Arnaud Sanchez

(3 articles)
Arnaud Sanchez, on s'accorde communément à dire que l'on ne le connaît pas... on s'accorde aussi sur le fait que c'est pas bien grave... Parfois on le croise et il dit "bonjour" ou bien "ça va?", bref rien d'extravagant.
Le 29 mai 2014 à 16:40

Les années 2000 : Papa Soprano, got yourself a gun

Des Ingalls aux Soprano, quoi de neuf docteur ? #3

1999. Pour ne pas changer, les USA ont de nouveau une bonne gueule de bois, suivant avec angoisse les déboires moraux de leur président, qui s'en prend plein la poire depuis son élection et qui est à présent condamné par la cour suprême comme parjure. Il va falloir aussi composer avec une nouvelle donne : le début d'une volonté du tout sécuritaire et de la paranoïa du terrorisme (et on n’est pas encore en 2001) que va créer le massacre de Columbine. La peur du tueur de masse n’est pas en soit une nouveauté aux USA, mais soudainement, même le petit Macaulay Culkin dans sa crèche est potentiellement un Charles Manson en puissance. Les responsables désignés ? Tout un pan de la culture populaire : le black/death metal, les jeux vidéo, le cinéma, les comics, les mangas, et parfois impopulaire : les nazis, essentiellement. Viendra quand même aussi un questionnement sur la libre circulation des armes ;Charlton Heston va commencer sa longue croisade pour la NRA. C’est donc dans ce contexte que se déroule la nouvelle élection présidentielle qui verra après quelques tours de montagne russe électorale l’avènement de Bush Junior ‘zident.   Un OVNI dans les figures paternelles Au milieu de tout ça que la famille Soprano montre le bout de son nez sur la chaine HBO, créée par David Chase. Tony Soprano ou Papa Soprano, pour ceux qui suivent, est un OVNI dans les figures paternelles télévisuelles pour la simple et bonne que Papa Soprano n'est pas un « papa » tombé du ciel. A la différence de Papa Ingalls ou de Papa Seaver, sortes de monolithes semi-divins  dont la paternité est une fonction, si ce n'est la caractéristique principale. Papa Soprano à commencé comme fiston Tony est c'est bien là son plus gros problème : héritier de l'entreprise familiale (qui marche plutôt bien au demeurant) Papa Soprano se retourne vers ses propres pères et pairs et tentent de comprendre ce qu'on lui a légué et très franchement n’y comprend rien. Pourtant on lui a légué une way of life en quelque sorte, elle est vertigineuse, violente mais fait de lui un élu qui se doit d’être à la hauteur, surtout quand on voit la gueule de sa mère, on comprend qu’il ne veuille pas décevoir le fiston Tony.   Papa Soprano, un paumé donc ? Il lui arrive de faire des crises d'angoisses devant des canards et suit une thérapie pour surmonter ce petit problème. Mais si fiston Tony doute, Papa Soprano lui « agit » et dans un seul et unique but : protéger sa famille. Ce sera même le leitmotiv de toutes les actions de notre bonhomme et la seule façon pour lui de protéger sa famille c’est d’en défendre les intérêts. Et pour se faire quoi de mieux que les années Bush ? Disons le franchement : adieu le hug ici : un rottweiler enragé est tout aussi rassurant qu’un Tony qui vous tend les bras.   Une seule famille, celle du sang Si, dans un premier temps, Papa Soprano veut composer avec deux familles (sa femme et ses deux enfants d’un coté), son entreprise de l’autre dans laquelle opèrent un cousin, un neveu et un oncle. Papa Soprano va vite faire un choix : il n’a qu’une famille : celle du sang. L’autre n’en est pas une mais une entreprise (un peu particulière et les indemnités de licenciement sont plutôt désagréables). Papa Soprano évolue dans une société chaotique ou le chacun pour soi devient une règle d’or dans une société traumatisée post-onze-septembre. A partir de ce moment c’est bien simple papa Soprano n’a plus que des « alliés » sur des visées à très court terme. Sorte de ballet incessant d’une realpolitik fiévreuse. Papa Soprano s’interroge, il fait face à son histoire (on le voit dans une scène s’interroger sur ce qu’est devenu Carry Grant et son flegme inébranlable, cette sorte d’homme qui agit toujours sans sourciller, sachant naturellement ce qui doit être fait et comment, dans l’intérêt de tous.) Papa soprano lui n’en sait franchement rien ; il part dans tous les sens, dessoudant au fur et à mesure ennemis et alliés lorsque ces derniers deviennent une gêne (ce qui dans la paranoïa ambiante est franchement systématique).   Un vide total Papa Soprano, donc, c’est le grand nettoyage : tout ce qui dépasse dégage, pas seulement les balances, les familles rivales mais aussi ce qui n’est pas dans la « norme » : un de ces capos qui se révèlera être gay l’apprendra à grands coups de canon scié. Bref, Papa Soprano qui ne comprend pas très bien qui il est s’évertue quand même à modeler une société à son image.   Ce qu’il en reste ? Rien ! Papa Soprano dans sa volonté de protéger les intérêts de sa famille va tout simplement créer un vide total et s’isoler entièrement, haï par tous, sa famille comprise. C’est que nous montre la fin emblématique de la série, où la famille sort manger un morceau dans le restaurant familial et se rend compte avec inquiétude que la moindre silhouette est une ombre menaçante prête à leur faire payer chèrement leur héritage.   Dans le même temps Bush ‘zident évite une grolle durant une allocution.

