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Chronique rurale


Huitième jour : l'enterrement de ma mère.

Ce matin au petit jour, j’ai enterré maman sur la plage. Je l’ai récupérée après que la poule l’ait traînée toute la nuit et lui ait bouffée consciencieusement toutes les parties les plus grasses. Elle ne lui a laissé que les os et les poils. Beurk. J’ai dit une prière en espérant que quelqu’un l’entende, même si j’ai renoncé depuis longtemps à l’idée d’un Dieu « utilitaire ». J’ai l’impression en effet que la présence du Créateur est toute relative, c’est une sorte d’absence finalement. Ca ne me gêne pas outre mesure, d’ailleurs, puisque j’ai bien compris que vivre seul était précisément le principe de la condition humaine. Dieu nous propose de faire avec. Croire en Dieu est donc un acte purement gratuit, un des derniers encore possibles sur cette Terre. De cela je l’en remercie. Il faudra que j’en touche deux mots au Curé.   Après avoir sauté sur le sable à pieds joints pour bien tasser, j’ai quitté le corps de ma mère vers 9h30, et me suis dirigé vers le Nord. C’est ici que vous me retrouvez. Un vent saharien et radioactif me balaie gentiment la frange. Je croise un restaurant routier dont le toit, soufflé par l’explosion, a été entièrement recouvert de  cadavres d’ouvriers polonais employés par un sous-traitant de Bouygues sur l’ex-chantier de l’EPR, avant l’accident. Je les salue amicalement. Pas de réponse des polaks, belle mentalité !   Un peu plus loin, un peu plus tard. Dans une zone hyper- radioactive - comme l’est maintenant cette partie sinistrée de la Manche -, la sensation du temps est décidément très étrange. Je confirme même une nouvelle fois que je suis le témoin –et la victime- d’une véritable accélération du temps, une sorte de micro-climat spatio-temporel, encore un truc pas prévu par Einstein… Si je dis ça, c’est que mon ventre ne cesse de s’arrondir davantage, une journée semble être à minima l’équivalent d’un mois, et ce que je dois bien désigner comme mon utérus - malgré les doutes persistants sur ma féminité - est sujet à des contractions de plus en plus fréquentes. Je  suppose que j’approche du 7ème mois de grossesse. Je culpabilise un peu de n’avoir pas prévenu le Père et Nadine. Il me suffit pourtant de fermer un instant les yeux, et je les visualise tous les deux : l’un debout en chaire, éclairant les foules béates de la Maison de Retraite par ses enseignements contemplatifs ; l’autre assise en caisse n°4, éclairant pareillement la clientèle par l’évangile de ses deux seins fièrement dressés, son badge d’hôtesse ornant le droit tel un sermon sur la montagne. > Premier épisode
 

Elle est très belle, ma maman



Elle est très belle, ma maman.
Le matin, quand elle vient me faire un câlin, j'aime bien comme elle sourit, son nez il bouge et ça fait des fossettes. Des fois, c'est moi qui la peigne. Elle a des beaux cheveux, ma maman, qui vont jusqu'en bas du dos et qui font des vagues. Quand je l'ai bien peignée, ils brillent et je peux lui faire une grosse tresse qui se balance quand elle fait le ménage. Ils sont noirs mais des fois ça fait bleu.
Les cheveux de ma maman, ils sont bien plus beaux que ceux de la mère de Lionel, qui sont jaunes et tout bizarres, comme les herbes quand il fait trop chaud.
Ma maman, quand elle me raconte des histoires, ses mains elles dansent en l'air et même que Papa il dit toujours qu'elle a des mains comme des colombes.
Elle sent bon en plus, comme les gâteaux. C'est pas comme la mère de Justin qui sent bizarre, comme les trucs qui sentent dans les cabinets.   Ses yeux, à ma maman, ils ont la même couleur que le chocolat, pas comme ceux de la mère de Lucie qui sont tout pâles, qu'on dirait qu'on voit à travers.   Mon papa, il dit que c'est des yeux de gazelle (c'est comme un Bambi).   Je suis très fière de ma maman et quand on va se promener, j'aimerais que tout le monde voie comme elle est belle !  
Seulement les autres, ils ont pas le droit. Ma maman, quand on va dehors, elle se met un grand drap noir sur la tête et même des gants et même quand il fait très chaud.  
Elle est très belle, ma maman, mais personne le sait à part Papa et moi.
Baronne Samedi
Internaute




 

L'enfance est-elle le temps de l'innocence ?


- Tu es nul Papa ! Ça fait deux ans que je ne crois plus à la p'tite souris ! Et ton déguisement il est moche.
- Mais ma puce, tu sais bien que Papa n'a pas assez d'argent pour s'offrir un beau déguisement... Il donne une grosse partie de son RSA pour payer la pension alimentaire de Maman.
- Si tu m'as pas acheté une toupie beyblade métal fusion de princesse, je reviens plus dormir dans ton studio un week-end par mois !

