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Dans quel état sommes-nous ?

Jean-Daniel Magnin


(55 articles)

Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

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L'extrême droite dirige le Nouveau Théâtre à Budapest


Appel des théâtres européens pour la tolérance
Nous vous en avions parlé en octobre dernier : deux personnalités d'extrême droite venaient d'être nommées à la direction du Nouveau Théâtre de Budapest. Elles entrent en fonction ce 1er février. Un appel européen à la tolérance sera lu le soir même dans de nombreux théâtres en Europe, et bien sûr au Théâtre du Rond-Point

Imaginez Jean-Marie Le Pen codirigeant le théâtre du Rond-Point avec un artiste d'extrême droite... C'est ce qui vient d'arriver à Budapest. Le parti Fidesz au pouvoir poursuit sa révolution culturelle contre "l'hégémonie libérale maladive" en nommant à la tête d'un théâtre de Budapest György Dörner,  artiste aux sympathies notoires avec le parti d'extrême droite MIEP, un parti qui ne cache pas ses opinions xénophobes et antisémites, loin de là. Pourtant l'ancien directeur du Nouveau Théâtre, István Marta, avait recueilli la majorité des voix pour ce poste. L'émoi dans la profession et ce qui reste d'opposition a redoublé quand Dörner a choisi comme administrateur István Csurka, 77 ans, le président du MIEP en personne, aujourd'hui retiré de la politique. Il faut savoir que si Csurka, celui qu'on appellait le "Le Pen des Carpathes", n'édite pas des fanfares militaires, il écrit des pièces de théâtre qui ne sont jamais jouées. Avec lui Ubu administre un théâtre... bel exemple d'autogestion à la hongroise.
Dernière nouvelle confiée par nos informateurs de Budapest : une semaine avant leur prise fonction le 1er février, les deux nouveaux directeurs n'avaient toujours pas de programmation pour le mois de... mars suivant !

Voici l'appel lancé de Vienne par l'auteur comédien et clown Markus Kupferblum, directeur de la compagnie Totales Theater, et de nombreux autres metteurs en scène et acteurs en Europe :

"Memorandum
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cher public, voici un memorandum qui sera lu aujourd'hui dans la plupart des théâtres européens, dans la langue du pays, avant chaque spectacle.
Nous sommes aujourd’hui le 1er février 2012. Aujourd’hui-même, à Budapest, un des plus importants théâtres de la ville passe sous la direction de deux personnes qui ont depuis plusieurs années publiquement fait leurs des vues d’extrême-droite. Ils ont personnellement publié des pamphlets anti-sémites, anti-tziganes, des écrits racistes. A partir d’aujourd’hui, ils seront directeurs d’un théâtre subventionné par les fonds publics dans une capitale européenne. Ceci brise un tabou. Mais plutôt que d’utiliser cette rupture comme une nouvelle occasion de condamner Budapest, pourquoi ne pas nous engager, dans nos pays respectifs, dans nos vies, pour la tolérance, pour la diversité et pour la solidarité avec les membres les plus faibles de notre société ? Nous sommes atterrés par le fait que des forces politiques, dans beaucoup de pays européens, promeuvent la haine, le mépris et la jalousie entre les peuples. Notre intention, dans notre travail théâtral, est de dépasser les facteurs de division dans nos sociétés, pour éveiller la curiosité et aiguiser les sens du public vers les évidences sociétales – au nom du bien commun de toutes les personnes, au nom de la paix et de la liberté en Europe. Après tout, nous autres humains sommes tous libres et égaux en dignité et en droits, nous sommes tous citoyens d’un seul et même monde. Nous sommes aujourd’hui le 1er février 2012. Rassemblons-nous pour célébrer aujourd’hui la première journée du Théâtre Européen pour la Tolérance.
Markus Kupferblum"

ventscontraires.net 1er site de prédictions politiques


Vérifiez vous-même
En une année et demie d'existence, et grâce à son réseau mondial de chroniqueurs, la revue collaborative du Théâtre du Rond-Point a été la première à vous annoncer :

– le sit in mondial devant les bourses (9 mois à l'avance)
> voir chronique de Fleur Ho du 9 décembre 2011
– la composition très masculine du dernier gouvernement Filion (24 heures avance)
> voir la prédiction du 14 novembre 2010
– les chutes de Moubarak et de Berlusconi (9 mois à l'avance)
> voir la double prédiction du 4 février 2011
– l'arrivée d'un autocrate à la présidence de l'UE (une semaine avant le reste de la presse française)
> voir l'article sur Viktor Orban du 23 décembre 2010 

Soit une avance moyenne de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, 7 heures, 39 minutes et 42 secondes.
Mais aussi, ventscontraires.net reste le premier média à vous annoncer :

– l'appartenance de  Ben Laden à la Franc Maçonnerie
> voir article détaillé du 9 mai 2011
– que le Québec s'équipe en canons à neige pour attaquer la France
> voir les révélations exclusives de Fred Pellerin du 20 décembre 2010
– que Roland Dubillard s'est réincané en Kim Jong Un pour rendre la Corée du Nord encore plus absurde
> voir prédiction de Jean-Michel Ribes du 21 décembre 2011
– la recette définitive et absolue pour cuire avec succès un œuf à la coque
> voir enquête dans les cuisines du restaurant du Rond-Point
– et une carte précise, mois par mois, du climat politique en France pour toute l'année 2011
> voir la carte complète publiée le 24 janvier 2011

Bref : si vous désirez vous préparer à ce que 2012 vous réserve de meilleur et de pire, restez connecté sur ventscontraires.net
Joyeuse année à vous !

