Le Corbo
Publié le 08/12/2012

Famille décomposée


Lettre anonyme n° 42

Le Corbo, on croyait savoir qui c'était…
On pensait à un certain Daniel Cabanis.
Aujourd'hui, on n'en est plus très sûr.
Il se peut même qu'il soit plusieurs… 

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Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 18 avril 2012 à 08:49
Le 7 juillet 2010 à 16:27

La rue mouvementée le matin et sans le plaisir de la tour Saint-Jacques droit devant soi

(Chose vue)

La rue mouvementée le matin est avec le plaisir de la tour Saint-Jacques droit devant soi. La tour Saint-Jacques, majestueuse et blanche, derrière à l’exact opposé. La rue est bruyante de tous côtés. Il faut être vite dans la vie de la ville ce matin. D’abord un café le coude sur le comptoir, une winston for winners et se souvenir de cet homme qui parlait des musiques qu’il écrit, de la difficulté de plus en plus d’être sur la scène et sous les feux des projecteurs. Il enviait la solitude, être à sa table, et le face à face avec l’écran de l’ordinateur. J’enviais, un peu, l’émulation du groupe. L’instinct grégaire en berne, pour le dire comme ça. Le retour à la rue il fait plus froid peut-être et je suis comme à contre-courant. Disparaître ici, l’insatisfaction est un moteur. Pourquoi pas. Le col de la veste remonté haut, la tête dans les épaules et la main droite dans la poche du pantalon noir, les doigts jouent avec l’objet et le briquet. La femme et l’enfant s’avancent vers moi. La femme et l’enfant avec les rollers elles roulent vite sur le trottoir. L’écharpe de la femme virevolte pour ainsi dire et l’enfant tient la main de l’enfant, elle est encore endormie. Elles sont la main dans la main et filent sur le bitume, la femme sourit et l’enfant se tient les yeux mi-clos. Elles descendent la rue vers le centre de la ville, l’enfant se rapproche de la femme et enserre un peu sa taille, colle sa tête contre la hanche de la femme dont la main se pose sur sa tête.

Le 15 mai 2014 à 07:03

Chez les Colson, le chien fait partie de la famille

Charlenry, un chien à qui parler Alors ces vacances, comment ça se présente ? Tu y as pensé ? Je t’avais demandé d’y réfléchir. Tu te souviens ? On en avait parlé. Tu n’as pas eu le temps peut-être ? Ah ! Je m’en doutais. C’est dommage. Je constate une fois de plus qu’il ne sert à rien avec toi de s’y prendre à l’avance. J’avais sollicité ton avis sur l’organisation de tes vacances parce que, me semblait-il, cela te concernait au premier chef, et je vois que tu as négligé de t’en préoccuper. C’est incompréhensible. Je suis très déçu, je le dis sans détour, ni vouloir te fâcher. Il est clair que ta désinvolture ne me dispose pas favorablement à ton endroit, tu le comprends je suppose. Aussi vais-je devoir, là où j’aurais tant préféré avoir avec toi un dialogue horizontal, d’égal à égal en somme, je vais devoir disais-je agir de façon autoritaire et verticale, ce à quoi je répugne. Comme tu le sais, je n’ai pas l’âme d’un maître-chien, mais tu en as décidé autrement. Bien. Examinons maintenant la situation. Cet été, Éléonore donnera une série de concerts dans le Luberon puis à Venise, ensuite elle s’envolera pour le Japon où elle doit enregistrer son prochain disque. Je serai moi aussi à l’étranger, à Ottawa en juillet pour la Conférence Internationale de Pragmatique, en août à Los Angeles chez Oswald W. Brody. Tu te souviens d’Oswald ? C’est ce grand barbu sympathique qui est venu à la maison en février. Je dois réviser sa traduction de Ruses du sous-entendu dans les énoncés performatifs, mon dernier essai. Bref, tu as compris. Cet été, ni Éléonore ni moi ne pouvons te garder. Mme Gachautin a ses congés, la maison sera fermée. Et cette année, Hubert ne va pas dans les Alpes. Voilà. Tu seras donc mis en pension au chenil LES CROCS BLANCS du 15 juin au 30 septembre. C’est tout. Merci. Tu peux disposer.