Noël 1


La mère. – Cela me fait tellement plaisir (que vous soyez tous là mes enfants) je suis tellement (je ne sais pas comment dire).
L’enfant. – Tu nous l’as demandé – on est venu, on est là.
La mère. – Ça me rend toute chose. C’est tellement important pour moi tu comprends (que vous soyez là mes enfants).
L’enfant. – On l’a compris. On l’a bien compris. Tu nous l’as bien fait comprendre.
La mère. – Je vous l’ai bien fait comprendre - qu’est-ce que je vous ai bien fait comprendre ?
L’enfant. – Tu voulais qu’on soit tous là - on est tous là. On a bien compris ce que tu voulais nous faire comprendre.
La mère. – Tu veux dire que vous ne seriez pas venu si je ne vous avais pas bien fait comprendre que je le voulais ?
L’enfant. – Eux je ne sais pas mais moi je n’ai pas eu l’impression d’avoir tellement le choix.
La mère. – Je t’ai forcé à venir – tu es en train de me dire que je t’ai forcé à venir.
L’enfant.–  Je ne dis pas que tu m’as forcé à venir (je dis que tu m’as bien fait comprendre que c’était ça que tu voulais).
La mère. – Si j’avais su que cela représentait un tel effort pour vous tous d’être avec votre mère je serai venue toute seule (et je n’aurais pas eu droit à une si bonne surprise – on peut dire que la fête est gâchée – j’étais si heureuse – tu peux être fier de toi).
NOIR.

Haïku de comptoir 54



La mère tricote
Le bébé agonise
Chaussons jetés

Haïku de comptoir 16


(L'été au comptoir)

Le bébé
Dans le ventre de sa mère
Entend le père ronfler
 

La mémé


Dialogues de quartier

– T’as vu ta mère ? T’as vu où elle est ta vieille mère depuis des mois ?...Elle est dehors, dans la rue, devant la charcuterie, sur un tabouret… Elle fait la manche ! Honte à toi de laisser ta vieille mère mendier comme ça !
– Je sais, ça fait quelques temps qu’elle fait ça… Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?
– Honte à toi de laisser ta pauvre vieille mère faire ça !
– Mais ça lui plaît ! Plutôt que de rester dans son studio qui donne sur la cour où elle ne voit personne, elle prend son petit tabouret, son coussin, son sac et elle se met là où il y a du passage. Pour ne pas avoir l’air idiote comme ça dans la rue, elle tend la main c’est tout !
– Honte à toi !
– Tout le monde la connaît. Les commerçants lui donnent des bricoles. Le boulanger des petits pains. En sortant de l’école, les enfants aiment bien demander une petite pièce à leurs parents pour la mémé. Ça leur apprend la charité. Et quand on les envoie chercher la baguette du soir, ils repassent la voir et elle sort pour eux un petit pain de son sac ou une jolie pièce.
– Honte à toi !... Depuis des mois !
– Et toi, depuis des mois, tu lui as donné quoi à ma vieille mère ?
– … Honte à toi !
François Raffenaud
Internaute




 

Maman !!!


Il est une question cruciale insuffisamment posée en cette période post festivités : que faire des cadeaux inappropriés ? La FNAC a la solution. Sur la page d’accueil de son site, elle vous donne un ordre clair, en lettres capitales et en orange : « REVENDEZ VOS CADEAUX ». Pour nous déculpabiliser de vouloir tirer profit de la chose, l’entreprise nous explique que ce n’est pas notre faute, car, au choix, et toujours en gros et en orange : « JE L’AI DEJA ! » ; « JE L’AI EU EN DOUBLE ! » ; « EN TRIPLE ! » ; « JE N’EN AI PAS BESOIN ! » ; et attention, on nous garde le meilleur pour la fin : « MAMAN S’EST TROMPEE ! » Ce dernier point d’exclamation est lourd de sens, on sent qu’il contient des précisions qui  démangent, du genre : « cette conne » ou bien « comme d’hab’ ». De plus, Maman étant la seule à être incriminée, on se dit que ce n’est pas Papa qui commettrait une telle bévue. Car pour ceux qui l’ignorent, la FNAC ne vend ni du maquillage ni des couches-culottes, mais des trucs super compliqués comme des téléphones, des livres, des DVD, des ordinateurs ! Pour comprendre leur fonctionnement, il faut en avoir fait des études. Voilà pourquoi Maman, non contente de claquer l’argent du ménage et de courir les boutiques avec ses copines pendant que Papa travaille, Maman donc, cette pétasse, n’est même pas foutue de choisir un CD ! Et ça ne s’arrange pas. On me dit que Maman aurait hurlé « Joyeuses Pâques ! » à ses proches le 1er janvier 2012 à 0h00. Bref, Maman « craint ». Or n’oublions pas une chose, c’est que Maman va voter en mai 2012. Vous imaginez, si elle glisse dans l’urne sa liste de courses au lieu du bulletin gagnant ? Personnellement je ne vois qu’une issue, en orange et en gros dans le texte, avant qu’il ne soit trop tard je vous en supplie : « REVENDEZ MAMAN ! »  
 
 

Poème à ma mère et à la chicorée


(L'été au comptoir)

Maman
Toi qui fesa chier
Comme personne
Reçois ce bouqit
De croquette
Ma mamoche
Toi qui m'accouchus
Dans le pipi
Reçois mon amoureux
Dans ton coeurpulecrotte
Mamar
Foute toi guele dans scalier
Clate ton gueule
Mamicrasse
Moi si trouste
Penser jeunisse
Mamir
Arrêter buvre
Dans le cafio
Ru des Alcoolios
Le mauvase pinor
Que papa bibina
Avant crevu
Comme un chioti
Dans l'merdichon
De d'vie
Mamarmoche
Crève ti d'suite
Et fa pas chio
Ton fils
Qu'a va fini
En garde à vue
Commissario
De Arras
Dans chnord
Qui pleutasse
Merde qui pisse
Depis mi lans.
 