Pierre Etaix écrivain


Avant la lecture de ses "Textes & Textes" par Ariane Ascaride et Thierry Frémont au Rond-Point
"Mon amour virgule
il me semble bien inutile de vous rappeler
combien notre rupture tiret
toujours aussi inexplicable pour moi tiret
me cause de chagrin point
cependant dois trait d'union je vous l'avouer
virgule
pas une semaine virgule un jour virgule
  une heure ni même une seconde je n'ai
  cessé de penser à vous point"


Voilà comment débute une lettre de rupture lorsqu'elle est écrite par un dandy gagman comme Pierre Etaix.
Et voici comment se termine le testament de cet éternel jeune premier du cinéma burlesque et du music-hall :

"Avant-dernières volontés :
Je lègue à la science qui en a tellement besoin
ma tête chercheuse avec sa cervelle d'oiseau
et sa suite dans les idées..."


Si ça vous plaît, ses Textes & Textes / Etaix (édités par le Cherche Midi) sont lus par Thierry Frémont et Ariane Ascaride (mise en voix Jean-Daniel Verhaege) les 17, 18 et 19 novembre à 18h30.
Où ? > Ici


Une allocution soporifique


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

Denis Robert : "Le vrai pouvoir n'est pas l'argent, mais la possibilité de rendre public les choses qu'on voudrait cacher"


Sa pièce "La Cravate" va être lue par Jean-Luc Porraz et Miglen Mirtchev au Rond-Point les 29 et 30 septembre et il vient de réclamer 3,6 millions d'Euros en dommage et intérêts à la direction de Clearstream. Quelques questions au journaliste et écrivain Denis Robert:

Après 10 ans d’acharnement judiciaire à ton égard, Clearstream répond que tu as déjà suffisamment été rémunéré en notoriété grâce à eux... Feinte classique d’avocat ou cynisme sans fard ?
Ça ne tient évidemment pas la route une seconde. C'est une défense très grossière venant d'eux qui ont payé 16 millions d'euros un audit suite à mon premier livre. Cet audit n'a jamais été rendu public. Donc 16 millions d'euros pour rien, pour étouffer une affaire. Ce sont eux qui ont lâché 10 millions d'euros  d'indemnité de licenciement à l'ancien PDG viré suite à ce même livre. La presse avait titré que c'était le prix de son silence. La presse n'a pas tort. Il faut se souvenir qu'ils ont lâché 40 000 euros au Monde en avril 2008 rien que pour me proposer dans une page de publicité un marché de dupe. Ils voulaient que je retire mes pourvois contre un arrangement entre amis. Ça les ennuyait beaucoup ces pourvois. Et pour cause. Ils les ont perdus. Ils sont peut être une multinationale mais ils sont pitoyables. Je gagnais beaucoup mieux ma vie avant Clearstream qu'après. En 2000, mon roman "Le Bonheur" s'est vendu dix fois plus que n'importe lequel de mes livres sur leurs manoeuvres. Quant à ma soit disant notoriété, j'existais médiatiquement beaucoup mieux avant Clearstream qu'après ou pendant. Aujourd'hui, même quand je suis invité sur un plateau télé pour un de mes romans, on me parle de Clearstream. Ce sont eux qui ont créé ce climat, qui se sont acharnés sur moi. Pas l'inverse. Je n'ai jamais déposé aucune plainte contre eux. J'ai laissé faire la justice. Dix ans, c'était un peu long. Mais ça valait le coup.

Tu as rencontré pas mal de magnats ou de hobereaux de la finance. Certains t’ont-ils fasciné ?

Fasciné, jamais. Intéressé, touché, agacé, emmerdé, menacé. Un seul peut-être m'a appris une chose essentielle : le vrai pouvoir n'est pas l'argent mais la possibilité de rendre public les choses qu'on voudrait cacher. On en peut pas tout acheter. Il le savait. On est devenu presqu'ami le temps d'une soirée. Après, il était inutile qu'on se revoie. 

Pourquoi as-tu écrit avec Jacky Schwarzmann “La Cravate”, une pièce de théâtre qui met en scène ta rencontre avec un oligarque russe ?
J'en ai fait un oligarque mais à l'origine c'est un intermédiaire dans le pétrole. Un homme d'influence. De grande influence. J'ai transposé ce que nous avons vécu autour d'un match de football. Unité de temps, de lieu. Le football et son monde d'investisseurs, de faisans et d'oligarques est un laboratoire du capitalisme. J'ai envie d'avoir ces bruits du terrain qui remontent, ces écrans de contrôle qui occupent l'espace. Je suis parti d'une situation vécue, mais avec Jacky on a inventé un dialogue où la menace plane et où on ne sait pas très bien avant la fin qui va gagner, qui est le méchant....

