Jean-Michel Helvig
Publié le 08/01/2013

«J'ai un passeport russe, mais je suis Français et j'aurai certainement la double nationalité belge»


Gérard Depardieu, Equipe 21, lundi 7 janvier 2013

L’homme qui rit dans les goulags a le patriotisme à fiscalité variable. Ce qui l’amène à revendiquer une double nationalité belge alors qu’il en détiendrait en réalité trois. La Russe par faveur du nouveau tsar. La française qu’il ne semble plus vouloir renvoyer à la figure de Jean-Marc Ayrault. Et la belge donc. Encore qu’il ne suffise pas au natif de Chateauroux d’être néchinois (merci Vincent Roca) pour atteindre à la belgitude suprême. Pas sûr qu’ait été appréciée, outre-quiévrain,  sa « certitude » d’être bientôt sujet du royaume. Il faut d’abord faire preuve de « mérites exceptionnels » pour être naturalisé par le Parlement à Bruxelles. C’est là que ça coince. Ce n’est pas parce qu’Obélix a trahi Uderzo pour Hergé en s’acoquinant avec les Tapioca de l’ex-URSS, qu’il peut prétendre contribuer à la légende locale. En Belgique, pays démocratique d’exception puisque capable de survivre à 541 jours sans gouvernement, on ne partage pas l’admiration du nouveau venu pour les satrapes orientaux,. On cultive par ailleurs une certaine sobriété avec un taux d’alcoolémie légale de 0,22g ( 0,50 en France) et ce n’est pas parce que le Manneken pisse depuis des siècles à Bruxelles, que l’on tolère l’incontinence sur les portes des « chiottes » d’avion, comme dirait Poutine. Bref, y’a du boulot pour l’artiste, à moins qu’il ne s’associe à BB en vue de protéger les flamands roses. Succès assuré entre Bruges et Gand.
Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 8 avril 2011 à 09:14

Vacances en France

Mauvaises rencontres

« Pourtant, qui le croirait ? Un voyage au Morvan offre quelque danger. Des bandes parcourent les routes, composées d'individus d'aspect débonnaire, mais animés au fond de très mauvaises intentions, et qui ne craignent pas d'arrêter le voyageur isolé aussi bien que ceux qui circulent en nombre. Nous n'avons pas ouï dire qu'elles aient dévalisé personne ou pillé les diligences ; mais leur aspect farouche et provocant pourrait déterminer chez le voyageur novice quelque terreur. » Il s'agit de compagnies d'oies, dont le Morvan semble avoir le privilège ; oies puissantes, bien membrées, ayant fort mauvais caractère et portant haut la tête. Ces animaux féroces parcourent en liberté bois, prés et sentiers, et se figurent évidemment que les routes sont faites pour leur circulation exclusive. Dès qu'un bipède non pourvu de plumes et portant nez au lieu de bec se permet d'y mettre le pied, ils s'avancent en bataillon serré, ouvrant à outrance leurs larges becs et crachant à la face de l'intrus tout le catéchisme poissard de leur race. Il y en a toujours une qui est le chef de la bande et marche bravement à l'ennemi, devant toutes les autres, dégoisant un répertoire d'injures et de menaces du plus haut comique. » […] » Du reste, il ne faudrait pas entreprendre une lutte corps à corps avec ces bêtes guerrières. D'un coup de bec elles coupent fort proprement un doigt. Je comprends maintenant pourquoi l'on dit que certains jugements ont "force de l'oie". »(Jean Bertot, Août 1893 : la France en bicyclette : étapes d'un touriste de Paris à Grenoble et Marseille)

