La mouche du peintre
Une mouche s'est posée sur le pinceau du Greco.
D'un coup sec le peintre trace une large volute ascendante et colle la bestiole en peinture.
Engloutie dans le pigment jaune, qui enveloppe l'ange au sommet du tableau, elle fixe ainsi pour des siècles, de ses grands yeux morts, les visiteurs du musée, debout, silencieux et groupés au pied de la grande toile de " l'enterrement du Comte d'Orgaz ";
mais qui pourrait la voir ?
Beaucoup plus tard et bien loin de Tolède, en Basse Normandie, dans une vieille grange du bout du chemin convertie en atelier, un vieux peintre solitaire cherche à faire éclater "la plus haute note du jaune", de petites ailes noires et transparentes viennent troubler
sa vue, « pardon mouche » et d’un coup de pinceau il la colle sur une toile de juillet.
Enfin son extrême tension disparaît.
Avant de s'endormir dans son fauteuil aux bras maculés il a juste le temps de penser :
" – Toi, tu es la mouche du peintre, tu me porteras bonheur ".