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Eric Poindron


(6 articles)

Eric Poindron est éditeur, piéton, écrivain, collectionneur obsessionnel, critique, éleveurs de chats, animateur d’atelier d’écriture, détective littéraire et bibliopathonomade. Il vit dans une montagne au pied d’un phare, au milieu des ratons laveurs et des perroquets sauvages. Il est aussi le gardien d’un cabinet de curiosités et édite des livres sous l’enseigne « Curiosa & Caetea » aux éditions du Castor Astral. Il se prend pour un poète et croit que les fantômes existent.
 
> Cabinet de curiosité d'Eric Poindron

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Victor Hugo, oh ! oh !



Le prochain anniversaire de Victor Hugo remet en actualité ce touchant souvenir : le 26 février 1802, lorsqu’on vint déclarer à la mairie de Besançon la naissance de l’illustre poète, le scribe municipal en entendant décliner les nom et prénom de l’enfant ne put réprimer un mouvement d’admiration :  « Victor Hugo, oh ! oh ! »   Le soir, au repas de famille, il ajouta au menu ordinaire deux bouteilles de vin vieux. Comme sa femme et ses enfants semblaient étonnés de ce luxe : « Nous pouvons bien faire un petit extra ce soir, car c’est aujourd’hui qu’est né Victor Hugo, notre grand poète national. »   (Le Chat Noir, Alphonse Allais, le 14 mars 1885)
 

L'écrivain roulant


Depuis qu'il avait croisé la route de « l’écrivain roulant », un  certain « Raymond Rousel, et admiré son « palace motorisé », l'abbé Bougie avait construit de ses propres mains – et  comme Saint François avant lui – une église à roulettes qui lui permettait de confesser les pires pêcheurs à toute vitesse. L'édifice chahutait quelquefois, mais c'était pour la bonne cause. Quant à la pollution, elle se résumait à quelques traînées d'encens que les bigots pouvaient suivre à la trace.
 
N.B. Raymond Roussel (1877-1933), dandy, échequéphile et fantasque, fut sans doute le premier écrivain nomade à écrire en roulant. En 1925, il fait construire un petite palace sur roues ou voiture villa (une Rolls d'après ce que l'on sait) conçue à grands frais par un carrossier ingénieux et un décorateur inspiré. L'écrivain parcourut alors l'Europe durant deux ans avec Charlotte Dufrêne, sa maîtresse officielle. La décoration était raffinée et le confort moderne à l’image de la baignoire pour l'hygiène et du bar pour la soif. L'abus des drogues et alcools rendait le long voyage encore plus extatique. Puis l'écrivain se lassa. Personne ne sait ce qu'est devenu le mythique véhicule.
Eric Poindron
Internaute




 

Savoir-vivre



Mon ami G. L. n’a plus le goût à rien, à  commencer par le goût à vivre. Il cultive son indolence avec une rigueur féroce. Lorsqu’il lit, c’est pour mieux s’endormir sur la volumineuse Anatomie de la mélancolie de Richard Burton ou le Pseudodoxi epidemica de Thomas Browne qui lui sert alors d’oreiller revêche. Ses cauchemars sont ses seuls loisirs et le jeu du pendu son dernier centre d’intérêt. Jusqu’à ce triste jour, c’était avant hier, où la grande idée lui est venue. Puisqu’il a tout raté, il ne ratera pas sa sortie. Un sucide, mais quelque chose de grandiloquent, voilà ce qu’il va imaginer. Un acte désespéré dont on se souviendra longtemps. Aussi mon ami G. s’est décidé – un effort pour lui – à recenser les suicides possibles. Les barbituriques, c’est un peu trop chimique, les armes à feux, c’est bruyant ; quant à la noyade, il déteste l’eau froide. Bien sûr, il y a les suicides romantiques, mais c’est à son goût un peu trop… romantique. Après une courte réflexion, il décide de se rendre à la bibliothèque de son quartier, certain qu’il trouvera là une documentation des plus précieuses. –  Bonjour Madame, Je cherche des livres rares sur le suicide… – Au fond là-bas, il y a un rayon sciences humaines, puis ce sont les arts du cirque, ensuite c’est les rayons des livres sur la question. Une fois sur place, mon ami s’aperçoit que le rayon est vide. Pas un seul livre sur le sujet qui l’obsède ! Un peu interloqué, il retourne voir la bibliothécaire et lui fait part de son étonnement. La bibliothécaire le regarde, désabusée : – Oui, hélas, je sais cela, ce sont des lecteurs sans scrupules, ils ne rapportent jamais les livres ! Depuis mon ami ne fréquente plus les bibliothèques.
 

Du beau monde...


Certains esprits se sont posés, sur la Création, d'étranges problèmes qu'ils ont résolus hardiment. Urbain Chevreau, dans son Histoire du Monde (1686, 2 vol. in-4°), rapporte que, suivant les uns, le monde a été créé au printemps, et, suivant d'autres, un vendredi, le 6 septembre, à quatre heures de l'après-dînée. Un autre, dont nous regrettons vivement d'avoir oublié le nom, avait trouvé la date du 21 décembre.
Un érudit italien du dix-huitième siècle, Monsignor Baïardi, dans un entretien avec l'abbé Barthélemy, lui raconta qu'il s'occupait d'un abrégé de l'histoire universelle, où il allait présenter la solution d'un problème des plus importants pour l'astronomie et pour l'Histoire : il s'agissait de fixer le point du ciel où Dieu plaça le soleil en formant le monde. II venait de découvrir ce point, dit Barthélemy, et il le montra à l'abbé sur un globe.


Eric Poindron
Internaute




 

Un public (presque) unanime


L’immense Jules – Amédée – Barbey d’Aurevilly sortit un soir fulminant d’un spectacle théâtral qu’il jugeait fort médiocre. Il croise un critique parisien en vue et ce dernier s’adresse à l’artiste : - Alors mon cher Barbey, qu’avez-vous pensé de la pièce de X ? - C’est détestable, abominable et j’en oublie… - Barbey, je ne vous comprends pas, LE PUBLIC a adoré… Et Barbey de répondre, magnifique, définitif : - Oui mais il est bien le seul !
 

Landru


Pendant que Désiré Landru assassinait onze femmes, Anatole Deibler "raccourcissait" 395 condamnés. Paradoxalement on se souvient de Landru et peu du bourreau.
Après avoir répondu au président lors de son procès :
– Comment ? Vous dites ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Si vous croyez ce que racontent les journaux !
Monsieur Henri Désiré Landru est condamné à la peine capitale. Avant le trépas, il demande une dernière faveur : se laver les pieds. On lui refuse.
Puis le bon prêtre s'adresse au vilain farceur et lui demande :
– Mon fils, croyez-vous en Dieu ?
Landru lui répond :
– Monsieur le curé, je vais mourir et vous jouez aux devinettes !
L'acte de vente de la cuisinière de Landru – cuisinière dans laquelle Landru était supposé avoir fait brûler les corps de ses victimes et qui fut transportée dans la salle d'audience comme pièce à conviction – fait aujourd'hui partie de la collection insolite de l'immense écrivain Claude Seignolle.
Eric Poindron
Internaute




 
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