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Thomas Vinau


(41 articles)

Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com

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Contribution à la journée de réflexion sur le travail



D'accord, je te l'accorde, il m'en aura fallu du temps.
Trente ans.
Et tant, presque autant, de tentatives. Des coups dans l'eau.
Des coups du sort. Des coups sûrs.
Des coussins aussi. Heureusement des coussins.
Je n'y ai certes pas mis tout mon coeur.
Au début j'ai traîné des pieds. J'ai fais des détours.
Et encore heureux ma foi, vue ce à quoi on me destinait.
Et puis j'ai nié.
Et puis j'ai ramé. Pour m'y remettre.
Et puis Pôle emploi. Stages de formation. Contrats de réinsertion. Deux trois autres trucs en on.
Et puis chômage. Rmi. Deux trois autres trucs en I.
Mais maintenant j'ai trouvé !
Plus d'inquiétude maman-mamie. Fini les Qu'est ce qu'on va faire de toi. Fini les Pense à ton avenir.
J'ai trouvé mon métier. J'ai trouvé un moyen de devenir.
Je suis inventeur de fautes d'orthographe.

Diogène de Sinope


Clochard céleste n° 28
Diogène de Sinope (Sinope v. 413 ? Corinthe, v. 327 av. J.-C.), de notre belle lignée de clochards célestes, je décide qu'il est le premier. Diogène le cynique, le clochard philosophe, ami des chiens et penseur pervers-pépere du monde antique. Notre père à tous. Habitant du tonneau et des rues de Sinope, d'Athènes et de Corinthe. L'homme qui n'avait besoin que d'une écuelle pour vivre, jusqu'au jour où il prit exemple sur un enfant pour jeter l'écuelle et boire avec ses mains. L'homme qui fut vendu comme esclave en déclarant : Je sais gouverner, vendez moi à quelqu'un qui cherche un maître. L'homme qui tournait au ridicule chaque démonstration platonicienne. Mille anecdotes à son propos. Une légende. Subversif. Méchant. Insolent. Drôle. Interlope. Libre. L'homme qui se masturbait dans la rue. L'homme qui voulait qu'on jette son cadavre à l'égout et qui volait leurs os aux chiens. Le clochard qu'admiraient les empereurs. Un jour Alexandre le Grand va à sa rencontre : Demande moi ce que tu veux je te le donnerai et Diogène de lui répondre : Ôte-toi de mon soleil !

Place de la Fraternité



Je mange en regardant la télé. Je mâche sur mon canapé. Passe un reportage sur les françafricains expulsés ce lundi 7 novembre de la place de la Fraternité (ça ne s'invente pas) à la Courneuve. Voilà sept mois qu'ils étaient là. Parents et enfants. Sous des tentes. La grande majorité d'entre eux est en situation régulière et travaille. On les expulse sans ne rien leur proposer d'autre. Je vois les mères crier. S'accrocher aux grilles. Les enfants pleurer. Les CRS piétiner les tentes. Je n'arrive plus à avaler. Les larmes me montent aux yeux. Je les mâche. Sur mon canapé.

Jean-Paul Clébert, clochard céleste


Portrait 25
Jean-Paul Clébert a été surnommé un temps, le clochard qui a failli avoir le prix Goncourt. Jean-Paul Clébert est né le 23 février 1926 et il est mort la semaine dernière, le 21 septembre 2011. Dans son nom, Jean-Paul Clébert est à une voyelle de clébard. Après avoir été cheminot, trimard, résistant puis avoir parcouru l’Asie, il tape la cloche dans le beau Paris Insolite des années cinquante. Ses compagnons de route ? Doisneau, Giraud, quelques surréalistes, quelques situationnistes. Il écrit au dos des paquets de gauloise après avoir découvert Bourlinguer de Cendrars. C’est lui qui l’introduira chez Denoël. Son seul maître, avec peut être Henry Miller à qui il fait visiter les bordels Parisiens. Clébert parlait des gitans, des arabes, des juifs, des caniveaux, des chiens, des petits matins rouges, des ficelles, des putes, des chineurs, de la faim et du vin. Il n’idéalisait rien et surtout pas la misère. Il montrait ce que personne n’en connaissait, sa beauté, sa fierté, son courage. Il était venu finir sa vie pas loin de chez moi, dans les collines du Luberon, loin du Paris frimeur qu’il ne reconnaissait plus, écrire des livres sur l’ail ou la Provence. Mais il sera resté jusqu’au bout du même bord ; «avec ces hommes qui crèvent de  faim, se foutent pas mal des beautés de la liberté et de la marche à pied, ont misé sur l’avenir et le boulot bien fait et dont on apprend du bout des yeux le décès dans la colonne des faits d'hiver, vieux et vieilles morts solitaires dans un taudis innommable, ou rongés tout vivants sur leur grabats par les rats». Les éditons Attila ont rééditées son Paris Insolite il y a deux ans.

