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Dans quel état sommes-nous ?

Marie-Emmanuelle Brodeau


(4 articles)

Je m’adonne au plaisir des mots depuis que je suis enfant. A 8 ans je composais mes premiers vers. A aujourd’hui 35 ans je continue de composer des vers et n’hésite plus à dire quand on me demande ce que je fais dans la vie que je suis poétesse-lectrice puisque j’offre mes mots à l’œil mais aussi à l’oreille.  J’écris également des nouvelles. L’écriture occupe le plus clair de mon temps qu’il s’agisse de poésie ou de toute autre forme littéraire. L’essentiel étant pour moi de m’approprier le monde par les mots.

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Remède miracle



Les marchés sont moroses. Les marchés font grise mine. Les marchés ont le moral en berne. Bref les marchés dépriment !  J’aurais volontiers indiqué aux marchés le nom d’un psychanalyste bon marché (oui, n’oublions pas que les marchés sont fauchés). Mais les marchés ont-ils seulement le souhait d’être traités ? Ca et là il se dit qu’il faut envoyer un message aux marchés. Un message d’espoir, d’amour ou d’amitié ? Je ne sais. J’entendais hier à la télé un homme qui disait combien il fallait redonner confiance aux marchés. J’aimerais tant trouver les mots pour que tantôt les marchés secoués retrouvent leur mine colorée. Si je pouvais je leur enverrais ces signaux de fumée, et la cavalerie arriverait juste après pour les sauver. Mais il semble que cet homme qui hier s’exprimait ait trouvé de quoi apaiser la crainte des marchés. C’est donc avec solennité qu’il a énoncé ses mesures d’austérité. Braves gens il faut bien accepter la loi du marché car c’est la seule qui vaille pour que le monde continue à avancer. Rassurons les marchés. Donnons-leur de quoi espérer. C’est donc le regard déterminé et avec la plus grande fermeté que l’homme a déclaré : « nous allons taxer les boissons sucrées ! »
 

Lettre de motivation d'un chômeur



Monsieur,
Je sais, des lettres de candidature vous en recevez des centaines chaque semaine. Pour ma part des lettres comme celle-ci j’en envoie des dizaines chaque semaine. Aussi vous voudrez bien pardonner le style dactylographié qui vous fera faire l’économie d’une étude graphologique bidon et discriminante. Je vous épargnerai par la même occasion le couplet spécieux du candidat idéal, plein d’enthousiasme et de dynamisme, qui brûle de travailler dans votre entreprise. Je vous ferai également grâce de la liste convenue des défauts qui sont en réalité des qualités. Je ne suis en réalité qu’un homme comme les autres, et mes motivations sont simples voire simplistes : j’ai un loyer de 400 Euros/mois à payer. A cela vous pouvez ajouter environ 400 euros de factures diverses et variées. Je dois aussi  me nourrir, me vêtir et éventuellement me divertir de temps à autre avec la plus grande économie et parcimonie (oui oui, je sais le travail avant toute chose). Je ne vous ferai pas l’injure de vous indiquer mes prétentions. Je vaux de toute façon bien plus que le SMIC que vous allez me proposer généreusement.
Dans l’attente de vous rencontrer, je vous prie de croire, Monsieur, en mes salutations respectueuses de chômeur en fin de droits.
Sébastien D.
Marie-Emmanuelle Brodeau
Internaute




 
 

Chômeur amer



Paul avait encore passé une nuit épouvantable. Des semaines que ça durait ! Quand il parvenait à enchaîner 5 heures de sommeil d’une seule traite c’était une victoire sur le stress qui lui polluait l’esprit et donc ses nuits. La fatigue s’accumulait ruinant un peu plus chaque jour son moral déjà bien entamé. Mais que faire ? Les idées sombres le hantaient, ravageaient sa pauvre cervelle déconfite. Les journées lui semblaient d’interminables corridors qu’il traversait d’un pas lent et le regard absent. Il avait vraiment besoin de repos. Il se décomposait à mesure que les jours s’éteignaient. Il était temps que ça change. Aussi, Paul avait-il hâte de retrouver un emploi pour enfin se reposer au bureau.
Marie-Emmanuelle Brodeau
Internaute




 
 

Ils veulent qu'on les taxe


Chronique d'un divorce annoncé

Ils brassent des milliards, ont des résidences principales et secondaires somptueuses, mais aussi des résidences ultra secondaires tout aussi somptueuses. Le luxe est leur religion. Le stupre leur divertissement. Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner cette caste qui tient le monde entre ses mains : les riches, les ultra-riches, les milliardaires, les fortunes du CAC 40… La bourse est leur terrain de jeu. Les entreprises qu’ils détiennent, achètent, vendent, démantèlent sont les voitures de leur train électrique. Les salariés qui valsent au gré des plans de licenciement sont leurs petits soldats de plomb. Et voilà qu’aujourd’hui ces grands enfants trop gâtés par la vie font preuve d’un allocentrisme pour le moins suspect. Ils veulent qu’on les taxe, qu’on les impose. Ils affichent leur solidarité avec le monde d’en bas, celui qu’habituellement ils toisent, celui qu’ordinairement ils écrasent sans le moindre remord. Mais que leur arrive t-il ? Ont-ils été soudainement touchés par la grâce d’un autre Dieu que celui du capitalisme qu’ils vénèrent ? Ne rêvons pas. Evidemment non ! Mais peut-être craignent-ils que le seuil de tolérance de la populace ne soit trop proche, si proche qu’il deviendrait suicidaire de ne pas intervenir. Car le riche n’existe que tant que le pauvre accepte sa condition d’esclave, que tant que les miettes qu’il picore le maintiennent sous ce fameux seuil.
Marie-Emmanuelle Brodeau
Internaute




 
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