Igor
Ou bien imaginer
une nouvelle version de « Petit Papa Noël », dans laquelle il ne
serait plus question d’une belle nuit, mais d’un crépuscule post-apocalyptique,
quelque chose de très sombre, quelque chose à des années-lumière des idées
dégoulinantes de bons sentiments que l’on nous impose chaque année, que nos
chères têtes blondes apprennent bêtement…
C'est
la belle nuit de Noël
La neige étend son manteau noir
Et les yeux levés vers le ciel
À genoux, les petits enfants
Avant de fermer les paupières
Font une dernière prière.
… et dans
laquelle le vieux monsieur généreux porterait des bottes à semelles de
protection, une combinaison antiradiation homologuée, des gants en kevlar, un
masque à gaz, un gilet pare-balles, car dehors,
il va avoir si chaud…
Dans cette
version, le narrateur, un enfant de dix ans, Igor, aux traits fatigués, sans
innocence, Igor, flétri, sans aucun avenir ou notion d’avenir, habiterait un
bunker souterrain de 9m² avec toute sa famille. Il n’y aurait aucune cheminée,
mais seulement un conduit d’évacuation et de traitement de l’air conditionné.
Petit Papa Noël
Quand tu descendras du ciel
Avec tes jouets par milliers.
Bunker 248
de l'abri antiatomique numéro 47, sous-sol 3, ascenseur 24.
Dans cette
version de la chanson, le vieillard ferait sa distribution au son des compteurs
Geiger des églises et des hurlements des chiens fossoyeurs des ruines.
Ta distribution de surprises.
Dans cette
nouvelle chanson, Igor se languirait de revoir un jour le soleil se lever
autrement qu’à la télé. Il ne dirait plus qu’il a été sage, mais qu’il n’a rien
fait, lui.
[Refrain]
Dans ce nouveau couplet, il serait question de nuages dépollués et même d’animaux
vivants et en bonne santé, histoire d’apporter un peu de rêve, un peu de fêtes.
Le sentiment de.
Dans cette
version moderne du Petit Papa Noël, on évoquerait des idées positives d’avenir
radieux et de félicité partagée.
[Refrain]
Dans cette
chanson, tout serait très beau, très à sa place : rien ne dépasserait.
Dans les
abris antiatomiques, les jours de fête auraient un goût particulier qui, on
l’espère, ne serait pas celui âcre et violet de l’iode. Dans les abris, les
gens danseraient comme des damnés, loin des réalités noircies des cendres grenat.
Dans une
version alternative, plus mature, il serait question de l’aversion de l’homme
pour les choses visqueuses. Les crachats, les glaires, le sperme. Puis Igor ou
tout du moins une version adulte d’Igor, argumenterait : « si Dieu
n’avait pas voulu la semence masculine, il aurait fait du sperme en flocons de
neige » et de rebondir avec le refrain, les notions d’hivers et de froid.
Pour
revisiter l’enfance, il faut désapprendre l’adulte.