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Jacques Géraud


(11 articles)

Jacques Géraud est né, a fait des études sérieuses, peut-être même un peu rasoir, ou barbantes, ou les deux, qui lui ont valu des titres ronflants, normalien, agrégé, qui l'ont conduit à faire le prof (de lettres) dans les lycées tandis qu'il écrivait des livres bizarres tantôt publiés (P.O.L puis PUF puis JBZ&Cie), tantôt refusés. Il a vécu un tiers de temps dans le Sud-Ouest, puis deux tiers à Paris, il entreprend un quatrième tiers à Lyon, pour que ça fasse triangle dans l'hexagone.

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Road-momie


Si le chat du Cheshire, inventé par Lewis Carroll, a la faculté de s'escamoter en ne laissant subsister que son sourire, c'est plutôt une grimace voire un rictus qui s'affiche à même la calandre du véhicule de campagne de l'ex-Président, après sa brutale sortie de route du 6 mai … Le malheureux serait si peu en mesure de se dissocier de cette épave, échouée dans ce no man's land, que jour et nuit il resterait prostré, nous dit-on, sur la banquette arrière défoncée. Espère-t-il que par le prodige d'une jouvence retrouvée la triste bagnole, redevenue roulante et même clinquante, voire bling-bling, lui permettra de remonter les Champs, certain jour triomphal du mois de mai 2017 ? Mais peut-être, à l'inverse, n'a-t-il remisé son petit corps entre les misérables flancs, rien moins que magiques, d'une carrosserie déjà déglinguée, que dans la seule espérance qu'il s'y momifie pour que les anciens idolâtres de sa présidentielle personne puissent aller en pèlerinage à ce tombeau de tôle, et tirer le portrait de sa dépouille plus desséchée que dans l'album de Tintin celle de Rascar Capac qui, frappée par la foudre, ne laissera d'elle que ses bijoux …Tout comme pourraient bien ne rester, de la momie elle aussi finalement foudroyée de Nick, en son sarcophage de métal et de rouille, que les iconiques Ray Ban et l'emblématique Rolex.

Les habits neufs du Président sortant


Loin de Neuilly, du Fouquet's, du Paloma, du cap Nègre, de la Villa Montmorency, l'ex-ami des riches étrenne sa panoplie de "candidat du peuple"! Extrait de son rutilant A330, coiffé d'une casquette rustique, les manches retroussées, une Lip au poignet, le voici au volant d'un robuste tracteur à bord duquel il va sillonner la France profonde. Sur ce cliché officiel très construit, il croise la camionnette électorale de son nouveau parti : le SPAR (comme "spartiate", on l'aura compris), qui succède à une UMP trop connotée CAC 40. Juchée sur le garde-boue du tracteur électoral, une militante locale apporte une touche sexy. Sous l'abattant de la camionnette, dont le hublot montre le ciel, deux ménagères de plus de 50 ans, visiblement acquises à la cause du SPAR, écoutent l'argumentaire d'une instructrice. Un pitbull, la tête cachée par un cabas bourré de tracts, vient discrètement signifier la hargne du candidat. Debout dans la camionnette, en blouse grise d'instituteur, on aura reconnu Guaino, homme de l'ombre et plumitif du Président sortant, très affairé à gribouiller une métaphore ou charpenter une période. On observera que la roue avant gauche du tracteur de campagne semble légèrement voilée : clin d'œil subtil voire subliminal au vivier des électeurs marinolepénistes, en garant des pulsions ontologiquement droitières de l'ex- maire de Neuilly.

Ce qu'on nous cache sur Marcel



Il est temps de révéler ce que de bienséants biographes nous cachent : Marcel Proust est l'inventeur du maillot de corps qui porte son prénom. Voici les faits : sa bonne maman, toujours inquiète de ses bronches fragiles, lui avait acheté par un beau jour d'avril tout un lot de sous-vêtements thermogènes, à commencer par le fameux Rasurel en ouate de tourbe et le célébrissime Damart avec lequel tu n'auras jamais froid, toi, mon fils! Ce que voyant et entendant, le capricieux Marcel se rue sur les Damart et Rasurel que lui présente Maman, et rageusement il les met en pièces … C'est alors, parmi les vestiges des Rasurel et des Damart, qu'il avise à ses pieds, produit de ses furieux travaux, une sorte de haillon sans manches, très échancré, et dans une inspiration il s'en saisit illico. Sans un regard pour sa pauvre mère en larmes, il tombe le veston noir, la chemise à faux-col de celluloïd, il endosse ce moulant maillot minimal, le parfait en quelques coups de ciseaux, et le jour même de la prise de cet habit il va se baguenauder en ce simple appareil au bord de la Seine, sous l'oeil de dockers fascinés, non par le torse fluet du jeune bourgeois, mais par son maillot de corps inconnu, qu'ils eurent bientôt adopté. D'où l'appellation professionnelle de "débardeur", voisinant avec celle poétique de "marcel" en l'honneur de son inventeur qui ne le quitta plus, même dans son lit dont sortait un bras nu armé d'une plume qui courait sans s'arrêter jamais.
 

