Ben Dessy
Publié le 28/12/2012

La bonne époque


Ben Dessy habite Bruxelles, il a 25 ans, il aime manger chinois et son coup préféré au ping-pong est le revers... Il est également l'auteur du blog Macadam Valley (http://macadamvalley.com/). 

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Le 18 juillet 2013 à 09:15
Le 6 août 2015 à 08:19

L'orgasme pour toutes

Imaginez que les femmes aient aussi leur Viagra. Que votre chaude-bouillante maîtresse multiplie ses assauts par dix. Que votre épouse aussi d'enthousiasme devant votre belle érection que devant un kilo de poiscaille à vider se mette brusquement à grimper aux stores du loft. Que votre pauvre mère racornie par dix ans de veuvage danse la gigue en allant au Point P. Que votre molle voisine d'open space disparaisse tous les quarts d'heure à l'appel de jeunes stagiaires glandus à moustache naissante. Que votre ingrate belle-soeur devienne subitement devenue folle du cul de la famille. Que votre fille si sérieuse découvre enfin la commodité de sa chambre indépendante d'où vous voyez sortir des tripotées de technocrates à houppette et chaussures pointues... Voilà ce que nous réserve la future pilule de désir Lybrido. Ça agit au bout de trois heures, et son effet NE dure QUE quelques heures ! Qui va tenir la maison, les enfants, le ménage ? Et les courses, les repas ? Bon, ça encore ! Mais qui va coucher avec le plombier, le charcutier, le boulanger, le réparateur de machine à laver, le livreur de Nespresso, le mec du labo d'analyses, le dentiste, le coiffeur, le voisin de droite, de gauche, du dessus et du dessous, le chauffeur de taxi, son patron, ses collègues de travail, les vôtres, le technicien de surface, le conseiller bancaire, le type de la médiathèque, le prof de Qi Gong !!! On nous a déjà imposé le mariage pour tous, on ne va pas laisser passer l'orgasme pour toutes ! Non mais des fois !

Le 1 septembre 2010 à 11:17

Sous Les Toits 2

On s’est rencontré autour d’une boîte d’haricots verts, un soir après minuit. T’aurais pas un ouvre-boîte ? qu’elle m’a demandé comme ça. Je sortais des chiottes, et l’un dans l’autre, on a fini par déboucher une bouteille de vin, assis en tailleur sur ma moquette bleu mauve. On a discuté un peu de Bukowski, de John Fante, et puis elle a commencé à pester contre son loyer – le fameux 400 euros, 10 mètres carrés mansardés. J’ai gueulé aussi. Fumiers ! Salauds ! Et puis j’ai roulé sur le côté. Tu veux que je te suce ? Pas la peine, j’ai répondu. Ce vin dégueulasse, ce vasistas foireux – la chambre est si lumineuse, vous verrez, que du bonheur ! - toute cette merde me sapait le moral. Au réveil, elle m’a demandé si je voulais bien l’accompagner chez son proprio. Elle avait un plan. J’ai dit okay. On s’est pointée à 10 heures. J’avais une gueule de bois pas possible. Je me tenais un peu en arrière, au bord de la  gerbe. Le proprio a ouvert. Tronche de l’emploi. – Je veux que vous baissiez mon loyer, elle a attaqué, je me suis renseignée, votre chambre n’est pas dans les règles. – Pas dans les règles ? Tu veux payer combien ? – 300 euros, elle a répondu du tac au tac. – Marché conclu, il a dit. Je n’en croyais pas mes oreilles, putain ! Il m’a jaugé - je pesais pas lourd. Il a ajouté, à une condition, poulette, que tu viennes me la sucer tous les matins. Le vent s’est levé quelque part du côté de Stalingrad. Un sale vent froid, un truc à vous râper les os. Aucun doute, on était bien à Paris. Le gros lard s’est marré. Il s’est marré, et puis il nous a claqué la porte à la gueule. Elle portait un prénom allemand, prénom allemand que le temps a fini par emporter. Mais pas sa coupe de cheveux. Tout au carré. Noir de jais.

Le 24 février 2011 à 15:43

S'écrire, dit-il.