Le 17 janvier 2012 à 09:01
Le 2 avril 2012 à 07:43

Les malintentionnés ou vrais faiseurs d'embarras

Les cracks méconnus du rire de résistance

Un mouvement d’activistes anti tsaristes très fondus a réellement porté ce nom et eut droit à ce surnom dans la vieille Russie de la fin du XIXe siècle.En 1875, trois « malintentionnés » dégingandés conspirant contre l’autocratie ont une riche idée. Ils font typographier en Suisse une « charte dorée » soi-disant promulguée par le tsar et, s’étant grâce à ce subterfuge nommés « commissaires impériaux », ils viennent mettre à exécution à Tchiguirine, sur les bords du Dniepr, les oukases dont ils feignent d’avoir été chargés par le Sénat. Et voilà la population de communes rurales inflexiblement contre-révolutionnaires astreinte par voie officielle d’exproprier les gros koulaks et de se partager leurs terres. Ce qu’elle fait bon gré mal gré d’abord puis avec un fol entrain. Percés à jour et incarcérés, les trois pieds nickelés s’échappent par la grande porte de la prison de Kiev bras dessus bras dessous avec leurs gardiens (sic !) pour apprendre qu’il y a du nouveau. En leur absence, la taïnaia droujina (société secrète des amis), qu’ils ont créée canularesquement dans la région en ribouldinguant, a recruté trois mille affidés. Lesquels, échaudés par l’arrestation de leurs leaders, ont soulevé les moujiks du coin et se sont mis à libérer avec eux des bourgades entières du joug des riches boyards.On quitte la Russie en levant nos verres de Zubrowka à d’autres « vrais faiseurs d’embarras » de haut vol.Buvons un coup avec le compère Guilleri, un brigand bienfaisant à la Mandrin-Cartouche du XVIe siècle. Déguisé en archer du Roi, Guilleri, flanqué de ses deux frères et de toute une troupe de malandrins pareillement accoutrés, frappe à l’huis du président du parlement de Rouen. « Ouvrez de par le Roi ! » On s’empresse de lui ouvrir. « Nous avons appris, s’écrie Guilleri, que Guilleri trouve ici un asile. » Fermes protestations. Guilleri hausse le ton, il ne quittera pas les lieux sans l’ennemi public n°1. « Et voilà Guilleri, raconte l’historien des brigands François Funck-Brentano, qui parcourt les appartements, ouvre les cabinets, force les serrures, vide les bahuts, armoires, huches et commodes. Ses compagnons se saisissent de l’argent monnayé et des effets les plus précieux. » Puis Guilleri se retire avec ses archers en jurant que si M. le Président se mêle encore d’accorder l’hospitalité au compère Guilleri, il sera cette fois là, malgré sa toque présidentielle, pendu haut et court sur la grand-place de Rouen.Buvons un coup maintenant avec un désopilant pionnier de l’écoterrorisme qui fit beaucoup parler de lui aux States dans les seventies : le renard de l’Illinois. En 1973, le fin goupil, en tenue de travail et muni de seaux prolétariens, se fait introduire dans la salle de réception de l’US Reduction Company d’East Chicago dont les filiales polluent moultes rivières. Il déverse alors ni vu ni connu le contenu de ses seaux, soit 251 livres de déchets industriels, sur les beaux tapis de la pièce. Et il invite la presse à se dépêcher de venir constater ce qui se traficote dans les bureaux de la compagnie. « Il y en a même sur leurs tapis ! »Buvons encore un coup pour la route avec deux vrais faiseurs d’embarras anti-cléricaux qui auraient tenu à venir défendre le Théâtre du Rond-Point contre la tourbe catholique-intégriste. Les deux larrons savaient l’un comme l’autre comment naufrager des réputations vénérables en un éclair. Le premier, Marcel Celma, quand il descendait d’un bus, embrassait à l’ultime moment sur la bouche une des religieuses se trouvant là : « À ce soir, chérie ! » Le second, Benjamin Péret en personne, giflait tout à coup dans les métros des curés plongés dans leurs bréviaires en hurlant : « Bougre de saligaud ! Voilà cinq minutes que ce ratichon essaie de me peloter les couilles ! » Et place aux vrais faiseurs d’embarras du jour, parmi lesquels en tout cas les Yes Men, les désobéissants (lire Désobéir, le petit manuel de Xavier Renou, Le Passager clandestin) ou les black blocs (lire Black Blocs d’Elsa Marpeau, Gallimard).

Le 21 septembre 2011 à 08:41

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir

Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses. > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 11 novembre 2011 à 08:02
Le 9 octobre 2012 à 08:05

Super Mario contre les spéculateurs

Econotrucs #7

Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.

