Extrême-drague
Elle
aimait se sentir désirée. Ce frisson que provoquait un regard enflammé sur sa
nuque, tandis qu’elle feignait l’indifférence. Elle se retournait alors
légèrement, offrant son profil à la vue de son prétendant. Elle veillait,
cependant, à ce que leurs regards ne se croisent pas. Pas encore. Débutait
alors sa partie préférée de la soirée : ces instants volés à l’horloge ou
plus rien n’existait, sinon la tension entre deux corps hésitant à se
rapprocher. Elle ne connaissait de plaisir plus grand que celui de cette parade
silencieuse. Même lorsque, invariablement, elle finissait dans ses bras, aucun
sentiment n’égalait la fierté d’être son
centre de gravité, durant les minutes où il ne la quittait pas des yeux.
Mais, ce soir là, l’ennui la
gagnait. Il s’était rapproché trop vite, trop tôt. Il semblait déjà prêt à
engager la conversation. Leurs mains s’étaient frôlées, à son grand désespoir,
réduisant à néant l’infinie possibilité
des gestes pas encore esquissés. Sa voix résonna au creux de son oreille. Elle
répondit, fixant son séducteur devenu trop réel pour être un fantasme. L’envie
de couper court la gagna.
L’extrême-droite détourna son regard
du Ministère de l’Intérieur.