Le Guili-guili show
Rire et résistance en République islamique d'Iran
Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne
faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent.
Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est
l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le
désir de transgression devient un état permanent de la société, un
passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se
mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les
détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la
révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée
par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication
minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa
vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme
habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième
et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette
union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait
sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient
le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est
assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal
Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison
déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur
d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis
mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux
cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et
se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois
semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute
l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les
autorités…