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Isabelle Cousteil


(9 articles)

Au début
Montmartre. Théâtre au biberon. Pose des lapins à la télé. Parle à l’oreille des chevaux, moins à celle des hommes.

Après
Joyeuse Khâgne et festoiement. Fonde son agence d’ingénierie culturelle. Collectionne les prix et entre au Panthéon.

Ensuite
Passe à la grande entreprise, y sème l’Archaos. Ecrivaille. Reprend sa liberté.

Depuis
Reçoit le prix « Littérature – expression de vie 2009 ». Répond à des lettres adressées à Mona Lisa.
Laisse Triartis fouiller dans ses papiers et publier « Quand les loups avaient des plumes » et « Cyrano ou la maladie de gloire ».

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Mona Mailing N°3


Aux 4 987 412 autres visiteurs
Chers visiteurs,
Je suis fermée pour cause de congé parental.
En mon absence, vous pouvez allez boire un verre chez Véronèse à l’enseigne «Cana, noces et banquets », il est ouvert 24h/24. C’est un établissement recommandable, il a la licence IV depuis plus de 2000 ans.
Et quand je reviendrai, ça va barder.
La Joconde

Mona mailing n° 1


A mes soupirants
1/ A mes soupirants :   Mes pigeons,
Oubliez-moi, j’ai passé l’âge. Mon pauvre Duchamp serait triste, maintenant j’ai froid au Q. Sous le vernis, je suis une vieille peau. Et même si c’est dans les vieux tableaux qu’on voit les meilleures croûtes, changez d’air, découchez ! Draguez les demoiselles d’Avignon, ce sont de jeunes centenaires, ou demandez Sylvia, chez Madame Pompidou. Lâchez-vous, soyez fous… Abordez Orlan, mais protégez-vous. Et revenez me voir, on mangera des gâteaux. Votre vieille Lisa
 

Théophile Gautier, bientôt deux cents ans... et déjà dans le vent (contraire)


Le maçon a remplacé l’architecte, le ciseleur a remplacé le sculpteur, le lithographe a remplacé le peintre, et cela par une raison très simple, l’architecte ne voulant faire que des palais féériques, le sculpteur que des statues colossales, le peintre que d’immenses tableaux d’histoire ; quand le bourgeois a vu qu’ils étaient tous bien entêtés dans leur chimère, il a été frapper à la porte des ouvriers dont le métier correspond à ces trois arts (…) et il s’est fait bâtir des cages de plâtre, qu’il enduit de peinture au lait. (...)
(Bientôt) les villes seront tirées au cordeau, et de la place du milieu l’on pourra voir toutes les portes ; les maisons bâties symétriquement, sans autre ornement que des cheminées, des tuyaux de poêle et des fenêtres, offriront une perspective enchanteresse bien digne de charmer les regards des utilitaires et des fabricants de religions nouvelles. On atteindra à une uniformité si complète, que l’on ne pourra retrouver son logis qu’à l’aide du numéro (…). Les peintres dessineront et peindront à l’aide d’inventions mécaniques ; il n’y aura plus de forme ; on ne verra de tous côtés que des lignes coupées à angle droit. (1836)
Isabelle Cousteil
Internaute




 

A la noce !



Amis qui convolez, méfiez vous des mirages
Le mariage est terrible, armez vous de courage :
S'il est sur cette terre un gluant marécage
C'est celui-là où les hommes mettent l’amour en cage.
Apprenez que les mots rimant avec mariage
Révèlent par leur fin à quoi il vous engage.
Bientôt les chants de noces tourneront au chantage...
D’aucun désignent le couple en disant « un ménage »
Repassage, épluchage, balayage, époussetage…
Tout dans le mot même vous met en esclavage
Chaque matin, désormais, vous n’aurez d’apanage
Que de vous satisfaire du seul et même visage
D’un conjoint ensuqué, totalement dans le cirage
Harassant nuits et jours d’ancillaires bavardages
Fuyant lâchement dans de lointains voyages
Ou bien à l’inverse restant dans les parages
Vous harcelant chaque soir de ses pesants hommages.
Bientôt vous pleurerez des ans l’irréparable outrage
Quand un soir vous trouverez une couille dans le potage
C’est l’insigne signal du terrible naufrage
Dont vous ne sortirez qu’en fuyant à la nage.
Mais pourtant, chers mariés, n’en faites pas un fromage
Goûtez, fumez, buvez cet aigre-doux breuvage !
Qu’en votre lit devin soit conçu ce présage :
Glissent dans vos cieux et trépassent les nuages
Soyez heureux ensemble jusqu’à la fin des âges
Envers et contre tout …et malgré ce verbiage !

Comment voulez-vous qu'on fasse des actions héroïques en pantalon ?


