Macha Séry
Publié le 04/06/2010

Zapiro


Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.
Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité.
Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…
La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle.

> www.zapiro.com

Oiseau de nuit féru d'humour noir dans un quotidien du soir. Critique de films et de spectacles ayant breveté un applaudimètre formé de deux rames en bois échouées sur une plage de Vendée. Romancière à tête perdue. A fait de la boxe et des claquettes. S'appelle Macha parce qu'elle n'est pas russe. 

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Le 11 septembre 2010 à 09:47
Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

Le 11 avril 2011 à 12:36

« C'est un gode... c'est un code finalement qui sera un code des bonnes pratiques pour avoir effectivement une laïcité, principe fondateur de notre République qui sera respectée dans la meilleure mesure possible. »

Rachida Dati, LCI, 1er avril 2011

Eh ! non, Mme Miché, ce « gode » n’est pas celui que vous croyez. C’est agaçant que Rachida Dati ne puisse plus ouvrir la bouche sans qu’on l’emplisse de cochoncetés. Déjà qu’elle fut chambrée pour une « fellation »  mal à propos alors qu’elle avait voulu, dans sa langue à elle, stigmatiser le capitalisme prédateur, voilà qu’on se gausse d’un mot intempestif pour promouvoir la laicité. Elle s’exprimait en ces termes un 1er avril, ce qui a pu mettre l’hésitation lexicale au compte d’une bonne blague pour piéger les gogols. Mais la vidéo ayant été malignement ressortie une semaine plus tard sur Canal +, bien obligé d’y prêter attention. Pour être juste, il fallait avoir un vibro-masseur dans l’oreille pour entendre « Gode » à la place de «God ». Oui, God, celui de « Oh my God ! » que l’on peut certes ouïr dans les films X non traduits, mais qui est quand même d’abord une formule pieuse. Rachida pense à Dieu quand elle parle de laïcité. C’est rafraîchissant et parfaitement républicain. La croyance en Dieu n’est-elle pas affaire privée et la foi en la Laïcité, affaire publique ?   D’aucuns chicaneront l’usage du « God » par une députée francophone. Mais c’est sans sans doute qu’elle fréquente trop le Parlement européen, une enceinte où l’anglais est largement véhiculaire. Jusque dans les transports amoureux ?Extrait vidéo sur le site lepost.fr

Le 19 février 2013 à 10:21

"L'information est bien trop sérieuse pour se permettre de faire de l'humour avec"

