Jean-Michel Helvig
Publié le 08/01/2013

«J'ai un passeport russe, mais je suis Français et j'aurai certainement la double nationalité belge»


Gérard Depardieu, Equipe 21, lundi 7 janvier 2013

L’homme qui rit dans les goulags a le patriotisme à fiscalité variable. Ce qui l’amène à revendiquer une double nationalité belge alors qu’il en détiendrait en réalité trois. La Russe par faveur du nouveau tsar. La française qu’il ne semble plus vouloir renvoyer à la figure de Jean-Marc Ayrault. Et la belge donc. Encore qu’il ne suffise pas au natif de Chateauroux d’être néchinois (merci Vincent Roca) pour atteindre à la belgitude suprême. Pas sûr qu’ait été appréciée, outre-quiévrain,  sa « certitude » d’être bientôt sujet du royaume. Il faut d’abord faire preuve de « mérites exceptionnels » pour être naturalisé par le Parlement à Bruxelles. C’est là que ça coince. Ce n’est pas parce qu’Obélix a trahi Uderzo pour Hergé en s’acoquinant avec les Tapioca de l’ex-URSS, qu’il peut prétendre contribuer à la légende locale. En Belgique, pays démocratique d’exception puisque capable de survivre à 541 jours sans gouvernement, on ne partage pas l’admiration du nouveau venu pour les satrapes orientaux,. On cultive par ailleurs une certaine sobriété avec un taux d’alcoolémie légale de 0,22g ( 0,50 en France) et ce n’est pas parce que le Manneken pisse depuis des siècles à Bruxelles, que l’on tolère l’incontinence sur les portes des « chiottes » d’avion, comme dirait Poutine. Bref, y’a du boulot pour l’artiste, à moins qu’il ne s’associe à BB en vue de protéger les flamands roses. Succès assuré entre Bruges et Gand.
Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 14 décembre 2010 à 15:12

La schizophrène et la neige

Carte postale franco-slovène

En Slovénie, mon pays de naissance, quand il neige c’est la routine. On ne commente pas. A peine si on regarde les flocons tomber. La vie suit son cours enneigé, point. On boit peut-être davantage de thé au sipak (hibiscus), davantage de kava. Mais bon, comme disait ma grand-mère, « pas de quoi réveiller ton grand-père » (mort bien avant ma naissance, je précise). En France, mon pays d’adoption et désormais de résidence, quand il neige c’est l’horreur. On accuse le gouvernement, la météo. Le flocon devient roi, il terrorise ses sujets con-gelés et fait la une des médias. Slovène par mon père, Française par ma mère, j’ai hérité de certaines caractéristiques de mes géniteurs, mais le mélange parfois se fait mal. Quand il neige à Ljubljana, je me mets à râler, en vraie Parisienne. Je fais exprès d’enfiler des chaussures inadaptées, d’emprunter sans raison impérieuse la voiture épave de mon cousin. Très vite je me retrouve en travers de la chaussée verglacée, ou coincée dans les embouteillages près du Pont aux Dragons. Avec, le plus souvent, une terrible envie de faire pipi. Et tout autour un tas d’automobilistes excédés qui m’engueulent à coups de klaxon enroué. A Paris, dès qu’il neige, je ris, je chantonne, je prie pour que la fine couche grossisse et tienne. A noter que jamais je ne prie en dehors du climat. Puis je sors avec mes vieilles grosses chaussures, je me promène, j’envoie des boules de neige aux gamins, qui me le rendent bien. Emportée par mon élan, j’en lance aussi sur les policiers. Hélas ils n’aiment ni l’humour ni la neige et répliquent par des tirs de flash ball que j’esquive prudemment, bien qu’ils m’assurent que leur nouvel outil de travail est sans danger. Bref, où que j’aille sous la neige, je me fais mal voir, je suis une exilée. Vivement le printemps.