Le 1 juillet 2011 à 09:20

Marcel Mariën (1920-1993)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Paul Nougé, Achille Chavée…, le surréalisme belge de combat a été incarné par quelques satanés pendards qui en ont fait voir des belles à « ces faces de pets qui nous gouvernent » (Scutenaire) sans se faire poisseusement récupérer à la fin de leur vie. D’entre eux tous, le pire « boutefeu de sédition » (comme on disait d’un Blanqui), ce fut sans nul doute Marcel Mariën. C’est qu’il n’avait pas usurpé sa réputation de grand « récidiviste du canular ». C’est à lui, par exemple, qu’on doit le gag, en février 1955, des cartons d’invitations dupeurs à une cérémonie d’hommage à André Breton dont les postures autoritaires et les transes magico-mystiques dédiées aux « grands transparents » agaçaient de plus en plus les rebelles belges. « Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s’étaient rendues à l’hôtel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon. » Neuf ans auparavant, à Bruxelles, c’est lui aussi qui est l’instigateur de la blague du cycle sexologique : « Nous venions de réussir un coup de maître au Palais des Beaux-Arts, en lançant une invitation pour des conférences sur la sexualité, qui devaient être “illustrées de scènes explicatives pour lesquelles de jeunes intellectuels des deux sexes prêteraient leur concours”. Cette invitation, présentée comme une initiative culturelle du Séminaire des Arts avait jeté l’émoi dans le personnel chargé de la location des places, à la fois submergé par les demandes tout en étant incapable d’y pourvoir. » Et il frappera encore plus fort, en 1962 quand il fera annoncer dans un tract illustré d’un billet de 100 FB distribué au Casino de Knokke-le-Zoute la veille d’une rétrospective René Magritte que le peintre « a décidé de vendre désormais ses œuvres à des prix dérisoires ». « Ce dernier, complètement effaré, recevra aussitôt des félicitations d’un peu partout. »   Mais Marcel Mariën ne fut pas seulement un maître-farceur de premier calibre ayant amorcé tôt sa galapiate carrière lorsque, adolescent, il s’en allait permuter les croix de bois plantées sur les sépultures des cimetières de campagne. Outre qu’il se lança en 1953 dans la contrebande de cigarettes et de parfums entre la Normandie et les Antilles et qu’il devint en 1963 trafiquant de lingots d’or sur la rivière de Saïgon, il fut également un faussaire piednickeléesque consommé. En 1939, pendant son service dans l’armée belge, il fabrique des permissions à la chaîne en contrefaisant la signature de son commandant. En 1941, il vend ses premiers recueils de poèmes sulfureux à… des macchabées. Il coche, en effet, les noms et adresses des défunts du jour à qui il envoie ses opuscules contre remboursement. « Je réussis même, relate-t-il dans Le Radeau de la mémoire, à caser un exemplaire chez un défunt qui portait le même nom que moi, jouant sur l’homonymie de l’expéditeur et du destinataire pour abuser la famille éplorée. » La même année, en temps que nègre inspiré du parfumeur-collectionneur René Gaffé, il crédite son employeur d’une douzaine d’essais artistico-littéraires brillants qu’il bricole gredinement en pillant savamment des textes déjà existants. « Il va sans dire que plus d’un critique coté s’extasia sur la pertinence et la nouveauté de ces mosaïques. » De 1942 à 1946, il vend moultes faux Picasso, Braque, Ernst ou Chirico, tous confectionnés en tapinois par Magritte. En 1951, « mandé par un congrès de receveurs communaux pour y prendre note des discours prononcés », il en marie les mots-clé avec « un collage de textes empruntés à divers auteurs tels que Montesquieu, Pascal, Alain, Valéry. » En 1953, il écoule à Oostende et à La Panne des faux billets de 100FB ouvrés par les frères Magritte. En 1958, turbinant dans une agence publicitaire, il truque au profit de comparses les résultats des concours hebdomadaires d’une firme de poudre de lessive. Au risque de vous donner le tournis, n’en restons pas là et complétons cet édifiant portrait avec d’autres frasques de Marcel Mariën. En 1939, il écrit au roi Léopold III pour lui suggérer « d’intervenir sans tarder pour que l’on élevât anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s’annonçait ». Il signe sa requête Léon Degrelle. En 1955, il crée le Prix de la Bêtise Humaine qui est décerné conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et à André Malraux pour l’ensemble de son œuvre esthétique. En 1959, avec son scandaleux film blasphématoire L’Imitation du cinéma, fort vite interdit en France et en Belgique, il pause la question : « Pourquoi un homme tombant dans la rue déclenche-t-il le rire et non pas le Christ avec sa triple chute pendant le calvaire ? » Et il n’arrêtera jamais de prodiguer aux jeunes générations délurées de fort avisés conseils pratiques de cette farine. « Sans doute il y aurait-il quelque bien à agir adroitement sur les tristes décors qui nous ont été légués, à les faire passer de leur signification actuelle à leur signification réelle : par exemple, à badigeonner de bran Notre-Dame de Paris. » « Arrêtez d’un geste désespéré la plus luxueuse limousine que vous croiserez sur la route. Demandez à l’occupant, comme si vous aviez affaire à un maître de maison où l’on vous aurait invité l’endroit de la toilette. » « Si vous êtes amené à assister à un enterrement religieux, au moment où l’employé des pompes vous remet un cierge et vous invite à faire le tour du catafalque, il vous est très aisé, feignant de trébucher par exemple, de mettre le feu au poêle qui recouvre le cercueil. »   À lire le réjouissant dossier collectif L’Imitation du cinéma. Histoire d’un film ignoble (Éd. La Maison d’à côté) dans lequel on prend connaissance d’un communiqué de presse historique de la Centrale Catholique : « Le film en question est une parodie sacrilège du christianisme mêlée d’une obscénité qui dépasse toute imagination. On espère que le Parquet prendra les mesures nécessaires pour mettre hors de circulation cette pellicule indigne d’un pays civilisé. » Un DVD de l’objet du scandale escorte le texte. Valent aussi le coup d’œil : l’étude de référence Les 100 mots du surréalisme (Que sais-je ?) par les profs universitaires belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ayant bien potassé leurs fiches. La bio éperonnante de Geneviève Michel Paul Nougé. La Poésie au cœur de la révolution (P.I.E. Peter Lang) qui raccorde futefutement les provocations ludiques du groupe surréaliste de Bruxelles à la saga situationniste. Et puis encore le Petit Guide de l’irrévérence au pays de Liège (Yellow Now) fricassé par d’enjoués connaisseurs du sujet, les historiens Alain Delaunois et Pierre-Olivier Rollin et l’agitateur anarcho-pataphysicien André Stas.