Au resto



Une sarkotelette de veau! commandai-je dans cette brasserie plutôt rupin de la rue Richepanse, où je n'avais pas mes habitudes.
- Nous n'en avons plus, monsieur. Puis-je me permettre de suggérer à monsieur nos délicates Sarkroquettes façon Prince Jean?
- Je n'en pince pas pour ce prince-là.
- Auquel cas, monsieur ne perdrait rien à se rabattre sur le Sarkonfit en dévotion tartuffière à la sauce chanoine de Latran.
- Je voudrais une assiette de sarkochonailles.
- Il n'y en a plus. Mais je suis sûr que monsieur se pourlècherait si nous lui servions notre baveuse Sarkomelette aux truffes Bolloré, suivie de notre suave Sarkompote AAA à la noix de Sarkocorico …
- Je n'ai plus faim. Qu'avez-vous à boire?
- Un Sarkoca?
- Depuis Bush, je ne bois plus de boissons US …
- … go home, alors, monsieur, me répondit le loufiat. Et je me levai en raflant le Figaro où s'étalait la bobine de ce Président dont j'avais oublié le nom, avec en grosses lettres  IL DONNE A LA FRANCE UNE PETITE GIULIA IL SAUVE L'EUROPE IL VA SAUVER LE MONDE, et je me sauvai de ce monde-là. Je longeai le sarkollège Saint-Nicolas, je m'engouffrai dans le métro Sarkogne, je regagnai mon gîte les jambes sarkotonneuses. A la télé il y avait un sarkopéra, Sarcosi fan tutte. Je zappai, je tombai sur le Sarkobama, le petit président blanc mettait familièrement la main aux couilles du président noir. J'éteignis, je me couchai, je rêvai que je tombais sans fin dans un sarkossuaire.
Jacques Géraud
Internaute




 

Rouille de printemps


Le fébrile candidat sortant vient encore une fois de changer de véhicule de campagne, en optant pour cette antique "dedeuche" (cliché officiel), mythique emblème de la France, et rouillée jusqu'à l'os en illustration d'un élan éperdu vers les humbles, les petits, les pauvres gens, "les Français qui souffrent". Les chefs de la Nouvelle UMP (Union des Misérables pour le Président), assez réservés à la vue du véhicule pathétique, furent priés de laisser leurs doutes au vestiaire - s'agissant justement de vestiaire, le candidat leur fit parade de ses nouveaux atours : oubliés le beau costard à 6500 euros, les belles tatanes à beaux talons à 4500, troqués contre un costume Tati (59,99) et des souliers Eram (34,95). Juppé, le lettré de la Nouvelle UMP, ayant cru bon de susurrer qu'en latin "eram" signifiait "j'étais", le candidat hurla "J'étais! Je suis! Je serai!", fou de rage il claqua la porte et, après s'y être engouffré, la portière de sa dedeuche qui sous le choc se décrocha. Un team de mécanos la suivra désormais de très près dans une Renault gris métal. Composée en hâte une rangée de supporters, à droite de la photo, s'étire d'un landau à un senior de petite taille. Les paniers disposés sur la galerie contiennent des pin's à distribuer aux foules. Quant à l'écriteau surplombant le pare-brise, s'il n'est pas sans évoquer celui que Pilate fit mettre au-dessus de la tête de Jésus, il reste, à la différence de celui-ci, illisible. L'avenir n'est pas écrit.

