Des sandwiches pour la route
- On pourrait peut-être partir, elle lui dit.
Genre partir pour toujours. Disparaître dans la nature. S’enfuir en amoureux.
Il la regarde.
- Ça te suffit pas les vacances ? il demande.
Quinze jours à la mer, qu’est-ce qu’il te faut de plus ?
Elle hausse les épaules.
- Et on vivrait comment, hein ? il soupire. C’est
bien beau la nature, mais moi j’ai besoin de ma douche tous les jours. De mon
café le matin… Et puis pense à tout ce qu’on a construit. Le mal qu’on s’est
donné pour en arriver là. C’est pas pour tout foutre en l’air du jour au
lendemain quand même !?
Elle hausse les épaules.
- Je croyais que tu voulais des enfants, il
ajoute. Tu veux des enfants, n’est-ce pas ? Mais on peut pas vivre comme
des romanichels et avoir des enfants. Y a des trucs qui sont pas compatibles
dans la vie. Faut garder les pieds sur terre !
Elle regarde ses pieds. Elle regarde le carrelage. Elle a envie de
pleurer, mais ne sait pas trop pourquoi.
- T’as préparé des sandwiches pour la route ?
il demande.
- Non. Je vais le faire, elle murmure.
Et elle sort le pain, le couteau à beurre, le jambon, le fromage.
- Grouille-toi un peu, il lui lance. Je voudrais
pas arriver trop tard, maman nous attend.
Elle se ravise, repose le couteau à beurre et prend le grand, celui
pour les rôtis du dimanche.
- Tu fais quoi avec ce couteau ? Chérie ?
Tu fais quoi ? Bordel pose ce couteau immédi…