Entretien exclusif avec Le Gorafi

Depuis maintenant plus de 3 mois, ventscontraires.net ouvre chaque semaine ses colonnes à ses formidables confrères du Gorafi. La rédaction de ce média d'investigation totalement indépendant et résolument sérieux nous a accordé une interview exclusive que nous sommes fiers de publier aujourd'hui. Ventscontraires.net : Pour les quelques lecteurs de ventscontraires.net qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous raconter l'origine du Gorafi et nous expliquer votre concept ? Le Gorafi : Le Gorafi est né en février 2012, mais il y a eu auparavant quelques tentatives par Jean-René Buissière qui le premier en 1826, fit imprimer à Paris le tout premier numéro. Dans la grande famille du Gorafi on pourrait citer « l'Os à Moelle » de Pierre Dac et plus près de nous, notre cousin américain The Onion. Beaucoup prétendent que nos informations ne sont pas très sérieuses. D'un, c'est insulter nos lecteurs qui quotidiennement nous lisent avec attention. D'eux, c'est mettre en cause la probité et le sérieux de nos journalistes. Toutes nos informations sont vraies, le reste n'est que jalousie mal digérée. Et l'information est bien trop sérieuse aujourd'hui pour se permettre de faire de l'humour avec. Saura-t-on un jour qui se cache derrière Le Gorafi ? Mais tout le monde sait qui se cache derrière, il n'y a aucun mystère ou secret. Nos journalistes ont leurs cartes de presse (ils en ont plusieurs, on est jamais assez sûr). L'édito est parfois signé Jean-François Buissière, qui est le président du Directoire du Gorafi. Nous avons quelques grandes signatures comme Paul Regard, ou Basile Sangène. Nous sommes très nombreux, et représentés dans tous les pays. Il n'y a rien à cacher au Gorafi, certains veulent instrumentaliser cela, nous ne savons pas pourquoi. Encore et toujours la jalousie. Qui sont vos maîtres et modèles en journalisme ? Comme dit plus haut, l'Os à Moelle et The Onion. L'Os à Moelle car en des temps très troubles, à l'approche d'une guerre, les journalistes de « l'Os » ont su faire preuve de courage et d'abnégation. C'est hélas un style de journalisme qui s'est perdu. Aujourd'hui, il n'y a que des compromissions avec le pouvoir en place, les enquêtes sont baclées, on protège ses arrières. Nos confrères américains sont aussi d’un grand talent, même s’ils nous en fait beaucoup copié, rétrospectivement. Il y a une très jolie façon d'arranger les mots pour en faire des paragraphes construits. Nous avons repris aussi de chez eux cette technique qui consiste à prendre une photographie en rapport avec le texte de l'article et de l'intégrer dans l'article, comme une illustration immédiate de ce qu'on lit. Le lecteur est bluffé, car il a d'une part des mots, et d'autre part une image. Une avancée que nos lecteurs, qui ne peuvent pas déchiffrer les suites complexes de mots et de lettres, ont aussi apprécié. Nous ne laissons personne sur le bord de la route. Que pensez-vous des journalistes qui bidonnent ? C'est un grand drame, si ce n'est LE drame. Prenez par exemple, tous les articles de « Ivre, il » qui a fait son « buzz » à une époque. Nous avons en outre révélé que les articles en question étaient de la main d'un seul et même journaliste. De manière générale, l'information est traitée de manière légère, trop légère, sans approfondissement. Par exemple, personne ne parle des milliers de personnes qui depuis trois semaines ont débarqué en avion depuis le Mexique. On a parlé que d'une seule personne, Florence Cassez, alors que nous sommes sûrs que parmi les autres voyageurs arrivés depuis, il y a des gens qui ont des histoires à raconter. Avez-vous un avis sur des personnalités comme les Yes Men qui cultivent l'art du canular ? C'est très dangereux. Le canular, à notre sens, devrait être beaucoup plus réglementé et contrôlé. On ment aux gens, on ment de manière industrielle. Et ça, personne ne le note. Nous sommes des adultes, censés donner l'exemple. Pensez aux enfants qui voient donc les adultes jouer des tours à d'autres adultes. Ils voudront faire la même chose, plus tard. Sans parler de la violence psychologique qu'engendre le canular. S'il y a bien quelque chose que jamais le Gorafi ne fera c'est s'abaisser à ce genre de pratique. Nous avons trop de respect pour nos lecteurs pour abuser de leur confiance. Il est arrivé à plusieurs reprises que des journaux reprennent pour argent comptant des articles de The Onion. Serait-ce pour vous une consécration ? Nous avons déjà des articles qui ont été repris par la presse nationale et internationale. La presse belge a été la première à reconnaître notre compétence, sur l'affaire des héritiers de la couronne Française qui attaquaient en justice le créateur de la blague sur le couleur du cheval blanc d’Henri IV. Nous sommes pris au sérieux, même si la grande majorité de la presse hexagonale tend à vouloir passer sous silence notre travail et s'en approprie parfois les fruits, mais nous ne sommes pas dupes pour autant. Comment se déroule une conférence de rédaction du Gorafi ? Comme dans n'importe quelle autre rédaction d'un journal. Nos journalistes arrivent avec leurs idées et leur projet. Parfois il se passe des choses dehors alors nos journalistes vont investiguer sur ces choses, on voit l'importance qu'elles ont et on décide ou pas de les traiter. Ces choses sont ensuite transformées en mots et en lettres pour donner ensuite des articles, qui peuvent selon les cas, être illustrés. Comme beaucoup de sites d'information, nous dépendons de l'information, de toutes ces choses qui se passent dehors et que nous ne contrôlons pas. De sorte que notre site peut être bouleversé si des choses arrivent. Certains des internautes qui commentent vos articles n'ont pas l'air sérieux sérieux. Comment le vivez-vous ? Très mal. Car en ricochet cela à tendance à amoindrir la portée de l'information de l'article. Nous allons prochainement revoir le fonctionnement du site. Ce genre de commentaire pourrait être sanctionné ou interdit. Nos journalistes en ont aussi assez d'être parfois moqués ou tournés en ridicule. Avez-vous un scoop que vous pourriez révéler en exclusivité aux lecteurs de ventscontraires ? Nous allons nous pencher prochainement sur l'arrivée du MP3 dans le monde de la musique et des réseaux sociaux, on sent que c'est quelque chose de totalement nouveau et qui va apporter pas mal de révolutions, nous enquêtons dessus.