Elsa Von Freytag-Loringhoven, clochard céleste


portrait 23
Elsa Von Freytag-Loringhoven (1874-1927) devient baronne en en épousant un. Avant cela, elle a fui sa famille oppressante et rigoriste à 18 ans, est allée de Berlin à New York et a étudié l’art. Elle en est déjà à son troisième mariage qui deviendra cinq ans plus tard veuvage. La baronne désargentée et farfelue a investi Greenwich Village. Il lui arrive de se raser le crâne, de se baigner nue dans des fontaines publiques ou de se faire des robes en petites cuillères.  
La baronne est naturellement Dada. La baronne est tout ce qu’il y a de plus Dada. Elle devient leur égérie internationale. Vedette du film de Man ray et Marcel Duchamp au titre qui est lui-même un poème : « La baronne rase ses poils pubiens ». Il lui arrive de créer des sculptures en morceaux de plomberie mais elle préfère faire de sa vie une sculpture en morceaux plomberie. Il lui arrive d’écrire des poèmes d’avant-garde mais elle préfère faire de sa vie un poème d’avant-garde. Ezra Pound ou William Carlos Williams pensaient qu’elle était un sacré bout de femme. Elle est fantasque, instable, suicidaire, cleptomane et libérée sexuellement. De retour en Europe, elle connait misère et hôpitaux psychiatriques. Tente de faire chanter André Gide ou George Bernard Shaw. Elle meurt en 1927 dans les effluves de gaz de son petit appartement Parisien. Et garde ainsi dans sa tête petits bijoux et fabuleux animaux cachés.

Robert Walser, clochard céleste


Portrait 20
Robert Walser (1878-1956) est un écrivain suisse qui est né en Suisse puis est mort en Suisse. Pour un clochard céleste, c’est petit la Suisse. Robert Walser est un promeneur céleste. C’est un aventurier du minuscule. Un explorateur de l’évanescent. Après ses études, Robert Walser a tenté quelques métiers (domestique, employé, secrétaire), mais dès ses premiers succès littéraires d’estime, il cessa de travailler pour se consacrer à ses trois passions : Ecrire, Marcher et Disparaitre. Tout au long de sa vie, Robert Walser semble s’effacer, comme une mauvaise photo numérique. Robert Walser sait que l’essentiel est dérisoire et que le dérisoire est essentiel. Robert Walser a passé 23 ans dans des cliniques psychiatriques, pour la simple et bonne raison qu’il avait conscience de sa disparition. Robert Walser est un poète, la lumière lui est donc primordiale. Robert Walser comptait parmi ses admirateurs Robert Musil et Franz Kafka. Robert Walser écrit tellement petit que certains de ses textes (microgrammes) sont indéchiffrables. Robert Walser a consacré beaucoup de son temps d’esclave sensible à trier des lentilles. Robert Walser est une sorte de Boudha à moustaches qui a renoncé à toutes les illusions. Celles de la bourgeoisie. Celles de l’écriture. Celles de l’existence. Le jour de Noël 1956, il alla marcher dans la neige jusqu’à mourir d’épuisement.