Qu’est-ce que tu attends d’une pièce de théâtre après tes livres, les romans, la peinture où tu retravailles tes enquêtes ?
C'est très particulier. C'est ma première pièce. Je l'ai écrite assez vite et assez facilement en échangeant des mails avec Jacky qui ne connaît rien de ce milieu mais qui est très réactif et qui connaît mon travail. Je ne sais pas si ce sera toujours aussi rapide et évident. C'est pour moi un exercice différent du travail de scénariste pour le cinéma ou la bande dessinée. Assez éloigné du roman où la mise en place et la maturation sont plus longues et plus compliquées. D'ailleurs, Niegouchine et Klebert sont des personnages de mon roman La Domination du monde (Editions Julliard) et je suis parti d'une page de dialogue entre les deux sur la question du pouvoir. Je suis assez difficile au théâtre. J'ai eu une période où j'y allais souvent. J'ai même été critique à Avignon il y a une vingtaine d'années. Je n'aime pas l'emphase, ni les longueurs. Il faut que j'y croie très vite. Il faut que les acteurs jouent comme dans la vie. Il faut une tension. C'est ce qu'on a essayé de faire avec La Cravate. Je sais exactement comment parlent mes trois personnages, ce qu'ils font et pourquoi. La musique et les dialogues ont gravés entre mes deux oreilles. J'espère en écrire d'autres. J'en ai une en tête en ce moment. Elle mûrit.



Est-il ou n'est-il pas ressorti de chez les Bettencourt une enveloppe kraft à la main ?


Une affaire que la physique quantique peut éclairer
L'affaire rebondit avec la parution du livre Sarko m'a tuer et le témoignage de l'ex-infirmière de Liliane Bettencourt – immédiatement récusé par cette dernière : elle aurait vu Nicolas Sarkozy recevoir des enveloppes au domicile de sa patiente.  On se souvient de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt qui elle aussi avait accusé Sarkozy de financement illégal ; puis, questionnée par la police, la même personne s’était rétractée en disant qu’il n’en était rien. Incohérence, délire, menaces de mort ? Et si ces doubles témoignages, au contraire, étaient VERIDIQUES : Sarkozy est sorti avec l’enveloppe ET Sarkozy n’est pas sorti avec l’enveloppe ? Les deux à la fois ?
Car deux états contradictoires peuvent tout à fait coexister dans la nature. Rappelons-nous du chat de Schroedinger, cette expérience imaginée pour illustrer les étranges comportements de la matière au niveau quantique : un chat est enfermé dans une boîte avec un détecteur atomique relié à un marteau surplombant une fiole de poison. Dans le détecteur, il y a un atome qui a une chance sur deux de se désintégrer au bout d'une minute. Si une telle désintégration est détectée, le marteau brise la fiole et le chat meurt. Comme il est impossible de dire si l’atome s’est désintégré ou non, la théorie quantique affirme que le chat est mort ET vivant. Le président pensait certainement « quantique » lorsqu'il s'était exprimé il y a plus d'un an sur cette affaire  : – Je ne suis pas un idéologue, j’essaie d’être honnête, de dire la vérité, en tout cas la mienne.
Seule l’ouverture de la boîte agira sur la réalité, mais tant que la boîte restera verrouillée, les deux états contradictoires resteront réellement concomitants, aussi bizarre que cela vous semble. Ne cherchez pas, notre cerveau ne peut l’admettre, et pourtant c’est ainsi.
Même si l’Elysée et tout le gouvernement démentent ces "allégations dénuées de tout fondement", le feuilleton est reparti. Au dernier épisode, quand on ouvrira enfin la boîte, tout redeviendra simple et familier : SOIT le chat va bondir toutes griffes dehors, SOIT il sera mort, une enveloppe kraft serrée entre ses pattes.

