ou de percepteurs du fisc…) à l’aide de bêtes allumettes coupées dans le sens de la longueur puis, plus tard, de colles extra fortes.Un beau matin, à Bruxelles, aucune banque du centre n’a pu ouvrir ses portes car toutes leurs serrures avaient été artistiquement bouchées durant la nuit.« En fermant les banques, nous nous donnons l’occasion de ne plus payer nos traites, nos téléphones, nos loyers, etc. Et donc de ne plus entretenir l’armée qui en notre nom nous occupe. En fermant les banques, nous nous donnons à nous-mêmes le crédit que jusqu’à présent celles-ci nous distillaient à partir de notre propre travail. »

Le 17 juin 2015 à 07:58

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on voyager avec un lama ?

OUI. On peut voyager avec un lama, même s'il est fâché. Le lama va partout et s'accommode de tout, sauf peut-être des manteaux du même lainage qui, s'ils sont un indice certain d'aisance sociale, n'en restent pas moins mutiques devant un lama particulièrement bavard. Le manteau en poils de lama, c'est entendu, ne parle pas ; le manteau en poils de chameau, lui, a mauvais caractère. Il n'est donc pas conseillé de le mettre en présence d'un manteau en poils de lama, sinon il le transforme en charpie avant de le jeter en pâture à sa progéniture bossue. Pour en revenir à la question qui nous zooccupe, n'importe qui peut voyager avec un lama à condition de se montrer conciliant avec celui-ci : s'il préfère occuper dans un avion la place près du hublot, contentez-vous d'accéder à sa demande. De même, s'il refuse de baisser la tête au cinéma, demandez simplement au voisin de derrière de changer de place (en espérant, bien sûr, qu'il n'y ait pas d'autres lamas dans la salle, car ce sont des animaux cinéphiles). Enfin, pour les longues traversées en bateau, laissez-le aller à sa guise sur le pont : le lama a le pied marin, il vomit rarement, sauf sur ceux qui lui marchent sur les pieds. Eh oui, il faut le reconnaître : le lama a sa fierté ! Depuis des siècles, avec son cou allongé et sans minerve, il essaye de se hausser à la hauteur de la girafe. Il voit bien pourtant que ça ne marche pas, mais il insiste, il insiste... Il est comme ça, le lama. Un peu borné. Un peu lama. Un brin bouddhiste. Et moi, je l'aime bien quand revient l'hiver : il me tricote des pulls en poils de chèvre en me racontant ses voyages au Pérou.

Le 21 novembre 2013 à 10:00

Méfions-nous des dessous !

Dans le langage courant, on peut se retrouver dans le 36e dessous, autrement dit tomber dans une situation inférieure ou être déprimé. N'y aurait-il pas 36 situations dramatiques comme il y a les 36 raisons d'Arlequin ? Les dessous, au théâtre, renvoient à l'espace qui s'étend en dessous de toute la surface du plancher de scène et nécessaire à la manœuvre des décors ; dans un théâtre machiné à l'italienne, du moins. Les dessous comportent trois étages, sauf à la Comédie Française où il y en a quatre. Ces dessous peuvent être dangereux. Au XIXe siècle, dans les pièces à machines, les machinistes des dessous risquaient de se faire éborgner par le passage d'une hallebarde ou par une épée brisée qui traversait une costière – la rainure pratiquée dans le plancher de scène, destinée aux portants des décors – lors d'une scène de combat. De cette dangerosité, les artificiers d'aujourd'hui en savent quelque chose. Il n'empêche que les dessous peuvent être salvateurs... pour certains petits malins. F. Harel, le directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, avait des dettes, d'énormes dettes. Quand il était harcelé par ses créanciers, qui n'hésitaient pas à venir le relancer jusque sur la scène, il se dérobait à leurs poursuites de la façon suivante : de mèche avec un machiniste, il disparaissait brusquement ; il était passé dans le premier dessous ! D'après un chroniqueur du XIXe siècle, le premier et le second dessous étaient des endroits paisibles pour ceux qui y travaillaient. C'est ainsi qu'ils étaient plus gais que leurs collègues des cintres... des dessus. En même temps, comme ils partageaient saucissons à l'ail et bons mots, ils avaient développé un argot tout à fait savoureux. Mais le texte dramatique peut, lui-même, comporter des dessous. Ce que l'on appelle aujourd'hui le « sous-texte » ou l' « intertextualité ». Pour un acteur, jouer avec dessous, c'est rendre les multiples facettes d'un texte, jouer tout en nuances, mettre en valeur les deuxièmes, troisièmes dessous, les seconds degrés, voire les troisièmes.  

Le 28 novembre 2011 à 08:27
Le 22 avril 2011 à 01:14

« Un "Armageddon mondial" sur les monnaies de papier »

Marine Le Pen, communiqué, mercredi 20 avril 2010

"Déficits, dettes, inflation, insolvabilité des banques et des Etats, futur choc pétrolier, austérité sociale, tous les symptômes de la crise monétaire, annoncée dès 2008 par le FN, se mettent progressivement en place pour former un prochain Armageddon mondial  sur les monnaies de papier »  Elle a lu Marx sur papier bible, la dauphine du FN. L’effondrement du capitalisme dans l’embrasement de l’ultime bataille entre forces du Bien et du Mal, telle que prédite  dans l’Ancien Testament (« Apocalypse », chapitre 16, verset 16), c’est l’histoire de la lutte des classes racontée en chaire, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. A l’avant-garde révolutionnaire se substitue l’armée du Christ, boutant hors du royaume de Dieu les troupes de l’Antechrist. Enfin, en gros. Car à lire le communiqué jusqu’au bout « le modèle économique patriote » pourrait quand même éviter cet affrontement d’Armageddon conduit par un Messie vengeur. « Lepénisme ou barbarie », en quelque sorte. Reste quand même une question : pourquoi une telle alarme, maintenant ? La menace lancée par l’agence de notation Standard & Poor’s de placer le "AAA" des Etats-Unis sous perspective négative aurait-elle affolé le FN ?  A moins que ce ne soit tout bonnement un coup de chaud. La famille Le Pen semble sujette aux humeurs de saison. Le papa, la veille dans France-soir, s’était inquiété que les immigrés puissent un jour venir « sodomiser » le président de la République. C’est dire que le monde, selon les Le Pen, est vraiment cul par dessus tête.

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