Christopher McCandless (Alexander Supertramp), clochard céleste


Portrait 19
Christopher McCandless est né en 1968 et mort en 1992. Christopher McCandless a un nom officiel et un vrai nom. Le vrai nom de Christopher McCandless est Alexander Supertramp. Christopher McCandless est un jeune idéaliste américain. Christopher McCandless est déçu par le monde et les hommes. Christopher McCandless n’est jamais déçu par la littérature et par le monde sauvage. En 1990 Christopher McCandless décide de marcher à hauteur de ses rêves. Il déchire ses papiers. Quitte sa famille. N’emporte que quelques livres dans son sac. Il prend la route et traverse l’Amérique, en stop, à pied. C’est là qu’il devient Alexander Supertramp. En croquant une pomme sur un pont. Alexander Supertramp traverse routes, montagnes, ruisseaux, champs, plaines, rivières, jusqu’en Alaska. Il rencontre de vrais hommes, de vraies bêtes, de vrais problèmes, de vraies nuits, de vraies étoiles. Alexander Supertramp connaissait par coeur les récits de Jack London ou les poèmes de Walt Whitman. Alexander Supertramp voulait boire directement à la mamelle du monde le vrai jus de la vie. Il est mort intoxiqué par une mauvaise plante, au milieu des grizzlis. Krakauer en a fait un livre et Sean Penn un film. Alexander Supertramp voulait boire directement à la mamelle du monde le vrai jus de la vie. Il est mort à 24 ans, mais personne ne peut dire qu’il n’y est pas parvenu.

Karen Dalton


Clochard céleste, portrait 29

Quand Karen Dalton chante on dirait que les  orages font l’amour. Quand Karen Dalton chante on dirait que la nuit se déshabille. Quand Karen Dalton chante on dirait que les falaises pleurent.   Karen Dalton est née en 1937. Elle meurt en 1993 à Bearsville près de Woodstock. Karen Dalton n’est pas l’enfant de Calamity Jane et de Joe Dalton. Elle était moitié cherokee moitié Irlandaise. Karen Dalton était une chanteuse et une musicienne qui jouait de la douze cordes. Karen Dalton savait se battre. Lorsque Karen Dalton souriait, on voyait qu’il lui manquait des dents. Elle n’a enregistré que deux albums car elle était claustrophobe. Elle n’aimait pas la foule non plus. Par contre elle aimait la drogue et l’alcool. Par contre elle aimait le vent et les cactus. Et les pierres et les serpents. Et les arbres qui se tordent. Elle a débarqué à New York dans les années soixante avec son pull troué. Ses complices étaient Tim Hardin, Fred Neil et Bob Dylan, autrement dit la sainte trinité du Folk. Elle fut la reine de Greenwich Village Karen Dalton était une mère célibataire. Karen dalton était une rivière. Karen Dalton était un cheval sale, ébouriffé, sauvage. Karen Dalton était une bougie. Karen Dalton est morte seule, oubliée, malade. Et les montagnes ont pleuré.

Plus belle la vie vs the walking dead


Plan 1, scène 1 :

Le bouliste local
a la prestance
d'une autruche
qui aurait bu
trop de sang

Antoine nettoie la terrasse
du café du mistral
Il doit enlever
avant l'heure de la finale
tous les petits bouts
de cervelle
collés
sous les tables
comme de vieux chewing-gums