Pourquoi les agences de notation conservent sa note AAA+ à la France


Alors que Standard and Poor's dégrade la note de la dette américaine
ventscontraires.net s’est procuré la copie d’une circulaire du ministère de l’Agriculture adressée à la charcuterie Befalon & fils de Vire, à partir de laquelle on peut déduire que Bercy a lancé un vaste plan de mobilisation des éleveurs de porcs, particulièrement en Bretagne, pour augmenter de manière drastique la qualité et la quantité d’andouillettes produite ces douze derniers mois. Entre juillet 2010 et juillet 2011, la France est passée d’une production de 18 257 tonnes d’andouillettes dont la note moyenne est AAA à 43.943 tonnes d’andouillettes avec un pourcentage AAAAAA (la note maximale) en augmentation de 48%. Résultat dû au sens civique des éleveurs de porcs et charcutiers, heureux de quitter leur image d'empoisonneur au nitrate des nappes phréatiques. Leur enthousiasme  a explosé les projections les plus optimistes du ministère de l’Economie, qui tablait sur 29.000 tonnes d’andouillettes AAAA en douze mois. Cet excédent a permis à la France d’augmenter sa production de A, de AA, de AAA, de AAAA et de AAAAA dans des proportions sans précédent. Bercy a su ainsi maintenir sa position AAA+ chez les trois principales agences de notation, et mieux que ça, puisqu’elle va pouvoir exprimer sa solidarité envers la Grèce et les autres pays latins membres de l’UE en leur versant les milliards d’Euros votés récemment en nature – sous forme d’andouillettes. Pour d’autres raisons, essentiellement linguistiques, la Pologne qui souffre dans sa langue nationale d’un manque congénital de voyelles (problème signalé pour la première fois par Roland Topor), s’est montrée également intéressée.

Vendredi 13 la note de la France se dégrade


Carte postale de Paris

vendredi 13 © Jean-Daniel Magnin, ventscontraires.net, Théâtre du Rond-Point

Viktor Orban reprend sa fréquence à Klubradio, la seule radio d'opposition


Carte postale de Hongrie


Le site du Monde.fr nous apprend que l'unique radio d'opposition en Hongrie, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias, proche du gouvernement conservateur de Viktor Orban, a annoncé son directeur mardi 20 décembre au soir, à Budapest. "Je n'en reviens pas, je n'aurais jamais cru qu'une radio qui existe depuis dix ans, écoutée par un demi-million de personnes, puisse être traitée de telle sorte", a déclaré Andras Arato, directeur de Klubradio, dans une interview accordée dans la soirée à la chaîne de télévision commerciale ATV. Comme je vous en parlais en juillet dernier, la même Autorité de répartition des fréquences avait contraint la chaîne d'info à devenir musicale, pour qu'elle se taise. Ce à quoi la chaîne avait répliqué en chantant les news :

En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.
Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.
C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.
Klubradio :
Tu proposes qu'on chante les news ?
Gyuri Kozma (il chante) :
Oui, il faut s'adapter à la situation politique
Et si le gouvernement veut que Klubradio
Devienne une station musicale
Alors il faut chanter au lieu de parler :

Dans ce pays joyeux
Les membres de l'opposition joyeuse
Vont chanter joyeusement
A l'heure des infos joyeuses

Klubradio :
Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…
Gyuri Kozma (chante) :
Justement nous voilà
On va respecter leurs quotas!
On peut très bien s'il le faut
Se mettre à chanter les infos :
Les Grecs vont se ramasser.
Les Allemands seront détestés.
Mais personne cette année
Ne quittera la zone Euro.

Klubradio :
Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?
Gyuri Kozma (chante) :
Josef Szajer et Gergely Gulyas
Deux députés membres de la majorité
Ont jugé inacceptable que l'Office
De l'immigration et de l'Identité Nationale
Ait convoqué tous les Tibétains de Hongrie
Avant la visite de la délégation de Pékin.
"La liberté de rassemblement est un droit primordial",
Ont protesté les deux députés de la majorité
Josef Sajer et Gergely Gulyas
.
Klubradio :
Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?
Gyuri Kozma (chante) :
Viktor Orban a dit :
"Bien sûr on peut manifester,
 Mais je compte sur…"

Klubradio :
Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !
Gyuri Kozma (chante) :
Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…
(il chante)
"Bien sûr on peut manifester,
Mais je compte sur les manifestants
Les objectifs de notre diplomatie
Ne doivent pas être compromis!"
A dit au Parlement Viktor Orban
Avant de la visite de la délégation de Pékin
"On peut exprimer ses opinions
Sans faire de scandale ni mettre le boxon
Car la Hongrie a besoin de ces relations"
A dit au Parlement Viktor Orban
"Ces rencontres au sommet
Ne peuvent en aucun cas être dérangées"



En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

"Je me méfie des blasphémateurs sacrés"