Le 13 juin 2012 à 09:52

Au plus offrant

Le football est un business, c'est bien connu. Les plus grandes stars se monnaient des millions et la valeur d'un club ne se mesure aujourd'hui plus seulement sur le terrain mais également en bourse. Forts du constat que tout s'achète et tout se vend, quelques supporters belges – dont l'équipe nationale ne participe pas à l'Euro 2012 – ont décidé de louer leurs services et soutiendront finalement le voisin néerlandais qui vient d'entamer difficilement la compétition. Ce mercenariat d'un nouveau genre se fera – rassurez-vous – au profit de l'Unicef mais il ouvre de séduisantes perspectives aux amateurs de profits et de compétitions en tout genre. Imaginez un électeur français dont le champion ne serait pas qualifié pour le second tour des législatives. Plutôt que d'appliquer docilement les consignes de vote de son parti, l'électeur dépité pourrait proposer son vote au candidat le plus généreux. J'entends d'ici les plus pragmatiques rétorquer que l'achat de vote n'est pas une nouveauté et que le clientélisme sévit déjà dans de nombreuses régions mais il s'agirait ici de développer et de systématiser le principe. Ainsi, au lieu de déplorer une abstention massive, on pourrait instaurer un marché global où se croiseraient abstentionnistes cupides et partisans fortunés. A l'instar du marché du carbone, où les pays sous-développés vendent leur droit de polluer, on créerait un marché ou les sous-votants cèderaient leur droit de vote aux plus offrants. Ceci ne serait peut-être pas très démocratique mais avouez que ça aurait de l'allure.

Le 17 janvier 2012 à 09:01
Le 1 août 2013 à 08:08

Belge comme le jour

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la Suisse. Et ça tombe drôlement bien, puisqu'on m'a demandé : « plus belge, ta prochaine chronique ». Or, quand on y réfléchit bien, Suisses, Belges, tout ça, c'est un peu pareil. Ils ont des Flamands, nous avons des Suisses allemands, la langue est à peine différente et le pouvoir de nuisance est à peu près le même. Ils se débrouillent sans gouvernement, nous en avons un parce que c'est bien pratique pour dire que tout ça, c'est de sa faute, mais personne ne sait tellement qui est dedans. Ils ont un roi, nous avons trois cartes à l'as mit stöck et des combats de reines. Ils ont une équipe de foot surnommée les « Diables Rouges » mais qui est environ aussi diabolique qu'un best of de Kiss, notre équipe joue aussi en rouge. Ils ont Jacques Brel, nous avons Henri Dès. Ils ont des frites, on a des röstis. Ils ont réinventé la bande dessinée, nous avons Yakari. Ils disent 70, comme nous, alors que les Français disent 70, ce qui est parfaitement ridicule, tout le monde en conviendra. Personne n'a jamais très bien compris la Belgique, pareil pour la Suisse. C'est pourquoi je nourris secrètement un dessein politique ambitieux mais réaliste : la fusion de la Wallonie avec la Romandie, réunies sous la bannière de la République monarchique et patatière de Wallomandie. Dont je ne peux vous parler, puisque c'est un projet secret. Du coup, pour mener à bien ma mission, une chronique « plus belge », je vais me contenter de vous raconter des carabistouilles, alleïe, une fois.

Le 7 juillet 2010 à 13:00

Au secours les mots : Martin Page défend le mot "soviets"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Il y a des mots qui réunissent contre eux les adversaires les plus opposés. C’est en général le signe de leur importance. Les soviets (conseils) sont nés en 1905 alors que la Russie est traversée par un puissant mouvement contestataire. Les ouvriers, les paysans, les soldats se réunissent, discutent, s’organisent. Les soviets incarnent la démocratie réelle, locale, réjouissante, dans les mains de tous et pour le bien commun. Ce sont eux qui font naître la révolution de 1917. Mais ils n’exerceront jamais le pouvoir : Lénine, Trotsky et les bolcheviques prennent le contrôle du pays et massacrent ceux qui défendent encore la révolution démocratique. Comble de la barbarie, les meurtriers revêtent le nom des victimes : soviets devient un mot défiguré, il est le prétexte à la dictature, la caution de la fin des libertés.Lénine n’est pas le seul responsable de ce dévoiement : les soviets ont été abattus comme les Républicains espagnols le seront quelques années plus tard, avec le silencieux assentiment des autres grandes puissances. Si l’on a laissé ce mot être kidnappé et défiguré, c’est qu’il n’arrangeait personne, ni les tsaristes, ni les capitalistes, ni les syndicats. L’expérience qu'il donnait à voir faisait peur à tous les pouvoirs. Il y a eu une unanimité pour oublier son sens réel."Soviets" est un mot magnifique, il est comme une luciole, il palpite, on le devine, on s’en approche et il s’échappe ; pourtant il est là, comme la possibilité d’une autre organisation de la société, offerte, si nous le voulons. Les mots survivent. Ils hantent le temps et portent en eux des expériences d'une réalité passée que nous pouvons faire nôtre.Pour lire les autres contributions de Martin Page à ventscontraires.net, cliquez là Dernier roman paru : La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique (Ed. de l'Olivier) www.martin-page.fr