Le 24 mai 2014 à 10:06

Les années 80 : Papa Seaver, papa douceur

Des Ingalls aux Soprano : Quoi de neuf docteur ? #2

1981, un vagabond bodybuildé arrive dans une petite ville de montagne et demande à un shérif aux idées arrêtées « de pas le faire chier, sinon il va avoir une guerre comme il en a jamais vu !» et tient parole. Reagan et l'effacement 1985, Ronald Reagan est en poste depuis quatre ans. Son plus grand tour de force : avoir redoré l’appareil politique et la figure présidentielle (ce qu’aucun des prédécesseurs de Nixon n’a réussi à faire). Sa façon de faire ? Etre le plus effacé possible. En gros, Reagan, c’est simple : en politique intérieure, c’est le désengagement total : baisse d’impôts pour favoriser la libre entreprise, le dollar est de nouveau indexé sur l’or. Bref, on tente d’éponger les retombées du second choc pétrolier en encourageant tous azimuts l’ultralibéralisme. On rend aussi une plus grande autonomie aux politiques sociales des Etats (du coup, certains Etats sudistes reviendront à quelques petites traditions de derrière les fagots, sous forme de promesses électorales fort heureusement jamais tenues). Question politique extérieure, c’est simple : l’endettement américain va atteindre des records, presque uniquement pour des dépenses militaires.   1985 voit deux évènements encore. D’une part, notre vagabond bodybuildé qui purgeait un peu de taule pour avoir fait une « guerre qu’était pas la sienne », décide de repartir au Vietnam avec un arc, un couteau et un gros flingue. Mais aussi le 24 septembre 1985 débarque sur nos écrans la famille Seaver, dans l’emblématique sitcom : « Quoi de neuf docteur ? ». Desperate Houseman  En résumé, le docteur Jason Seaver (Papa Seaver pour nous), psychiatre new-yorkais rapatrie son cabinet dans sa maison de proche banlieue lorsque sa femme décide de reprendre sa carrière de journaliste et qu’il faut bien quelqu’un pour surveiller les mômes.   La famille Seaver compte donc cinq membres (un sixième arrivera sur la fin ; tentative un peu grossière de relancer le show qui durera, tout de même, 166 épisodes).   Papa Seaver : le psychiatre quelque peu desperate houseman (on y reviendra).  Maggie : que l’on aimerait appeler Maman Seaver, mais la vérité c’est qu’elle est surtout en train de relancer sa carrière et que bon, sa famille, oui, mais de loin…  Mike : l’aîné, intelligent et magouilleur qui passe sa vie à monter des embrouilles improbables et qui réussit généralement toutes ses entreprises (souvent on lui indique que moralement c’est douteux mais dans le fond c’est le résultat qui importe).  Carol : la fille, intello brillante et presque politisée (faut pas déconner non plus; ça serait une lointaine cousine de Lisa Simpson, à la rigueur).  Ben : le petit dernier, coureur de jupons, un peu con et qui se voudrait magouilleur comme son aîné, mais qui rate tous ses coups… (il souffrira un peu plus de ses magouilles puisque le but est rarement obtenu par ce biais ; on pardonne la méthode, pas l’échec quoi…). Papa Seaver n'est pas Papa Ingalls  Bon là encore la famille Seaver va se reposer sur Papa Seaver. Cependant, Papa Seaver ce n’est pas Papa Ingalls. Papa Seaver c’est un psy, il observe et écoute de loin, voit que chacun ne prend pas nécessairement le bon chemin mais se doit de laisser « vivre ». Attention, Papa Seaver n’est pas un impuissant, tout au contraire. Papa Seaver sait ce que chacun devrait faire pour que tout aille bien. Mais voila Papa Seaver préfère que chacun se forge sa propre expérience et en tire les conséquences (enfin, là, souvent, il doit quand même un peu expliquer, parce que hormis Carol l’intello, les deux autres s’en foutent assez des conséquences). Bref, Papa Seaver laisse chaque individualité s’exprimer, il n’est là que pour maintenir la cohérence du groupe.      