Entretien avec Noël Godin
Toi qui es l’auteur d’une somme sur la subversion carabinée, peux-tu nous dire si tu as repéré dans l’Histoire quelques coups de main contre l’intégrisme calotin dont tu ne peux que saluer le panache ?   Je porte un toast-souvenir au foudroyant raid sacrilège réalisé par quatre trépidants mécréants franco-belges et par moi-même le dimanche 8 septembre 1996 à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes. Ce jour-là, quinze jours avant le pèlerinage de Jean-Paul II en France, la grand-messe est dite non seulement par Monseigneur Gaston Lequimener, conseiller spirituel de la station « Radio Fidélité », mais aussi, du jamais vu, par cinq autres serviteurs divins intégristes dont trois évêques et un diacre. Et, au moment de la consécration, alors qu’on entend des « Gloup ! Gloup ! » retentissants dans toute l’église épiscopale, une dizaine de turlupins remontent les travées de la nef, surgissent dans le chœur et balancent de somptueuses tartes à la crème sur les prestigieux officiants. Pendant que d’autres indévots déploient une banderole pro-condoms et lancent aux quatre coins de la cathédrale des préservatifs remplis d’eau non bénite. Une anecdote à peine croyable à ce propos. Le soir même de l’attaque, une parente d’un de nos complices travaillant au secrétariat de « Radio Fidélité », qui a retransmis la cérémonie en direct, lui a garanti qu’un quart au moins des nombreux auditeurs ayant téléphoné à la station calotine en fin de matinée avaient très sérieusement demandé si le « Oh, oh, oh, oh, oh ! » carillonnant qu’ils avaient perçu soudain signifiait qu’à cet instant précis, celui des entartements en rafales, il y avait eu… un miracle.   Tu as entarté Jean-Luc Godard car il avait accepté de retirer son film « Je vous salue Marie » d’un cinéma proche du Vatican… D’autres lâchetés face aux intégrismes que tu punirais volontiers ?   Une des lâchetés courantes les plus agaçantes, c’est la tolérance béate. Comment arriver à réellement tolérer que des personnages estimables à plus d’un titre s’agenouillent crapoteusement devant « un grand linge sale » comme disait Sade ou bien Picabia. N’hésitons pas à jouer de mauvais tours aux bien-aimés se rendant imbécilement à la messe. Entrons, par exemple, dans l’église derrière eux. Et puis tout à coup, d’une voix tonitruante, proposons à l’assemblée des fidèles cette belle prière de Benjamin Péret : « Vierge Marie sur qui je pisse après l’amour, je vous encule, je vous dévore comme un cochon ».   Qu’est-ce qui distingue l’attentat pâtissier du jet d’huile de vidange ou d’œufs pourris ? Une question de gastronomie ?   Le jet d’huile de vidange ou d’œufs pourris, ça a beau être pas mal plouc, ça peut faire de beaux dégâts chez les crapules ivres de pouvoir, mais ce n’est pas près d’égaler, bien sûr, la portée symbolique des attentats pâtissiers. Une tarte à la crème s’écrasant sur un visage pète-sec, ça renvoie directement, évidemment, à l’essence du ciné burlesque, du slapstick, ou à celle de la belle époque du cartoon agressif quand les hippies avant la lettre Bugs Bunny et Woody Woodpecker balançaient des pâtisseries dégoulinantes sur des raseurs. Et puis, sur le plan esthétique, une explosion tartesque, c’est plus joli qu’un jet d’œufs ou d’huile. Notons que les cocasses inventeurs de la tartapulte, Benoît Delépine et les autres fauteurs de troubles grolandais, ont fait également construire par les compères du Théâtre royal de Luxe de Nantes, connus pour leurs marionnettes géantes, un superbe canon à œufs bio. Le hic avec lui, c’est qu’un œuf propulsé à une folle vitesse, par exemple, sur Claude Guéant risque de traverser littéralement sa tête de part en part.   Le droit au blasphème est-il sacré ?   Pas du tout. Je me méfie des « blasphémateurs sacrés » à la Antonin Artaud – il se définissait comme ça – terriblement iconoclastes par moments mais englués par ailleurs dans des stéréotypes mystiques débilitants. Et puis, je n’aime pas plus les droits, à la paresse, au plaisir, à l’insolence, que les devoirs. Réclamer un droit, c’est présupposer qu’il existe des instances habilitées à nous l’accorder ou à nous le refuser comme l’a fort bien décrit Max Stirner dans L’Unique et sa propriété. À nous de nous permettre tout ce que nous ressentons comme souhaitable pour peu qu’on ait un minimum de lucidité critique sur nous-mêmes et sur le monde à réinventer.   Si Noël Godin était Dieu, que ferait-il pendant la semaine ?   Je veux bien être Dieu comme je veux bien être Diable à condition que tout le monde le soit aussi dans la galaxie. À nous tous les plaisirs les plus pimentés dans un nouveau monde amoureux féerique et burlesque comme celui imaginé par Charles Fourier.   Ça va bien en ce moment ?   Ça va toujours bien quand je m’encanaille avec Jean-Daniel, avec Jean-Michel et avec les autres espiègles fers de lance du rire de résistance du Théâtre du Rond-Point.   Les trois principes essentiels de la subversion carabinée à inculquer à ses enfants…   1. Être clairvoyant. Comprendre les mécanismes qui font qu’une veule complicité s’est souvent établie entre les gouvernants et les gouvernés les maintenant au pouvoir par leurs flaccides soumissions. Réaliser de surcroît que le seul art qui vaille encore d’être pratiqué, c’est celui de construire passionnément, ludiquement, rigolotement sa vie en niquant au mieux toutes les formes de contraintes. 2. Se rendre compte qu’absolument n’importe quel lustucru en pétard, à commencer par soi-même, est à même, s’il le désire vraiment, de jouer des tours très pendables aux puissants du jour et aux raclures autoritaires de toute farine. 3. Ne pas oublier que nos guérillas contre les pouvoirs constitués ne sauraient percer de vraies brèches si elles ne se menaient pas autant qu’il se peut dans le plaisir et la drôlerie, et aussi la tendresse, ajouterait le Tiqqun, ainsi que le préconisaient les hippies des années soixante-dix.   Et pour finir, que t'inspire ce dessin de Stéphane Trapier  ?
  Stéphane Trapier réveille en moi une vieille idée qui m’a déjà valu quelques convocations ubuesques à la police : celle de suggérer à des gaillard(e)s condamné(e)s par d’impitoyables maladies à nous quitter bientôt de s’offrir un baisser de rideau grandiose en se métamorphosant subitement en kamikazes chantilly s’élançant tartes à la main, sous des pluies de balles, vers des cibles historiques, le président de Chine, de Russie, des States ou le pape.

