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Ode à Jean-Pierre Pernault


Ou comment j'ai repris de la bûche à Noël

C'est une chose étrange que le JT de TF1. Surtout celui de 13h. Bon, j'ai pas de télé. Rien à voir avec de la mauvaise volonté, c'est juste que la télé n'est jamais venue à moi. Quand j'étais petit, j'avais un vélo. Quand j'étais ado, j'avais des copains. Quand j'étais étudiant, j'avais un découvert.
Bref, le JT de TF1. Je l'ai regardé chez ma mère à Noël. Aux dernières nouvelles Kim Jong-Il était mort, l'euro aussi, y avait de quoi faire, je me disais. Mais j'ai jamais été fort en physique-chimie, j'avais oublié quelques phénomènes naturels simples, si simples pourtant : tous les jours, à 13h sur TF1, le monde s'arrête de tourner. Comme ça, sans crier gare, juste au moment où la ménagère finit son boeuf stroganoff, le monde s'arrête de tourner.
Titres du jour : les vitrines de Noël, les rennes du père Noël, Martine fête Noël. Et trente secondes sur la famine. En fait le monde ne s'arrête pas vraiment de tourner, à 13h, sur TF1. Il réétudie constamment son passé. Parce que la redite, on aura beau dire, ça rassure la ménagère. Les rennes, les vitrines, ça la connait, mais elle aime bien qu'on lui confirme leur existence, des fois que, sait-on jamais. Et ça, Monsieur Pernaut, il le fait bien : il confirme, il rassure.
Voilà, je tenais juste à te remercier, Jean-Pierre. Merci donc, merci d'apaiser les angoisses de ma maman, tous les jours, à 13h, sur TF1, car le prozac c'est devenu cher.
Matthieu Carlier
Internaute




 

Dur à avaler


Ventscontraires.net en direct du G20

Depuis le 28 mai 2011 et jusqu'au 5 novembre, la ville de Cannes accueille des sculptures de Laurence Jenkell, des bonbons de 2 à 5 mètres de haut aux couleurs des drapeaux de 55 pays. Les bonbons des pays du G20 sont actuellement exposés au coeur du Palais des Festivals où se déroule le sommet. Moins bien loti, le bonbon de la Grèce est relégué à quelques centaines de mètres de la prestigieuse enceinte. Et comme l'ironie se glisse partout, on l'a judicieusement placé en face... d'une banque.
 

Ai-je besoin d'une formation ?


Sit-in devant la Bourse 3

Mon ami le jeune dieu endormi me rejoindra-t-il devant le Palais Brongniart quand il se réveillera et trouvera mon message en boule dans sa main, rêvais-je en avançant à pas vifs sur le couloir de bus ?
Le carillon m'a poussé sur le trottoir et la chenille de métal m'a frôlée dans un nuage de diesel. J'ai juste eu le temps de lire, sur le cul du bus articulé, une affiche qui me demandait si j'avais besoin d'une formation en management.
"Oui, peut-être, ai-je pensé, si je veux lancer des foules contre la Bourse, il va me falloir devenir aussi souple et cinglante qu'un fouet".

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Fleur Ho
Internaute




 

Petite leçon d'économie



Quand on veut aller à Marseille et qu'on voit en permanence des panneaux qui indiquent "Lille" ou "Tourcoing" il ne suffit pas de ralentir, il faut faire demi-tour.
 

Petit poème à un euro



J'ai bu une bière à deux euros
J'aurais pu boire deux bières à un euro
Ou même quatre bocs à cinquante centimes d'euros
Ou même encore dix dés à coudre à dix centimes d'euros
Mais je ne suis pas couturière
Je suis livreur de viande chez Torchon
Je pourrais livrer des fraises
Ou même des melons
Ou même encore des pyramides
Mais je ne suis pas Napoléon
Mon prénom c'est Léon

Jean-Marie Gourio
Internaute




 
 
 

"Quelqu'un peut-il me traduire ?"


Soeur Marie-Claude, intellectuelle déboussolée

Tout sur le "Caca-rente"


Quand j'étais petit, j'entendais parler du Cac 40 à longeur de temps parce que ma grande soeur ne fréquentait que des bourse-écouteurs, des experts financiers et fiscalistes, des investments advisors, des banquiers, des gestionnaires de patrimoines, des traders. Plus quelques moniteurs de ski de Courch. Donc Cac 40 par-ci, Cac 40 par-là, et moi je trouvais que c'était assez sale, leurs affaires car j'entendais caca-rente. En grandissant, j'ai ajusté : allons-y pour CAC 40. Et puis aujourd'hui où je ne suis pas très grand malgré mes 25 balais, je suis revenu à ma version enfantine des sales affaires des amants de ma sœur : caca-rente, c'est bien ce qu'il fallait entendre, c'est bien ce que j'ouis.
 

Sit-in devant la Bourse


– C'est décidé, pensais-je soudain, quand la neige aura fondu et que les trottoirs seront secs, je me lèverai, je marcherai à travers la ville pour aller m'asseoir devant le Palais Brongniart et commencer le sit-in mondial contre les bourses et la finance...

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Fleur Ho
Internaute




 

« Je connais Georges Papa-andréou »


Pierre Moscovici, Radio classique, jeudi 3 novembre 2011.