Le 1 novembre 2012 à 17:03

Vladimir Antonov-Ovséenko (1884-1938)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On sait que l’on doit certains des textes les plus tirebouchonnants qui existent à quelques fort tristes sires pathétiquement dépourvus de la moindre flammèche d’humour. À chaque lecture du récit historique désespéré qui suit, que m’a fait découvrir chez lui il y a presque trente ans un Jean-Patrick Manchette hilare, ça ne loupe pas, je m’étrangle de rire. C’est que l’ascétique commissaire à l’Armée Rouge Antonov-Ovséenko, qui supervisa la prise du Palais d’Hiver d’octobre 1917, retrace comme personne les événements qui l’atterrent. Et qu’on comprend au ton de ce passage tragique de ses Mémoires (1924) jusqu’à quel point de vieux rogatons stalino-léninistes de cette farine pouvaient réellement croire qu’une « saoulerie » collective démesurée était à même (grandiose nouvelle !) d’envoyer dinguer en quelques jours tous les acquis répressifs d’un nouveau régime dictatorial. L’historien Isaac Deutscher, dans le tome 2 du premier volet de son Trotski, considère lui aussi que la beuverie monstre décrite par le haut fonctionnaire bolcho « menaça un moment de mettre la Révolution en panne et de la paralyser ». « L’orgie joua également un rôle dans les événements qui préludèrent à la paix de Brest-Litovsk car une grande partie de la vieille armée russe s’y dissout littéralement dans le néant. »   L’ahurissante Saturnale de Petrograd « La garnison, qui se désintégrait complètement, donna personnellement beaucoup plus de souci que les partisans de l'Assemblée constituante... Une orgie sauvage et sans exemple déferla sur Petrograd; et il n'a pas encore été possible de dire avec quelque vraisemblance si elle fut ou non le résultat de quelque subtile provocation. Ici et là, des bandes d'émeutiers surgissaient, généralement des soldats, qui envahissaient les caves, les celliers et allaient parfois jusqu'à piller les cafés. Les rares soldats restés disciplinés s'épuisaient, comme les Gardes Rouges, en tâches de surveillance. Les exhortations n'étaient d'aucun effet. Les caves du Palais d'Hiver (ex-résidence du tsar) constituèrent le problème le plus embarrassant... Le régiment Preobrajensky, qui avait jusque-là gardé sa discipline, s'enivra complètement alors qu'il était de garde au Palais. Le régiment Pavlovsky, notre rempart révolutionnaire, ne résista pas davantage à la tentation. On envoya des gardes d'origine différente, choisis dans diverses unités. Eux aussi s'enivrèrent. Les membres des comités (de régiment : c'est-à-dire les chefs révolutionnaires de la garnison) furent alors désignés pour assumer la garde. Ils succombèrent à leur tour. On ordonna aux soldats des brigades blindées de disperser la foule − ils paradèrent un peu de long en large, puis commencèrent à vaciller dangereusement sur leurs jambes. Au crépuscule, la folle bacchanale faisait rage. « Liquidons ces débris du tsarisme ! » : ce joyeux mot d'ordre courait la foule. Nous tentâmes de l'arrêter en obstruant les portes. Elle pénétra par les fenêtres, arracha les barreaux et s'empara des stocks. On voulut inonder les caves avec des lances à incendie : les brigades de pompiers s'enivrèrent comme les autres. Seuls les marins d'Helsingfors réussirent à venir à bout des caves du Palais d'Hiver. Ce fut, dans son genre, une lutte titanique. Mais les marins tinrent bon, car ils étaient liés par un vœu sévère : « La mort pour celui qui trahit son serment » ; et bien qu'ils eussent été, dans d'autres circonstances, de magnifiques buveurs, il se tirèrent de ce mauvais pas, pavillon haut. Le combat, pourtant, n'était pas fini. La ville entière était gagnée par la folie de boire. Enfin le Conseil des Commissaires du Peuple désigna un commissaire spécial, doté de pouvoirs exceptionnels, et lui donna une forte escorte. Mais le commissaire, lui aussi, se révéla faillible... Une lutte sévère se déroula à l'île Vassilevski. Le régiment finnois, dont les chefs penchaient vers l'anarcho-syndicalisme, proclama l'état de siège sur son territoire, puis fit savoir qu'il allait faire sauter les caves à vin et abattrait les pillards, à vue. Ce n'est qu'après des efforts intenses que cette folie alcoolique fut enfin maîtrisée... »

