De l'impitoyable engrenage du surf et autres légendes cosmiques
Je suis parti de Thomas Beecham,
puis Grace Moore, une chanteuse qui a travaillé avec Beecham (je
voulais voir une photo d'elle. Me suis dit "c'est surement une pin'up".
On surfe avec ce qu'on a, et moi c'est souvent avec mes hormones). J'ai lu
qu'elle était morte dans un accident d'avion en 47. Oh quel affreux destin, mourir
si jeune ! Comme on sent bien ainsi l'œuvre de la Faucheuse !
J'ai voulu régler cette affaire d'accident d'avion, m'abîmer dans la
contemplation de ces drames effroyables et compatir au sort de ces
malheureuses victimes qui ont eu un jour si tragiquement rendez-vous
avec l'acier de la mort. Morbide. J'ai tapé "accident avion 26 janvier
47", je pensais trouver des articles sur cet accident précis, des
coupures de presse (Comme si, quoi ? Découvrir en Grace Moore l'amour perdu de
ma vie ? Je n'aurais jamais dû m'abonner au "Journal de Mickey"
en 1979. C'est cette maudite lecture qui m'a mis ce genre de
rêves dans la tête). Paf ! "Chronologie de la musique populaire"
où on apprend année après année, entre les dates de sortie des albums de
Nolwenn Leroy et celles des retours sur scène d'Eddy Mitchell, celles des
décès de nos plus importantes pop star... de l'antiquité à
aujourd'hui. Je constate qu'en effet tout le monde a l'air de mourir un
jour, qu'on soit moi ou Michael Jackson. Michael Jackson est mort !? Ca
alors ! Ah ! Comme je me fais du mal à remuer le couteau dans ces
bouquets de fleurs de sang séché ! Comme le temps passe ! Et quel salaud Mickey
quand même ! Sais-tu que Michel Sardou est né d'un accident d'avion le 26
janvier 47 ? Franck Zappa, ce type m'a toujours intrigué, décédé en
1993. Je continue ma route qui me conduit de Zappa (via Nate Doog) à Varèse,
compositeur français puis américain, né en 1883, pour qui Zappa éprouvait une
grande vénération. On en oublie des gens sur la route quand même ! "Ionisation",
zan ! "Amériques", zan ! Varèse, zan ! Ce type faisait de
la musique électronique avant l'heure. 1928, respect ! Le Thérémin,
incroyable ! Un instrument électronique inventé au début du XXème siècle par
Léon Thérémin. Léon Thérémin, zan ! Lu ! Léon, avec qui Varèse espérait
collaborer, s'en retourne en 1938, par nostalgie peut-être, dans
son pays natal, la Russie. Il y travaillera avec Andrei Tupolev. Ah ! Ah !
Intéressant ! Je passe un long moment à écouter cette virtuose russe du Thérémin
qu'est Lydia Kavina enchaîner des pots pourris à la con du "temps des
cerises" à "l'internationale". Sordide. Lydia
Kavina, zan ! Mais le Thérémin n'est pas le seul instrument de ce genre, il y a
l'onde Martenot, 1928 aussi. Varèse aussi, encore. Maurice Martenot, zan
! Une heure. Thomas Bloch, l'instrumentiste. J'ai l'œil qui pend,
l'oreille semi-liquide, je m'enfonce dans les hou ! et les zing ! de cet
instrument pour neurasthéniques d'une autre planète. J'échoue sur le
site de notre virtuose à nous, Jeanne Loriod, zan ! Fasciné de découvrir cette
Grace Moore d'une autre dimension. La preuve que les vieilles filles embarquent
aussi parfois dans les vaisseaux spatiaux. Zone 51 ? Crash d'un Ovni ?
1947 ? Oublié d'aller voir ça. L'onde Martenot est partout. Radiohead, Muse,
Depeche Mode, FR3 (oui, Jeanne Loriod). Direction les compositeurs pour Onde
(le petit nom de l'onde Martenot). Olivier Messiaen. Ca y est, l'étau
mystique se resserre. Je renoue avec mon sujet. Olivier Messiaen, zan ! "Le
Merle Noir" (pas écrit pour l'Onde) et "Dieu est parmi nous"
(pareil, la vague de mon surf fait quelque fois des tourbillons). Quel
étrange curé ce Messiaen quand même ! Comme Eminem. Eminem, zan ! Il y a
certaines fois qui me paraissent incongrues. Eminem, genre "je
t'encule mais Dieu me le rend bien". Comment ça marche ce truc ? je
veux dire l'Onde. Je me tape la lecture du document technique de
l'Ondéa, Onde Martelot réinventée en 2004 par une société française (les russes
et les américains s'étaient cassé les dents sur le projet dans les années
70-80. Comme quoi, on est capable d'envoyer des fusées habitées dans
l'espace et échouer dans la construction du matériel nécessaire à
l'hypnose d'extraterrestres hystériques déguisés en professeur de musique et
dont les doigts n'ont jamais tripoté autre chose que des clés de sol
toutes molles). Là je crois que je me suis arrêté. Il commençait à faire très
tard, ou très tôt.
Grace Moore, insouciante,
embarquait dans l'avion qui devait l'emmener de Copenhague à Carson City, Nevada,
pour un récital. Elle y rejoignait son amant, le chef d'orchestre Thomas
Beecham. A ce moment naissait Michel Sardou à qui la bonne fée Jeanne, qui
avait dansé toute la nuit sur les musiques d'Olivier Messiaen, s'inclinant sur
le berceau, de sa voix "venue d'ailleurs", proche de la scie
musicale, promettait un destin mélodieux. Les étoiles émues par ce
son familier commencèrent à s'ioniser. En huit minutes l'éruption produite dans
le soleil (houuu ! Zing ! houuu !) atteignit la terre en Amérique.
L'onde frappa un merle noir qui, désespéré, ses yeux devenus deux énormes et
épouvantables cerises, se jeta contre l'avion de Moore. Les noyaux,
mêlés aux pépins de l'oiseau, enrayèrent dramatiquement les ailes et les hélices
de l'avion - instrument à vent si peu fiable au demeurant - dont
la moitié du fuselage alla s'écraser comme une météorite dans
le désert du Nevada et l'autre en pays communiste. Eh oui ! Le thérémin,
jaloux, a de si longues plaintes !