L'esprit ventscontraires.net enfin révélé



Qu'est-ce que l'esprit ventscontraires.net ?, nous demande-t-on souvent. Nous allons enfin vous le révéler.
Celui d'un club provisoire, un rond-point où l'on reste à tourner plus que nécessaire parce qu'on n'y croisera que des singuliers, des hétéroclites, des talentueux coriaces, des solitaires en bande. Un seul point commun entre tous ces chroniqueurs venus de près ou de très loin : pas un seul ne tourne dans le même sens.

Même le pape s'y met !


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

Incroyable : Kadhafi s'est planqué... au musée Grévin !


ventscontraires.net vient de gagner 2.000.000 de dinars libyens

Statistiques Europol


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

Peter Handke, contrairement lui-même


Avant la lecture de deux de ses textes récents par André Marcon et Sophie Semin au Rond-Point
Lorqu'un journaliste parvient à approcher Peter Handke, il dit qu'il n'a jamais été un enfant de son époque. Qu'on ne peut pas changer le monde. Qu'on peut simplement déplacer les mauvaises choses, les éloigner un instant de soi. Il ne se voit pas comme un artiste. Les artistes sont des génies trop rares. Sa patrie est celle des créateurs, "ceux qui ont de la peine, qui ont un problème à résoudre". Il se voit comme un artisan, un chercheur, en expédition, lancé dans l'inconnu de soi comme sur la pellicule friable d'un lac gelé. Et nous l'y suivons avec une allégresse intime.
Handke se doute bien que si on le questionne sur ses romans, ses pièces de théâtre, son journal, c'est pour en venir à petits pas jusqu'à La question derrière toutes les autres questions : la Serbie, sa mise au ban en 2006 après qu'il s'est rendu à l'enterrement de Milosevic, sa solitude depuis. Et il répond peu, ou à peine : le pays retrouvé de ses ancêtres qui se désagrège sous ses yeux alors qu'il vient d'apprendre le slovène ; l'enterrement de la Yougoslavie qui résonne étrangement avec le suicide de sa mère slovène. "J'accepte de me perdre. Je veux bien être perdu aux yeux du monde, mais non être perdu dans les mots."
Ou, comme il l'a écrit en 2008 au sujet d'un des textes qui sera lu au Rond-Point  : "Mais il fallait, il faut peut-être s'égarer, dans l'intérêt de la scène, dans l'intérêt du théâtre? Comme je me suis dit un jour : Je vais résolument m'égarer."

> Peter Handke sera au Rond-Point avec deux monologues d'égarés : Jusqu'à ce que le jour vous sépare lu par son amie Sophie Semin et Souterrainblues lu par le grand comédien André Marcon les 17, 18, 24 et 25 janvier prochains, mise en voix Christophe Perton
> écouter Peter Handke interrogé par Laure Adler sur France Culture, partenaire de ces lectures
> interview de Peter Handke par Alexandre Lacroix, Philosophie Magazine

© photographie Lilian Bimbaum


Multiplication des pains


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

Qui est l'auteur de Kiki ?


Plongée dans le psychodrame à la hongroise


Je vous signale le passage à Paris d'un chroniqueur de ventscontraires basé à Budapest : le réalisateur hongrois János Xantus vient présenter vendredi 18 novembre à l'Institut hongrois son dernier film "Kiki dans le groupe", un documentaire tourné à Budapest qui nous fait plonger à l’intérieur d’une séance de psychodrame. Dans ce doc qu'il ne signe pas de son seul nom, János Xantus met curieusement en jeu sa position de réalisateur…

Evidemment il y a Xantus lui-même, cinéaste hongrois qui passe très jeune les frontières avec un premier long métrage, L’Esquimaude a froid, remarqué dès 1984 à la Quinzaine des réalisateurs. Suivent une vingtaine de longs et moyens métrages où il développe une cinématographie très personnelle – à la fois perverse, burlesque et fantastique – qui n’est pas sans analogie avec celle d’un David Lynch. Est-ce aussi parce que Xantus est metteur en scène de théâtre et qu’il a l’âme d’un pédagogue (il est un des piliers de l’Ecole de cinéma de Budapest) ? Filmer le processus du psychodrame revient pour lui à filmer l’acte même de mettre en scène.