Le 4 août 2015 à 08:09

Il ne suffit pas d'être femme pour être femme

La France peut déplorer dans son Histoire, un déficit de « femmes politiques », de figures féminines engagées auxquelles la masse des femmes en devenir puisse s’identifier ; ce qui paradoxalement n’a jamais nui à l’identité féminine de la France. Des personnages illustres, tel Dominique de Villepin, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de notre pays une femme… « chaude » : « La France a envie qu’on la prenne, ça lui démange le bassin », voire une femme « chienne » si l’on s’en réfère aux propos de François Mitterrand qui dans sa prime jeunesse, a qualifié la terre de France comme ayant un goût prononcé pour le viol et en redemandant : « La force naît de l’équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre (de France) aime ce viol et rend à l’homme plus qu’il n’espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Journal des compagnons de France », avril 1943 -récit de son retour de captivité –. Pas étonnant donc qu’au jour où la France a voulu s’ériger au rang de présidente avec la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal – le seul exemple que j’ai pu trouver -, les réactions suscitées aient été exacerbées. Là où beaucoup n’ont voulu y voir que la cause d’une personnalité « déjantée », j’y vois d’avantage le reflet d’un rapport du collectif face à ce que l’on pourrait nommer l’érection, pardon l’élection d’une « femme femme » au pouvoir… J’entends par là une femme qui aurait un « mode de jouissance » différent du « tout phallique ». Si l’on regarde la plupart des femmes en politique de l’époque de la candidature présidentielle de Ségolène Royal, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Martine Aubry ou tant d’autres, elles avaient toutes accepté d’endosser le costume de l’homme. Toutes adopté leurs codes, leurs modes et… leur phallus. En bref, il ne suffit pas d’être femme pour être femme. A leur décharge, on sait combien le mode de jouissance qui se rattache au féminin a toujours été menacé dès lors qu’il s’est agi de le sortir du champ traditionnel où il a été cantonné. Et si l’homme apprécie à sa juste mesure cette part dite « féminine » et qu’il a laissé à la femme tout pouvoir de l’exprimer dans les champs qu’il n’a pas investi, là où il siège en roi, il ne serait question qu’il perde la main. Inconcevable et paradoxal… La France risquerait de perdre sa virilité ! Il a donc fallu en faire des magouilles pour parvenir à investir le champ des hommes en montrant patte blanche, faire oublier cette part « féminine », et donner à croire qu’on est un homme déguisé en femme. Pour autant, je ne connais point d’homme seul, qui en matière de politique, ait fournit la preuve incontestable qu’il est le détenteur de la solution finale à tous nos problèmes (Hitler a bien tenté le coup…). L’introduction d’un autre mode de jouissance au pouvoir serait donc d’un certain intérêt, que dis-je une cause nationale, voire mondiale. Reconnaissons à Ségolène qu’elle a sûrement été une des premières femmes en politique qui n’a pas cherché à travestir sa part féminine. Elle est celle qui naïvement ou révolutionnairement a choisi de rester « femme femme » en politique. Et non contente de s’identifier à la France, La France Présidente, c’est un peu comme si elle avait ouvert ses bras ou ses jambes pour accueillir tous « les phallus de la renommée », soulevant dès lors, vague d’indignations et violences verbales infinies. Chaque adversaire n’hésitant pas à utiliser le discours argumentaire politique