Albert Cossery, clochard céleste


Portrait 27
Albert Cossery est né le 03 novembre 1913 au Caire et il est mort 94 ans plus tard à Paris. Entre temps il s’est beaucoup assis, a beaucoup lu et a un peu écrit. Sous les rides d'Albert Cossery, se cachait l’élégance fripée des corbeaux qui ne se laissent pas apprivoiser. Il vient d’une famille bourgeoise d’Egypte et débarque à Paris juste après la seconde guerre. Il s’installe alors dans une minuscule chambre d’Hôtel  et y reste. Jusqu’à la fin. Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse. Albert Cossery sait que les choses ne tournent pas rond et que ce n’est pas en allant pointer que la terre se remettra sur ses pieds. Albert Cossery se fait aider par Henry Miller pour publier son premier livre. Il est du côté de l’ironie de la vie et de l’insolence des mendiants. Dans ses romans la fange est noble et  belle. Elle triomphe toujours des servitudes de l’ordre établi. Mais il ne l’idéalise pas. Il est de son côté. C’est tout. Les titres de ses romans sont  beaux comme des poèmes dans la fumée d’un narguilé : Les Morsures, Les Hommes oubliés de Dieu, Les Fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleux, Un complot de saltimbanques,  Une ambition dans le désert, etc. Lorsqu’on lui demandait « Pourquoi écrivez vous ? » Il répondait : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...

> Illustration Frederico Penteado

Auguste Le Breton, clochard céleste


Portrait 24
Auguste Le Breton était breton d’où son surnom. Il est né Auguste Montfort (1913-1999), pupille de la nation après la mort de son père clown dans la grosse bouche de la grande guerre. Le gars est né neuf fois comme les chats. Mais les chats de gouttière. Il pousse tordu entre les beignes et les humiliations des maisons de correction mais les yeux bien droits plantés dans la misère.
Première vie, il s’écrase.
Seconde vie, il s’évade.
Troisième vie c’est la cloche. Le breton à Paname. Des bals, des couteaux, des apaches, des boutanches. Le breton tuberculeux apprend l’alphabet de la zone.
Quatrième vie, petits boulots. Se faire une place au soleil à coups de pelles. Livreur. Terrassier. Esclave à la semaine.
Cinquième vie, la pègre. Les voyous de Saint-Ouen. Les books, les macs, les diamants à l’auriculaire. Idem pendant l’occupation mais pas du côté des méchants.
Sixième vie, le gars devient papa et renait comme un vieux cèpe en suivant son serment. Il avait dit qu’il écrirait. Il s’y met. Il raconte ses vies de chat de gouttière. Introduit l’argot dans l’affaire.
C’est la septième vie qui commence celle d’un grand écrivain.
Puis la huitième qui enchaîne avec le septième art. Jules Dassin, Michel Audiard, Jean Gabin, Frédéric Dard viennent lui manger dans la main. Rififi, Schnouf, Clan des siciliens.
 La neuvième vie, il se la garde pour se battre contre le crabe. L’homme a écrit des livres avec la lumière des rues mouillées. Bon joueur, le grand bonhomme sait dire merci : « L'heure étant venue de dédier ce livre, je l'offre à mes involontaires professeurs d'argot, à tous ceux avec qui j'ai vécu : Aux élèves de l'Orphelinat de Guerre où j'ai poussé, aux Pupilles du Centre de Redressement où j'ai grandi, aux arsouilles des rues avec qui mes dix-huit ans ont souffert, ri, haï, aimé, volé… Puis aux ouvriers couvreurs, plombiers, briqueteurs, dépanneurs d'ascenseurs qui, tout en m'instruisant à leur façon, ont tendu vers mon adolescence sans espoir leurs amicales mains rudes.»
A la fin de sa vie, il écrit son premier livre de poème. Le titre : Du vent…et autres poèmes

Eden Ahbez, clochard céleste


Portrait 22
Eden Ahbez ne portait pas ce nom lorsqu’il est né (1908) mais le garda lorsqu’il fut mort (1995). Eden Ahbez est un musicien pour qui le vent et la pluie sont des collègues de travail. Eden Ahbez marchait beaucoup. En sandales. Eden Ahbez était écologiste et végétarien avant que ces deux mots n’existent. Il a longtemps campé sous la lettre L de Hollywood. Eden Ahbez a écrit quelques tubes pour Nat King Cole, repris par Sarah Vaughan Franck Sinatra ou Miles Davis. Eden Ahbez lorsqu’il devint célèbre et fit la couverture du magazine Life ne changea pas beaucoup de chose à son mode de vie. Il dormait toujours à la belle étoile. Il portait toujours la barbe et les cheveux longs avec une longue robe en lin blanc. Il mangeait toujours ce qu’il cueillait ou cultivait. Il composait toujours de la musique. En 1960, son album Eden Island qui mélangeait poésie beat, exotica et sons naturels eut un certain succès. Brian Wilson et Donovan lui mangeaient télépathiquement dans la main. Il est mort en 1995 en insultant la voiture qui l’écrasa.