Le 3 juin 2014 à 10:04

Le sexe des anges

Depuis deux siècles, le phénomène le plus macroscopique est la progression de l’incommunicabilité. Nous vivons comme nous croyons mourir : seuls au monde, seuls comme des chiens, reliés à rien. C’est l’anti-alchimie de Satan Trismégiste. Prince de ce monde, nous lui donnons de l’or et il en fait de la merde. L’incommunicabilité est à la source de toutes nos solitudes modernes – des solitudes qui ne proviennent pas de l’ascèse mais naissent de la multiplication des stimulations affectives simultanées, associées à un emploi du temps entièrement confisquée par le monde du travail. En bref : on passe sa vie au boulot pour une misérable poignée d’euros et on s’envoie des pokes. Comme le personnage de Mark Zuckerberg à la fin de Social Network de David Fincher, re-loadant sans cesse la page facebook de Erica, son amour loupé, en attendant qu’elle accepte sa demande d’amitié, nous n’avons jamais été aussi « beautiful », mais nous n’avons jamais été aussi seuls. Nous vivons comme des dieux, mais nous crevons comme des porcs. Et nous baisons comme nous croyons seulement possible de vivre. Nous baisons comme des cœurs de plombs. La sexualité est la dernière porte encore ouverte de la transcendance. C’est le dernier domaine où nous avons l’impression de toucher du doigt les ailes des séraphins et des chérubins. Et pourtant nous la bâclons comme une affaire honteuse. Ou alors nous en parlons comme d’une activité sportive parmi d’autres. Déjà Jean-Noël Picq s’en plaignait dans Une sale histoire de Jean Eustache : plutôt les interdits de la société victorienne que la soi-disant permissivité de notre Temps… Cet usage productiviste du sexe, par la publicité, à travers les performances pseudo-transgressives des « artistes » ou dans l’obscénité parachevée de la télé-réalité, ne fait qu’humilier et punir notre sexualité. Ce n’est pas le sexe, ça n’a jamais été le sexe : c’est l’utilisation du sexe comme moyen ; l’utilisation du sexe comme média. A tout cet usage de la sexualité, nous aimerions répondre comme Joe (Charlotte Gainsbourg) dans Nymphomaniac de Lars Von Trier quand elle quitte le centre des sex-addicts : « Vous n’avez pas le droit de vous dire obsédées sexuelles ! Vous avez toujours baisé pour autre chose : toi, pour ta carrière ; toi, parce que ça te donne l’impression d’exercer un pouvoir sur les hommes ; et toi, parce que tu étais une petite grosse quand tu étais enfant, etc. Moi, je suis une nymphomane : je baise parce que j’aime profondément la sensation procurée par le sexe ! » L’alchimie devrait orienter notre sexualité : les passages au noir, au blanc et au rouge devraient nous indiquer l’importance de vivre notre vie amoureuse avec la patience de l’alchimiste – suivant le passage des planètes par les sons musicaux, attentifs à l’étoile qui apparaît dans le creuset, travaillant chaque passage avec le soin de conjuguer l’expérience physique avec la transformation de notre âme. Et surtout avec la passion de traverser tous les états : rêves, hallucinations, coïncidences, crainte et tremblements. Le monde moderne ne nous laisse le choix qu’entre l’association frère-sœur, caricature pré-adamique ratée de la domesticité asexuée et épuisée, et le sexe des esseulés, désespéré et narcissique, don-juanesque et mutique : refusons cette alternative. Refusons l’alternance du couple utilitaire et du sexe hygiénique. Refusons de renoncer à l’amour. Sans une sexualité passionnément travaillée comme l’athanor de notre transmutation psychique, sans la fabrication de l’androgyne – cet « adolescent-jeune fille » auquel Nicolas Berdiaev comparait Dieu – les histoires d’amour ne sont que des partenariats domestiques tristes à pleurer, des histoires de cul-de-jatte guidés par des aveugles. On croit se protéger en partageant notre vie entre une sexualité de plus en plus indifférente et des relations sentimentales désintensifiées, dépassionnées, désexualisées… Mais en réalité on creuse la tombe de notre âme putréfiée. Au lieu de baiser comme si nous devions mourir demain, aimons-nous comme si c’était la première fois. Au lieu de s’aimer comme si nous avions le couteau sous la gorge, baisons comme si c’était le premier jour de notre vie. Mais lorsque nous aurons fait l’amour, lorsque la nuit noire sera devenue blanche et rouge, n’oublions jamais de dire à notre amante ou amant : « Vous savez, je meurs d’envie de vous connaître. »