Le 3 mai 2014 à 15:07

Appel à la défamiliarisation

Playdoyer pour l'éradication des familles Assez curieusement, trois des principales clés de voûte du système autoritaire-marchand bénéficient d’une fantastique indulgence de la part de ses critiques actuels les plus démonstratifs : le goût du sacrifice enjoué, le fanatisme sportif et l’abêtissement familial. On sait que la mise au pilori de la famille bourge, conservatoire des plus gluants réflexes conditionnés au même titre que la religion, fut pourtant l’un des axes insurrectionnels de mai 68. Peu de brûlots du jour en tiennent compte. Ou alors d’une manière plutôt météorique. D’où l’intérêt du Plaidoyer pour l’éradication des familles (éd. Inculte fiction) de Stéphane Legrand, auteur chez le même éditeur de l’égayant Dictionnaire du pire, assez roboratif malgré de multiples échappées indigestes.   « La famille telle que nous la connaissons et l’avons connue est le résultat d’un processus de rétrécissement dont la base objective est la multitude dispersée et la forme la plus primitive la horde. Elle est un traquenard qui s’est progressivement refermé sur nous comme les mâchoires d’un piège à ours. (…) De la horde où chacun appartenait à chacun (c’est-à-dire ne s’appartenait déjà plus tout à fait) est née – par raréfaction du possible, du jeu et de la joie – la famille consanguine qui engendra à son tour la famille punualuenne puis la famille appariée qui de proche en proche produit la conjugalité moderne – c’est-à-dire la monogamie – dont Marx nous apprend qu’elle « contient en germe non seulement l’esclavage (servitus) mais aussi le servage. Elle contient en miniature tous les antagonismes qui, par la suite, se développeront largement dans la société et dans son État ». Pas mal comme survol historique. Se référant à la coqueluche des formalistes russes, Chklovski, Legrand, avec un sens assez cocasse des glissements de sens bénéfiques, propose alors à ses lecteurs non la défamiliarisation mais la défamilialisation méthodique consistant à « développer progressivement en soi l’aptitude à trouver étranges les choses qui nous sont si banales, si « normales », si profondément incrustées dans la machinerie de nos jours et les appareils collectifs d’abrutissement », les choses « qui ne se donnent à nous ordinairement que sous la forme de l’évidence inquestionnable, du « c’est-ainsi-en-raison-du-fait-que-c’est-ainsi », de l’indépassable roc de réalité tautologique du dépourvu de sens ». Les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse Les appels quelque peu pataphysiques de Stéphane Legrand à une défamilialisation du monde méritent en tout cas d’être pris à la lettre. Et ne nous empêchent aucunement de prôner des formes de guérilla autrement carabinées contre la crétinisation familiale, celles exaltées par les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse, les Benjamin Péret, Wilhelm Reich, Raoul Vaneigem, WC Fields, René Crevel, Jean Genet, Claude Faraldo, Valérie Solanas, Raymond Borde, Albert Libertad ou l’anti-éducastreur Jules Celma. Aux bachi-bouzouks me serinant que la famille, ça peut parfois avoir du bon, je rétorquerai volontiers que je leur donne raison. Mais seulement dans certains cas bien précis. Viva, par exemple, la famille fouriériste, celle qui s’éclate dans les familistères du Nouveau Monde amoureux, le chef-d’œuvre de Charles Fourier réédité fin 2013 par les Presses du réel. On y apprend, par exemple, ce que deviendront dans l’ordre social harmonieux préconisé par l’utopiste les mères de familles dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d’autres voluptés. « C’est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains parce qu’elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitième deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu’en s’occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu’une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles et juge elle-même qu’elle n’est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu’au colombier, à l’abeillerie, à la buanderie, à l’opéra. » Pour en savoir plus sur les plans harmoniens enivrants de réinvention jouissive du concept-même de la famille, mettre la main sur Charles Fourier ou la pensée en contre-marche de Chantal Guillaume (éd. Le Passager clandestin) dont il faudrait lire à sons de trompe certains passages dans les colloques de l’Éducation nationale.

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