Un Moby Dick en plastique




Un Moby Dick en plastique
me regarde
avec ses petits yeux
vaincus

Un Moby Dick
prostré
en objet
c'est comme  une tempête
dans un cendrier

Normalement
Moby Dick c'est
l'univers sauvage
qui résiste
au fouet
non ?

Alors
qu'est ce qui est
le plus risible
que l'homme fantasme
sur un cachalot
pour se sentir libre

Ou qu'il en fasse un jouet
pour se consoler
de ne pas l'être ?

Choisissez et riez

Emmett Grogan, clochard céleste


Portrait 17
Emmett Grogan (1943 1978) mène de front, dans le Haight-Hasbury du San Francisco des années soixante, le groupe d’activistes The Diggers. Il mélange dans un vieux shaker psychédélique actions politiques et happenings artistiques. Leurs tracs poético-révolutionnaires envahissent la Californie. Ils organisent tous les jours des distributions de nourriture gratuite et de surplus militaires. Emmet Grogan a écrit des livres, notamment Ringolevio, dans lequel il raconte leur épopée. Défoncé, libre et paranoïaque… Il est difficile de retrouver beaucoup d’éléments biographiques certains.
Réformé de l'armée sous amphétamines, surveillé par le FBI, puis déçu et critique à l’égard de la vague hippie bohème qu'il trouve bourgeoise et hypocrite, Emmett Grogan aura quand même eu droit au "Mr Tambourine man" de Dylan et à un poème de Richard Brautigan. L'association d'une insoumission féroce, d'une mégalomanie paranoïaque, d'un goût immodéré pour les extrêmes et d'un dangereux succès populaire, l'ont malmené jusqu’à l’overdose fatale, en 1978. Peter Coyote écrit à son propos : "Pour la plupart des gens, cela aurait suffi d'être une légende vivante, d'avoir Bob Dylan qui vous dédicace un album ; d'être une icône pour des milliers de gens, incluant les chefs de gangs portoricains, les présidents de sociétés de disques, les professionnels du vol, les riches restaurateurs, les stars du cinéma, les socialistes, les Black Panthers, les Hell's Angels et les Diggers eux-mêmes, mais Emmett poursuivait sa propre idée de la perfection et même si ce combat l'a tué, je ne peux m'empêcher d'admirer la moralité de sa quête et les exigences démesurément hautes qu'il s'était fixées. Emmett était un étendard mené à la bataille, un emblème derrière lequel des gens ont rallié leur imagination. Il a prouvé à travers son existence que chacun de nous était capable de jouer sa vie selon ses fantasmes les plus délirants. C'était son but et son héritage de compassion, et je ne le minimiserai pas ni ne me détacherai de son exemple, malgré ses failles et ses inconsistances."

Le pourcentage de perte


Quelle est la
proportion
de ponts
qui se
prennent
pour des
nuages ?

Alain Peters, clochard céleste


Portrait 27
Alain Peters a vécu de 1952 à 1995 soit quarante trois ans de brûlure. Alain Peters est un musicien et un poète de la Réunion.Quelque chose comme un Nick Drake créole. Alain Peters est un chanteur de chaîne. Celles des esclaves, celles du blues, celles de l’alcool et de la drogue. Il a connu asiles, centre de désintoxication, rues, misère, errance. Alain Peters n’est pas fier de lui mais il chante avec fierté. Alain Peters est aussi influencé par Boudha que par Franz Fanon. Par les Beatles que par Léo Ferrer. Alain Peters a fait du Maloya une complainte moderne et poétique. Alain Peters n’a pas réussi à fuir la dépitation mais il nous reste quelques unes de ses chansons ; du mangé pou le coeur.