La structure de la série est simple :   - Ben, Carol, Mike ou Maman Maggie (plus rarement quand même) vont chacun être confrontés à un problème dans l’épisode (quelques thèmes graves seront abordés mais, dans l’ensemble, ça reste léger).   - Papa Seaver observe de loin sa marmaille faire son chemin, voit qu’ils/elles vont se planter.   - Ils/elles se plantent et Papa Seaver fait un hug et on passe à l’épisode suivant…   Les problèmes de la famille Seaver sont toujours internes. C’est bien simple,  le monde extérieur n’existe pas ! Et lorsque de temps en temps l’extérieur réussit péniblement à faire une percée, c’est sous l’identité de Luke Brower (interprété par un jeune Leonardo Dicaprio encore loin du loup). Luke est un enfant des rues, élevé par de violents alcooliques. Diantre, voila un challenge pour un psychiatre ! Solution : l’assimilation. Oui, pour soigner le p’tit Luke, un peu tout fracassé, les Seaver l’adoptent. On est d’ailleurs en 1988, date à laquelle quelque part dans un monastère thaïlandais, notre vagabond qui s’est mis au zen, décide de partir en Afghanistan dézinguer du russe qui emmerde de pauvres montagnards. C’est toujours pas sa guerre mais il est généreux le vagabond.      Un puits de sagesse auquel personne ne vient s'abreuver Pour les Seaver, c’est simple : la famille n’est pas le problème mais la solution. Papa Seaver donc père progressiste et non interventionniste accepte de huguer tout  le monde, il suffit de faire partie de la famille et tout le monde peut être de la famille si il en émet le désir.   Notons d’ailleurs que le hug garde sa fonction d’unir le groupe ici encore, sauf qu’il n’est pas une sorte de rituel mystique, simplement la façon dont Papa Seaver signifie à l’autre « tu t’es planté, t’as besoin de moi et je suis là ».   Bref, Papa Seaver, reste encore le ciment de la structure familiale, il est encore le puits de sagesse qu’était Papa Ingalls. Seulement plus personne ne veut venir s’y abreuver et ça, Papa Seaver l’a bien compris et ne compte forcer personne. Il est une sentinelle inébranlable et pétrie de bons sentiments et d’indulgence.     Et puis là, débutent les années 90 : Clinton est élu président, notre vagabond bodybuildé disparait soudainement (une légère déprime sans doute liée à ce nouveau président). Papa Seaver s’accroche, il a une nouvelle petite fille, mais bon c’est les années 90 : Kurt Cobain se fait exploser, le monde découvre que Bill aime à savourer son havane à sa façon. Les premières grandes vagues « complotistes » émergent (la guerre dans les Balkans c’est pour nous faire oublier l’histoire du cigare assureront certains).   Bref, Papa Seaver est totalement dépassé et disparait. Remplacé quatre ans plus tard par Papa Soprano. (A suivre) > Première partie : Les années 70, Papa Ingalls et le Hug

Le 14 mai 2014 à 09:15

Des Ingalls aux Soprano, quoi de neuf docteur ?