Un texte de Carole Zalberg, à propos du dernier roman de François Bégaudeau

A l'occasion du "Problème", la pièce de François Bégaudeau à voir au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 3 avril, ventscontraires.net vous propose un texte de Carole Zalberg (que vous connaissez pour sa contribution à "Au secours les mots!") sur La blessure la vraie, le dernier livre de cet auteur très polyvalent…Tout est dans le titre qui d’emblée annonce le jeu. Que sait-on avant d’entamer la lecture du dernier roman de Bégaudeau ? Ou plutôt, que croit-on savoir ?On sait que l’histoire se déroule durant l’été 86. Et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Parce que c’est celui d’un basculement : les étés qui ont précédé étaient ceux de l’enfance. On ne se préoccupait pas encore de poser.Le 7 juillet 86, François, 15 ans, arrive à Saint-Michel-en-l’Herm avec un objectif : coucher. Perdre enfin une virginité traînée comme un boulet. Il n’est d’ailleurs plus question que de ça au sein de la petite bande de garçons qui se retrouvent chaque année au moment des vacances dans ce village de Vendée. Coucher, le dire ou tenter de le faire. Tout se réorganise autour de cette injonction émanant autant des corps que du monde où l’on ne doit plus trop tarder à occuper sa place. Et c’est bien le problème de François, éternel décalé, qui se regardait vivre alors comme il s’écrit aujourd’hui, communiste lettré quand d’autres ne sont que jouisseurs et pressés d’en découdre, plein de phrases à l’heure des baisers. Mais il est volontaire, sait que la vie s’emballe et que faire chou-blanc n’est pas une option. Il se jette dans le bain de la grossièreté, d’une misogynie bon enfant puisque ceux qui y nagent à l’aise sont, étrangement, les élus des filles même s’ils finissent toujours par les faire pleurer.François emploie donc les mêmes mots, prend comme eux l’air de celui qui ne veut remplir que ses mains et s’en vante, mais au fond il a tendance à se pâmer, il rêve de partager plus que de la salive, succombe quand il sent les pensées irradier sous la peau.Et l’on revient au titre qui insinue l’échec ou, en tout cas, une déception. Mais là encore, pas seulement. En affublant la blessure d’un « la vraie », l’auteur, dont on connaît la précision, sème le doute. Ce qui s’affirme authentique est forcément douteux. C’est comme clamer partout qu’on est heureux.Cela ne signifie pas qu'on ne trouvera aucune trace de blessure dans ce récit. Elles se ramassent même à la pelle et presque à chaque page, autant que le rire souvent voilé de nostalgie. Les vannes, les rejets, les chutes, les défaites, les trahisons dont le narrateur est tour à tour victime ou coupable font mille entailles qui ne cicatriseront pas. Elles sont le relief des individus, leur géographie.N’est-ce pas finalement cela qu’observe Bégaudeau avec une justesse telle qu’après lecture on a le sentiment d’avoir vécu ces péripéties, porté ces habits connotés ? On était là quand les plaisanteries souvent lourdes, et vives, en même temps, gorgées de vitalité, fusaient au bar du village, on était là quand il fallait se lever et marcher jusqu’à l’eau, sur la plage, passer ainsi l’épreuve des regards. On était là quand un idiot, un sublime innocent était malmené par le groupe tandis qu’on se taisait. On était là, dans les conversations poussives et aussi dans l’évidence d’une ultime rencontre, sa promesse qui ne serait jamais tenue. On était dans ce rythme et ce décor daté, quasi disparu, dans ces lieux que la tempête, vingt ans plus tard, viendrait effacer.On était là quand Bégaudeau, sous nos yeux, s’inventait écrivain. Et l’on en sait gré à la blessure quelle qu’elle soit.Voir un autre texte de Carole Zalberg, dans la rubrique "Au secours les mots"

Le 29 juin 2014 à 11:07

Premières fois...