Le 4 juin 2011 à 08:45

Entre adultes consentants

Jadis, la femme devait se plier au devoir conjugal : je passe sur la notion d’agrément ! Ce fut l'époque de la fameuse migraine des femmes. Vint la libération sexuelle. Et madame découvrit que c'était rudement chouette de prêter son corps à un artiste qui savait en jouer. La libération s'intensifia, porno à la télé, puis sur le web et découverte d'un autre type de sexualité, tendance lourde : l'éjac faciale, la tournante, le gang bang et autres facéties. Celles qui  critiquaient ces blagues ou ces jeux étaient exclues du groupe ou traitées de mal baisées réacs. En même temps, la lutte contre le sexisme se poursuivait aux USA où une sécu fut mise en place pour éviter tout malentendu : le monsieur faisait signer à sa partenaire un papier l’autorisant à des relations sexuelles librement consenties. Quel romantisme ! Aujourd'hui, le petit monde politico-médiatique fait mine de découvrir que les Français sont machos. Je n'ai plus l'âge d'être harcelée mais je pense que quand les dirigeants (au sens large) se décideront à admettre que les femmes ne sont pas qu'un cul, un pied, une bonniche/potiche mais qu'elles ont un cerveau adapté à mettre au service de tous, quand les problèmes de parité seront enfin réglés, les pratiques sexuelles de domination seront forcément moins lourdingues, moins violentes et donc moins criminelles. La France étant en 46ème position en terme de parité (octobre 2010), arrêtons de dire que ce pays est très respectueux des droits des femmes, merde, quoi  !