Harry Smith, clochard céleste


Portrait 26
Harry Smith était un sacré bonhomme.
Harry Smith était ce qu’on appelle un homme d’avant-garde. Autrement dit, il était devant. Loin devant.
Harry Smith est né en 1923 et mort en 1991. À 15 ans il rédige un dictionnaire des dialectes indiens de sa région. Il apprend la langue des signes des Kiowa. Puis il fait de l’anthropologie, de la philosophie, de la théosophie.
Mais Harry Smith est avant tout un peintre. Il fume de l’herbe avant tout le monde. Fait des films expérimentaux avant tout le monde. Devient psychédélique avant tout le monde.
Harry Smith est l’homme qui enregistra l’Anthologie of American folk Music. Bob Dylan lui baise la petite peau des ongles. C’est aussi un passionné de jazz. Parker, Gillespie, Monk sont ses potos. Et puis vient l’heure des Beat. Ginsberg, Corso, Orlovsky testent avec lui quelques hallucinogènes.
Harry Smith est un savant fou qui parle mille dialectes, produit des projets sonores et vidéo. Il voulait que les sons et les images, les couleurs et les musiques copulent en une grande partouze galactique.
Harry Smith avait le sourire hirsute d’une souris cosmique.
Harry Smith possédait la plus grande collection d’avions en papier du monde.
Harry Smith était un résident permanent du Chelsea Hôtel. C’est là qu’il est mort en 1991.

Dialogue d'un film éloquent



- T'es pas très bavard toi ?

- Ta gueule !

Robert Louis Stevenson, clochard céleste


portrait 21
Robert Louis Stevenson est né à Edimbourg et meurt 44 ans plus tard dans les îles Samoa. Robert Louis Stevenson est un enfant fragile souvent malade pour qui les livres et les fenêtres ont une grande importance. Ce sont souvent les enfants fragiles souvent malades qui écrivent les meilleurs romans d’aventure. Robert Louis Stevenson est un jeune homme peu porté sur les études. Un jeune homme rêveur et volage qui peut tomber amoureux d’une prostituée. Qui peut perdre la foi. Qui peut décider de consacrer sa vie à écrire. Malgré sa santé relative Robert Louis Stevenson voyage beaucoup. Belgique. France. Ecosse. Angleterre. Puis il retourne aux Etats Unis. Puis en Océanie. Robert Louis Stevenson est un arpenteur. Parfois à pied. Parfois avec un âne (Modestine). Il marche comme il écrit. Et il écrit comme il rêve. Ses pieds imaginent. Ses mots connaissent le goût de la terre, de la mer et du ciel. Aux îles Samoa, où il s’installe à partir de 1890, il prend parti pour les Samoans contre les Allemands. Les indigènes l’appellent Tusitala, le conteur d’histoires et 400 d’entre eux se relaient pour porter son cercueil.

Bye bye Gil Scott Heron, clochard céleste


Il s'est envolé vendredi

Gil Scott Heron, B Movie (live 1981, après l'élection de Ronald Reagan)

Gil Scott Heron est né en 1949 à Chicago.
Gil Scott Heron est un poète, un chanteur, un écrivain.
Gil Scott Heron a inventé le rap avec les Last Poet.
Gil Scott Heron a quelque chose à voir avec les oiseaux. Dans son nom il y a un héron. Il est le croisement entre un aigle noir et un grand Dodo blanc. Et son premier livre s’appelle Le Vautour.
Il est en première ligne dans le mouvement d’émancipation des Afro-Américains des années soixante-dix.
C’est un chroniqueur pertinent de la vie sociale et politique des années soixantes.
Il dénonce le consumérisme, l’esclavage, l’exploitation, l’apartheid, la vie de ghetto.
Pour Gil Scott Heron la révolution ne sera pas télévisée.
Gil Scott Heron a brûlé comme une bougie.
Ses chansons sentent la nuit. Ses poèmes sentent le crack. Ses livres sentent la prison.
Gil Scott Heron n’a plus vraiment de dents mais il mord encore.
 
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