La plante verte qui sèche
Une plante verte et grasse qui n’a pas vu la lumière
depuis des mois sèche l’ambiance dans un pot ivoirin. Autour, des murs
crèmes, des liserés bleus, rouges et quelques affiches qui commencent
toutes par « vous ». Oui, NOUS qui venons régulièrement attendre là sur
des chaises en fer noir, suspendues aux murs de crainte qu’on ne les
vole. Cet endroit est fait pour nous.
On y entre
sans dire bonjour, finalement on est chez nous, on ne se salue pas
quand on rentre chez nous. Un sas, deux portes battantes et on s’arrête
dans le hall, les pieds dansants sur le lino maculé de traces de pas. La
queue devant l’accueil, petit meuble ikéa blanc avec deux pupitres mais
une seule hôtesse. On patiente devant la marque au sol, sticker bleu et
blanc, disposé à quelques mètres avec la mention : stop discrétion.
Zone de replis pour observer l’intimité de l’autre qui dialogue avec la
conseillère, ne pas entendre des fois qu’il ait trouvé, lui.
Cinq
minutes et déjà la file augmente. Jeunes, vieux, hommes, femmes,
courrier de convocation à la main flanqué d’un grand « e » comme espoir,
se serrent pour laisser entrer les derniers coincés dans le sas.
Fébriles gens qui regardent leurs chaussures, tripotent leurs papiers,
s’angoissent du rendez-vous. Les visages sont graves, la honte est
proche, certains se reconnaissent, très peu se parlent. Et la
circulation se fait, trois pas en avant, stop discrétion et le saut vers
les pupitres. Papiers tendus, sourires crispés, on va nous recevoir.
Attente sur la chaise noire, les affiches colorées qui nous parlent et
au centre la plante verte qui sèche.