Entre camarades socialistes, l’ancien ministre des Affaires européennes de Lionel Jospin doit simplement donner du « Georges » au premier ministre grec quand ils se croisent, puisqu’ils se « connaissent ».  Car pour ce qui est du nom de famille, il y a du relâché dans la formulation. Moscovici  a même récidivé à quatre reprises au micro de Guillaume Durand. Pour être honnête il n’est pas le seul à prononcer « Papa-andréou » au lieu de « Papandréou ». Attirance pour le syllabisme impair plutôt que pair ? Pulsion des profondeurs faisant resurgir l’appel existentiel des premiers mois ? Le vrai papa de Pierre Moscovici, psychanalyste renommé, doit avoir des idées sur le sujet. Une interprétation politique suggèrerait que la Grèce athénienne ayant enfanté la Démocratie, il est logique de conférer des attributs paternels à celui qui la gouverne des siècles plus tard. Pour autant le premier ministre en question serait de sexe féminin, y aurait-il tant de dérapages verbaux ? « Mama-andréou » ce serait trop. (Et top !) Une autre explication serait que jusqu’à ces derniers mois où la Grèce a mis le feu à l’euro, on s’en tapait un peu de la politique intérieure hellène chez les collègues français. Georges Papandréou  c’était comme un Rastapopoulos d’avant Spielberg. Ça va être coton quand la Pologne sera en passe de sortir de l’euro (après avoir adopté la monnaie unique bien sûr…), avec les noms propres sans voyelles de ses dirigeants !

Et puis un divan abandonné m'a parlé


Sit-in devant la Bourse 4

J'ai fui la rue de Rivoli en coupant au jugé vers le quartier de la Bourse. Puis j'ai longé une petite rue parallèle. Elle était si délabrée, on aurait dit l'envers d'un décor. "Comment faire pour que d'autres que je ne connais pas viennent s'asseoir avec moi devant le Palais Brongniart, comment lancer le sit-in mondial contre les marchés financiers ?", cette question me rendait maboule, j'avançais enfermée dans ma tête. J'ai buté contre un vieux divan Ikea abandonné sur le trottoir. Sur le mur, la réponse à ma question venait d'être posée au pochoir : nous sommes trop possédés par les objets auxquels nous avons droit, trop jaloux de nos privilèges prêts-à-porter, ajouta le divan Ikea, pour risquer la moindre révolte : "Vois ma Fleur Ho, comme les révoltes dans le monde arabe nous inquiètent au lieu de nous réjouir..."

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Le jeune dieu endormi


Sit-in devant la Bourse 2

Il avait plu et neigé et plu et neigé pendant plus d'un mois. Chaque jour les trottoirs étaient nettoyés par les pas des passants, et lorsqu'ils sont redevenus secs je me suis levée et j'ai marché vers le quartier de la Bourse. Le jour venait de se lever, l'air était glacé, les arcades de la rue de Rivoli encore désertes. C'est là que j'ai vu le jeune dieu endormi sous les colonnades.
J'ai regardé sa beauté pendant de longues minutes. Puis j'ai glissé dans sa main une boulette de papier à cigarette sur laquelle j'avais écrit avec mon plus fin mascara : "Viens t'asseoir auprès de moi devant le Palais Brongniart. Je t'attends pour le sit-in mondial devant les Bourses. Tu seras mon prince. Et moi ta Fleur Ho"

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Fleur Ho
Internaute




 

Sous Les Toits 2



On s’est rencontré autour d’une boîte d’haricots verts, un soir après minuit. T’aurais pas un ouvre-boîte ? qu’elle m’a demandé comme ça. Je sortais des chiottes, et l’un dans l’autre, on a fini par déboucher une bouteille de vin, assis en tailleur sur ma moquette bleu mauve. On a discuté un peu de Bukowski, de John Fante, et puis elle a commencé à pester contre son loyer – le fameux 400 euros, 10 mètres carrés mansardés. J’ai gueulé aussi. Fumiers ! Salauds ! Et puis j’ai roulé sur le côté. Tu veux que je te suce ? Pas la peine, j’ai répondu. Ce vin dégueulasse, ce vasistas foireux – la chambre est si lumineuse, vous verrez, que du bonheur ! - toute cette merde me sapait le moral. Au réveil, elle m’a demandé si je voulais bien l’accompagner chez son proprio. Elle avait un plan. J’ai dit okay. On s’est pointée à 10 heures. J’avais une gueule de bois pas possible. Je me tenais un peu en arrière, au bord de la  gerbe. Le proprio a ouvert. Tronche de l’emploi. – Je veux que vous baissiez mon loyer, elle a attaqué, je me suis renseignée, votre chambre n’est pas dans les règles. – Pas dans les règles ? Tu veux payer combien ? – 300 euros, elle a répondu du tac au tac. – Marché conclu, il a dit. Je n’en croyais pas mes oreilles, putain ! Il m’a jaugé - je pesais pas lourd. Il a ajouté, à une condition, poulette, que tu viennes me la sucer tous les matins. Le vent s’est levé quelque part du côté de Stalingrad. Un sale vent froid, un truc à vous râper les os. Aucun doute, on était bien à Paris. Le gros lard s’est marré. Il s’est marré, et puis il nous a claqué la porte à la gueule. Elle portait un prénom allemand, prénom allemand que le temps a fini par emporter. Mais pas sa coupe de cheveux. Tout au carré. Noir de jais.
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