Les années 70 : Papa Ingalls et le hug

Une petite maison dans la prairie pour cacher la fin du rêve américain 1974, les USA se réveillent avec une sacrée gueule de bois : Nixon vient de démissionner, le Watergate est dans tous les esprits, la défaite du Vietnam et les premières secousses sur la vie économique du premier choc pétrolier se font sentir. La société américaine est encore prospère : les lois pour la déségrégation sont soutenues aussi bien par les Démocrates que par les Républicains, on parle même d'un Equal Rights Amendment (égalité homme/femme, au niveau salarial notamment, bon il ne verra en fait pas le jour). Pourtant, c'est le bordel, jamais cette démocratie n'avait vécu une telle crise de confiance dans ses institutions : le rêve américain, c'est plus trop ça, quoi... et la figure présidentielle, jusqu'alors presque héroïque, est sacrément égratignée. Et là, le 30 mars 1974, débarque sur le petit écran "La petite maison dans la prairie", librement, très librement inspiré du Roman de Laura Ingalls Wilder (la famille Ingalls a bel et bien existé et le roman de Laura serait même plutôt de bonne facture, je n'en sais rien, je ne l'ai pas lu).   On découvre alors Charles Ingalls sous les traits du viril Michael Landon et sa famille volontairement exilée de la grande ville pour venir se ressourcer aux grands préceptes des pères fondateurs : beaucoup de travail, une vie saine dans les grands espaces et surtout vivre selon les grandes règles de Dieu (chacun sa place et quand t'es énervé, du bois par tonne tu couperas !). Et surtout, surtout une figure paternelle inébranlable : Papa Ingalls comme nous l'appellerons, c'est le roc, le phare vers qui tout le monde va venir chercher des solutions à ses problèmes. Ingalls c'est le type sur qui l'on peut toujours compter : travailleur, courageux, sage et surtout très très pieux ! Dans la famille Ingalls tous les problèmes viennent des étrangers De quoi la charmante famille et son paternel bucheron vont donc nous parler durant près de huit ans ? (oui M6 essaye de nous convaincre chaque fois qu'on va chez papy et mamie que la série est toujours en production mais M6 vous ment !). Eh bien de tout ! Tous les problèmes que l'on peut envisager sont présents : financiers, raciaux, adultérins, de drogue, bref tout ce que les USA traversent... Le seul grand manquant est l'approche réaliste des conséquences bucheronesques de Papa Ingalls : normalement en huit ans il aurait dû déboiser trois Etats, au bas mot. Bien sûr Papa Ingalls a toujours la solution à tous vos problèmes. Généralement le problème est résolu en trois étapes : - un étranger (à la famille s'entend... ça peut être un ami) a un problème et vient s'en confier à un membre de la famille Ingalls (rarement Papa, parce qu'il coupe du bois). - Le membre de la famille, donc au choix l'une des deux filles, la mère ou plus tard le fils, tente de résoudre le problème... mais malgré un volontarisme à toute épreuve, échoue. - On se confie à Papa Ingalls et il résout le problème (sachant que Charles est plutôt humble, donc si on ne le consulte pas, il reste généralement en retrait, se contentant de donner des indices discrètement...).   Le Hug ou la résolution universelle des problèmes familiaux Pour ce qui est des problèmes internes à la famille ? En fait, c'est bien simple : la famille Ingalls n'a pas de problème. Une fille aveugle, me direz-vous ? Oui bon c'est vrai, mais ça c'est juste une épreuve divine que Papa et Maman Ingalls vont vite régler et devenant encore plus pratiquants. Bref, la cécité de la fille devient même un ciment et va renforcer la famille, une bénédiction, quoi. En fait les Ingalls ont trois solutions à tous leurs problèmes : la prière, Papa Ingalls et une sorte d'étrange parade de simulation copulatoire pratiquée aussi par nos cousins bonobos : le Hug ! Effectivement, une grande partie des problèmes rencontrés par la famille va se retrouver résolue par ce simple geste : Maman Ingalls a des doutes sur la fidélité de Papa ? Un hug ! Un indien, noir, mexicain se sent un peu mis à l'écart du groupe du fait de ses origines ? Un hug ! Il n'y a plus d'arbre à couper pour Papa Igalls ? Je ne sais pas ; ce n'est jamais arrivé, il me semble. La figure du père, une constante des séries made in USA Bref, voilà donc que durant huit ans, toutes les crises ont trouvé une solution radicale : du hug, du hug, du hug... et Papa Ingalls. A noter toutefois que le hug n'a souvent lieu qu'une fois que Papa Ingalls à définitivement éradiqué le problème (en gros, sans Papa pas de hug). Soudainement sous nos yeux et loin du tumulte de la société moderne, apparaît donc de nouveau l'homme providentiel américain. La figure du père, comme putative d'une figure politique à la dérive qui consolide par sa sagesse et sa force (passive) le groupe, la famille mais aussi toute la communauté du village où ils vivent. Cette vision du père dans la série américaine va devenir une constante et évoluer (souvent s'assombrir) tout au long des années 80, 90 et surtout 2000. Comment est-on passé de Papa Ingalls à Tony Soprano (papa mafieux dans la série du même nom) ou à Walter White (Papa Meth dans Breaking bad) ? A suivre...

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