Il a ainsi choisi de signer son film avec les deux psychodramatistes de l’Ecole hongroise à la manœuvre sous sa caméra : la psychanalyste Zsuzsa Merei ainsi que le pédopsychiatre Andras Vikar – le tandem est fameux en Hongrie et vient animer depuis une quinzaine d’années des groupes de psychodrame à Paris. Véritables maïeutes des récits que le groupe va produire, ils accouchent la mise en scène en adoptant une position alternée « dedans-dehors ». Ici c’est Andras Vikar qui accompagne la protagoniste dans son chemin intérieur, alors que Zsuzsa Merei a pris la position de retrait propre au thérapeute pour veiller au bon déroulement des opérations.

Mais la mise en scène pourrait tout aussi bien être signée par Kiki, la jeune protagoniste du film, puisque Kiki distribue rôles et répliques aux membres du groupe qui vont rejouer avec elle les scènes intimes repêchées dans son enfance parmi la minorité magyare de Slovaquie.  Telle est la singularité du psychodrame de l’Ecole hongroise: le protagoniste tisse la toile théâtrale qui va l’enserrer et finira par se déchirer (si tout se passe bien) en libérant l’émotion d’une vérité confinée.

Ainsi la mise en scène peut-elle revenir au groupe en son entier : c’est le groupe qui improvise sur le canevas élaboré à tour de rôle par l’un de ses membres, c’est donc le groupe qui fournit la matière dramatique du film…

Cependant il ne faut pas négliger le parquet qui craque, quelques reflets sur les buffets vitrés, la poussière des bibliothèques lourdement chargées… Et se demander si le véritable maître du film n’est pas un fantôme – l’esprit du lieu de tournage, ce salon où Kiki a été "capté" ? Car cette salle oblongue et chaleureuse se trouve être le cabinet du grand psychologue et pédagogue Ferenc Merei (1909-1986), père de Zsuzsa et maître d’Andras Vikar. C’est lui, Merei, qui introduisit le psychodrame à Budapest, lui qui a donné ce tour si hongrois à l’invention de Moreno, en centrant le « Théâtre spontané »  (comme Moreno avait d’abord intitulé le psychodrame) sur la dynamique de groupe et le jeu subtil des relations interpersonnelles… Merei, intellectuel juif ayant étudié à la Sorbonne, combattu au sein de l’armée rouge, dirigé l’Institut de psychologie de Budapest et connu le goulag intérieur, clôturera son œuvre en faisant de cet appartement de la rue Pasarieti – dans le sud verdoyant de Buda – l’épicentre de la contreculture du Budapest des années 70-80.

János Xantus, alors étudiant en cinéma, y passa lui aussi, comme tant d’autres jeunes artistes et intellectuels chevelus de l’époque, pour explorer les vertiges interdits de l’intelligence de groupe et y expérimenter ce qu’il remettra en jeu dans chacune de ses créations : « une créativité totalement libre. »
> programme cinéma de l'Institut hongrois