Et au lit, comment ça se passe ? C'est à peu près la question que j'avais posée à une quarantaine de personnes lors d'entretiens anonymes qui avaient nourri Sous ma peau, mon précédent spectacle. Je poursuis cette plongée dans l'intime en m'entretenant à présent avec des adolescents. Ils me confient leur "première fois".  Charlotte (15ans)– Moi je croyais que j’allais avoir un feu d’artifice à l’intérieur, alors j’ai pensé : Je suis infirme...! je ne trouve pas le plaisir …Anna (18ans)– Je ne lui ai pas dit que j'étais vierge ... On parlait pas la même langue, il était Libanais. Déjà c'est pas des sujets faciles à aborder, mais en plus dans une autre langue... Ça a été atroce parce que j'ai eu super mal. Mais ce qui était trop cool, c'est que quand il s'en est rendu compte, Il m'a dit : « Eh ben, eh ben... mais pourquoi tu me l'as pas dit ? »Il était très touché, il a fait vachement gaffe après. Comme il y avait du sang, il m'a emmenée à la salle de bain, il m'a lavée.... il m'a habillée… il m'a pris dans ses bras… il m’a câliné… C'était très joli...Joe (16ans)– Moi la première fois que j’ai failli réussir à ne plus être puceau, j'étais avec un pote à moi, Victor et sa copine et il y avait aussi une très jolie fille blonde, Clémence : des gros seins, un beau cul, une danseuse, cool... On buvait... on parlait cul.Victor, il paie pas de mine, hein, il est moche. C'est mon pote mais il est moche, il est petit et gros mais il se tapait des boulets de canon.A un moment il a dit : « Bon ben nous, on va baiser. » Ils y vont.Clémence et moi on se regarde et on monte aussi dans la chambre.« – On va essayer de faire l'amour aussi. »  Ah ! ben oui, d’acc ! Faites l'amour. »Ils étaient là, nous on était là. J'ai la trique, tout va bien. J'enfile la capote, on commence à s'embrasser, j'entendais l'autre jouir derrière, c'était énorme . Putain, ça va le faire ! Et là elle me regarde dans les yeux et elle me dit : « C'est ma première fois, donc t'y vas doucement. »Euh !!!! Bon d'accord, OK. J'essaie de rentrer, j'arrive pas à rentrer. Beppp je débande. Victor et sa copine, ils arrêtent :« Qu'est ce que t'as mon pote ? T'arrives pas à bander ? »Clémence elle dit : « – Tu veux te regarder un film de cul, Joe ? Peut être ça va te redonner la trique. »« – Oh…!!! Ben non, t'es là à côté de moi, t'es magnifique, je vais pas regarder un film de cul! »Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là, toute ma vie... Illustration : Sous ma peau, Geneviève de Kermabon DR

Le 2 juin 2014 à 08:18

Tony Chang Siu-Tung

Le sexe a été inventé le 2 juin 1903 par un cordonnier thaïlandais, Tony Chang Siu-Tung. Comme bon nombre d'inventions qui ont bouleversé pour longtemps la vie humaine, la découverte du sexe n'est pas le fruit de longs efforts, mais une sorte d'acte involontaire. C'est au cours de ses loisirs trop rares que Tony Chang Siu-Tung confectionna à l'aide de semelles usagées, la reproduction grandeur nature de la barque utilisée par son père, lorsqu'il était poissonnier au marché flottant de Damnoen Saduak. Il était déjà bien avancé quand à la suite d'un collage malheureux qu'il cherchait à rectifier, il découvrit le sexe par hasard. Il alla aussitôt colporter sa découverte dans le voisinage, qui n'y prêta aucune attention. Ce n'est que 30 ans plus tard, lorsque Sir Thomas Alex Brown se rendit sur le marché flottant de Damnoen Saduak, qu'il entendit parler de Tony Chang Siu-Tung, après avoir loué la beauté de la reproduction de la barque que le cordonnier avait offerte à la confrérie des poissonniers. Sir Thomas manifesta le souhait de rencontrer Tony. Rendez-vous fut pris le 23 juin 1933, dans un café à l'angle de Silom Road. Dès qu'il le vit, Sir Thomas Alex Brown sut qu'il se trouvait face à l'être le plus exceptionnel que sa vie aventureuse lui avait permis de connaître ; un être que le destin avait maintenu dans le secret d'une vie humble, presque misérable. Afin de rendre publique une découverte qui concernait l'humanité entière, Sir Thomas Alex Brown racheta la copie de la barque pour la somme ridicule de 2200 baths et la transforma en musée flottant. Aujourd'hui, on peut encore admirer cette œuvre unique de Tony Chang Siu-Tung sur le marché flottant de Damnoen Saduak. Son propre fils se charge de vous en faire découvrir tous les secrets, avant de vous emmener pour une courte croisière sur le khlong.

Le 15 septembre 2014 à 15:21
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