Le 8 avril 2011 à 09:14

Vacances en France

Mauvaises rencontres

« Pourtant, qui le croirait ? Un voyage au Morvan offre quelque danger. Des bandes parcourent les routes, composées d'individus d'aspect débonnaire, mais animés au fond de très mauvaises intentions, et qui ne craignent pas d'arrêter le voyageur isolé aussi bien que ceux qui circulent en nombre. Nous n'avons pas ouï dire qu'elles aient dévalisé personne ou pillé les diligences ; mais leur aspect farouche et provocant pourrait déterminer chez le voyageur novice quelque terreur. » Il s'agit de compagnies d'oies, dont le Morvan semble avoir le privilège ; oies puissantes, bien membrées, ayant fort mauvais caractère et portant haut la tête. Ces animaux féroces parcourent en liberté bois, prés et sentiers, et se figurent évidemment que les routes sont faites pour leur circulation exclusive. Dès qu'un bipède non pourvu de plumes et portant nez au lieu de bec se permet d'y mettre le pied, ils s'avancent en bataillon serré, ouvrant à outrance leurs larges becs et crachant à la face de l'intrus tout le catéchisme poissard de leur race. Il y en a toujours une qui est le chef de la bande et marche bravement à l'ennemi, devant toutes les autres, dégoisant un répertoire d'injures et de menaces du plus haut comique. » […] » Du reste, il ne faudrait pas entreprendre une lutte corps à corps avec ces bêtes guerrières. D'un coup de bec elles coupent fort proprement un doigt. Je comprends maintenant pourquoi l'on dit que certains jugements ont "force de l'oie". »(Jean Bertot, Août 1893 : la France en bicyclette : étapes d'un touriste de Paris à Grenoble et Marseille)

Le 3 décembre 2014 à 09:17

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Langue de bois et dérivés.