Gautier aurait aimé Gaultier
"Nos habits, nos coiffures, nos meubles et objets de décoration sont inventés par des tailleurs, des perruquiers, des marchands, des laquais et des femmes de chambre. Qui rendra aux artistes ces beaux pourpoints de velours tout tailladés, ces chemises aux flots abondants, ces amples chevelures, ces longues mains patriciennes balançant un gant de buffle, et ces belles et larges draperies des portraits vénitiens ?
Le costume que nous portons est d’une telle laideur qu’il est impossible d’en tirer le moindre parti : comment voulez-vous qu’on fasse des actions héroïques avec un frac et un pantalon ?
Enfin, on ne peut s’abstraire de son temps, il y a un pouvoir, il y a une morale imposée par le bourgeois de son époque auquel il faut se soumettre…"
 

Il semblerait que nous descendions autant de l'escargot que du singe


Découverte anthropologique

Escargot, fragile coquille, gluant personnage. Lenteur déconcertante, estomac insatiable, Attila potager. Yeux exorbités, comme cherchant à deviner ton sort, tu ne vois pourtant guère plus loin que le bout de tes cornes. Timide jusqu’à la trouillardise te poussant au repli, à la réclusion coquillère. Derrière toi, gluante et pailletée, l’empreinte brillante de ton éphémère passage sur terre.
Crac ! Un pied d’enfant t’a rayé de la route. Mosaïque de brisures et mollassons lambeaux font tache sur l’asphalte. Pauvre coquille, fallacieuse forteresse. Ta traîne filiforme et brillante luit encore un instant au soleil. Une voiture passe, puis une autre, enrouées de boue, effaçant à jamais ta trace. Sic transit gloria… cagouille !
D’autres escargots bientôt rouleront leur bosse et verniront la route, la corne fière et la bave altière. Les limaces suivront, Sans Coquille Fixe, toutes nues, et tout aussi fugaces.
Il semblerait que nous descendions autant de l’escargot que du singe.
Isabelle Cousteil
Internaute




 

Mona Mailing n°2


À ces Messieurs
Messieurs,
Quand j’étais jeune, votre grossièreté me blessait. Mais l'amitié de Vinci, le souvenir de mon regretté Giocondo et l’amour de mes enfants me protègent. Je supporte même les canulars, quand ils viennent de dingos qui ont du génie. Sachez, Messieurs (car les dames m’agressent rarement), que la bave des crapauds n’atteint pas la blanche Joconde. Mais attention quand même et bas les pattes. Le premier qui me touche, je le dis à Cyrus Vance.  
A bon entendeur, ciao.  
Mme GIOCONDA Lisa Maria Responsable étage « Renaissance » Hôtel du Louvre - Paris
 

Della Monna Lisa al Cavaliere della Notte


Réponse aux textos de Pierre Notte à Mona Lisa
Treize messages reçus.  Archivés. Tredici piccoli testi en mémoire dans ma petite boîte noire. Treize, nombre étoilé au ciel mathématique, mon chevalier de la nuit.
Pourquoi répondre ? Si tu m’avais vraiment regardée, tu aurais vu ce que cachaient mes mains abandonnées sur mon giron. Si tu m’avais observée, tandis que d’un coup de pouce tu expédiais tes messages, tu aurais vu s’abaisser mon regard, s’entrouvrir discrètement mes doigts. A chacune des treize fois, tu aurais perçu le frisson sur ma peau à l’apparition de ton nom. Tu aurais vu se creuser mes fossettes et se fendre mes yeux. « Regardez ! Elle sourit ! », s'extasiaient les convenus. « C’est moi qu’elle regarde ! », clamaient les vaniteux. Non je ne répondais pas. Je cherchais par-delà le troupeau moutonnant ta silhouette fébrile. T’apercevais me regardant mais ne me voyant pas. D’ailleurs tu étais souvent en compagnie. Gérard Philipe, Catherine Deneuve, des journalistes, deux petites dames du Nord… Rarement seul.
Alors… Garce ? Non ! Juste une ragazza comme une autre, un peu sage, un peu folle, un tantinet perverse. Tu m’en veux, n’est-ce pas, d’avoir publié mon courrier intime, et toi seulement en page 117, entre Valmont et Sibleyras ! Tu ne supportes pas d’être un parmi d’autres ! Petit garçon… Mais si j’avais répondu, je n’aurais plus reçu ton désarroi, tes impatiences, tes menaces et tes serments ! Nous nous serions perdus à parler pour ne rien dire que des banalités.
Pourtant, je romps l’omerta aujourd’hui. Parce que j’ai peur. Oui, moi, la Gioconda ! Peur qu’un jour tu ne te lasses, ne te taises à ton tour.
Peur de ne plus sentir vibrer tes mots et que meure à jamais mon envie de sourire quand je pense à toi.

> voir Pierre Notte "Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa" 

Isabelle Cousteil
Internaute




 
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