Ils veulent qu'on les taxe
Chronique d'un divorce annoncé
Ils brassent des milliards, ont
des résidences principales et secondaires somptueuses, mais aussi des
résidences ultra secondaires tout aussi somptueuses. Le
luxe est leur religion. Le stupre leur divertissement. Les qualificatifs ne
manquent pas pour désigner cette caste qui tient le monde entre ses mains :
les riches, les ultra-riches, les milliardaires, les fortunes du CAC 40… La
bourse est leur terrain de jeu. Les entreprises qu’ils détiennent, achètent,
vendent, démantèlent sont les voitures de leur train électrique. Les salariés
qui valsent au gré des plans de licenciement sont leurs petits soldats de
plomb. Et voilà qu’aujourd’hui ces grands enfants trop gâtés par la vie font
preuve d’un allocentrisme pour le moins suspect. Ils veulent qu’on les taxe, qu’on
les impose. Ils affichent leur solidarité avec le monde d’en bas, celui qu’habituellement
ils toisent, celui qu’ordinairement ils écrasent sans le moindre remord. Mais
que leur arrive t-il ? Ont-ils été soudainement touchés par la grâce d’un
autre Dieu que celui du capitalisme qu’ils vénèrent ? Ne rêvons pas. Evidemment
non ! Mais peut-être craignent-ils que le seuil de tolérance de la
populace ne soit trop proche, si proche qu’il deviendrait suicidaire de ne pas
intervenir. Car le riche n’existe que tant que le pauvre accepte sa condition
d’esclave, que tant que les miettes qu’il picore le maintiennent sous ce
fameux seuil.