Le 4 août 2015 à 08:09

Il ne suffit pas d'être femme pour être femme

La France peut déplorer dans son Histoire, un déficit de « femmes politiques », de figures féminines engagées auxquelles la masse des femmes en devenir puisse s’identifier ; ce qui paradoxalement n’a jamais nui à l’identité féminine de la France. Des personnages illustres, tel Dominique de Villepin, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de notre pays une femme… « chaude » : « La France a envie qu’on la prenne, ça lui démange le bassin », voire une femme « chienne » si l’on s’en réfère aux propos de François Mitterrand qui dans sa prime jeunesse, a qualifié la terre de France comme ayant un goût prononcé pour le viol et en redemandant : « La force naît de l’équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre (de France) aime ce viol et rend à l’homme plus qu’il n’espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Journal des compagnons de France », avril 1943 -récit de son retour de captivité –. Pas étonnant donc qu’au jour où la France a voulu s’ériger au rang de présidente avec la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal – le seul exemple que j’ai pu trouver -, les réactions suscitées aient été exacerbées. Là où beaucoup n’ont voulu y voir que la cause d’une personnalité « déjantée », j’y vois d’avantage le reflet d’un rapport du collectif face à ce que l’on pourrait nommer l’érection, pardon l’élection d’une « femme femme » au pouvoir… J’entends par là une femme qui aurait un « mode de jouissance » différent du « tout phallique ». Si l’on regarde la plupart des femmes en politique de l’époque de la candidature présidentielle de Ségolène Royal, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Martine Aubry ou tant d’autres, elles avaient toutes accepté d’endosser le costume de l’homme. Toutes adopté leurs codes, leurs modes et… leur phallus. En bref, il ne suffit pas d’être femme pour être femme. A leur décharge, on sait combien le mode de jouissance qui se rattache au féminin a toujours été menacé dès lors qu’il s’est agi de le sortir du champ traditionnel où il a été cantonné. Et si l’homme apprécie à sa juste mesure cette part dite « féminine » et qu’il a laissé à la femme tout pouvoir de l’exprimer dans les champs qu’il n’a pas investi, là où il siège en roi, il ne serait question qu’il perde la main. Inconcevable et paradoxal… La France risquerait de perdre sa virilité ! Il a donc fallu en faire des magouilles pour parvenir à investir le champ des hommes en montrant patte blanche, faire oublier cette part « féminine », et donner à croire qu’on est un homme déguisé en femme. Pour autant, je ne connais point d’homme seul, qui en matière de politique, ait fournit la preuve incontestable qu’il est le détenteur de la solution finale à tous nos problèmes (Hitler a bien tenté le coup…). L’introduction d’un autre mode de jouissance au pouvoir serait donc d’un certain intérêt, que dis-je une cause nationale, voire mondiale. Reconnaissons à Ségolène qu’elle a sûrement été une des premières femmes en politique qui n’a pas cherché à travestir sa part féminine. Elle est celle qui naïvement ou révolutionnairement a choisi de rester « femme femme » en politique. Et non contente de s’identifier à la France, La France Présidente, c’est un peu comme si elle avait ouvert ses bras ou ses jambes pour accueillir tous « les phallus de la renommée », soulevant dès lors, vague d’indignations et violences verbales infinies. Chaque adversaire n’hésitant pas à utiliser le discours argumentaire politique pour servir leur rejet d’une telle possibilité : comment une femme et qui plus est, la France, pourrait-elle au final jouir à ce point ?! Comment pourrait-elle vouloir être pénétrée sans restriction?! Dominique de Villepin avait raison ! (à L’ENA, cet homme visionnaire avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en application son programme politique en sortant avec Ségolène... Cf VOICI). Or « il y a un plus de jouir indicible chez la femme » dit Lacan, indicible parce qu’impossible à symboliser et ce plus de jouir nourrit depuis la nuit des temps chez l’homme, un vaste et bien réel sentiment d’infériorité. Rien d’étonnant au fond à ce que n’ait cessé de se manifester cette volonté ancestrale de l’homme de soumettre la femme, de la détrôner de son statut de sujet en la rabaissant au rang d’objet. Iconisée par les uns, diabolisée par les autres, la dame blanche est dès lors devenue la femme à abattre. Jamais une élection n’a suscité autant d’angoisses de chefs, beaucoup n’ont pas supporté cette femme trop… « bonne ». Maintenant, le couvercle de la marmite s’est refermé et tous les éléphants et les buffles soufflent. Tout plutôt que l’élection de cette femme mi-vierge, mi-sorcière qui nous a fait perdre pied un instant… Mais que l’homme se rassure ! Car il n’est pas exclu de ce « plus de jouir », puisqu’il possède, comme la femme, une part féminine et une part masculine… Les maîtres de la psychanalyse mais aussi les grands mystiques tels Saint-Jean de la Croix (cf La montée au Carmel) ont su l’évoquer. Alors si l’homme parvenait à accepter cette accession au pouvoir du mode de jouissance féminin, ce serait un immense pas symbolique, le signe qu’il est enfin prêt à accepter sa propre part féminine sans le vivre comme une menace pour sa part masculine ; le début d’un grand rêve, celui de nous inscrire enfin dans une jouissance harmonieuse du pouvoir où féminin et masculin peuvent

Le 25 juin 2010 à 10:59

« Je ne peux que constater le désastre avec l'équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés »

Roselyne Bachelot, Assemblée nationale, mercredi 23 juin 2010

C’est ce qui s’appelle karchériser les footballeurs qui déshonorèrent  la patrie en terre australe. Elle n’y est pas allée de mainmorte la ministre de la Santé et des Sports, dévoilant aux députés l’humeur présente d’un Président encore marqué par ses tribulations de naguère à la Courneuve, quand il voulait passer les caïds au jet à pression afin de protéger les gamins. Pourtant c’est la même Roselyne Bachelot qui avait lancé auparavant, pour claquer le bec de Rama Yade, sa péronnelle de Secrétaire d’Etat : « Je suis la ministre des Bleus dans les bons et les mauvais moments ». Si la Madelon s’est métamorphosée en Ma Dalton c’est que, entre-temps, le drapeau noir a flotté sur la marmite des Bleus. Dans les hautes sphères du pouvoir, s’est-on alors inquiété, à la veille d’une journée nationale d’action contre la réforme des retraites, du fâcheux exemple fourni  par cette grève générale contre la mise à la retraite d’un seul, le très anal Anelka ? Si même les prolétaires aux chaines en or s’y mettent !  C’est cependant ignorer une loi générale des bandes, observable des cages d’immeubles aux conseils des ministres, qui veut que l’intimidation de quelques-uns est d’autant plus forte que les chances de recours auprès d'une autorité légitime sont faibles. Domenech-Sarkozy, même tracas.