Tout le monde connaît la langue de bois, mais on ignore ses dérivés. En voici quelques uns : La langue de bois vernis. Essentiellement parlée dans les soirées mondaines, la langue de bois vernis se susurre entre deux coupes de champagne. Elle ne parle que de choses élégantes et futiles, qui sont pourtant essentielles à la survie du luxe. C'est la langue des gens bien nés et particulièrement vernis. Les pauvres n'y ont pas accès. La langue de sous-bois. Un brin gauloise et libidineuse, la langue de sous-bois se pratique aux abords des aires autoroutières et du bois de Boulogne. On la croit fleurie, mais elle dit les choses comme elles sont. Une chatte est une chatte, une pipe est une pipe, nom d'une pipe ! Souvent, la langue de bois se réduit à une série de râles virils et broussailleux pour s'achever en formules de politesse assez conventionnelles : « Merci, Madame. Je vous souhaite une bonne journée. » La langue de bois de chauffage. Langue de nos terroirs bien de chez nous, c'est autour d'un feu de bois et d'une bouteille de gnôle qu'elle s'épanouit vraiment. Elle rassemble aussi bien des chasseurs après une battue que des bobos parisiens venus s'encanailler dans un bled perdu de La Creuse. Les moustaches et la chemise à carreaux en coton gratté s'accommodent bien avec cette langue. La langue de bois-que-je-me-chauffe. Souvent réduite à des apostrophes agressives comme « putain » ou « enculé », la langue de bois-que-je-me-chauffe s'exprime vertement dans les embouteillages et devant un pauvre imbécile qui s'échine à respecter les limitations de vitesse. A noter que « enculé » est souvent associé à « sale pédé ». La langue de bois de cerf. Idiome préféré des chasseurs, il se débite en différentes parties appelées communément « la curée ». Le cerf n'a pas son mot à dire. Les biches et les faons observent le spectacle, interloqués. On offre les parties nobles à ceux qui ont organisé la chasse à courre. Pour les gueux, il reste les sabots. Ça fait toujours classe dans un salon, accroché à côté du berger allemand en tapisserie. La langue en aggloméré de bois. Uniquement parlée dans les magasins Ikea, cette langue résulte d'un mélange audacieux de mots suédois, de chiffres et de pictogrammes expliquant à quoi ressemble un clou et un marteau. C'est une langue lisse comme un plan de travail de cuisine. Attention quand même à ne pas la parler n'importe comment, sinon vous risquez de vous prendre les étagères sur le coin de la gueule. La langue de sciure. Ce qui reste de la langue précédente, quand on a décidé de tout bazarder à la déchetterie pour se meubler en style Louis XV. Recyclable, la langue de sciure se transforme en litière pour chats et lapins nains. La langue de bois de rose. C'est la langue des amoureux un peu gnangnan. Elle se réduit à des mots simples comme « je t'aime », « j'ai envie de toi », « tu es l'amour de ma vie », « je veux bien prendre une douche avec toi ». Avec le temps cependant, elle peut devenir râleuse ou carrément hostile : « Pauvre naze ! Et dire que je t'ai épousé ! » est une de ses formules préférées. La langue de bois de sapin. Pratiquée par les employés des Pompes funèbres, la langue de bois de sapin sent le sapin et l'after-shave bon marché. La gueule de l'emploi est requise pour la parler, le costume un peu long aux manches. C'est une langue qui parle de la mort en termes techniques : « Le défunt mesure combien environ ? » ; « Pour la toilette mortuaire, on met un parfum bio ou pas ? » Pour autant, cela n'interdit de faire un petit geste commercial en direction des familles dans le besoin, à condition qu'elles soient solvables. La langue des bois de justice. Celle-là vous coupe le sifflet en moins de deux. Disparue en France depuis 1981. Certains nostalgiques la parlent encore ; on dit même qu'ils apprécient la tête de veau.

Le 11 août 2010 à 09:45

« Français ou voyou, il faut choisir"

Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, Europe 1, lundi 9 août 2010

Normal, c’est la guerre, faut pas se tromper de camp. En cet été 2010, le pays est devenu belligérant  avec déclaration de «  guerre nationale »  par le général Sarkozy, inspection des troupes dans les quartiers des Beaudottes à Sevran et de la Villeneuve à Grenoble par le colonel Hortefeux, charges au clairon des lieutenants Estrosi, Lefebvre ou Marleix. Il faut avoir les oreilles bouchées à la crème bronzante, pour ignorer que la guerre est non pas à nos portes, mais dans nos murs. Les forces hostiles sont assez habiles pour ne pas se présenter en lignes repérables aux frontières, mais agir de l’intérieur en ordre dispersé : braquages,  snipers, caillassages, déprédations et même quelques campements  séditieux. L’adversaire peine ainsi à être cerné car les « voyous »  ne sont pas une nationalité, une ethnie, une classe, une communauté et encore moins une grande cause. Dès lors, avec qui des négociations d’armistice ou de paix pourraient-elles  être engagées ?  Qu’on se rassure,  il n’est pas envisagé par l’état-major sarkozyste d’autre victoire qu’éradicatrice. Christian Estrosi qui a commis une biographie de Napoléon III avec un « nègre » (en situation régulière), l’écrivain Raoul Mille, a-t-il songé pourtant que le sort de la guerre pourrait basculer et que l’ancien maire de Neuilly finisse à Sedan ? Ou même que l’heure de la retraite sonne après le 7 septembre, quand la cinquième colonne syndicale défilera dans les rues ?

Le 10 mars 2012 à 08:45
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