L'Autofictif répond à des questions


Entretien avec Eric Chevillard
Peut-on vous considérer comme un marathonien du minuscule ? 42,195 kilomètres à petits pas, vous n’y pensez pas ! Mais disons, pour filer la métaphore, que je cours volontiers sur plusieurs distances, le roman, la note, la chronique. Et bien sûr, quand j’écris un roman, je n’en considère pas moins que mon unité d’écriture est la phrase, donc il y a une tension vers l’aphorisme ou la formule. Et quand je prends des notes, au contraire, celles-ci se proposent aussitôt d’enfler démesurément et de se développer aux dimensions d’un livre. Si bien que j’ai dû mettre au point une stratégie que je trouve assez fine : je laisse mes romans devenir des aphorismes et mes aphorismes des romans ; ainsi, finalement, mes deux pentes naturelles d’écriture sont suivies jusqu’au bout.
Avez-vous accompli votre devoir autofictif aujourd’hui ? Prenez-vous parfois de l’avance ? Avez-vous des réserves secrètes ? Où, quand, comment expédiez-vous les trois aphorismes du jour ? Mon devoir, il y a de ça hélas… Un comble, puisque l’idée au départ était justement d’être souverainement libre, qu’il s’agisse du format (si peu apprécié des éditeurs) ou des contenus : tous azimuts. Mais l’assiduité aussi fait partie du principe de l’entreprise et je me dois de ne pas lâcher l’affaire. Il me semble que se dessine ainsi, jour après jour, un tracé qui vaut bien ceux de l’électroencéphalogramme et de l’électrocardiogramme pour juger de ma santé physique et mentale. C’est aussi la forme d’une vie. J’ai souvent en effet des notes d’avance, elles me viennent par rafales… Mais je construis le petit triptyque quotidien juste avant de le poster, comme on dit, avec l’envie souvent de donner à lire les notes les plus récentes. Quelques-unes finissent par être oubliées dans le puits sans fond de l’ordinateur. Enfin, je publie mon billet vers minuit, depuis chez moi ou depuis mon netbook si je n’y suis pas.
Etes-vous maniaque, bordélique, voleur, prolixe, jaloux, douloureux  ? Maniaque et pointilleux comme la plupart de ceux qui rêvent d’une révolution générale qui ne laisserait pas debout une seule pierre de ce monde…
Pour vous ces pépites d’écriture sont-elles :
  • des romans morts-nés ?
  • des graines de romans ?
  • des fulgurances aussi vite oubliées qu’écrites ?
  • autre ?
Des décharges nerveuses, des parades et des ripostes, des épées tirées et des sabres avalés. Des pensées d’idiot affectant la forme sentencieuse que le sage affectionne, ou au contraire des idées auxquelles je tiens lancées comme des plaisanteries. En fait, je crois que je n’en sais rien. Tout est possible dans ce carnet, des formes élaborées, des griffonnages, toutes sortes de tentatives hasardeuses, de spéculations, de paradoxes.   Pourriez-vous un jour écrire un “De qui se moque-t-on ?” sur l’aphorisme ? Non, parce que ce serait redondant. Tout aphorisme en effet dit plus ou moins cela, « de qui se moque-t-on ? »
Etes-vous un geek de la littérature ou un poète du net ? Je n’ai pas la religion d’Internet. Je publie mes livres, y compris LAutofictif. J’écris pour l’essentiel au crayon sur de petits carnets ou de grands cahiers, et encore c’est parce qu’on ne trouve plus de stylet et de pierres à graver. Mais je dois reconnaître qu’Internet offre à l’écrivain l’expérience inédite de la présence, le direct, lui qui semblait voué à ne pouvoir jamais exister qu’à contretemps de ses contemporains, comme s’il évoluait de son vivant même à la manière d’un fantôme, dans la brume d’une indécidable et toujours virtuelle postérité. Paradoxalement, donc, c’est ce monde virtuel d’Internet qui lui permet de prendre corps dans l’époque et de vivre l’écriture comme un art martial, où le réflexe compte autant que la méditation.   > Le dernier billet d'Eric Chevillard sur ventscontraires.net
> Les aphorismes d'Eric Chevillard mis en ligne sur son site l'Autofictif sont rassemblés et édités par les éditions de l'Arbre vengeur

Mazen Kerbaj : "Il faut rire de tout, surtout de ce dont on ne peut pas rire"


Un dessinateur libanais en résidence au Rond-Point
Illustrateur de presse, croqueur de BD, open trompettiste et peintre sur carnets de note, Mazen Kerbaj s'éloigne de Beyrouth en septembre-octobre pour s?acoquiner pendant deux mois avec l'équipe de ventscontraires.net. Premier contact
Le Théâtre du Rond-Point développe depuis plusieurs années une thématique autour du rire de résistance. C'est quoi pour toi, le rire de résistance ?
Je suis né en 1975 avec la guerre civile qui a fini en 1990. J'ai donc vécu mes premières années en guerre civile. Depuis on dit que c'est la paix au Liban, mais il y a eu quelques petites guerres depuis. Quand on vit à Beyrouth, on n'est jamais vraiment en temps de paix, on est toujours en guerre ou entre deux guerres et on ne sait jamais quand la prochaine va arriver. Cependant je dois dire que je suis bien content de vivre là-bas malgré tout. C'est une vie où on exprérimente chaque jour que le rire et la résistance sont deux choses qui vont naturellement ensemble. La résistance contre la folie qu'il y a autour, contre la réalité dont on ne peut s'échapper, contre la guerre, la politique, la corruption... Il n'y a pas d?autre solution, il faut absolument rire de tout, surtout de ce dont on ne peut pas rire. Je ne peux résister que par le rire et mon rire ne peut être qu'un rire de résistance dans le sens où il est toujours opposé à une situation le plus souvent lugubre, déprimante et pas drôle du tout à laquelle je réponds par quelque chose de drôle. J'ai rarement eudes idées drôles dans l'absolu, pour elles-mêmes, c'est vraiment en réaction. Mon rire et celui que j'essaie de déclencher sont forcément de résistance. Bien sûr, en temps de guerre, tu ne peux pas parler des coquelicots, tu vas parler de la situation que tu vis et combattre cette situation par ton art. Mais je déteste l'idée de l'artiste engagé avec un message à faire passer. Je trouve ça assez péremptoire. Si un artiste veut donner son avis sur la politique je ne suis pas contre, mais qu'après il se positionne en porte-étendard, je trouve ça complètement ridicule. L'art n'a pas à jouer un tel rôle. Même les artistes qui se sont fait emprisonner, torturer, assassiner sous des régimes dictatoriaux étaient avant tout des artistes. > Mazen Kerbaj, rencontre-mini concert à la librairie du Rond-Point le samedi 17 septembre à 18h30 et exposition jusqu'au 14 octobre 2011
En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

"Quelqu'un peut-il me traduire ?"


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

 
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