Venise, vidi, vici
Il
m’arrive parfois de douter de l’existence d’une puissance supérieure
(que j’appellerai ici Dieu, parce que c’est plus simple, si je commence à
utiliser d’autres termes, on ne s’en sort plus), notamment lorsque je
vois la guerre, les petits enfants qui ont faim, et Marc Lévy. Ou encore
les débardeurs en acrylique turquoise, ceux qui font des bourrelets,
mais pourquoi tu t’acharnes à en porter, alors que tu le sais très bien.
J’y
ai repensé (à Dieu) (et à son absence éventuelle) le soir où je suis
allée aux Fêtes Vénitiennes qui se tiennent cet été sur le Grand Canal
du Château de Versailles. Il y avait toutes ces choses extraordinaires,
comme les Fiat 500, vieux modèle, qui marchaient sur l’eau (comme
Jésus), et la danseuse accrochée à un ballon géant (comme un ange), et
ces figures fantasmagoriques qui flottaient dans le ciel, et se
détachaient sur la frondaison des arbres couverts de la poudre de soufre
des feux d’artifice (l’Enfer) et ces lumières en Technicolor projetées
depuis l’autre rive (divines).
J’ai
trouvé ça un peu kitsch, mouvement dont il peut m’arriver parfois
d’être assez friande (je possède par exemple ce que l’une de mes amies
appelle des pigeons-chats, un couple d’oiseaux en céramique apparemment
originaires du Pérou (c’est ce qui est indiqué dessous)) mais point trop
n’en faut, c’est comme pour les 5 fruits et légumes par jour, il ne
faut pas dépasser la dose. Parce que le carnaval de Venise, Vivaldi,
c’est très kitsch quand même. Les costumes, les plumes, les Quatre
Saisons, ça me fait penser à ces tableaux avec des masques en cuir en
relief, je trouve ça assez flippant.
Du coup, pas très sereine, je me suis mise à penser à l’Apocalypse (et aussi à ce jeu, Intrigues à Venise,
dont je n’ai jamais compris les règles, je finis toujours prostrée dans
un coin à chaque fois que j’essaie). Je m’agrippais à ma coupe de
champagne, c’était la dernière chose tangible qu’il me restait, pour ne
pas sombrer dans la folie qui se déroulait sous mes yeux. Et puis j’ai
pensé que j’avais fait ma première communion, et que donc a priori, je
pouvais souffler un peu, ça me prémunissait contre les limbes.
Sur
le chemin du retour, je me suis demandé combien d’oiseaux mouraient
d’une crise cardiaque chaque année pendant les fêtes estivales de
Versailles.