pour servir leur rejet d’une telle possibilité : comment une femme et qui plus est, la France, pourrait-elle au final jouir à ce point ?! Comment pourrait-elle vouloir être pénétrée sans restriction?! Dominique de Villepin avait raison ! (à L’ENA, cet homme visionnaire avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en application son programme politique en sortant avec Ségolène... Cf VOICI). Or « il y a un plus de jouir indicible chez la femme » dit Lacan, indicible parce qu’impossible à symboliser et ce plus de jouir nourrit depuis la nuit des temps chez l’homme, un vaste et bien réel sentiment d’infériorité. Rien d’étonnant au fond à ce que n’ait cessé de se manifester cette volonté ancestrale de l’homme de soumettre la femme, de la détrôner de son statut de sujet en la rabaissant au rang d’objet. Iconisée par les uns, diabolisée par les autres, la dame blanche est dès lors devenue la femme à abattre. Jamais une élection n’a suscité autant d’angoisses de chefs, beaucoup n’ont pas supporté cette femme trop… « bonne ». Maintenant, le couvercle de la marmite s’est refermé et tous les éléphants et les buffles soufflent. Tout plutôt que l’élection de cette femme mi-vierge, mi-sorcière qui nous a fait perdre pied un instant… Mais que l’homme se rassure ! Car il n’est pas exclu de ce « plus de jouir », puisqu’il possède, comme la femme, une part féminine et une part masculine… Les maîtres de la psychanalyse mais aussi les grands mystiques tels Saint-Jean de la Croix (cf La montée au Carmel) ont su l’évoquer. Alors si l’homme parvenait à accepter cette accession au pouvoir du mode de jouissance féminin, ce serait un immense pas symbolique, le signe qu’il est enfin prêt à accepter sa propre part féminine sans le vivre comme une menace pour sa part masculine ; le début d’un grand rêve, celui de nous inscrire enfin dans une jouissance harmonieuse du pouvoir où féminin et masculin peuvent

Le 28 avril 2012 à 09:30

Rouille de printemps

Le fébrile candidat sortant vient encore une fois de changer de véhicule de campagne, en optant pour cette antique "dedeuche" (cliché officiel), mythique emblème de la France, et rouillée jusqu'à l'os en illustration d'un élan éperdu vers les humbles, les petits, les pauvres gens, "les Français qui souffrent". Les chefs de la Nouvelle UMP (Union des Misérables pour le Président), assez réservés à la vue du véhicule pathétique, furent priés de laisser leurs doutes au vestiaire - s'agissant justement de vestiaire, le candidat leur fit parade de ses nouveaux atours : oubliés le beau costard à 6500 euros, les belles tatanes à beaux talons à 4500, troqués contre un costume Tati (59,99) et des souliers Eram (34,95). Juppé, le lettré de la Nouvelle UMP, ayant cru bon de susurrer qu'en latin "eram" signifiait "j'étais", le candidat hurla "J'étais! Je suis! Je serai!", fou de rage il claqua la porte et, après s'y être engouffré, la portière de sa dedeuche qui sous le choc se décrocha. Un team de mécanos la suivra désormais de très près dans une Renault gris métal. Composée en hâte une rangée de supporters, à droite de la photo, s'étire d'un landau à un senior de petite taille. Les paniers disposés sur la galerie contiennent des pin's à distribuer aux foules. Quant à l'écriteau surplombant le pare-brise, s'il n'est pas sans évoquer celui que Pilate fit mettre au-dessus de la tête de Jésus, il reste, à la différence de celui-ci, illisible. L'avenir n'est pas écrit.

Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

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