Les petits gars de la marine



Renaud Camus raille Marine Le Pen" venais-je de lire sur lexpress.fr, m'apprêtant à découvrir quelques plaisants sarcasmes à l'endroit de la fille chérie d'un Jean-Marie, dont elle procède comme, dans la théologie catholique, le Fils procède du Père, avec les remaniements opportuns. Et puis mes yeux se dessillent, je m'avise qu'il fallait lire : "Renaud Camus rallie Marine Le Pen" dont il vante "le courage, l'intelligence et la détermination". Prolifique auteur d'une bonne centaine de livres, Renaud Camus (ne pas confondre avec Albert, dont il partage le glorieux patronyme) aurait même, aux dernières nouvelles, rallié au sémillant panache bleu marine de la candidate quelques distingués confrères. On cite, sous réserve, les noms de Maximin de Balzac (Le Père Doriot), Gontran Zola (La Botte humaine), Théodore Flaubert (Madame du Barry), Jean-Jules Rousseau (Le nouvel Aloïs), Narcisse Proust (A l'ombre des jeunes flics en fleurs), Adolf Daudet (Les lettres de mon bourrin). Une réception est prévue en l'honneur des ralliés, que la courageuse, intelligente et déterminée Marine présentera à l'aimable patriarche Jean-Marie, Président d'honneur du Front National, avec à leur tête Renaud, le pionnier du ralliement, dans une ambiance virile, française, à haute teneur en imparfaits du subjonctif.

A plus tard Toutou



Au sein de la masse profuse des 480 romans, ou supposés tels, qui vont s'abattre comme un vol d'étourneaux (ou autres volatiles) sur les librairies, je m'en voudrais de ne pas signaler celui qui aurait de quoi les dominer tous de très haut : A plus tard Toutou, de Victorin-Irénée Pluchet (Éditions de l'Apocalypse), "VIP" pour ses proches, un statut que la force et l'éclat de ce premier roman devrait lui conférer bientôt. 
On ne raconte pas A plus tard Toutou, tant ce roman mixe, tresse, enlace sur moins de 130 pages – et ce n'est pas son plus mince exploit – une bonne centaines d'histoires, tout à la fois chatoyantes et sombres, en un Nœud unique dont seul l'œil d'un lecteur idéal, pour ne pas dire : divin – celui qui, dans sa tombe, regardait Caïn? – pourrait pénétrer les arcanes. Et pourtant l'admirable phrase de Pluchet, nervurée, aérienne, dense, n'est pas sans produire un effet de glissement mais trompeur, tant les failles, d'abord subreptices, se creusent dans sa texture où, lecteur ingénu, tu pourrais t'abîmer. 
Car Pluchet est dangereux, il semble guider là où il égare, c'est un roman au risque de la folie. Les libraires le pressentent, sans doute, qui n'auront pas forcément tort de placer A plus tard Toutou sur quelque étagère lointaine, ou de le remiser sous une table, et s'ils le laissent dans son colis, à la bonne heure! car celle de Pluchet peut attendre, à supposer qu'elle vienne à sonner jamais.
 

Travail Faillite Patrie



(AFP)  Le Premier ministre, s'épanchant dans un cercle de journalistes, a réitéré sa conviction que la France était "en totale faillite". "Sans mon gouvernement, a-t-il précisé, les assises même du pays se seraient déjà ... " Et de pointer la carte de France au-dessus de son bureau : "Voyez, elle rétrécit, ses formes s'affaissent, la Bretagne a piqué du nez, le golfe du Lion se creuse, il y a un gros trou dans la Manche, plusieurs villes sont déjà effacées." L'angoisse gagnant ses auditeurs, il s'est voulu rassurant : "Je dors dans mon bureau, je ne le quitte plus, seule ma présence constante permet, je ne dirai pas d'enrayer, mais de ralentir le fatal processus, l'érosion, la dislocation, l'absorption, parce que ce n'est pas le Président qui …". Et s'avisant des regards vaguement scandalisés, il expliquait : "Le Président est trop petit, moi je fais dix centimètres de plus et ça me permet, voyez-vous, toutes les nuits, de me coucher sur la France, parce que je la décroche, la carte de France, je veux dire, et alors je m'étends dessus, comme un homme sur une femme, et je la recouvre toute, de Dunkerque à Tamanrasset … Enfin, ça c'était De Gaulle, il faisait deux mètres, mais avec moi au moins il restera quelque chose, au niveau de mon nombril, du côté de … Bourges, Bourges, Bourges, Bourges …". Et les journalistes de s'esquiver, même celui du Figaro, laissant le Premier ministre psalmodier ce nom qui lui semblait si cher, allez savoir pourquoi.
Jacques Géraud
Internaute




 

