
C’était l’été 2011, Séoul allait sombrer sous les plus
terribles inondations et coulées de boue de sa moderne histoire. Après la
rudesse d’un hiver glacial il fallait maintenant affronter une chaleur humide
capable de liquéfier ce qui pouvait encore rester d’un peu solide sous les
pluies torrentielles. Il était donc temps de quitter cet été moisi et de partir
pour le seul endroit d’Asie encore épargné par cette mousson annonciatrice de
l’apocalypse à venir : La Mongolie. Un peu plus de 2 millions d’habitants,
à peine la population d’un quartier de Séoul pour un territoire représentant
environ 6 fois la France. Grands espaces ouverts, vide absolu, ivresse des
plaines et ciel en précipice au delà d’un horizon en ligne de fuite éperdue,
voici l’un des rares endroits sur terre où survit « le monde
invisible ». Là où l’homme n’est plus, là où l’homme est moins, la nature
est de nouveau la résidence des esprits et autres entités transparentes qui
donnent leurs chants au vent dans les dunes, leurs yeux à la surface des lacs,
et leur mystères aux grandes forêts où se perdent les voyageurs la nuit tombée.
Ici le règne animal étend son domaine. Chevaux, chameaux, moutons, aigles et
faucons, ours, chiens, lynx et loups, le bestiaire sauvage domine l’imaginaire
et s’incarne dans les métamorphoses des chamans en transe dans les lumières
dansantes du feu et dans les battements sur les peaux des tambours.
Une étrangeté de la langue française
définit les Mongoliens comme des trisomiques, et
mongolisme cette déficience
intellectuelle et morphologique conséquence d’une anomalie génétique. Imaginons
un instant que dans la langue mongole le mot « gaulois »
désigne ainsi un malade mental et « gaullisme » la tare qui en serait
la cause.
Mais dans la Mongolie moderne,
point de francophonie, l’heure est au
business English et à la
Mongolian
goldrush, car la richesse du pays est sous terre. Ainsi l’or, l’uranium, le
cuivre, les terres rares, attirent tous les « birds of prey »,
rapaces internationaux et multinationales de l’extraction minière. Cette
richesse minérale fait naître de nouveaux Gengis Khan qui roulent des
mécaniques, désireux de conquêtes, en voitures de sport à plus 400 chevaux.
« Il est plus facile de conquérir le monde à cheval que de bâtir un état à
pied » Gengis était cruel, mais, loin d’être un barbare, il fut le seul
capable dans l’histoire d’unifier le continent de la Méditerrannée à l’Oural et
d’établir un code de lois qui sera source d’inspiration pour les constitutions
des démocraties à venir.
Les nouveaux barbares mongols
s’appellent des « Ninja miners » circulant en hordes, lourdement
bardés d’armes automatiques sur des 4x4
de guerre, ils attaquent les mines dans la vallée du Zaamar et
s’emparent de l’or que les trafiquants chinois et coréens passent en
contrebande à Pékin ou Séoul. C’est dans l’un de ces 4x4 à demi calciné et
abandonné dans le désert de Gobi que fut retrouvée, encore intacte, une clé USB
gorgée de sons parmi lesquels ce remix de « Wealth », 3
ème
et dernier morceau de la face B du plus minéral et désertique disque de rock
des années 80 : « Spirit of Eden » de Talk Talk.
(Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)