"Il ne faut jamais perdre le désespoir", Cuauhtémoc Blanco
Le match France-Mexique vu de Mexico
Ça fut la dernière
phrase de Cuauhtémoc Blanco après avoir obtenu la qualification du Mexique à la coupe du
monde. Huit mois plus tard, le Mexique gagne 2-0 contre la France,
quatre jours plus tard on perd contre l'Uruguay, désillusion, l’espoir s’évanouit,
seul nous reste « le désespoir ». Chaque jour les choses sont plus compliquées au Mexique : l’économie,
la violence, la délinquance, tout ! Je récuse complètement ceux qui disent que
le football est seulement un sport. C'est peut-être vrai pour eux, mais au Mexique c’est
un phénomène social. Après la victoire contre la France, tout le pays était en fête. Imaginez une ville comme Mexico où vivent plus de vingt-deux millions de
personnes, et maintenant imaginez ces vingt-deux millions dans la rue, fêtant le Mexique avec cet appétit de victoire, je dirais pas
seulement une victoire sportive, mais une victoire dans la vie. La sélection
mexicaine a rassemblé les rêves d’un peuple divisé, d’un peuple qui vit en état d’apathie, de famine, de pauvreté avec l’illusion de voir un jour les choses s'améliorer, et la vie leur réussir. Le football est bien plus qu'une passion, bien plus qu'un business, c’est
d'avoir vu soudain un homme riche serrer dans ses bras un
homme pauvre, c’est d'oublier un instant la réalité et la souffrance. Je me souviens d’un ami qui m'a raconté la Coupe du monde
en France. Quand Zidane a levé le trophée tout a paru changer. Les rues de Paris étaient bondées, les Français se sentait fiers de cette victoire, surtout face au Brésil.
Je
voudrais que les Mexicains vivent ce bonheur, cette
sortie de la réalité – au moins un jour – un instant où tous les problèmes
s’éloignent, un instant où nous nous sentons fiers d’être Mexicains. Mais la
réalité aujourd’hui s'appelle Uruguay, notre
réalité footbalistique (voilà un mot franco-mexicaine). La vie est
comme ça, les échecs nous font regarder nos
erreurs et aller de l'avant. C'est seulement en
regardant notre réalité en face qu'on pourra la changer, seulement en acceptant nos faiblesses
qu'on sera plus forts. Il ne faut pas rêver, il ne faut pas avoir de vains espoirs, il faut se préparer à tout. Le Mexique va
peut-être perdre contre l’Argentine, mais même
pour perdre il faut une préparation. Je suis probablement pessimiste, mais non,
tout ce que je veux (j’allais dire « j’espère » ), c'est simplement
voir un bon match entre le Mexique et l’Argentine. C’est tout.