Le 13 août 2011 à 06:20

Javi Poves réinvente le hors jeu

Carte postale d'Espagne

Il y a quelques jour, Javi Poves n'était encore qu'un joueur de football anonyme. Evoluant au sein du Sporting de Gijón (Espagne), il n'avait porté que 10 minutes en tout le maillot de l'équipe. Il ne s'était pas non plus rendu célèbre pour ses exploits sportifs ou son salaire mirobolant. Pourtant il est aujourd'hui sur le point de devenir une star.Ce qui a propulsé la notoriété de Javi Poves c'est sa décision de raccrocher les crampons pour rester en accord avec ses convictions. Le quotidien La Nueva España qualifie même de "tsunami" la déferlante que ses déclarations tonitruantes ont provoqué sur les réseaux sociaux. A mille lieues de l’image traditionnelle du footballeur professionnel au QI atrophié et uniquement préoccupé par sa carrière et ses intérêts financiers, Javi Poves  a décidé de fuir un milieu du football qu'il décrit dans plusieurs interviews comme pourri et mortifère, gangréné par l’argent, endormant délibérément les citoyens pour annihiler tout risque de révolte.Ni communiste ni anarchiste, à la limite anti-système, Javi Poves est plus radical qu’un Cantona qui incitait il y a quelques mois les épargnants à retirer leur argent des banques avant de prêter son image à une nouvelle campagne publicitaire.Mais celui qui aurait pu devenir le porte-étendard des jeunes indignados espagnols ne se reconnaît pas non plus dans ce mouvement qu’il juge créé par les médias pour canaliser le mal-être et pour empêcher qu’une étincelle devienne dangereuse et incontrôlable. Il rejette tout lifting du système capitaliste et appelle à un changement radical. Pour le moment, le jeune homme envisage de reprendre des études d’histoire,  et souhaite lire et voyager pour mieux comprendre le monde.Atypique, anticonformiste et irrécupérable, il est malgré tout en passe, même s’il s’en défend, de devenir une icône.

Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 7 juin 2010 à 15:19

« Il va nettement mieux que s'il allait plus mal, mais nettement moins bien que s'il allait mieux »

Raymond Domenech, conférence de presse à Saint-Pierre (Réunion), jeudi 3 juin 2010

Eric Cantona l’avait catalogué plus mauvais entraîneur de football depuis Louis XVI, le sélectionneur de l’équipe de France serait plutôt parmi ceux à avoir approché au plus près ce « degré zéro » de l’expression qui fascinait tant Barthes (le sémiologue pas le gardien de but).Raymond Domenech évoquait le mollet gauche de William Gallas, l’Histoire retiendra une formule faisant miroiter à son auteur des opportunités infinies de reconversion dans le porte-parolat. Qui d’autre que lui serait plus à même de commenter une hausse du taux de chômage, une prévision de croissance pour 2010, une baisse de popularité de l’Exécutif, l’état de l’endettement public, la situation du PS après les européennes, le nombre d’adhérents de l’UMP ou d’électeurs du NPA, voire même l’air du temps si une question lui était posée à ce sujet ? C’est moins pire que ce à quoi on s’attendait, mais c’est quand même mieux que ce qu’on craignait : un tel balancement est le sésame absolu pour embrouiller l’interlocuteur et soulager l’employeur.On va se l’arracher Domenech. Il offre par surcroît un profil intéressant de paratonnerre des foudres populaires, comme aujourd’hui face à des joueurs opérant dans la cour des glands et des dirigeants du football qui l’ont gardé parce que, justement, avec lui ça ne peut pas être pire.

Le 25 novembre 2011 à 08:10
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