Rouleau de printemps


Nous dévoilons en exclusivité le tout nouveau véhicule de campagne jaune vif, armé de phares puissants, à fort pouvoir hypnotique, que le candidat sortant a finalement élu pour son tour de France (celle qui se lève tôt) en vue du scrutin du 6 mai. Il fait encore nuit mais il est déjà aux commandes, prêt au départ, couvé des yeux par un Xavier Bertrand au garde-à-vous, en grand uniforme, futuriste et pimpant, de la Nouvelle UMP (Union pour Ma Pomme), d'un vert moins environnemental que printanier, renaissant, avec deux bandes blanches pour suggérer ces "lignes blanches" que le hardi conducteur d'engin n'hésitera pas à franchir, quitte à tout écrabouiller ? A droite de la photo, à moitié rogné, dans une posture qui semble soumise, contrite – contrainte ? -, on reconnaîtra Dominique de Villepin, au surplomb du caniveau où naguère il manqua de choir. Il est prévu que tout du long du tour de France électoral grands et petits dignitaires de la Nouvelle UMP aient ainsi à s'échelonner, aux fins de laisser s'exprimer une joie volontairement contenue sur la ligne de départ. L'allégresse devrait être totale quand à la veille du scrutin décisif le héros remontera les Champs, le scénario prévoyant même que les deux figures les plus glamour de la Nouvelle UMP, Rachida et Rama, grimpent dans la cabine pour couvrir de baisers et de fleurs le petit Timonier, en un spectaculaire contraste avec les énormes rouleaux électoraux, couverts de boue et tachés de sang.

Éros et Tomatos



Le jour même, dimanche 12 mars, du "meeting-monstre" du candidat-sortant à Villepinte, on aura appris que "Louis Sarkozy lance des billes et une tomate sur une policière", en faction devant l'Élysée.
En 2007, âgé de 10 ans, le bambin lançait son fameux "Bonne chance mon papa!". En 2012, l'ado lance des tomates sur les forces de l'ordre! Crise pubertaire, sans doute, que le délinquant voudrait endiguer, s'étant récemment inscrit dans une académie militaire aux USA. Reste que le contexte familial est préoccupant, entre la toute-puissante image du Père-Président, et la dangereuse proximité, quand Louis est à Paris, d'une belle-mère people, délurée, sexy …
Comment ne pas songer à cet autre adolescent : Hippolyte, confronté pour son malheur aux avances de sa belle-mère, la Reine, Phèdre, et voué à être immolé à l'aveugle courroux de son père, Thésée ? Ainsi, du palais d'Athènes au palais de l'Élysée, d'un Roi à un Président, d'une Reine à une first lady, et d'Hippolyte à Louis il n'y aurait qu'un pas, mais un abîme quand ce dernier cherche à se dépêtrer du drama par le lancer de tomates, aux dépens d'une factionnaire qui, femme et flic, conjoint deux pointes du triangle oedipien.
Une tomate ne fait pas le printemps. Louis tournera-t-il racaille ? trader ? anar ? yachtman ? Toujours est-il que l'on peut souhaiter, dans son intérêt, que l'Élysée lui soit bientôt clos, pour cause de non-renouvellement de bail.
 

Habemus papam



Hier soir le pape m'a appelé pour benoîtement m'informer qu'il songeait à moi pour sa succession. Comme je lui disais mais, Majesté, pas Majesté, me reprend-il sèchement, pas Majesté pour qui occupe le trône de Pierre!
– A la pierre du trône papal je préfèrerais, osai-je, un siège plus moelleux
– Si tu joues sur les mots tu ne seras pas pape
– C'est un alexandrin! m'écriai-je, tout heureux, et lui de raccrocher aussi sec et, depuis, je m'interroge sur le pourquoi de ce congédiement. Le Saint Père s'est-il mépris, a-t-il vu dans ce mot d'alexandrin une allusion à ce fameux prédécesseur, Alexandre VI Borgia, lequel, dit-on, couchait avec sa fille? En tout cas je suis sûr que Sa Sainteté, voilà, c'est comme ça qu'on dit, si Elle a pensé à moi, qui ne suis qu'un petit employé de bureau et n'ai pas mis les pieds à l'église depuis je ne sais quand, c'est en considération de mes vertus. Jamais l'on ne m'a vu lorgner les fesses d'une femme, je ne bois que de l'eau, plate, je vis chichement dans mon une pièce, mon seul loisir est d'envoyer des mots brefs aux puissants pour, tel Bossuet, les avertir qu'eux aussi la mort les attend. Aucun ne m'a jamais répondu, et le seul, peut-être, auquel je n'ai pas écrit, c'est lui qui m'appelle, sur mon téléphone qui ne sonne jamais, pour me faire cette offre mirobolante. Je vais m'acheter une mitre, non, une tiare, je vais la porter du matin au soir, je coucherai avec, un matin je me réveillerai pape!
Jacques Géraud
Internaute




 
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