Maman (1)


Dialogues de quartier

- J’ai lu ton livre… Ça m’a un peu secouée.
- Je t’avais prévenue, maman, ce n’est pas une histoire très divertissante.
- Non, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est loin de la vie que nous avons bâtie, ton père et moi.
- C’est sûr.
- Mais déballer l’histoire des quenelles, quand même, c’est un peu dur à avaler.
- Quelles quenelles ?
- Non, je sais, tu ne dis pas explicitement que ce sont mes quenelles de poisson, mais je suis ta mère et je sais lire entre tes lignes. Quand tu dis que tu es devenu ce que tu es devenu parce que je faisais tous les dimanches la même chose… Je ne sais plus ce que tu as inventé… « sempiternelle », tu dis… Et que c’était chaque fois aussi dégueulasse …  « Dégueulasse » ce mot là je l’ai en travers de la gorge !
- Mais maman, la mère de mon bouquin ce n’est pas toi, c’est la mère du personnage. C’est un roman noir ce n’est pas une autobiographie.
- Peut-être, mais ça, les gens ne le savent pas ! Je faisais la panade, moi-même je te signale, dès le samedi soir et le poisson venait tout frais du marché. Alors jeter ça comme ça, « dégueulasse », en pâture aux voisins et à tout le monde…
- Je ne pense pas que les voisins, s’ils en viennent à lire mon roman, cherchent un rapprochement avec toi et surtout avec moi. Je ne suis pas comme le personnage : violeur et psychopathe.
- Je n’en sais rien ! Personne n’en sait rien. C’est ta vie ça ! Tu ne nous dis pas tout et c’est normal. Mais que tu n’ais jamais aimé mes quenelles, ça au moins tu aurais quand même pu me le dire… Dégueulasse ?!
François Raffenaud
Internaute




 

Bonne à rien


j'aime les bonbons qui arrachent la bouche

Les BONNES mères de famille font de la chair à pâté pour nourrir leur mari. Les BONNES mères de famille font de la chair à canon pour nourrir les nations. C’est la vie des gens bons.  
Les BONS employés doivent être récompensés : belles carrières, belles médailles. Puis on les empaille pour qu'ils restent ce qu'ils sont. C’est si beau, il ne leur manque que la parole !   
Les BONS citoyens votent comme les sondages, Pour ne pas surprendre les cours du marché, Qui demain pourtant, les dévorera tout cru et tout rond. Il ne faut pas confondre bol et col.  
Les BONS domestiques sont rares, de nos jours. Très rares. Les BONS artisans aussi. Il reste peut-être quelques bonnes bonnes…  
Les BONS chienchiens à sa mémère ont appris le caniveau, le BON goût et les BONNES manières. Le BON sens aussi. Forcément.
 
 

Haiku de comptoir 71



Rien ne vaut
Une maman
En carton

Maman (3)



Mon chéri,
Les cousins de Carpentras m’ont dit qu’ils t’ont vu sur FR3 région, mais ils ne sont pas sûrs que c’était bien toi à cause du maquillage.
C’est quoi cette histoire de maquillage? J’espère que tu ne traînes pas à travers Avignon la bouche et les yeux faits. Il faut que ces histoires-là soient derrière nous maintenant. Nous ne t’avons pas payé ton festival pour te voir recommencer les mêmes bêtises. A propos, les cousins disent qu’il faudrait que tu demandes une facture pour la cave dans laquelle tu joues et une autre aussi pour le dortoir. Il paraît que l’on peut peut-être se faire rembourser une partie des frais parce que c’est de la culture.
Je t’ai envoyé des chemises blanches en coton léger, toi qui transpires beaucoup. Ce sera quand même mieux que des tee-shirts pour trouver du travail. Car n’oublie pas que tu fais tout ça pour trouver du travail. Si tu rencontres un patron, mieux vaut que tu présentes bien sinon tu vas encore te retrouver à pleurnicher tout l’hiver de ne pas avoir de quoi manger.
Les cousins me disent aussi de te dire que le fils de leur ami est lui aussi à Avignon (tu sais celui qui est acteur). Il joue cette année dans le vrai festival. Tu peux aller le voir de leur part, il pourrait peut-être t’aider, vous avez le même âge. Il pourrait te trouver un petit quelque chose à faire et même dans les costumes, toi qui as toujours aimé coudre, du moment que c’est dans le théâtre au fond…
Bonnes vacances,
Je t’embrasse,
Maman

Bif le rien


Reprend une coupette de ciguë

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