Sur la couverture de l’ouvrage
La caricature au risque des
autorités politiques et religieuses (Ed. Presses universitaires de
Rennes) qui vient de paraître, figure un dessin de
Stavro Jabra. A
l'évidence, ce caricaturiste libanais n’a cure des risques, comme en
témoigne ce dessin du 3 octobre où les présidents syrien et iranien,
Bachar el-Assad et Mahmoud Ahmadinejad, tirent les ailes d’une colombe
de la paix afin de saper les efforts de Washington pour favoriser le
dialogue israélo-palestinien. Collaborant aujourd’hui à deux revues et
deux quotidiens, ce dessinateur âgé de 63 ans, véritable star dans son
pays,
"gratte et critique" qui il veut. Et cela, depuis plus de
quarante ans.
"Mes autres collègues qui exercent leur métier dans les
vingt et un autres pays de la Ligue arabe n'ont pas le droit de dessiner
émir, roi, leaders religieux, ministres...", confie-t-il. Lui ne s’en
prive pas. Il s’est arrogé ce privilège à vingt ans et personne, depuis,
ne l’en a dépossédé, y compris pendant la guerre civile qui déchira le
Liban de 1975 à 1990.
Sa carrière de photographe-reporter de guerre
(il fut notamment correspondant de
Paris-Match) conjuguée à celle de
dessinateur se confond avec l’histoire de sang et de larmes de son pays,
et au-delà, du Moyen-Orient.
"ll vaut mieux en rire plutôt que d'en
pleurer. Voilà comment, en quelques lignes — ou plutôt en quelques
dessins —, Stavro nous a exposé la situation dans laquelle se débat le
Liban. Du Cactus au jeu des Pyramides, toute l'histoire d'un peuple en
butte à l'hostilité du monde, celui qui l'entoure et l'autre, essayant en
vain de démêler leurs inextricables intrigues. Stavro sait cependant que
sa cause est celle de la Justice, et que son combat ne pourra que
vaincre", écrivit le président Amine Gemayel
en préface à un
recueil de dessins en 1978.
Au physique, Stavro, longues bacchantes,
crinière fournie, a quelque chose de léonin. Un fauve qui s'attaquerait
aux prédateurs de la paix, aux dépeceurs de la tolérance. Cet homme qui
a photographié au Festival de Cannes les plus grandes stars de cinéma,
sait détrousser les apparences d'un coup de crayon et rendre accessible
par le rire les enjeux et tensions géopolitiques.
A son trait
féroce, Stavro ajoute le sens de la formule. Pour preuve, les titres de
ses livres :
Dollarmes (1985),
Souriez à la Syrie noire et
Sam suffit la Syrie, sur l'accord américano-syrien en 1989),
Les
Saigneurs de la guerre où la région du Golfe est qualifiée de "Coran à haute tension" en 1991,
L'an pire 92, etc.
> voir sa page : http://www.stavrotoons.com/main.asp